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Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 15 septembre 2013 09:03

@ Gollum

Merci pour l’explicitation.
Elle me permet de pointer une possible méprise.

Il n’y a pas d’optimisme chez Girard, au contraire.

Comme je le rappelle plus bas (à Médy), Girard est radicalement réaliste quant à la situation catastrophique dans laquelle nous sommes et qu’il juge être non pas de nature apocalyptique mais proprement l’Apocalypse elle-même.

S’il est croyant (de fait il l’est) alors il croit (comme moi) que les humains vont à leur perte. Ils ne pourront se sauver eux-même.

La Bête va dominer, au moins un temps.

Là où il y a méprise c’est de croire que lorsqu’il parle d’invalidation du mécanisme victimaire (violent) Girard parle d’un arrêt de la violence.
C’est tout le contraire qu’il dit.
L’invalidation du mécanisme sacrificiel, mécanisme de réconciliation violente fait qu’il n’y a plus de réconciliation : la violence reste, elle n’est plus draînée vers le sacré, vers des coupables morts et donc paisibles. Elle ne cesse dès lors de s’accroître en raison de la mimesis qui rend la violence contagieuse et de la tentative de chacun des protagonistes d’amener l’autre à la raison, à sa raison, celle du plus fort (ceci n’étant qu’une autre manière de dire le fait violent, celui de la domination de l’un par l’autre).

Attention à ne pas ontologiser comme l’ont fait les croyances passées.
Nous avons le droit et même le devoir de penser le Mal plutôt que de le prendre comme une « chose en soi ».
Idem pour la haine.
Elle n’est pas un fait premier.
Et le sadisme pas davantage.
Il faut inlassablement aller à l’essentiel et donc décomposer, analyser ce que, par expédiant, on se satisferait de prendre comme « donnée » brute.

J’ai suivi Girard depuis que j’ai commencé à le lire parce que précisément il est dans cet effort d’intelligence, d’analyse, d’explication, de réduction et qu’il est aussi scientifique que peut l’être une personne intelligente (sous entendu, il y a beaucoup de bêtise dans nombre de productions scientifiques qui ne sont que de la cuisine expérimentale sans l’ombre d’une pensée digne de ce nom).

En poursuivant cet effort dans les soubassement psychologiques de la théorie girardienne, je suis tombé sur le mécanisme de réaction circulaire proposé au XIXe par le psychologue étasunien James Mark Baldwin et qu’a ensuite repris le grand psychologue suisse Jean Piaget.

L’intérêt de ce mécanisme est qu’il supporte toutes les significations dont nous avons besoin dans les fondamentaux. Et pour commencer, la reproduction, l’essence du fait vivant, actualisée d’abord comme la reproduction de soi qu’opère toute chose (cf. le "toute chose tend à persévérer dans son être" de Spinoza), cad, toute organisation (toutes les choses sont des organisations de choses plus élémentaires).
De la reproduction de soi en tant que système d’habitudes nous passons mécaniquement à la reproduction (mimétique) de l’ autre, cad, du semblable, bien sûr.
Et non content d’expliquer le fait mimétique, ce mécanisme en réaction circulaire permet aussi de penser l’attribution de causalité (forcément collective).
Tout ceci que je viens de pointer, je m’attache à l’expliciter au travers de ce que j’appelle la psychologie synthétique (cf. la série d’articles consacrés à cela)
Bref, pour moi la boucle est bouclée : nous avons tout sous les yeux et ce qui nous est demandé n’est pas comme disait Schopenhauer de "contempler ce que personne n’a encore contemplé mais de méditer comme personne n’a encore médité sur ce que tout le monde a devant les yeux".

Pour faire court donc, je dirais qu’un individu est une population de réactions circulaires, d’, cad, une population de mécanismes de contrôle, qui visent à la stabilité donc à la sécurité, cad, l’emprise sur le monde environnant, y compris les autres.
Le mal c’est quand nous sommes dans la peur et que nous voulons le pouvoir sur ce qui nous entoure sans égard, sans respect pour nos semblables que nous traitons comme des moyens pour une fin qui n’est que notre satisfaction.

A partir de là (réaction circulaire, pulsion d’emprise, imitation, attribution de causalité) on peut tout penser je crois.

Il manque juste la clé dont je n’ai pas parlé : l’assimilation (qui est l’opération mentale de reconnaissance du même par laquelle la réaction circulaire se referme et se reproduit).
C’est une notion cardinale, en particulier pour la question du Mal qui se joue toujours dans le rapport à l’autre.
L’assimilation, le fait de reconnaître l’autre comme son semblable, c’est ce qui permet l’empathie, la capacité de se mettre à la place de l’autre, donc d’être attentif à ses besoins comme on est attentif aux siens propres et de ne pas lui faire ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse.
Bref, l’assimilatiln est la condition sine qua non du vivre en-semble (du latin in-simul), donc du vivre ensembl(abl)e qui fait le vivre en paix, dans le res-paix mutuel (mimétique, bien sûr, sous couvert de « norme de réciprocité »).
Quand l’autre n’est pas vu comme semblable mais comme radicalement autre, il est inquiétant, il est monstrueux et on peut le traiter sans égard, sans respect, et jouir du pouvoir qu’on gagnera sur lui.

Bon, je vais un peu vite mais voilà où, je crois, il faut aller chercher si on veut comprendre le Mal : dans la peur, la peur de l’autre, le dissemblable qui... nous veut du mal, alors... on lui veut  du mal et, par conséquent, on crée le Mal.

Tout ça est furieusement schématique mais ça devrait donner une idée de vers où je regarde.

Bref, le système de pensée de Girard est tout sauf candide. Il ouvre sur la possibilité de penser le Mal dans son essence plutôt que de l’essentialiser.


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