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Muslim 17 octobre 2013 15:13

EN 1993, déjà, et certainement bien avant le travail était fait :

La pensée dominante voit le « développement » comme un processus naturel et nécessaire qui permettra à tous d’atteindre l’abondance. Dans son sens moderne, la pauvreté est définie par opposition à la richesse matérielle et est mesurable par l’écart entre ce dont disposent les riches et ce que possèdent ceux qui vivent dans le dénuement. Et cette pauvreté ne fait que croître avec la l’industrialisation et l’ère du développement. Cependant, les définitions de « riche » et de « pauvre » peuvent être vues sous un autre angle et n’ont pas toujours eu ces significations associées uniquement à la possession de biens matériels. Certaines populations que l’on considère comme pauvres ne se considèrent pas elles-mêmes comme pauvres, car vivant en paix avec elles-mêmes et au sein d’un groupe social. Quelles sont les conséquences de fait de catégoriser des sociétés entières sous l’étiquette de « pauvres » ? La « pauvreté mondiale », définie par Truman en 1949 est une « construction » rendue nécessaire pour justifier l’aide internationale. Sans pauvres « étiquetés », nul besoin d’aide et de plans de développement. Mais ces populations catégorisées comme pauvres, car sans richesses matérielles, ne se considéraient souvent pas comme telles. L’introduction de ce concept de pauvreté allant de pair avec celui de développement a finalement converti des sociétés riches de leurs liens sociaux (mais certes frugales) en sociétés assistées et dépendantes. Quant au concept de développement, il est souvent associé à celui de progrès et on ne met souvent en avant que ses bénéfices : progrès technique, développement économique, augmentation du niveau de vie, etc. Mais nous oublions souvent de prendre en considération les « pertes » liées au développement : perte de valeurs, exploitation des ressources, des hommes, etc. Gilbert Rist insiste sur la nécessité « d’ouvrir une autre fenêtre », d’analyser la réalité sous un autre angle, de ne pas s’abandonner au diktat de l’opinion générale. La solution du développement
peut être finalement vue comme un problème.

L’auteur remet d’abord en question « l’interdépendance » qui est une des justifications des politiques de développement et des accords de coopération internationale. Certaines voix critiques s’élèvent face à cette question d’interdépendance, montrant que celle-ci sert à justifier les stratégies internationales, alors qu’elle n’est qu’une illusion. Les relations entre pays du Nord et du Sud sont bien plus faibles que ce que l’on croit. Les flux commerciaux et financiers entre le Nord et le Sud diminuent. L’interdépendance n’est pas réciproque, mais imposée d’en haut et concerne essentiellement les classes dominantes du Nord et du Sud ; pour les autres (habitants de bidonvilles, paysans, etc.), les stratégies construites au nom de l’interdépendance ne sont souvent qu’un fardeau en plus : ce sont les premiers à être contraints à faire des sacrifices pour rembourser la dette du pays alors qu’elle ne leur aura apporté aucun bénéfice. Finalement, ce n’est que la poursuite de façon plus invisible, de la colonisation et de l’exploitation. Pourtant, il y a un domaine où l’interdépendance existe bel et bien, c’est celui de l’écologie, qui par définition est globale. Mais encore une fois, au nom du développement et de la croissance, la production industrielle n’est pas remise en question, alors qu’elle est un des facteurs de pollution et de destruction de l’environnement. La pensée dominante juge que l’avenir des pays du Sud ne peut se voir que comme un rattrapage des pays industrialisés, c’est-à-dire produire plus, en exploitant toujours plus de ressources.
Au lieu de penser à imiter le modèle des pays industrialisés et de vouloir à tout prix intégrer le marché international, les pays du Sud pourraient inventer leur propre modèle de production matérielle ou encore de structure de pouvoir. Le développement se fait au nom de valeurs économiques et monétaires. Les pays du Nord poussent les pays du Sud à produire pour exporter, jusqu’au jour où il n’y a plus de débouchés pour l’exportation (du Sud vers le Nord) et où les pays du Sud, à force de se concentrer sur l’exportation, ne peuvent plus nourrir leurs populations et deviennent alors dépendant de l’aide alimentaire internationale. D’ailleurs, face aux échecs des plans de développement, à la marginalisation de certaines populations et de certains pays, aux crises auxquel le s ils font face, d’autres formes d’organisation et de vie politique ont vu le jour, comme les réseaux de femmes au Mexique pour l’approvisionnement alimentaire. Face à une situation de crise, les populations les plus démunies ont la capacité de s’organiser elles mêmes en faisant partir le pouvoir par la base.

http://appli6.hec.fr/amo/Public/Files/Docs/294_fr.pdf


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