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En réponse à :


Éric Guéguen Éric Guéguen 12 juin 2014 12:00

J’en viens à présent au second moment de ma réponse (au passage, je note qu’Isga a totalement disparu de la circulation, j’espère de tout cœur qu’il n’est pas devenu réactionnaire à son tour, un malheur est vite arrivé).

Alors voilà...

Je vais à mon tour vous conter une histoire, cher Épicure, une histoire qui n’est pas dans les livres scolaires, encore moins dans les médias officiels. Cette histoire, c’est celle du grand chambardement occidental. Je vais tenter de faire court et précis, ça va vous plaire.

L’ancien monde était régi par des lois rigides, de manière à la fois hiérarchique, ordonnée et statique, figée. En même temps, les communautés humaines étaient « solidaires », au sens non pas d’une entraide systématique, mais d’une interdépendance que personne ne songeait à remettre en question, qui allait de soi malgré l’iniquité que cela comportait. Par le concours d’un certain nombre de circonstances que je ne peux malheureusement pas détailler ici (tensions religieuses menant à la rupture, renouveau scientifique, révolution anthropologique, coûts des conquêtes, préceptes chrétiens), les communautés d’hier se sont atomisées, discrétisées, provoquant à la fois une indéniable capillarité sociale et un individualisme bientôt exacerbé. Au carrefour de ces deux tendances, la figure du bourgeois, tête de pont de la révolution à venir (c’est Marx lui-même qui le dit) aura su tirer son épingle du jeu : se constituer un patrimoine hors de l’hérédité figée, et jouer des coudes parmi les grands de ce monde qui se sont mis à convoiter son argent. J’ai coutume de dire que ce qui était alors vertical s’horizontalise peu à peu grâce - je dis bien grâce - au pouvoir économique émergeant.

Ce qui fera la marque de l’Occident prend alors forme : un amas d’individus sur la route de la déliaison, ce qui implique plus de libertés sociales à l’égard tant du Trône que de l’Autel. Les bourgeois-philosphes se mettent alors à penser le renouveau politique, qui la main invisible, qui le contrat social, qui le suffrage universel et toutes ces trouvailles modernes à l’avenant. Dorénavant, ce qui caractérise les pays occidentaux, en tête desquels la France et ses contradictions, c’est l’individualisme au sens politique du terme (sans connotation). Et l’individu libéré des entraves du passé, progressiste par définition et par profit, se voue nécessairement au libéralisme à proprement parler.

Dominent alors deux camps : les conservateurs de l’ordre ancien, et les libéraux adeptes de l’ordre nouveau. Peu à peu cependant, la déliaison s’est fait sentir et a produit à son tour son lot de désillusions, notamment vis-à-vis de la perte d’espace commun, sous l’ancienne égide du Roi, que les libéraux ont parcellisé, privatisés. Débarrassés des vieilles hiérarchies sclérosées, les prolétaires l’étaient également de toute idée du commun, incluses en elles. Des voix se sont alors fait entendre pour déplorer cette perte, pour invoquer - en s’en défendant bien sûr - de vieilles lunes chrétiennes comme la charité et la fraternité. Ils se sont trouvé une nouvelle marotte : la « reliaison », l’attachement à la société, dans l’espoir, par le biais d’un État émancipateur à leurs yeux, de « retisser le lien social » défait par l’individualisme. Mais tout ça, bien entendu, en demeurant d’indécrottables individualistes. J’entends par là qu’aujourd’hui encore, lorsqu’un socialiste invoque l’État, ce n’est jamais au nom du bien commun, mais toujours dans l’intérêt des déshérités du moment, ou prétendus tels.

Voici donc la situation au sein de la Modernité progressiste individualiste : d’un côté des libéraux indéfectibles qui ne reconnaissent que l’individu égoïste, de l’autre des libéraux repentis, ou « socialistes », plus scrupuleux vis-à-vis de la Justice, mais ô combien utopistes et incohérents en prétendant retrouver la trace du « commun » en misant sur l’individu et en combattant la moindre hiérarchie. Certains prétendent pourtant que tout ce qui élève unit... Qu’importe, si le réel est réfractaire au Progrès, changeons le réel, au moins dans nos esprits. Telle pourrait être la devise des progressistes socialistes.

 

Vous voulez que s’établisse enfin la justice ici-bas, Épicure ? Il vous faudra sonder le « commun » des choses, et le commun des choses comporte nécessairement des éléments qui rebutent la pensée nivelante, qui incommode celles et ceux qui refusent de comprendre que dans les plis de la diversité humaine se cache une diversité des caractères, des talents, des compétences, et que ce déterminisme n’est pas seulement économique, mais qu’il est aussi naturel. Chassez le naturel, il revient au galop : œuvrez à détruire toutes les anciennes hiérarchies, et c’est la hiérarchie financière, ploutocrate que vous favoriserez. Et le naturel, s’il ne doit pas tout nous dicter, s’il ne doit absolument pas nous inviter à renouer avec des hiérarchies sclérosantes, doit être pris en compte, immanquablement. Or, une réflexion là-dessus ne peut se faire sous la dictée du temps qui passe, il s’agit d’une quête menée de toute éternité. À celles et ceux - très rares - qui la mènent et à qui vous ne pouvez pas décerner le nom de progressistes, de libéraux, de socialistes ni même de conservateurs, quel épithète leur réservez-vous, cher Épicure, en désespoir de cause ? Réactionnaires !


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