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Christian Labrune Christian Labrune 23 septembre 2016 10:04

Cette idée de revenu universel offre l’occasion inespérée de pouvoir l’attribuer contre une activité spécifique vitale, celle de se mettre à jour des savoirs disponibles. C’est-à-dire que chacun le recevrait en fonction d’un laps de temps passé à aller s’instruire tout au long de l’existence, comme certains vont travailler ou exercent une activité pour recevoir un revenu.
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à l’auteur,
Jusqu’à cette phrase, votre article m’a vraiment irrité, mais si elle peut constituer un résumé de votre propos, j’y souscris entièrement, et même avec enthousiasme ; c’est aussi ce que j’ai toujours pensé. Voici pourquoi :
Au milieu de ce siècle, plus de la moitié des emplois, même dans les services, auront complètement disparu. Il n’y a déjà plus beaucoup d’ouvriers dans les usines, et des systèmes d’intelligence artificielle qui connaissent actuellement de rapides progrès après une longue période de stagnation pourront prendre en charge d’une manière autonome la plus grande partie de la production industrielle. Il est facile de voir que dans dix ans, les caissières des supermarchés auront complètement disparu, aussi bien que les machinistes du métro (il n’y en a jamais eu sur la ligne 14) ou de la RATP, et aussi bien les chauffeurs de taxis. Les erreurs humaines dans le pilotage des avions ou la régulation du trafic sont encore la cause de la plupart des catastrophes aériennes. Il n’y aura donc plus de pilotes dans les avions, ni d’aiguilleurs du ciel dans les tours de contrôle, et la sécurité s’en trouvera considérablement augmentée. Des imbéciles, dans l’Education nationale, depuis trente ans, s’efforcent d’introduire une informatique rudimentaire pour l’instant beaucoup moins efficace que des professeurs en chair et en os, mais dans vingt ans, l’ordinateur pourra communiquer en langage naturel avec l’élève qui aura donc à sa disposition un précepteur constamment présent. On pourrait sans difficulté multiplier à l’infini les exemples.
Par conséquent, la « courbe du chômage » chère au crétin à lunettes roses ne s’inversera jamais. Les choses vont au contraire s’accélérer très rapidement.
Vous parlez du Capitalisme, et quand on utilise ce mot, on pense évidemment à la critique d’un certain Karl Marx. Il suffit de relire dans « Le Capital » ce qu’il écrit à propos de l’utilisation des machines pour voir immédiatement que celles dont il parle, qu’on peut voir encore au Musée des Arts et Métiers, n’ont pas grand chose à voir avec celles que nous connaissons et on ne peut guère le lui reprocher. Le prolétaire de Marx, qui ne possède pas ses outils, n’a pas d’autre solution que celle de vendre sa force de travail, d’ajouter à la matière première qu’il transforme une considérable plus-value dont seule lui revient une infime partie, celle qui lui permet de continuer à vivre, c’est-à-dire se nourrir, se vêtir, et fabriquer d’autres petits prolétaires qui connaîtront exactement le même destin. La révolution à laquelle Marx s’attendait aura bien eu lieu en 1917, avec le succès que l’on sait, mais elle n’aura pas produit la société sans classes ni le paradis sur terre. La vraie révolution, à laquelle il ne pouvait même pas songer, c’était la révolution cybernétique qui est en train de se réaliser sous nos yeux et qui mettra fin au travail productif.
L’idée que le travail puisse être un facteur de libération pour l’homme est une idée tout à fait récente. Les Romains qui réservaient le travail aux esclaves en avaient un absolu mépris, et l’otium (le loisir) qui permettait aux citoyens de consacrer tout leur temps aux activités politiques de la Cité était seul digne d’être pris en considération. Dans l’aristocratie française de l’époque classique, c’est toujours la même conception, et il faudra la révolution française pour la renverser, presque immédiatement suivie, hélas, par une révolution industrielle qui donne naissance, dès la première moitié du XIXe siècle à l’esclavage prolétarien très bien décrit par Marx. Dans l’histoire humaine, cette idéologie assez inepte, sans cesse contredite par les faits, du travail salvateur, aura donc duré à peu près deux siècles, et il n’y a plus que quelques vieux fossiles, dans les partis politiques actuels, pour essayer, contre toute raison, de la faire perdurer.
On arrivera donc, qu’on le veuille ou non, à une rétribution universelle. Que deviendront les masses convenablement nourries et vêtues (il serait temps qu’il n’y ait plus de SDF !) lorsqu’on en sera arrivé là ? Eh bien, il faudra réhabiliter la seule activité humaine dont la valeur, depuis la plus haute antiquité, n’ait jamais été contestée : la connaissance, et dans ce qu’elle a de plus gratuit et inutile. L’art, la littérature, la philosophie, les sciences, cela ne sert à rien immédiatement, mais c’est ce qui donne un sens à la vie. On pourrait donc très bien indexer quelque peu, comme vous le suggérez, cette rétribution universelle sur le niveau de culture atteint par les citoyens, sans même prendre en compte son utilité sociale immédiate. L’abbaye de Thélème rêvée par Rabelais, qui est exactement à l’opposé de toutes les utopies totalitaires imaginées depuis La République de Platon, offre déjà une très plaisante image d’un idéal devenu aujourd’hui réalisable.
Evidemment, ce qui est tout aussi certain que cette évolution, c’est la très prochaine disparition de l’espèce humaine telle que nous la connaissons : quand la parité entre l’intelligence humaine et celle des machines sera réalisée, les machines continueront à se complexifier, et de plus en plus rapidement. Notre cerveau biologique, en revanche, depuis l’invention de l’écriture, n’aura pas sensiblement évolué. On pourra bien l’améliorer un peu, l’interfacer avec les machines, mais ce sera comme de vouloir installer un moteur de formule 1 sur une bicyclette. L’homme disparaîtra donc peu à peu, n’aura même plus la capacité de décider l’orientation de l’histoire, mais le processus de connaissance qu’il aura initié continuera à se développer sur d’autres supports, d’une manière que nous ne pouvons même pas imaginer.


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