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Jacques-François Bonaldi 2 décembre 2016 06:32

II

La « chose publique » à Cuba n’étant pas une profession ou une carrière, mais un service aux citoyens, la Constitution stipule à son article 82 que les députés ne sont pas (grassement) payés à ce titre : « La condition de député n’implique pas de privilèges personnels ni d’avantages économiques. Durant l’exercice effectif de leurs fonctions, les députés touchent le même salaire et maintiennent leurs liens avec leur centre de travail à tous effets pertinents », l’article 85 signalant par ailleurs que « les députés peuvent être révoqués à tout moment, dans la forme, pour les motifs et selon les procédés fixés par la loi ». Il faut avoir plus de dix-huit ans pour être élu député. Bref, la députation à Cuba n’est pas l’occasion rêvée d’arrondir ses fins de mois et, par exemple, d’exercer des influences auprès de transnationales ou d’entreprises pour y obtenir une fois son mandat conclu des postes de direction…

Mais comment devient-on député à l’Assemblée nationale ou délégué aux assemblées provinciales (renouvelées tous les cinq ans) et municipales (renouvelées tous les deux ans et demi) ? Au scrutin direct et secret. Qui vous investit ? Obama et Cie répondront aussitôt, bien entendu : le Parti communiste ! Et ils feraient erreur : non, c’est le citoyen lambda. Pas de campagne électorale à grands renforts d’affiches publicitaires vantant les mérites de chaque candidat et faisant des promesses que nul ne tiendra ; pas de débats télévisés où chacun pèse religieusement ses mots parce qu’une armée d’experts en communication vous aura indiqué la seconde exacte où vous devez prononcer tel ou tel mot ou effleurer tel ou tel sentiment ; pas de millions, voire de milliards dépensés en campagnes électorales interminables plus proches du cirque ou de la fête foraine que d’un exercice de responsabilité citoyenne ; pas de grands électeurs ou de partis investissant le candidat le plus sympathique ou le plus fort en gueule… Non, à Cuba, rien de tout ça. Pour être député, nul besoin d’être soi-même millionnaire, de s’associer à des groupes de pression ou à des entreprises qui vous financeront pour ensuite, si vous êtes élus, vous rappeler opportunément les bons services qu’ils vous ont rendus, de s’entourer de consultants et d’experts en communication pour vous apprendre à être sympathique si vous ne l’êtes pas de nature ou à vous convertir en bonimenteur capable de faire avaler n’importe quelle couleuvre à vos « clients »…

Non, à Cuba, le procédé est (bien plus) simple. Les voisins d’une circonscription se réunissent en assemblées ouvertes (aux dernières élections de 2015, il existait 46 344 secteurs de nomination) où chacun peut proposer le candidat de son choix parmi les gens du voisinage, expliquant pour quelles raisons il fait cette proposition, généralement à cause du prestige dont l’individu jouit dans le quartier et de ses mérites ; si la personne ainsi postulée l’accepte et l’assemblée aussi, il devient candidat ; chaque circonscription doit avoir au moins deux candidats et au plus huit. Compte tenu de ce genre de nomination, il n’est pas obligatoire d’être du parti (lequel n’intervient pas dans ces assemblées de nomination) pour être nommé puis investi par ses concitoyens, de sorte que, si les dissidents, par exemple, avaient vraiment du prestige auprès de leurs concitoyens, ils pourraient être investis par eux comme candidats aux différentes assemblées et élus par les électeurs. Une fois investi, le candidat ne mène aucune campagne électorale : les électeurs se décideront, d’une part, sur leur propre connaissance éventuelle du candidat, d’autre part sur la foi de sa « feuille de vie » affichée aux endroits publics. Par ailleurs, l’inscription sur les listes électorales est gratuite et automatique à partir de seize ans, et les membres des forces armées ont le droit d’élire et d’être élus. Contrairement à de nombreux pays latino-américains, le vote n’est pas obligatoire, ce qui n’empêche que plus de 95 p. 100 des électeurs ont participé à chaque élection depuis 1976,

Les députés à l’Assemblée nationale sont constitués moitié moitié de candidats nommés à la base et de candidats présentés par les différentes organisations politiques et organisations de masse, afin que tous les secteurs de la société y soient représentés, puis élus au suffrage direct et secret.

Les délégués et députés n’étant pas désignés par le Parti communiste, celui-ci n’a donc aucune influence directe sur les élections, ni ne peut recourir à des menaces ou représailles sur les candidats, comme l’a fait par exemple début juillet la direction du Parti socialiste français qui a averti que les signataires d’une motion de censure votée à la suite de l’adoption par le gouvernement de l’article 43.9 pour faire passer en force la Loi du travail seraient exclus du parti et ne pourraient donc pas obtenir leur investiture pour les élections législatives de 2017, ce qui explique, entre autres, pourquoi cette motion de censure n’a même pas été votée… On les comprend, les pauvres, ils y perdraient leur gagne-pain, leurs grasses indemnités non imposables !

(à suivre)


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