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kenique 15 septembre 16:01

La parole publique requiert une technique vocale assez rarement instinctive et qui, de ce fait, doit être apprise. On a vu comment le président de la république a réussi à terminer sa campagne après s’être arraché les cordes vocales dans le fameux mitigne où sa péroraison s’est terminée en hurlements extatiques : il a pris des leçons de chant.


Je n’ai, en ce qui me concerne, jamais rencontré un professeur qui avait pris des leçons de chant, ce qui est plutôt bizarre chez des gens qui font profession de parler (étymologiquement parlant, le « professeur » est celui qui parle en public). Or, à partir d’un certain niveau d’intensité, il faut parler comme on chante (à l’opéra, pas avec un micro) et non simplement forcer la voix naturelle.

D’autre part, beaucoup de femmes parlent comme des hommes, ce qui constitue la source d’une grande partie des revenus des laryngologues. L’émission vocale féminine (biphasée) est (naturellement) très différente de l’émission masculine (monophasée). Certaines chanteuses aux cordes vocales en béton peuvent se permettre de chanter avec une voix masculine (Edith Piaf, Mireille Mathieu), mais, en général cette façon de faire conduit à se casser la voix. Aucune chanteuse classique ne s’y aventure. 

En revanche, depuis que les « baroqueux » ont remis à la mode les instruments d’époque lorsqu’ils jouent de la musique ancienne, ils ont restauré la voix de « haute contre » (Alfred Deller fut le premier, à ma connaissance) et de « sopraniste » (Philippe Jaroussky), qui consiste à chanter « en voix de tête », en réalité en émission « biphasée »⁽*⁾, comme les femmes (cela évite d’avoir à châtrer des gamins, ce qui est probablement une bonne chose...). Ceux qui ont eu l’occasion d’entendre parler ces chanteurs auront remarqué qu’ils ont, lorsqu’ils parlent, une voix d’homme, alors qu’ils chantent avec une voix de femme, ou, plus précisément, avec une voix d’enfant, sans vibrato.
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Ceux qui se gaussent des cours magistraux, comme ceux que cela fatigue, ont sans doute oublié que l’un des inventeurs des techniques pédagogiques modernes⁽**⁾ fut Célestin Freinet, un instituteur à la voix fragile, qui avait trouvé le moyen de se ménager en faisant travailler les élèves plutôt qu’en leur parlant. C’est au vu des résultats qu’il a eu l’idée de diffuser cette façon de faire.

Je rappelle à ceux qui pensent que les professeurs vivent plus longtemps que les ouvriers parce qu’ils ne se fatiguent pas beaucoup se trompent. Ce n’est pas la fatigue physique qui fait mourir plus tôt les travailleurs manuels (les employés de bureau vivent aussi moins longtemps que les professeurs), ce sont les nombreux traumatismes physiques qu’ils accumulent au cours de leur vie, d’une part (les accidents du travail sont rares chez les professeurs), et, surtout, leur hygiène de vie, due, en partie, à leurs revenus (La nourriture bio cela coûte cher et, de toute façon, cinq fruits et légumes par jour aussi), et, en partie, à leur ignorance des facteurs de risque, mieux connus des gens instruits.

En tout état de cause, ce qui est ennuyeux et inefficace, ce ne sont pas les cours magistraux, ce sont ceux qui se permettent d’en faire sans avoir appris. Personnellement, j’ai eu des professeurs passionnants et des soporifiques ; les premiers étaient des orateurs, les autres de bons élèves (dans le meilleur des cas). Mais qui lit encore Quintilien ?
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⁽*⁾ On me pardonnera cette cuistrerie, mais je ne sais pas comment dire cela en langage courant. Je n’explique pas ici, c’est trop compliqué.

⁽**⁾ en latin, « modernus » veut seulement dire « récent ». C’est seulement au XVIIIe siècle, lorsqu’on a inventé la notion de « progrès » (d’un verbe latin qui signifie « avancer »...), qu’on s’est mis à nous faire croire que ce qui est nouveau est systématiquement supérieur à ce qui est ancien.

Avant, ce qui était nouveau tenait sa supériorité de ce que les gens qui pouvaient suivre la « mode » étaient les gens riches. Elle changeait tout le temps pour qu’on puisse les reconnaître. Aujourd’hui que les « nouveautés » sont fabriquées par nos esclaves du Sud-Est asiatique, la mode est à la portée de tout le monde, et les riches, pour être reconnus, n’ont d’autre voie que de se vêtir à l’ancienne : costume, chemise blanche, cravate... Dur ! 

De même, aujourd’hui, pour se distinguer, il faut lire les auteurs du XVIIr siècle (d’où la sortie de Sarkozy sur « La Princesse de Clèves » au programme des concours d’employé de bureau. Où va-t-on si les guichetières lisent les classiques ?... Toute une jeunesse ne risque-t-elle pas d’y perdre ses repères ?...).

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