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Christian Labrune Christian Labrune 18 octobre 2017 16:31

Sur les bancs de pierre, de nombreux visiteurs étaient installés et, à ma grande stupéfaction, chacun d’entre eux tenait à la main un portable.

@Rosemar
Le fait que vous parliez du mistral me donne à penser que vous êtes très au sud de Paris !
Mais il y a déjà des années qu’il n’est plus possible de monter dans une voiture du métro sans voir dans un rayon de trois mètres quatre ou cinq portables au minimum, chacun accompagné de son voyageur, lequel ne s’en sert pas toujours pour téléphoner et nous faire partager ses conversations les plus intimes, voire la musique infecte qui déborde généreusement de ses écouteur et qui le rendra sourd (il paraît que ça rend sourd !). Non, la plupart se contentent de tripoter l’objet divin, sans même lever les yeux quand le métro s’arrête à une station.

Une autre chose qui me paraît aussi extravagante et qui va dans le même sens que vos observations : je suis à moins de dix minutes des Buttes-Chaumont, le plus beau jardin public de paris. Or, il devient de plus en plus difficile de s’y promener tranquillement en fumant un cigare : des dizaines d’athlètes, à certaines heures, tournent en courant du lac. Quand je dis « athlètes », c’est évidemment pour rire : très peu savent courir comme j’avais appris à le faire à l’époque où l’on m’imposait des cours de gymnastique, c’est-à-dire en déplaçant le moins possible le centre de gravité du corps. Beaucoup, même obèses, s’épuisent à perdre leur énergie dans une course sautillante et ridicule. On voit des corps tordus, des jambes panardes, des pieds plats, des jeunes, des moins jeunes et même des vieux plus vieux que moi qui courent moins vite que je ne marche, etc.
Tous ont l’écume aux lèvres, la mine enfiévrée, le souffle court, et regardent droit devant eux sans voir les arbres dont la couleur change d’un jour à l’autre, le vol des grandes perruches à collier, les reflets de l’eau sur le lac dont le tour doit faire un demi-kilomètre. Ils comptent les tours. Certains, au bras, ont une espèce d’autre gadget électronique qu’ils regardent périodiquement avec l’air sérieux et angoissé du directeur d’un centre de lancement de satellites à quelques minutes de la mise à feu du propulseur.
J’en ai vu qui claudiquaient ainsi pendant des heures, le visage tordu par d’indicibles souffrances. Il y a très longtemps que je n’ai pas relu Dante, mais il me semble bien que dans l’un des cercles de l’enfer, il a vu à peu près le même spectacle.


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