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LOISEAU LOISEAU 5 juin 21:25

Titre du sujet : Enrichissement des mémoires de Louise Michel par les annotations et illustrations de Patrick Loiseau

Les annotations et illustrations que j’ai apportées aux mémoires de Louise Michel peuvent ressembler à une coquetterie pour le lecteur habituel mais, cela m’a paru fondamental, pour les raisons que j’ai explicitées dans la préface. Je profite de ce forum pour en délivrer le contenu, lequel permettra peut-être, en l’honneur de la Commune et de Louise Michel, d’acquérir ce livre.

"(...)Loin des vues simplistes de l’esprit bonhomme et commun qui persiste à enfermer les hommes et les femmes d’exception dans une carapace caricaturale, une architecture sémantique squelettique, désignant l’un par un terme ou un fait, l’autre par une boutade ou une injure, les révolutionnaires, quels qu’ils soient, sont des hommes et des femmes aux passions internes multiples. Comme vous tous.
Mais ils sont aussi différents en ce sens qu’une ombre les porte, cette fusion presque indicible entre le rêve et l’action. Ils sont prêts et prêtes aux changements, aux aventures, parce qu’ils sont eux-mêmes les acteurs de ces changements.
En cette fin d’année 2018 où l’invective autoritaire, le sens commun, la régression intellectuelle et sociale sont à l’œuvre, désignant de plus en plus, avec les quinquennats de Sarkozy, de Hollande puis de Macron, les véritables progressistes, c’est-à-dire les syndicalistes et les révolutionnaires, comme des ennemis à abattre – au moins sur le plan de la morale et du verbe – il est urgent de dresser en face de cette tentative de nous asphyxier idéologiquement les portraits de ceux ou celles qui nous ont montré le chemin pour faire de notre société autre chose qu’un marché financier ou un état féodal.
Mademoiselle Louise Michel est un de ces personnages extraordinaires.

C’est par respect que je l’appelle Mademoiselle – comme le fit son éditeur, en 1886 – et aussi pour rappeler à l’observation commune que Louise Michel était une révolutionnaire, certes mais aussi une personne. C’est-à-dire un être particulier porté par une infinité de segments intimes qui la rapproche de nous tous. Son esprit, nous l’avons ressenti à la lecture de ses mémoires, baigne dans un souci constant d’exhaustivité, certes, mais aussi dans un registre poétique qui ferait presque oublier sa promiscuité avec la mort et la souffrance. Très à l’aise dans tous ces paradoxes, Mademoiselle Louise nous emmène promener dans sa galerie de souvenirs. C’est attachant. C’est écrit avec des lettres sublimes. C’est bouleversant. Louise Michel est une vraie poétesse, une vraie révolutionnaire et une vraie femme. La lecture de ses Mémoires nous en convaincra sans nul doute.

Pour faire partager ce voyage, j’ai retranscrit ici l’intégralité de ce livre en adoptant à dessein un mode de lecture « décalé », je veux dire en ayant constamment à l’esprit non pas le souci d’observer Louise en spectateur externe – en lecteur - mais plutôt en une sorte de double d’elle-même, et me mettant à sa place, mentalement et physiquement – en co-acteur donc -, autant que je pusse le faire. Quand, juchée sur son arbre elle partageait à voix lancée, avec son cousin, lui-même installé sur un autre arbre, quelques tirades des pièces de théâtre qu’elle avait lues auparavant ou quelques propos sur leurs amours réciproques, l’une pour le diable, l’autre pour George Sand, je me transportai immédiatement – en pensée - sur un arbre identique et tâchai d’ouvrir toutes les références en question, en relisant les mêmes textes qu’elle ou me plaçant délibérément dans les mêmes situations - pour me rapprocher de son vécu, avec les moyens du bord bien sûr, le plus qu’il était possible… Mon positionnement et mon engagement politique et syndical, toute ma vie, de militant révolutionnaire, donc une vie ayant connu beaucoup de péripéties passionnées ou négatives, m’ont aidé quelque peu ainsi que ma connaissance du système politique dans lequel nous vivons. Ce que j’avais aussi de commun avec Louise, malgré l’époque différente et l’engagement politique différent, elle anarchiste, moi trotskyste, c’est que nous sommes devenus tous deux instituteurs à partir d’un processus autodidacte, en particulier à travers l’accès à une lecture littéraire et scientifique très jeunes, et aussi à partir d’une conviction complètement rebelle d’opposition au supposé « réel », ce réel qui nous est vendu par certains comme justifié et intangible et qui couvre nombre d’injustices inacceptables.
Comme conséquence de cette attitude qui consistait plus ou moins à essayer de marcher dans ses pas, j’ai donc complété ses mémoires avec des annotations – pour éclairer certaines références plutôt érudites oubliées par notre entendement contemporain – et quelques illustrations - qui sont, pour certaines, celles qui embrassèrent le mental ou le visuel de Louise.
C’est à cette condition de rapprochement avec elle, dût-il n’être que virtuel ou relatif, pensai-je, que les mémoires de Louise Michel, pourraient sortir de leur statut banalement historique pour emprunter au réel et au vivant, pour que, enfin, elles ne demeur(ass)ent pas une simple archive ou un bouquin oublié dans le fond d’une malle livrée à l’humidité ou aux toiles d’araignées…

Et comme elle, je proclame : Vive la révolution !"
Patrick Loiseau

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