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Mango Mango 1er juillet 2007 22:58

@ Docdory.

L’exemple que vous prenez est une dérive typique des réformes « pédagogisantes » dont chaque nouveau ministre se fait un devoir de ponctuer son passage.

Ainsi, nous assistons régulièrement à de prétendues « innovations » qui ne sont en fait que des resucées de pédagogies alternatives, qui en soi, ne sont pas pires que les autres ( il faut rappeler ici qu’un enfant sans problème, c’est- à - dire sécurisé, aimé, respecté, soigné et le ventre plein, sera naturellement curieux et avide d’apprendre), mais dont un ou deux éléments, isolés et sortis d’un contexte qui en assure la cohérence, ont des effets désastreux et son même de nature à mettre en difficulté des enfants qui ne le seraient pas !

D’après ce que vus en dites, cette fameuse « création narrative » n’est rien d’autre que le « texte libre » de Freinet, sauf que le vieux Célestin doit se retourner dans sa tombe en apprenant qu’ils ne sont plus corrigés !

En effet, dans le cadre de la pédagogie coopérative, ces textes sont destinés à être envoyés à des correspondants, imprimés dans un journal, à être lus et compris, et dans ce but, ils se doivent d’être irréprochables, y compris sur le plan orthographique !

Les « premiers jets » sont donc retravaillés, enrichis, et IMPERATIVEMENT corrigés, soit, idéalement, par l’enfant lui-même grâce à toute une batterie d’outils auto-correctifs (mais après que l’enseignant ait signalé les erreurs), soit par l’enseignant seul (on ne va pas exiger d’enfants de fin-CP ou début CE1 qu’ils maîtrisent le passé simple (temps qu’ils utilisent souvent dans leurs récits car c’est celui des contes, et ça nous donne de savoureux « il apparaissa » et « il se retrouvi »).

En aucun cas un texte ne devrait être laissé sans correction. Que les erreurs ne soient pas sanctionnées dans le cadre d’un texte libre peut se concevoir, car dans ce cas, il y a fort à parier que soit les enfants n’écriraient plus, soit ils n’écriraient que les mots qu’ils connaissent et ça n’avancerait pas vite. En revanche, il est inconcevable que les erreurs ne soient pas relevées. Sinon, comment l’enfant pourrait-il progresser ? Mais ça suppose des corrections plus longues car les textes ne sont pas tous les mêmes, de faire des propositions de vocabulaire adaptées à chacun pour enrichir les textes, de préparer des progressions grammaticales différenciées pour une meilleure structuration...

Quel instit est prêt à un tel investissement aujourd’hui, alors qu’il est souvent là par défaut, payé 1, 3 fois le SMIC pour un débutant, qu’il est déconsidéré par la population qui lui reproche en vrac ses vacances, sa sécurité de l’emploi et ses horaires, et par sa hiérarchie qui lui demande d’appliquer des « recettes » soi-disant universelles ?

Décomplexez-vous, et allez demander des explications !

Ceci dit, il faut essayer de ne pas tomber dans ce travers qui consiste en ce que chacun se croit autorisé à avoir un avis compétent sur l’école au prétexte que chacun l’a fréquentée. On tombe alors trop souvent au niveau « café du commerce », extrêmement agaçant pour un professionnel, qu’il soit garagiste (« Mais puisque je vous dis que mon beau-frère a dit que c’était le carbu !!! »), médecin (« Moi, je suis sûre que c’est le foie ! J’ai vu à la télé qu’il y avait un nouveau médicament, Docteur. Vous m’en mettez deux boîtes. Et pour mon mari aussi, ça lui fera pas de mal... ».) ou prof (« de mon temps... Une baffe à l’école, deux à la maison... Z’ avez qu’à lui en coller une ! »).

Mais une discussion courtoise, argumentée, pourquoi pas ?

Un bon instit a réfléchi chaque minute du temps qu’il passe en classe et saura vous en expliquer clairement les objectifs sans jargonner. C’est comme un bon médecin : il doit être capable de vous expliquer de quoi vous souffrez même si vous n’avez pas fait 7 ans d’études. Sinon, c’est qu’il n’est pas lui-même convaincu de la pertinence de son action, et vous lui rendrez service (ainsi qu’aux enfants) en l’obligeant à clarifier ses options pédagogiques.

Et puis rassurez-vous : « cordonnier mal chaussé », je n’ai jamais eu le temps d’aider mes enfants à faire leurs devoirs, ni les moyens de les faire aider par d’autres, et au gré de mes mutations, ils se sont parfois retrouvés dans des écoles sinistrées où des collègues usés, fatigués et désenchantés faisaient « bouffer de la copie » à des classes terrorisées ou surexcitées (ça dépendait du style du dépressif), eh bien ils s’en sortent bien, l’important, en tant que parent, étant avant tout de s’intéresser à eux, d’être attentif à leurs talents et à leurs passions. Quand la confiance en soi et la passion sont là, la motivation vient à bout de tous les théorèmes et de toutes les subtilités de notre belle langue !

Je la trouve bien conciliante votre fille, et bien futée aussi : conciliante car elle accepte bravement de se soumettre à des dictées qui n’ont aucun sens pour elle, puisqu’ elle ne voit pas l’intérêt de respecter l’orthographe en d’autres circonstances, et futée car elle a parfaitement compris qu’il est inutile de se fatiguer à réinvestir d’un côté ce que l’on a appris de l’autre puisque personne ne s’intéresse à ses « créations narratives », à part papa que ça énerve, mais bon... C’est tellement bien un papa qui s’intéresse à vous, même si c’est pour râler !

Mais vous n’avez pas dit si elle écrit de beaux textes ?

Si oui, prenez un peu de temps pendant vos congés, corrigez les fautes avec elle, rajoutez de belles illustrations (dessins, collages, photos...), une belle reliure, et hop ! Son premier livre...

Cordialement.


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