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tiptop 30 août 2007 22:13

C’est absolument vrai. Voici ce que j’ai proposé pour publication il y a quelques heures sur le rôle trouble de Mesmer pendant la guerre contre l’UPC

Pierre Messmer est mort. Paix à son âme. Doutons seulement que les médias éclaire la part sombre du « légionnaire », de « l’Africain » qui de 1956 à 1958 contribua à lancer, sous l’impulsion de Foccart, une guerre secrète qui ravagea le Cameroun faisant plusieurs centaines de milliers de morts. Le pays en porte encore les stigmates d’autant que les gouvernements successifs d’Ahidjo et Biya n’ ont jamais cessé de pourchasser les membres de l’UPC, le mouvement indépendantiste Camerounais, et en particulier les Bamilékés qui avaient l’impudence de penser l’indépendance de leur pays sans les Français.

Mesmer fut Haut-commissaire au Cameroun (1956-1958) puis en Afrique équatoriale française (1958), enfin haut-commissaire général en Afrique occidentale française (1958-1959). Chemin faisant, il est passera par un cabinet ministériel en 1956, à la France d’outre-mer, dont Gaston Defferre est le ministre. Pierre Messmer travaillera sur une loi-cadre préparant l’évolution de l’Afrique française. Plus tard il deviendra ministre des Armées le 6 février 1960, fonction qu’il conservera, d’un gouvernement à l’autre, jusqu’à une autre secousse, celle de Mai 68... C’est dire que son rôle fut central dans la mise sous tutelle du Cameroun et dans les mécanismes désormais bien connu de la françafrique.

Dès l’après guerre les conditions de l’indépendance furent posées par l’UPC, Union des Populations du Cameroun, premier parti indigène nationaliste créé le 10 avril 1948. Une telle évolution ne plut pas à tout le monde. Les colons français furent les premiers à manifester leur mécontentement par rapport aux conclusions de Brazzaville. Le 15 avril 1945 à Yaoundé, ils créèrent l’Association des Colons du Cameroun, AS COCAM. Cette association organisa à Douala le 5 septembre 1945 les États Généraux de la colonisation française dont la principale conclusion était de s’opposer à l’application des résolutions de Brazzaville. Ce fut l’escalade qui se termina par des massacres d’indigènes, à Douala, les 24,25 et 26 septembre 1945.

Dès la fin des années quarante, Jacques Foccart tisse en Afrique ses réseaux gaullistes, si conservateurs qu’ils en agacent le général De Gaulle lui-même, pourtant très attaché à l’Empire français. Au Cameroun, le parti gaulliste, le RPF ne jure que par la répression . Il est en concurrence avec la coalition au pouvoir à Paris, la « troisième force » ni communiste, ni gaulliste. Mais celle-ci est tout aussi hostile que le RPF aux revendications de l’UPC. Le Haut-commissaire Soucadaux introduit les socialistes de la SFIO, tandis que Louis-Paul Aujoulat, secrétaire d’État à la France d’Outre-Mer, missionne les démocrate-chrétiens du MRP. Les deux partis suscitent ensemble un « Bloc des démocrates camerounais ». Ils l’arriment aux structures coutumières conservatrices, aux régions (le Nord, le Centre) ou aux ethnies (les Doualas par exemple) sensibles à l’épouvantail bamiléké . Le corps électoral étant très restreint et la fraude systématique, le « Bloc » devance l’UPC aux élections de 1951 et 1952. En 1957, le nouveau Haut-commissaire Pierre Messmer, tout en réaffirmant « le maintien de la tutelle confiée à la France », tente une médiation via un prélat camerounais : Mgr Thomas Mongo rencontre Um Nyobé le leader UPCiste. La négociation tourne court. L’UPC, ancrée dans le mouvement mondial de refus du colonialisme, n’est pas prête à céder sur l’essentiel : l’indépendance. Après cet échec, le gouvernement français par l’entremise de son ministre des colonies Gaston Defferre propose de dissoudre l’Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM) et d’organiser de nouvelles élections sous l’égide de la loi cadre Defferre. Ruben Um Nyobè dira à ce sujet : « Je pourrais seulement lui [Charles Assalé] dire et par cela à MM. Gaston Defferre et Pierre Messmer que la tentative d’intégrer le Cameroun par la force dans l’Union Française ne date pas d’aujourd’hui. L’expérience Roland a échoué, celle de Gaston Defferre échouera plus lamentablement car, non seulement le peuple camerounais n’ira pas aux urnes le 23 décembre, mais également nous nous opposerons de toutes nos forces à toute tentative de la France à mettre des marionnettes en place pour faire du Cameroun un second Togo. » En 1960, cette marionnette aura un nom : Ahidjo. L’UPC constate ainsi l’inanité de la lutte sur le plan légal et Um Nyobé prend le maquis. Des émeutes, suivies de répression, éclatent en 1955. L’UPC est interdite le 13 juillet 1955. Les élections camerounaises sont fixées au 23 décembre 1956 de telle façon que l’UPC ne puisse s’y présenter. Le 9 décembre 1957, André-Marie Mbida, premier ministre, appelle les troupes françaises pour « rétablir l’ordre » dans la Sanaga maritime (pays Bassa). La « campagne de pacification » va durer onze mois. Le 3 septembre 1958, Ruben Um Nyobé est tué près de son village natal de Boumnyebel. L’ordre de le liquider aurait, selon Pierre Péan, été donné par Maurice Delauney qui laisse à son départ en décembre 1958 « une situation détendue ». Le 19 février 1958, Ahmadou Ahidjo devient Premier ministre à la place de Mbida. Le 19 octobre 1958, le haut-commissaire Xavier Torre annonce à la radio que la France est prête à accorder l’indépendance au Cameroun. Elle sera effective le 1er janvier 1960, mais ne mettra pas un terme à la répression de l’UPC par les troupes françaises. En 1959, les troubles reprennent en pays bamiléké. De février à octobre 1960 une « campagne de pacification » est faite par l’armée française. Mongo Beti dans Main basse sur le Cameroun témoigne. « Pour réduire la révolte de l’UPC, Jacques Foccart, artisan de la politique africaine du général De Gaulle, crée le SDECE Afrique dont il confie la direction à Maurice Robert. La filiale camerounaise, le SEDOC, est dirigé par Jean Fochivé . Enfin, pour « casser » la rébellion bamiléké, Foccart envoie, à la demande du gouvernement camerounais, un corps expéditionnaire français sous la direction du général Max Briand, qui a commandé durant deux ans en Indochine le 22ème RIC « les casseurs de Viets ». Pour « éradiquer » l’UPC, Briand applique les méthodes utilisées en Indochine et Algérie : camps de regroupement, politiques de la terre brûlée, bombardements au napalm, destruction des villages. En gare de Douala, un groupe de cinquante deux détenus, hommes, femmes et enfants est embarqué tôt le matin, le 1er février 1962, dans un wagon métallique dont la porte est verrouillée. Quand le train arrive à Yaoundé au début de la soirée, l’asphyxie a fait son oeuvre : le gendarme qui ouvre le wagon découvre vingt-cinq cadavres. Des officiers français admettront par la suite avoir frappé trop fort. » Constantin Melnik a été, dans les mêmes années 60, un haut responsable de l’état Francais. Il était conseiller des services secrets de Michel Debre, alors Premier Ministre de France, sous la présidence de Charles de Gaulle. Dans un livre qu’il a publie en 1996 aux Editions Plon, intitule « La mort était leur mission », Melnik raconte, page 195, l’épopée sanglante du Corps expéditionnaire français au Cameroun. « Apres la décolonisation orchestrée par le Général de Gaulle, des troubles avaient éclaté au Cameroun. Ou se situait, a propos ce putain de pays et quelles étaient son histoire et sa singularité ? Une fraction extrémiste regroupant les BAMILEKE s’était soulevée. Selon une tradition africaine qui n’était pas encore relayée par la télévision, des massacres avaient eu lieu, suivis d’une répression ou les forces gouvernementales, épaulées par des Conseillers militaires français, n’avaient fait preuve d’aucune réserve. Tentés par une aventure africaine, des camarades du Colonel Martineau étaient partis piloter des hélicoptères et ils étaient revenus lourds de récits de cadavres flottant au fil de l’eau ou pourrissant dans la foret » Un de ces pilotes témoignera : « En deux ans l’armée régulière a pris le pays Bamiléké du Sud jusqu’au Nord et l’a complètement ravagé. Ils ont massacré de 300 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques. Les Bamilékés n’avaient aucune chance. A la fin de la guerre, j’ai fait une prospection d’un mois avec un administrateur général du nom de Coudret. Il était indigné. Ce n’est pas possible tous ces villages morts, où sont les habitants ? Les villages avaient été rasés un peu comme Attila. Peu de français sont intervenus directement. J’en ai connu 3 ou 4. La presse n’en a pas parlé. On faisait plaisir au président Ahidjo parce qu’il fallait que le Cameroun garde ses liens avec la France. » (Max Bardet, OK Cargo, Grasset) Charles Van de Lanoitte, qui fut de longues années correspondant de Reuter à Douala, parle de 40 000 morts en pays bassa, en 1960-61 : 156 Oradour, autant de villages totalement détruits avec ceux qui n’avaient pu les fuir . Le journaliste décrit aussi « le régime effroyable des camps de tortures et d’extermination » dont il a été « le témoin horrifié » Côté police, un redoutable professionnel français, Georges Conan, démontre ses talents - dont celui de multiplier les aveux et dénonciations. Pour les affaires militaires, deux conseillers viennent encadrer le président Ahidjo : le colonel Noiret et le capitaine Leroy . L’ancien ministre des Armées Pierre Guillaumat confirme : « Foccart a joué un rôle déterminant dans cette affaire. Il a maté la révolte des Bamilékés avec Ahidjo et les services spéciaux ». Au passage, on notera la présentation ethnique d’une révolte politique...

L’hostilité de Pierre MESSMER est encore vivace ; plus de 50 ans après, on peut lire dans les extraits de son livre : « les blancs s’en vont. Récit de la décolonisation » publié en 1998, reproduits dans le Messager n°823 du 05 octobre 1998 : « Contrairement à d’autres territoires francophones où le RDA devient bientôt le premier parti politique, au Cameroun, l’UPC va échouer. Elle peut réunir des manifestants, déclencher des grèves, pousser à des affrontements sanglants, mais elle n’a pas d’élus. Comme toujours, on imputera cet échec aux manœuvres de l’administration coloniale, à l’habilité du haut commissaire Soucadaux à la brutalité de son successeur Roland Pré ». Pour Pierre MESSMER qui a succédé à Roland Pré, il était tout à fait normal qu’un parti de l’envergure de l’UPC n’ait pas d’élus. L’échiquier politique de l’époque ne comptait pas de parti pouvant sérieusement rivaliser avec l’UPC ; et ce parti était implanté dans les zones à forte population du croissant fertile : Alors pourquoi l’UPC n’avait-elle pas d’élus ? Pierre MESSMER qui récuse la fraude électorale et les manœuvres de l’administration coloniale nous la donne : Le tribalisme. « la vérité est simple. L’UPC a été impuissant devant le tribalisme. Le Nord musulman, dominé politiquement par les chefs traditionnels est imperméable à l’influence upéciste, sudiste, communiste, combattue par l’administration. Au Sud, en dehors de Douala et des pays Bassa tout proche, l’UPC s’est heurté à des barrages presque partout. Les Bulus les Ewodos disent leurs hommes, pas ceux de UM NYOBE. Même dans le pays bamiléké ou l’UPC recrute une grande partie de ses cadres, les chefs traditionnels sont assez forts pour lui résister. » L’instinct tribal, le péril rouge .... Des poncifs qui lui feront justifier le meurtre de Mounier leader UPCiste. Il fut empoisonné au thalium par un agent français du SDECE le 15 octobre 1960. L’ethnicisation de combats politiques est une vieille tradition, Lyautey ne disait-il pas : .« S’il y a des moeurs et des coutumes a respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu’il faut démêler et utiliser a notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres ».


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