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Polemikvictor Polemikvictor 17 septembre 2007 11:59

Copier/ Coller d’un article apru dans Courrier International ( ma revue de référence )

Bernard Laporte, roi des bons plans

Grâce à sa relation avec Nicolas Sarkozy, le sélectionneur voit la vie en rose.

Les Français sont peut-être tout simplement moins superstitieux que nous. En Italie, personne ne songerait à baptiser un stade du nom d’un personnage vivant, ni à confier une fonction gouvernementale à un sélectionneur sportif à la veille d’une Coupe du monde (ni même après, probablement). Bernard Laporte, entraîneur de l’équipe de France de rugby, peut se féliciter, quant à lui, de posséder déjà deux stades à son nom - ceux de Gaillac (Tarn) et de Cadaujac (Gironde) - et un poste de secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, qu’il acceptera officiellement à la fin du Mondial, le 21 octobre. Nicolas Sarkozy est plus que son ami, c’est son parrain. Mais tous les Français ne sont pas exaltés par une équipe nationale qui semble ni plus ni moins politisée. En France, le rugby est une affaire sérieuse, comme le foot peut l’être en Italie. Le succès de Laporte dépendra dans une très large mesure des résultats de son équipe pendant la Coupe du monde. Mais, surtout, le gourou français du ballon ovale semble être un homme sagace et dénué de scrupules, y compris dans ses stratégies commerciales. La presse et l’opposition se sont posé un certain nombre de questions au sujet des différents conflits d’intérêts qui le concernent et ont également mis en doute le caractère irréprochable de ses investissements dans le secteur des casinos. Bernard Laporte est actionnaire à 50 % d’un casino à Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie, une affaire qui rapporte 34 000 euros par jour. Un tenancier de tripot, disent ses adversaires avec mépris. La Constitution française stipule que les fonctions des membres du gouvernement sont incompatibles avec toute forme d’activité professionnelle, et, pourtant, le président de la République en personne est toujours actionnaire du cabinet d’avocats Claude-Sarkozy. “Je ne suis le gérant d’aucune société, se défend le sélectionneur des Bleus. Je suis seulement actionnaire. Je me suis libéré de mes fonctions en quittant le conseil d’administration. Je ne vois rien de mal dans le fait d’investir le peu d’argent que j’ai gagné avec le rugby. Je possède également trois campings sur la côte, deux magasins à Paris et une brasserie à Arcachon : je ne suis quand même pas maquereau ou dealer.” Le 19 juin dernier, à Matignon, le jour où le Premier ministre François Fillon lui a demandé d’accepter le poste de secrétaire d’Etat au sein du gouvernement, le sélectionneur de l’équipe de France de rugby a ajouté : “Je ne vois pas où est le problème. Les casinos sont des entreprises comme les autres.” Même s’il a souvent asséné que l’argent n’était pas le but de son existence, Laporte est présent dans une douzaine de sociétés immobilières. En plus de son salaire mensuel de 7 500 euros en tant qu’entraîneur, il donne des cours et participe à des séminaires (il touche 12 000 euros à chaque intervention). En outre, il prête son image à 17 marques, qui rapportent à sa société - établie au nom de sa mère - la somme supplémentaire de 600 000 euros par an. Tous ses contrats publicitaires seront suspendus le 21 octobre, excepté un seul qui arrivera à échéance en décembre 2007. Issu d’une famille modeste, Bernard Laporte est un autodidacte. S’il a réussi, il le doit plus à ses qualités de psychologue sportif et d’idéologue charismatique du rugby qu’à son talent de demi de mêlée. Champion de France en 1991 sous le maillot de l’équipe de Bègles-Bordeaux, il était, à 29 ans, le plus jeune entraîneur de première division. C’est en tant qu’entraîneur du Stade français qu’il a gagné le championnat de 1998 ; il est devenu sélectionneur de l’équipe nationale en décembre 1999, après avoir commenté les matchs à la télévision. Il a remporté quatre des six dernières éditions du glorieux tournoi des Six- Nations. En 2002, il a été élu meilleur entraîneur du monde et, en 2003, il a mené la France en demi-finale de la Coupe du monde. Comme il joue chez lui, il est inévitablement le favori de l’édition 2007. C’est en vacances à Arcachon que Sarkozy l’a rencontré par le biais d’amis communs et il a tout de suite été conquis par l’énergie du leader. “Tu serais un bon ministre des Sports”, lui a lancé Sarko à la fin d’un match. La prophétie est devenue réalité, même si Laporte, en tant que secrétaire d’Etat, devra en référer à la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Roselyne Bachelot. Cependant, les médias cherchent à refréner son enthousiasme, en dévoilant des anecdotes quelque peu embarrassantes (notamment, ses relations d’affaires avec certains des joueurs qu’il entraîne) et en faisant allusion aux avantages personnels que Laporte essaierait de tirer de sa relation intime avec Sarkozy. Par exemple, pour un projet immobilier de quelque 15 millions d’euros qui a été bloqué par une administration locale socialiste pour “irrégularités conceptuelles”. Par ailleurs, la propriétaire d’un casino a rapporté au journal Le Monde que Bernard Laporte s’était proposé, au cours d’un dîner, d’intercéder auprès de Nicolas Sarkozy afin qu’elle obtienne une centaine de licences supplémentaires pour des machines à sous. Si le projet se réalisait, il toucherait la moitié des gains. “Mesquinerie : c’était juste une blague”, a répondu avec indignation le sélectionneur, qui va dorénavant pouvoir mettre à profit son expérience des mêlées, des plaquages et des coups bas.

Emilio Marrese L’Espresso


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