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Daerel Daerel 20 juillet 2008 20:34

Etant enseignant, je ne savais même pas qu’un nouveau rapport sur l’orientation avait été publié sur ce sujet.

Ayant lu votre synthèse et ayant un peu fouiné pour le lire, je suis assez héberlué par ce que j’y ai lu (genre la régionalisation des CIO et l’arrêt du recrutement des COPsy qui passeraient sous l’autorité des chefs d’établissement). Mais, il faut être enseignant et déjà connâitre l’horreur de l’orientation pour voir qu’on va créer un enfer pire que celui actuel.

Pour information, l’orientation telle qu’elle est conçue actuellement est digne d’Ubu-roi.

Premier cas de figure : votre enfant va en seconde générale. Là, aucun souci, l’orientation est facile.

C’est pour les autres types d’orientation que l’enfer débute. Si un élève n’a pas les capacités d’aller en seconde générale ou n’en a pas envie car il a en tête un autre type de parcours de formation, l’enfer débute.

Tout d’abord, l’orientation est définie pour les BEP par un logiciel à la cruelle logique des notes. Etant donné que les notes varient sur une même copie dans une amplitude de 5 points selon le prof qui corrige, vous imaginez bien que ce logiciel favorise ou défavorise certains gamins. Ceci connu des professeurs, certains surnotent des gamins qui ont commencé à formuler l’idée d’un parcours dans le but que ce gamin obtienne son affectation par le logiciel... et là, paf les parents d’élèves voient les notes monter et ils demandent une seconde générale où le gamin va se planter... (expérience vécue une bonne vingtaine de fois).

ENsuite, les affectations sont sectorisées par bassin. Le logiciel va favoriser les enfants du bassin en donnant des points. DOnc, si dans le bassin il n’y a pas le type de BEP que veut le gamin, celui-ci n’aura souvent rien car il sera débouté du logiciel en faveur de ceux qui vivent dans le bassin visé.

Pire, si le gamin veut un BEP rare qui existe dans une autre académie (imaginons un gamin qui vit à Sarcelles, académie de Versailles, et qui veut un BEP photographie situé à Saint-Denis, 10 mn en train de Sarcelles, il sera refusé car hors-académie ou alors il devra présenter un dossier en béton, càd avoir au minimum 15 de moyenne partout... bref, les gamins qui n’aiment pas l’école classique mais qui ont un projet spécifique sont anéantis par la logique administrative).

Maintenant imaginons que ce gamin obtienne la possibilité d’aller dans une autre académie pour avoir un BEP spécifique... encore faut-il qu’il y ait de la place car souvent 90% des places sont réservés aux élèves dudit établissment (et là, le gamin doit retourner dans son académie d’origine et là, rebelote, dossier administratif pour annuler l’exeat).

Les professeurs principaux de 3e en ZEP sont des preux chevaliers qui donnent un temps énorme pour que chacun de leurs gamins puissent obtenir quelque chose qui leur plait.

Rajouter à tout ceci que souvent ils doivent motivés des gamins qui s’en contrefichent ou n’ont aucune idée, luttent contre des parents qui veuelnt que leur gamin aillent en seconde générale car le grand frère/la grande soeur y a été... oulalalalalala...

Et attendez, ce n’est pas fini... car les professeurs de 3e sont alors confrontés à leurs prinicpaux... qui doivent fournir du chiffre de passage en seconde générale... bazardant tout le travail d’orientation des COPsy et des professeurs principaux.

Les passages en seconde générale ont augmenté très fort dans pas mal de collèges de ZEP ces dernières années et le taux d’échec en seconde générale a aussi explosé... Aucune corrélation lorsque des professeurs en font la remarque lors des conseils pédagogiques où les principaux montrent les chiffres en montrant la réussite éclair de l’établissement depuis des années (où on montre qu’un taux de 54% de redoublement en seconde des élèves issu du collège est mieux que les 30% d’autrefois, vous comprennez nous envoyons maintenant 61% des élèves en seconde générale contre 31% autrefois... ah et le petit chiffre de 46% de disparition du circuit scolaire en BEP contre 3% n’a rien à voir avec la transformation de l’heure de TSO en une demi-heure par semaine depuis l’arrivée de la nouvelle équipe de direction et sa nouvelle politique de contrainte budgétaire pour favoriser les IDD).

Alors, si en plus, les COPsy doivent passer sous les ordres des chefs d’établissement... on court à la catastrophe en ZEP.

SI tout cela vous semble être absurde et impossible, que j’éxagère... je ne raconte que la moitié de ce que j’ai vu et j’ai dû accepté dans ma courte carrière.

Comprenez bien que maintenant la volonté politique sur l’orientation n’est pas le désir et les possibilités des gamins mais les quotas fixés par sous-entendus aux principaux et surtout les offres du bassin du collège.

Savez-vous par exemple que dans certains bassins, 90% des BEP sont des BEP Vam (vente action marchande), Comptabilité ou Secrétariat ? Et que les BEP carrière sanitaire et social (pour devenir puéricultrice, auxiliaire de vie ou infirmière) sont microscopiques... 20 à 40 places seulement dans la Val d’Oise contre plus de 800 demandes... et dans une France qui vieillit et qui manque justement de ces métiers...

L’offre d’orientation est dingue, le processus d’orientation est dingue, les objectifs auxquels sont invités les principaux (en jargon de l’Education nationale, inviter signifie ordonner) ubuesque...

Non, pour réussir son orientation, il faut être bon élève et aimer l’école classique. Vous êtes un élève en difficulté ou un élève qui a dû mal avec le monde scolaire... bah... vous allez connaître Ubu !

AH oui, beaucoup de professeurs ne veulent plus être professeur principal de 3e... c’est curieux non ;) !


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