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Naja Naja 3 décembre 2008 22:40

Je ne ne crie pas vengeance et je suis loin de faire exception.
Le désir de vengeance enferme dans la haine, laquelle perpétue le lien à mes agresseurs dont j’aspire à me libérer. Si quelqu’un se mettait en tête de me venger par exemple, je vivrais un préjudice supplémentaire. Je me sentirais totalement oubliée par ce geste qui ignore son égoïsme. Peu de choses me révolteraient davantage que de voir des actes que je réprouve accomplis en mon nom. Enfin, cela reviendrait à me priver de mon droit à demander réparation en justice, de façon citoyenne et équitable.
Pour échanger régulièrement avec d’autres victimes, j’ai remarqué que nous étions peu nombreuses à vivre dans un esprit de vengeance. L’idée selon laquelle les victimes seraient nécessairement assoiffées de haine vengeresse relève donc du préjugé.

Par ailleurs, je signale au passage que nous ne récoltons pas non plus spécialement la sympathie d’autrui. Les réactions face à la connaissance de ce que nous avons subi vont classiquement de l’incrédulité à la condescendance en passant par l’agressivité et la commisération (qui n’est pas l’empathie).
Là aussi je m’interroge sur l’origine du préjugé qui laisse penser que nous sommes soutenues (trop selon certains) et notre souffrance prises en considération (trop selon certains, à nouveau). Je me dis qu’il provient sans doute en parti des émois collectifs que certains faits divers suscitent et qui font naturellement supposer que c’est ainsi que l’entourage d’une victime réagit nécessairement. Mais être téléspectateur n’est pas être confronté à la réalité. Face à impensable, les sentiments empreints de respect et d’humanité s’effacent bien souvent devant l’angoisse, la peur ou tout simplement le mépris, lesquels engendrent des comportements insultant. Et il se trouve que sur ce point, les acteurs de la justice ne sont pas en reste.

Pour ce qui est de mes attentes envers la justice maintenant, c’est la reconnaissance de ce que j’ai subi dans toute sa gravité qui m’importe. Peut-être n’est-ce pas évident pour chacun, mais oui la reconnaissance est bien une réparation en soi... et son absence un préjudice. Elle comprend la reconnaissance de la culpabilité des criminels et celle de la gravité de leurs forfaits.
De ce que je comprends, la condamnation ignore les victimes pour servir des buts collectifs seulement  : affirmation de la valeur des lois par condamnation de leur transgression et nécessité de protection des citoyens par mise à l’écart des individus dangereux... en attendant qu’ils s’amendent... si tant que la société se donne les moyens de poursuivre ce but. De fait, je n’ai rien à attendre en soi de la peine que pourraient purger mes agresseurs, car celle-ci ne me concerne pas. Je pourrais en attendre quelque bienfait si l’un des buts d’une condamnation était d’amener le criminel à s’amender auprès de sa victime, mais dans notre système ce n’est pas (plus ?) le cas. Ce n’est pas eux que je pense, mais à moi, et aux éventuelles futures victimes.
Partant de là, si la justice me traitait respectueusement, que les atteintes que j’ai subis étaient qualifiées correctement dans le code pénal (ce n’est pas le cas) et mes agresseurs reconnus coupables de leurs crimes pour ce qu’ils sont réellement, ce serait une réelle réparation et je n’aurais rien à attendre de plus de la société. Pour le reste, c’est à moi d’apprendre à vivre avec, ou sans. Personne ne pourra me rendre tout ce qui m’a été volé ou dont j’ai été privée et rien de changera mon passé.

Il est évident que la prescription empêche précisément cette réparation puisqu’elle interdit la poursuite du criminel, sa mise en accusation et l’éventuelle reconnaissance publique de ses crimes devant l’autorité législative.

Cordialement,
Naja


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