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abdelkader17 9 novembre 2009 14:32
Le Mur de l’apartheid en Cisjordanie : chronique d’une dépossession annoncée Il ne suit pas les frontières de 1967,
il englobe, du côté israélien, des colonies illégalement construites, des nappes phréatiques importantes, il empêche des paysans de travailler leurs terres, des écoliers d’aller à l’école, des familles d’être réunies.
Plus que l’apartheid, qu’il consacre, le Mur prépare la mise en œuvre d’un immense programme de dépossession et de transfert des populations palestiniennes de Cisjordanie. Récit. Yasmine Ghallab, cadre d’entreprise et ancien professeur de mathématiques en Palestine, est militante de la cause palestinienne et membre fondatrice de l’association Solidarité Maroc Palestine (en cours de constitution). Lors d’un voyage en Cisjordanie, effectué dans le cadre d’une mission de « Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien » (CCIPPP), ONG française, mission qui s’est déroulée du 4 au 17 août 2004, elle a observé de près le système d’apartheid mis en place par l’Etat d’Israël à l’encontre des Palestiniens, rendu encore plus concret depuis la construction du Mur, élément-clé d’une stratégie implacable. En effet, la construction du Mur prive les Palestiniens de leur travail et de tout lien social, familial, économique, éducatif et professionnel. Elle les dépossède à terme de leur droit à la terre.
Le récit de ce voyage sera publié en trois parties.

L’itinéraire de ce voyage s’est limité à la Cisjordanie en raison du bouclage de la Bande de Gaza (pour les internationaux et les nationaux non munis d’autorisations spécifiques). Les villes où je me suis rendue, avec mes compagnons de mission, sont Jérusalem, Tulkarem, Qalqilya, Jénine, Beddou, Bethléem et Hébron. Dans ces deux dernières villes, d’autres problématiques, récurrentes, sont abordées : celle des réfugiés et celle de la ville d’Hébron où une minorité de colons, protégés par toute une artillerie lourde, s’est appropriée la vieille ville. Ces deux sujets ne seront cependant pas traités dans cet article, concentré sur la question du Mur.(*)
A terme, la longueur du Mur totalisera plus de 830 kilomètres (avec un coût de 2,8 millions de dollars par kilomètre) et les territoires palestiniens se réduiront à 42% de la Cisjordanie, soit 10% du territoire de la Palestine historique. Il apparaît que la création d’un Etat palestinien viable et indépendant est totalement hypothéquée par ce plan diabolique.
z Jérusalem : l’achèvement du Mur aboutira à la confiscation par Israël de 90% des terres de la zone
Le « Grand Jérusalem » s’étend, à partir des limites de Jérusalem de 1967, vers l’ouest, par l’extension des quartiers juifs, et au nord, au sud et à l’est, par la construction des premières colonies. Ces dernières sont parmi les plus grandes colonies construites. Leur fonction est de marginaliser géographiquement cette ville de la Cisjordanie et de contrebalancer le poids démographique arabe, en plus d’autres méthodes d’expulsion et de limitation d’accès à la propriété imposées à la population palestinienne. Ces objectifs sont aujourd’hui quasiment atteints.
Nous constatons qu’une colonie n’est pas constituée uniquement de la surface construite, mais englobe une surface bien plus large dite de surveillance (control area), qui peut s’étendre sur plus de 10 kilomètres au-delà de la colonie proprement dite.
Une clôture additionnelle est formée par le Mur que nous observons pour la première fois sous ces deux aspects. En milieu urbain, c’est une haute et épaisse barrière composée d’éléments gris cimentés de 8 à 12 mètres de hauteur et de 50 centimètres de large. La mobilité de ces éléments laisse penser que ce qui est recherché, dans le cadre de la stratégie d’occupation du gouvernement israélien actuel, c’est la possibilité de faire avancer ces pans de mur dans le sens d’une annexion plus large des terres palestiniennes par l’Etat d’Israël.
En milieu rural, le Mur est constitué d’une bande de terre variable, de 40 à 100 mètres de largeur, aménagée selon une technique fixe et composée de plusieurs éléments. De chaque côté se trouvent des barbelés de fer, longeant un profond fossé, suivi d’un grillage électrique à haute tension avec, à certains endroits, des capteurs, une bande de terre - balayée tous les jours - qui sert à détecter les empreintes, et la route goudronnée, où passent les véhicules de l’armée. Des tours de guet sont également disposées tout le long de cette barrière où patrouillent des jeeps des forces de l’occupation israéliennes, des tanks et des véhicules blindés.
z Le mur englobe toutes les colonies et les nappes phréatiques les plus importantes
Le tracé du Mur ne suit pas la frontière de 1967, définie par les instances et dans les résolutions internationales ou les accords d’Oslo, mais répond à une stratégie d’expropriation visant à englober toutes les colonies, même celles construites le plus à l’intérieur de la Cisjordanie, ainsi que les nappes phréatiques les plus importantes, sans prendre en considération les besoins et les droits de la population palestinienne.
Autour de Jérusalem, le Mur concrétise le projet sioniste du « Grand Jérusalem », qui vise à judaïser et à annexer Jérusalem-Est dans une zone métropolitaine juive, figeant de fait l’annexion illégale de Jérusalem depuis 1967. Il englobe les colonies, internationalement non reconnues et irrégulièrement construites, et isole les quartiers arabes à forte densité, ce qui entraîne la séparation de 70 000 Palestiniens résidant à Jérusalem de leur ville et de leurs droits de citoyens.
Le Mur sépare Jérusalem, au nord et au sud, de la Cisjordanie, l’est étant bloqué par l’extension de la colonie Ma’ale Adumim (qui se prolonge jusque dans la vallée du Jourdain). L’achèvement de ce projet aboutira à la confiscation de 90% des terres dans la zone de Jérusalem.
z Qalandia : les véhicules palestiniens ont une seule voie pour rouler, l’autre a été délibérément détruite
Le point de contrôle, plus communément appelé checkpoint ou mahsoum, de Qalandia est le plus important de la Cisjordanie, véritable frontière incontournable pour les Palestiniens entre Jérusalem et toutes les villes au Nord.
Nous apercevons sur l’artère principale, venant de la localité d’A-Ram, les panneaux de béton du Mur non encore monté, posés à terre. L’aménagement est bien entamé mais ne consiste pas seulement à dresser cette barrière sur le bas-côté de la route. Celle-ci est préalablement dévastée, coupée en deux, forçant les véhicules palestiniens à rouler sur une seule voie. Un muret gris est placé au milieu et le bitume a été retiré de l’autre voie. C’est une preuve de la volonté manifeste d’Israël d’entraver par tous les moyens la vie quotidienne des Palestiniens.
Nous nous approchons de la portion du Mur déjà dressée dans cette zone et nous nous retrouvons à quelques mètres du bâtiment qui devait accueillir le Parlement palestinien. Ce bâtiment est bien sûr inachevé. La maison en face, collée au Mur, n’a pas été démolie mais confisquée par l’armée et transformée en tour de guet militaire. Une caméra filme.
z Tulkarem-Falaya : les portes dans le Mur sont ouvertes selon le bon vouloir des soldats et les horaires affichés ne sont pas respectés.
Le point d’entrée de Tulkarem est le check-point d’Anabta, à 15 kilomètres, pour les véhicules non munis d’autorisation. L’armée n’est pas présente, mais une barrière métallique jaune, posée sur deux blocs de béton, barre la route aux voitures. Les chauffeurs de taxi déposent les passagers d’un côté et ceux de la ville les attendent de l’autre côté. C’est le principe de toute entrée-sortie des villes de Cisjordanie, transformées en véritables ghettos, ou même, certains jours, en prisons pour leurs habitants.
A Tulkarem, on nous informe de la destruction, hier, de 12 maisons, affectant 20 familles, à Azzun Atme, village situé dans l’étau entre le Mur et la Ligne verte. Afin de mieux cerner la question du Mur, nous décidons de nous joindre à la marche de l’ISM (International solidarity movement). Cette association a entamé une marche de trois semaines le long du Mur, du 30 juillet au 18 août 2004, de Zubaba, dans le district de Jenine, à Qalandia dans celui de Jérusalem.
Nous les rejoignons à Kfar Jamal, à Falamya. La portion de Mur suivie au cours de notre marche est constituée de dunums de terre (2), sur une largeur évaluée à plus de 40 mètres, confisqués aux Palestiniens.
Sur des écriteaux rouges accrochés au grillage - et que certains manifestants essaient de retirer -, il est indiqué dans trois langues - arabe, hébreu et anglais - que « la zone au-delà du grillage est zone militaire et [que] quiconque cherche à l’outrepasser ou à l’endommager se met en danger de mort ».
Le long du Mur, des ouvertures, les « gates », ont été aménagées pour permettre le passage d’une zone à l’autre des personnes autorisées. Ce sont principalement des paysans allant travailler leur terre, des écoliers rejoignant leurs écoles ou des habitants des villes et villages compris dans l’étau entre la première frontière, la Ligne verte et cette nouvelle barrière. L’aménagement et l’ouverture des portes ne sont
pas décidés en fonction du besoin de la population
locale.
Un écriteau sur le grillage indique trois heures d’ouverture supposées, à 6h30,
12h30 et 17h30, pour une durée d’une à deux heures chacune. Ces indications ne sont même pas respectées par les soldats, qui agissent selon leur bon vouloir ; le passage pouvant être ouvert à n’importe quelle heure ou rester fermé toute la journée, voire plusieurs jours de suite.
z Tulkarem-Jarushieh : accrochés à un arbre, placés près d’un puits, les ordres de confiscation ne sont pas remis aux Palestiniens...
Al Jarushieh est un des villages qui jouxtent le Mur. Nous rendons visite à une famille dont la maison se trouve à dix mètres du Mur. De la terrasse, nous apercevons le Mur qui serpente sur 150 dunums de leurs terres et qui les prive d’accéder à 400 dunums situés de l’autre côté. Par une erreur de tracé - comme cela sera justifié par la suite
- , une autre partie des terres avait été complètement endommagée et les arbres déracinés avant que le plan ne soit par la suite corrigé.
Désormais, pour accéder à leurs terres, ils ont besoin d’autorisations qui sont de plus en plus difficiles à obtenir. Elles sont de moins en moins octroyées et pas nécessairement renouvelées (le nombre d’autorisations est passé de 70% au départ - probablement pour juguler la colère des Palestiniens - à 30%, puis finalement est réduit aujourd’hui à la dizaine). Quant aux délais donnés, ils sont de plus en plus courts et les documents requis pour l’octroi de la permission sont de plus en plus complexes à obtenir (il est notamment exigé un certificat de propriété délivré par les autorités israéliennes - qui détiennent le cadastre des propriétés « proches » de la frontière - et qui nécessite la médiation d’un avocat).
Toutes ces procédures bureaucratiques visent à décourager lentement les Palestiniens de revendiquer leur droit à la propriété et à l’usage de leurs terres. Elles clarifient pour autant le caractère planifié de la stratégie à long terme de la politique sioniste du Grand Israël. Au verso des autorisations, le point 6 précise en effet que « l’autorisation d’accès à la terre ne justifie ou n’implique aucun droit de propriété à la terre en question ». C’est dire que l’obtention de l’autorisation revient d’une certaine manière à une déclaration de reconnaissance de l’ordre de confiscation et d’abandon du droit de propriété.
Les Palestiniens ne sont pas avisés directement de la confiscation de leurs terres. Les ordres sont déposés près d’un puits ou accrochés à des arbres. Le tracé du Mur est indiqué sur une feuille sans mention ni de la propriété ni du nom du propriétaire. Cette pratique vise à saper encore plus le droit de propriété des Palestiniens et leur droit de défense même devant une cour de justice israélienne.
z Une autorisation pour une seule porte. Anes et tracteurs ont besoin d’une autorisation spéciale
Une autorisation de passage est associée à une porte spécifique. Pour obliger davantage les Palestiniens à abandonner leurs terres, les paysans ne peuvent pas passer par d’autres portes (par exemple si celle à laquelle ils ont accès est fermée) et ne sont pas nécessairement autorisés à passer par la porte la plus proche de chez eux. Les véhicules ne sont pas non plus autorisés à franchir le Mur. Seuls les tracteurs et les ânes, avec des autorisations spécifiques, peuvent le faire.
Pour accéder aux terres dont il se trouve séparé, à quelques mètres, notre hôte doit dorénavant parcourir 5 kilomètres sur des chemins tortueux jusqu’à la porte dont il a l’autorisation, soit 10 kilomètres aller et retour. Ses enfants ne peuvent pas l’accompagner car ils n’ont pas d’autorisation et ne peuvent pas être inscrits sur la sienne. Les paysans peuvent aussi être l’objet d’humiliations quotidiennes de la part des militaires. Notre hôte nous racontera ainsi qu’un militaire lui avait demandé de prénommer son âne du nom de sa femme s’il voulait pouvoir passer la fois d’après et, une autre fois, un militaire lancera à son passage : « Chaque âne tire son âne ».
Chaque année, il produisait plus de 800 bidons d’huile d’olive. Cette année, pour la première fois, il avait dû en acheter. La proximité du Mur crée une grande insécurité pour ces familles. Les jeeps patrouillent toutes les demi-heures et les somment de fermer les fenêtres qui donnent sur le Mur et de quitter la terrasse.
(A suivre)

Le Mur enferme les Palestiniens de Cisjordanie dans une véritable prison à ciel ouvert.


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