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Vincent Benard Vincent Benard 27 novembre 2009 21:36

@ Aetius 320 :
"En régime libéral pur, et toutes choses étant égales par ailleurs, est-ce que la formation de multinationales et de grands conglomérats privés est possible ? Je vous demande cela car j’ai remarquer de nombreuses fois que sans les aides financières et géopolitiques, les commandes de l’Etat ainsi que l’imbrication au sommet des dirigeants publics et privés même et surtout peut-être dans les pays anglo-saxons, c’est la totalité des plus grandes sociétés mondiales actuelles qui n’auraient jamais pu atteindre la taille et le pouvoir qu’elles ont aujourd’hui.« 

très bonne question.

Tout d’abord, il n’y a sans doute pas une définition du »régime libéral pur« . Personnellement, je ne suis pas »anarcho-capitaliste« , mais »libéral classique« , c’est à dire que j’estime que l’état doit faire son boulot de garantie des droits fondamentaux définis par la DDH1789 : vie, liberté, propriété, sûreté, résistance à l’oppression. Ajoutons que l’existence d’un »régime libéral pur« me parait aussi inimaginable que celle d’un »régime socialiste pur« , parce que je n’imagine pas la perfection possible en matière de choix politique. Les »idéologues« comme moi (au sens noble du mot) poussent parfois la logique de leur raisonnement très loin, parce qui le fera sinon ? mais politiquement parlant, des compromis sont absolument inévitables.

Une fois ce préalable posé, un régime libéral n’empêche pas a priori que se forme une multinationale voire même un monopole, pour peu que ce monopole ait été acquis sans coercition ni tromperie, mais par contre, il rend probable le fait que ce monopole ne peut être longtemps viable en tant que monopole : dans une société libérale, absolument rien n’empêche que des nouveaux entrants viennent challenger le leader, soit frontalement, soit »latéralement« .

Le probléme du »néo-capitalisme« , que j’ai appelé par ailleurs du néologisme douteux de »collusionisme« , est que les grands groupes tendent à exercer un lobbying actif pour se faire tailler des législations sur mesure protégeant leurs positions pour en faire des rentes de situation, ce qui est absolument condamnable tant du point de vue de la morale que de l’efficacité économique.

ce collusionnisme ne peut à mon avis ne pas être qualifié de libéralisme.

Mais j’entendais ce matin JF Kahn, très peu suspect de sympathies libérales, affirmer ce matin que »le néo libéralisme avait perverti le libéralisme des lumières, qui était respectable« . Si il met derrière néo-libéralisme ce que je mets derrière »collusionnisme« , et derrière »libéralisme des lumières« ce que je mets derrière libéralisme, alors nos divergences sont peut être plus minces qu’on ne le croit, et nous avons peut être surtout un problème de vocabulaire. Bon, ceci dit, ça fait longtemps que je n’ai pas lu du JFK, je me base juste sur une interview de 5minutes à la radio...

J’ai commencé à m’intéresser à ce phénomène ( »collusionisme« ) dès 2005, mais, et c’est mon grand tort et celui de très nombreux libéraux comme moi, nous avons trop négligé de l’étudier en détail et de le dénoncer, en ne tapant trop exclusivement que sur l’état complice de ces collusions.

Pour qu’il y ait collusion, il faut deux parties, et nous avons trop mis l’accent sur le problème que nous posait la première de ces parties (l’état) et pas assez sur les tendances naturelles des grands groupes de pression organisés (enfin si, les syndicats... mais pas assez les pontes du MEDEF qui se servent de l’état et n’ont rien de libéral) à tirer partie de l’état.

Je ne dis pas qu’aucun libéral ne l’a fait, mais nous n’avons pas été assez bons en comm’ la dessus, ce qui aujourd’hui, je n’en disconviens pas, nous pose un certain problème d’image. Mais non, les libéraux ne sont pas une sorte de résurgence des saint-simonniens qui pensaient que l’entrepreneur devait diriger tous les aspects de la société.

Pour paraphraser Milton Friedman (je sais, le diable en personne... - dont je ne me souviens plus de la citation exacte), »les politiques que nous pronons n’ont pas pour but de favoriser le gros entrepreneur établi mais au contraire de permettre que sa réussite soit constamment remise en danger par de nouveaux arrivants qui amènent une nouvellle valeur à l’offre sur le marché. Nous ne sommes pas au service des entreprises d’aujourd’hui mais à celui des entreprises de demain« .

Si vous êtes à l’aise en anglais, un excellent livre sur le sujet, accessible, est signé Luigi Zingales, de l’université de Chicago (re horreur) au titre évocateur : »save the capitalism from capitalists".


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