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Jean 5 mars 2010 11:23

Que l’école publique, qui est censée élever le niveau de connaissances de toute la population scolaire, n’ait pas les moyens de se préoccuper spécialement des enfants « précoces », et que ceux-ci trouvent l’école ennuyeuse, au point parfois qu’ils passent pour des cancres, c’est évident. Mais comment voulez-vous concevoir autrement une école de masse ? La personnalisation réclamée à cors et à cris par de bons apôtres pour qui l’argent public doit couler à flots est une utopie budgétaire. L’enseignement est collectif, et on ne peut guère imaginer qu’il en soit autrement.
En fin de compte, vous n’êtes pas le produit de l’école publique puisque vous nous expliquez que précisément vous devez votre « salut » à l’argent de vos parents, qui leur a permis de vous tailler une éducation sur mesure à laquelle, dites-vous, vous devez votre réussite. Très bien ! Tant mieux pour vous ! Vous avez d’ailleurs mis à profit votre propre aisance pour donner à votre fille une éducation d’élite, personnalisée, sous le prétexte qu’elle « s’ennuyait au lycée ». Je ne vous en blâme pas, c’est de bonne guerre. Mais entre nous soit dit, est-ce un si grand drame, quand on est bonne élève, de « s’ennuyer au lycée » ? Ce sont des années qui passent, puisque leur visée, c’est la fac, et de plus, même au lycée, toutes les heures ne se ressemblent pas. Il y en a forcément où l’on ne « s’ennuie » pas.
Ce qui me gêne, donc, dans vos propos, c’est la caricature que vous brossez de l’école publique, qui aurait selon vous, toutes les tares : vous dites que toute notion de plaisir y est suspecte. Ce n’est pas vrai, car il y a, pour un enfant, du plaisir dans le fait même d’apprendre. Aristote disait que « tout homme désire par nature savoir ». Apportez des connaissances aux enfants et vous les rendez heureux ipso facto. D’ailleurs, vous avez observé comme moi que les enfants « se jettent » littéralement sur les connaissances. Il y a un bonheur en soi à s’instruire.
Par ailleurs, vous savez aussi que les enfants n’étant pas des adultes, ils n’ont pas forcément à tous moments le sens de ce qui leur véritable intérêt et que , comme le dit La Bruyère, « ils cherchent par nature le point faible de leurs éducateurs ». D’où la nécessité de certaines contraintes dans le cadre d’un enseignement de masse : les règles de discipline, les leçons, les devoirs. Parfois, ces contraintes sont ressenties comme pénibles, enquiquinantes, pour ne pas employer un terme plus trivial. Comment voulez-vous faire autrement ? Et puis, donner le sens de l’effort, cela fait partie aussi de l’éducation, non ? Pouquoi serait-ce le domaine réservé de l’éducation physique ?
Vous dites que l’école est castratrice, qu’elle nie les différences. Je ne crois pas. Elle essaie de donner à chacun, dans la limite des moyens budgétaires qui sont les siens, les bases qui lui permettront de s’épanouir dans sa vie personnelle et professionnelle.
Contrairement à ce que vous dites, l’école publique française est centrée sur l’élève , puisqu’elle lui donne les bases de son autonomie future. En cela, elle n’a rien de rétrograde, elle est profondément moderne et tournée vers l’avenir.
Que votre fille se soit sentie plus épanouie dans le privé ne m’étonne pas. Si vous rassemblez dans une même école des enfants issus de milieux aisés et en général cultivés, il est évident que vous pourrez y organiser l’enseignement d’une manière différente, puisque l’école sera le prolongement de la famille où les bases auront pratiquement déjà été acquises. Pas étonnant que votre fille se soit trouvée plus épanouie dans la compagnie de ses pairs (ou de ses paires).
Mais encore une fois, je vous le répète, ce n’est qu’une différence de style entre l’école publique et l’école privée, pas d’objectifs ni d’efficacité.
Quant à l’orthographe, excusez-moi si je vous ai blessé. C’est vrai que je vois rouge quand je crois détecter quelque part , en sous-main, l’inspiration de ceux qui , selon moi, ont fait le plus de tort à l’école de la République en s’efforçant de tout y démolir pour ne rien reconstruire , à commencer par un certain Meirieu (lequel, soit dit en passant, a bien pris soin de ne distiller ses conseils que loin des élèves réels, c’était plus prudent)...
Je ne déifie pas l’orthographe, je dis simplement que c’est , en France, une des conditions de la communication aisée et claire et que cela, vous n’y pouvez rien, ni moi non plus. Vous ne pouvez pas me reprocher d’être Français, quand même ! C’est comme ça, et il faut faire avec. Que des exceptions se fassent des postes en or sans savoir écrire, cela peut arriver (Guy Degrenne...), mais pour les enfants du peuple, la maîtrise de l’orthographe représente un atout nécessaire.
Vous voyez qu’en définitive nous avons certainement, vous et moi, la même vision ambitieuse de l’école. La seule différence, c’est que mon idéalisme à moi peut-être plus réaliste.
Vous vous êtes bien douté, je pense, que si je parle ainsi de l’enseignement public, c’est que j’y officie (comme agrégé, d’ailleurs).
Bien à vous.


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