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CHALOT CHALOT 22 avril 2010 23:05

 

Chapitre 1

Incompréhension de l’injustice

faite aux femmes

dans la tradition musulmane

par Faïza

I. Ma vision de l’intérieur

Je suis née dans une famille musulmane, je suis donc

née musulmane, parce qu’on hérite des croyances de sa

famille, jusqu’au jour où l’on devient quelqu’un et alors

on choisit de perpétrer cet héritage ou de le faire évoluer.

Mes grands-parents paternels sont nés dans les

montagnes algériennes. Ils ont vécu dans un petit village et

ils se sont dévoués corps et âmes à leur religion et à leur

culture qui restent, pour ainsi dire, le seul point d’attache à

leur pays d’origine. Aujourd’hui, ma grand-mère vit seule,

mon grand-père étant décédé, dans une cité minière. En

sociologie, j’ai étudié, durant ma première année de DUT,

un texte de la sociologue Zahia Zeroulou dans lequel il est

question de la réussite scolaire des enfants d’immigrés.

Elle y explique que les personnes qui ont grandi dans leur

pays d’origine au sein d’un milieu rural ont plus de

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difficultés à s’intégrer dans leur pays d’accueil que des

personnes issues d’un milieu urbain lesquelles acceptent

plus facilement l’évolution des moeurs1.

Je l’ai constaté tout au long de mon enfance et de

mon adolescence et j’en ai subi les conséquences.

I.1. Apprentissage à la soumission

Depuis que je suis enfant, on m’apprend à me

soumettre à l’homme. Je n’ai jamais compris et

aujourd’hui je ne comprends toujours pas pourquoi, mais

pendant longtemps j’ai accepté sans me poser de

questions. Je devais me soumettre aux volontés des

hommes de mon entourage. Peu importe ce qu’ils me

demandaient, je n’avais pas le droit de me rebeller, je

devais leur apporter ce qu’ils désiraient, même si ce qu’ils

désiraient se trouvait à leur portée. Je devais avoir ce

comportement, par exemple, avec un de mes cousins qui

est mon aîné de quelques années. Lorsque je me disputais

avec lui et que j’allais me plaindre à un membre de ma

famille, on me répondait que c’était de ma faute, que

c’était un homme et que je ne devais pas me révolter s’il

m’ennuyait. J’en étais révoltée et frustrée. On m’a appris,

dès mon plus jeune âge, à servir l’homme sans discuter.

Lorsque ma famille avait des invités, ces derniers

étaient accueillis dans une pièce autre que celle où l’on

mangeait habituellement et je ne pouvais manger que

lorsque que les hommes avaient terminé leur copieux

repas parce qu’il fallait que je sois disponible au cas où

l’un d’entre eux aurait eu besoin de quelque chose. Cela

___________________

1 G. Abou Sada, B. Courault, Z. Zeroulou (sous la dir. de),

L’immigration au tournant, actes du colloque du GRECO 13 sur Les

mutations économiques et les travailleurs immigrés dans les pays

industriels, Vaucresson, 28-30 janvier 1988, Paris, L’Harmattan,

1990.

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n’est pas particulier à ma propre famille, dans beaucoup de

familles musulmanes il en est ainsi. Bien sûr, je n’étais pas

la seule à subir ce genre de vexations : mes cousines, mes

tantes, ma mère… toutes nous les subissions de la même

manière. L’une des choses les plus étranges est qu’on ne

mangeait pas dans la pièce où les invités dînaient mais

dans une autre pièce où les enfants avaient mangé avant

nous et où ils s’amusaient pour digérer, ce qui nous

obligeait à prendre notre repas (si on avait encore faim)

dans une ambiance électrique, avec les cris des enfants qui

ponctuaient chaque bouchée de nourriture avalée. Jamais

les femmes de ma famille, quand des invités étaient

présents, ont pu manger tranquillement, hormis les

doyennes qui recevaient le même respect que celui dû aux

hommes.

En outre, il fallait manger vite afin de préparer le

plateau de fruits qui suit généralement chaque repas ainsi

que le thé à la menthe et/ou le café selon la volonté des

invités. Plus d’une fois durant ces repas, je me suis agacée

envers une cousine, une tante ou même ma mère parce que

je ne supportais plus d’attendre pour pouvoir manger, de

devoir me rendre dans la pièce des invités pour

débarrasser leur table. Le fait de servir ne me dérangeait

pas vraiment et j’avais même plutôt un certain plaisir à

aider, mais je me suis aperçue que, toujours, seules les

femmes servaient et ne mangeaient pas sereinement. Je

n’ai jamais vu un homme de ma famille participer aux

tâches ménagères (même pas mettre le couvert) et durant

ces repas, j’avais plutôt l’impression d’être l’hôtesse d’une

autre famille que la mienne. De plus, j’ai rarement

entendu, voire jamais, un homme me remercier, prononcer

un mot de politesse, comme on le fait lorsque que

quelqu’un nous sert ; ce que je faisais leur paraissait

normal. Et c’est vraiment ce comportement qui

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m’exaspérait. Dans la culture maghrébine, une femme qui,

par exemple, vient ramasser un verre d’eau renversé par

un homme ne sera pas remerciée parce que c’est normal,

c’est son rôle, en tous cas celui que sa culture lui impose.

Et puis, je m’efforçais de débarrasser, tête baissée

afin que mes yeux ne croisent pas ceux d’un homme,

parce qu’on m’avait expliqué que cela ne se faisait pas et

sans comprendre les réelles causes, je me soumettais à

cette volonté, parce que c’était comme ça et que toutes les

femmes autour de moi se comportaient ainsi. Aujourd’hui

je constate qu’en fait j’imitais les femmes de mon

entourage, la soumission s’enseigne par imitation.

C’est devenu une psychose qui me hante toujours. Je

me rends compte qu’aujourd’hui encore, lorsque je croise

un homme d’origine maghrébine dans la rue, le métro ou

le bus, j’ai tendance à éviter son regard et à baisser le

mien. J’ai été conditionnée à la soumission. Comme je l’ai

appris cette année en psychologie sociale, c’est ce qu’on

appelle la soumission à l’autorité. Ce terme se définit

ainsi : comportement de quelqu’un devant une exigence

visant à obtenir de lui soit une approbation, soit un

comportement, soit un changement cognitif ou perceptif.

J’ai été victime de cette soumission à l’autorité durant des

années jusqu’à ce que je réfléchisse véritablement par

moi-même, que je me libère de cette pesante autorité et

que je me rende compte que ces situations sont

intolérables de nos jours. (...)


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