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easy easy 28 mai 2011 12:26

Il y a les faits, et il y a le verbe qu’on met dessus. Et le verbe, à force de définir les faits, les fait.

Même pour l’amour courtois, le fait qu’il y ait des mots dits à son propos, à son époque, influait sur sa forme. Il est sans doute né d’une brume et comme il avait semblé faire florès, des mots avaient été mis dessus. Et c’est ainsi qu’il avait été identifié, que les gens de l’époque ont pu en parler entre eux et que le phénomène a été inscrit dans l’Histoire.

En l’occurrence, concernant l’amour courtois, à ce que j’en sais, le verbe qui était mis dessus était positif, admiratif ; louangeur, sublimant. La transcendance que créait ce verbiage positif à son sujet formait une transcendance pleine d’espérances. Et plus ce verbe se développait, plus il sur chantait la réalité de la chose, plus il incitait les gens à performer. Ainsi, des milliers de gens s’étaient efforcés d’explorer au plus loin possible cet espace devenu célèbre et médiatique qu’était l’amour courtois verbalisé.

Les plus zélateurs du mouvement tentaient carrément l’assag absolu mais d’autres trouvaient à s’occuper rien qu’en verbaliser la chose. Certains en parlaient plus qu’ils ne le pratiquaient tant ils gagnaient en plaisir et autorité à le verbaliser. (L’histoire aura mieux retenu les noms des chanteurs de l’amour courtois que les noms de ses meilleurs pratiquants) 
 


Plus ça va plus on s’éloigne de l’amour courtois et l’on se débrouille autrement. Dans les efforts que font les gens pour essayer de trouver une solution viable, se dessine un mainstream (peut-être du type PCRA) et dès que du verbe est posé dessus, dès que des gens peuvent mettre des mots sur ce qu’ils sont en train de faire, dès qu’ils peuvent se raconter, ils s’autorisent, ils paraissent sûrs d’eux et du coup ce mainstream attire du monde. 

Si ce verbe est négatif, comme c’est le cas ici, quand il n’est en tous cas pas sublimant, quand il n’invente pas quelque transcendance, il relègue la tendance à la casse, il annonce déjà qu’elle ne survivra pas. Cette tendance va certes se marquer davantage grâce à ce verbe, (des gens ensemble diront aisément qu’ils sont en PCRA puisqu’ils seront alors compris en un éclair. Ce disant, ils se conformeront encore plus à la définition qu’en donneront Marie-Claire ou Doctissimo) mais elle sera alors déprimante (Punk, gothique, étaient des mouvements qui avaient aussi sollicité un verbe, lui aussi déprimant) 

Les adeptes du PCRA vont à la fois se sentir autorisés et voués à n’être que les représentants d’une page désespérée de notre Histoire.



Le sublime n’est pas facile à inventer. Bien des commissaires d’expositions s’échinent pour proposer des sublimes mais si certains s’y embarquent, la grande majorité refuse et dédaigne.
 
Il me semble que le méta sublime, la matrice première d’où naîtraient les autres sublimes se situe au niveau de l’amour qu’on porte pour sa mère, pour son père. Si déjà envers eux on n’a pas éprouvé de sentiments sublimes, on a peu de chances d’en éprouver ensuite. Et on n’est donc pas porté à accomplir des gestes sublimes. (Mettre au monde un enfant, s’en occuper, s’inquiéter plus de lui que de soi, c’est aller au-delà de soi, c’est sublime)


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