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2020-2030 : Chine-USA, le choc du XXIe siècle. Pétrole à 150 dollars le baril, l’or à 3000 dollars l’once, présages vérifiés par l’histoire

   Entre 1971 et 1973, les crises monétaires ne s’atténuent pas. Malgré le mécanisme du Serpent monétaire européen pour stabiliser les monnaies européennes entre elles et le dollar, la situation reste toujours conflictuelle entre les puissances occidentales, sur le plan monétaire. Si les Banques centrales européennes refusaient de soutenir le dollar, et de plus ont adopté le régime de changes flottants pour se protéger des émissions massives de la Banque centrale américaine (Fed), les États-Unis auraient alors de grandes difficultés pour financer leurs déficits commerciaux. Vu que les changes flottants obéissent à la loi de l’offre et la demande de monnaies sur les marchés, un excès d’une monnaie sur les autres ne fera que se déprécier obligeant la Banque centrale émettrice à arrêter ses émissions monétaires voire même racheter sa propre monnaie en mettant ses devises sur les marchés. Une telle situation freinera les États-Unis d’injecter plus que nécessaire des liquides monétaires.

Le problème qui se posait, à cette époque, est celui-ci. Puisque ce sont les États-Unis, par leurs déficits extérieurs, qui soutenaient la croissance économique mondiale, quel pays pourrait remplacer la locomotive qu’est l’Amérique, sur le plan mondial ? En clair, sans ces déficits, le monde serait privé de moteur.

Or, les États-Unis étaient en difficulté financière avec les pays d’Europe. Les pays d’Europe refusaient les dollars US qui n’étaient pas adossés à des contreparties productives, s’assimilant à un financement gratuit des déficits commerciaux américains par la création monétaire.

Le problème des États-Unis, dans le financement de leurs déficits commerciaux avec l’Europe, reposait essentiellement sur les contreparties productives qui manquaient à leurs émissions monétaires. S’ils trouvaient les contreparties physiques nécessaires, leur problème serait résolu. Ils amèneraient leurs partenaires commerciaux européens à accepter de nouveau les dollars.

Précisément, c’est là où entre la donne pétrolière. Le pétrole est utilisé dans toute activité productive ou domestique dans le monde. C’est le pétrole et le gaz qui font tourner les centrales électriques, et donc la production industrielle et manufacturière. Et aussi les transports routiers, ferroviaires, maritimes, aériens, et la vie domestique, par conséquent, le pétrole est donc partout d’une manière directe ou indirecte dans toute activité humaine. Et il est meilleur que le charbon en termes de coût d’exploitation, de transport et de pollution.

Aussi, se posait cette équation pour la 1ère puissance du monde. Si l’or-métal a permis aux États-Unis d’imprimer des masses de billets de dollars et que ce n’était plus possible à l’époque, qu’ils étaient obligés de mettre fin à la convertibilité du dollar en or par l’insuffisance d’or dans leurs stocks, la solution était simplement de remplacer l’or-métal par une autre matière première qui aurait la même fonction. C’est-à-dire une matière première qui soit recherchée par l’ensemble des nations du monde. Précisément, ils avaient le pétrole des pétromonarchies arabes, presque inépuisable qu’ils n’ont pas besoin de stocker comme l’or-métal, il est, comme énergie fossile, déjà stocké dans des gisements sous terre. Et, comme ils sont les protecteurs de ceux qui détiennent les plus grands gisements du monde, i.e. les pétromonarchies arabes du Golfe, rien de plus simple que de demander à leurs protégés de facturer leurs transactions pétrolières en dollar US.

C’est ce qui s’est passé lorsque les pays arabes du Golfe décidèrent d’augmenter le prix du pétrole lors de la guerre du Kippour (quatrième guerre israélo-arabe), et qui n’a été en fait qu’un moyen politique détourné pour l’Amérique de se décharger sur une partie tierce dans l’augmentation du prix du pétrole. Car si c’était réellement les pays arabes qui avaient augmenté unilatéralement le prix du pétrole, pourquoi alors maintenir les transactions pétrolières arabes en dollars ? En une autre monnaie que le dollar, c’était plus indiqué pour les pays arabes de montrer leur désapprobation de l’aide militaire que les États-Unis avaient fourni à Israël.

Or, ce n’était pas le cas, le Moyen-Orient était et est toujours une chasse gardée des États-Unis, d’autant plus que la survie des régimes politiques absolutistes des pétromonarchies du Golfe dépend entièrement du parapluie nucléaire américain.

En conséquence, par la donne pétrolière, les États-Unis se trouvaient libérés des contraintes européennes. En augmentant des liquidités pour financer ou plus simplement de monétiser leurs déficits extérieurs, l’Amérique répercutait en fait ses déficits extérieurs sur le reste du monde. Son statut de première puissance dans le monde le doit de nouveau à ce pouvoir de créer et d’augmenter de la monnaie à partir de rien (planche à billet) mais adossée à l’augmentation du prix du pétrole. Les pays importateurs de pétrole (Europe, Japon…) se trouvaient obligés à acheter des dollars sur les marchés pour régler leurs importations de pétrole en provenance des pays arabes. La facturation du pétrole en dollar s’est étendue aux autres membres du cartel pétrolier, l’OPEP.

Aussi faut-il souligner si les États-Unis n’avaient pas procédé à la substitution de l’or-métal par l’or noir, et qu’il n’y aurait pas eu de choc pétrolier en 1973, et donc ni inflation, le monde se serait dirigé vers une déflation mondiale nous rappelant la Grande dépression des années 1930.

Force de dire que la hausse du prix du pétrole suivie de la hausse des matières premières et des produits finis avait une portée historique. Elle a eu un impact positif sur l’économie mondiale puisqu’elle a maintenu les États-Unis, dans son statut de principal moteur de l’économie mondiale, et plus encore, en lui adjoignant un deuxième moteur que sont les pays exportateurs de pétrole et de matières premières. Ce transfert du pouvoir d’achat aux pays du reste du monde a permis de doper l’industrie occidentale. Ce qui signifie en clair que ce n’est pas l’enrichissement des États-Unis et des pays arabes qui est le plus important, mais le moyen historique qui s’est développé pour préserver l’emploi en Occident et dans le monde.

D’autre part, les pays d’Europe n’ont pas tant perdu puisque en tant qu’émetteurs de monnaies internationales recherchées par tous les pays du monde, et face aux déficits commerciaux enregistrés suite à la hausse des prix de pétrole, ils ont aussi, à l’instar des États-Unis, émis massivement des liquidités pour équilibrer leurs balances commerciales. Ce qui nous fait dire que le pouvoir de seigneuriage sur le monde, appelé encore le pouvoir exorbitant qu’ont les États-Unis, est, dans un certain sens, partagé avec l’Europe et le Japon.

A chaque déficit commercial, les États-Unis émettant plus de dollars, ils sont suivis par les pays européens. Ce surplus de création monétaire sans fin, sans contreparties de richesses productives, adossé au pétrole et qui a impacté les autres matières premières et produits finis, et qui, néanmoins nécessaire pour financer les déficits occidentaux, en particulier américain, et permis des excédents commerciaux pays du reste du monde qui ont besoin de devises internationales pour leur commerce extérieur, a de nouveau provoqué, en mars 1979, un second choc pétrolier.

Le grand inconvénient dans ces émissions monétaires de part et d’autre de l’Atlantique est qu’elles ont fait monter l’inflation. Une spirale inflationniste s’est engendrée qui, à deux chiffres, mettait en danger le système monétaire international, rendant vulnérable le commerce extérieur aux chocs de change.

Aussi peut-on dire que si la hausse du pétrole a permis d’équilibrer dans une certaine mesure les échanges économiques entre le Nord et le Nord, et le Nord riche et le Sud pauvre, tout n’est pas acquit avec le pétrole bien qu’il relève de conjonctures historiques de portée mondiale dans l’équilibre de puissance. Comme on le verra dans la disparition de l’URSS qui s’est opérée sans guerre, uniquement par le travail des forces économiques.


 1. Krachs pétroliers, endettement mondial, chute du mur de Berlin, fin de l’URSS

  Evidemment le processus inflationniste comme il s’était développé ne pouvait durer indéfiniment. La spirale des déficits occidentaux et leur monétisation nécessitaient forcément un troisième choc pétrolier. D’autant plus que les pays arabes, d’Afrique et d’Amérique du Sud n’ont pas fait bon usage de la masse de pétrodollars qu’ils ont reçus. Des usines clé en mains, produits en main, n’ont jamais réellement fonctionné. Des détournements massifs de capitaux arabes, africains et sud-américains sont allés grossir les avoirs des banques américaines et européennes. Et étrangement, le recyclage des pétrodollars que les pays arabes, africains, sud-américains, investissaient en Occident, et généralement aux États-Unis pour éviter une dépréciation du dollar, ce qui, trop forte, annulerait le principe d’usage même du pétrodollar, a aussi un paradoxe, celui des prêts que leur concèdent les institutions multilatérales telles le FMI et la Banque mondiale. Provenant en bonne partie de leurs placements, les pétrodollars leur sont retournés sous forme de prêts, les ligotant en fait dans l’endettement.

Le plus incroyable, les pays arabes, par exemple, ne comprenaient pas le processus, pensant même qu’ils allaient, par l’arme pétrolière, imposer un Nouvel Ordre Economique International (NOEI), alors qu’en réalité, ils n’étaient que des instruments dans la stratégie américaine pour dominer le monde. 

Et c’est ce qui s’opéra à la fin de l’année 1979, le nouveau gouverneur de la Banque centrale américaine, Paul Volcker, pour combattre la spirale inflationniste, relevait brusquement le taux d’intérêt directeur à court terme, le faisant passer de 10 % à plus de 20 %. L’inflation atteignait cette année 15%. Si la mesure prise par la Fed a été sévère mais nécessaire pour lutter contre l’inflation, en revanche, les pays du reste du monde ont été frappés soudainement par l’endettement. Du jour au lendemain, les dettes libellées en dollars montèrent, vu la hausse des taux d’intérêt américain et l’appréciation considérable du dollar sur les marchés monétaires. L’afflux massif de capitaux vers les États-Unis a porté le taux de change du dollar à des sommets sans précédent.

De même, les Banques centrales de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne et du Japon qui ont tous relevé leur taux directeur pour lutter contre l’inflation et limiter la fuite des capitaux, ont, de même que les États-Unis, fait exploser les dettes extérieures contractées par les pays du reste du monde.

L’inflation certes a fortement baissé, passant de 15% à 3,2%, en 1983, mais à quel prix ? Un endettement généralisé du reste du monde. Une grave récession a sévi aux États-Unis, en 1982. Le taux de chômage aux États-Unis a doublé, passant de 5,7 % en 1979 à 10,8 % en 1982, et 10,4 % en 1983. (Données statistiques américaines)

La Fed, en serrant le robinet monétaire, a par l’endettement mis en difficulté pratiquement l’ensemble des pays du monde. Une politique d’austérité à l’échelle mondiale. D’autre part, les États-Unis se sont lancés dans des réductions massives d’impôts dopant la consommation intérieure, des dépenses d’armements (guerre des étoiles), ce qui a creusé encore plus les déficits budgétaires et courants durant les deux mandats de l’administration Reagan.

Il est évident qu’en augmentant le taux d’intérêt et en diminuant les émissions monétaires, donc siphonnant les liquidités internationales attirées par la hausse du taux d’intérêt, le taux de change du dollar US s’appréciant et en même temps faisant baisser l’inflation, le pouvoir financier américain a sans difficulté financé ses déficits budgétaires et courants ? Qu’il répercute en fait sur le reste du monde. La hausse du prix du pétrole maintenue après le deuxième krach pétrolier – le prix du baril est passé de 12 dollars à 36 dollars, dans la première moitié de la décennie 1980 –, a permis de contrecarrer la dépréciation du dollar US par la demande de dollars pour le règlement des importations pétrolières en provenance des pays d’OPEP.

Bien que l’inflation ait fortement baissé aussi en Europe et au Japon, leurs monnaies se sont fortement dépréciées face au dollar. A cette situation conflictuelle entre les États-Unis et l’Europe, la hausse des prix du pétrole (2ème choc pétrolier) a engendré encore plus de déficits de leurs balances commerciales.

C’est ainsi que le franc français est passé de 4,066388 FR/USD, en décembre 1979, à 10,111696 FR/USD, en mars 1985. Le deutschemark de 1,735014 DEM/USD, en décembre 1979, à 3,110070 DEM/dollar, en mai 1985. La livre sterling 0,454852 GBP/USD, en décembre 1979, à 0,911996 GBP/USD, en février 1985. Le taux de change du dollar a pratiquement doublé, en 1985, face aux monnaies européennes. (fxtop.com/fr/historique-taux-change)

Mais les pays les plus touchés restent les pays du reste du monde qui ne sont pas émetteurs de monnaies internationales, par la hausse drastique de l’endettement vis-à-vis de l’Occident. Une inversion de transfert de richesses s’est produite, dans les années 1980, dans le monde. Si, dans les années 1970, une partie de la richesse mondiale s’est transférée au reste du monde, en particulier vers les pays exportateurs de pétrole, dans les années 1980, la richesse s’est inversée, elle s’est transférée vers les États-Unis, l’Europe et le Japon. 

On comprend pourquoi les États-Unis, par ces deux donnes géostratégiques majeures, le dollar et le pétrole – le pétrodollar –, régnaient e continuent de régner en maître sur le monde. Les États-Unis ont pratiquement une liberté totale dans les émissions monétaires dans le monde. Comme l’a affirmé, en 1972, John Connally, secrétaire d'Etat au Trésor sous la présidence Nixon : « Le dollar est notre monnaie mais votre problème ».

Cependant, au-delà des problèmes de l’empire américain, la politique monétaire ultra-restrictive menée par les États-Unis s’avérait nécessaire car elle extirpait le mal à la racine. Destructrice quant à la valeur du travail, à la valeur de l’argent, à la valeur des biens, l’inflation, si elle s’était poursuivie, aurait constitué un danger pour l’économie mondiale. De plus, le succès de la politique monétaire et financière, la dépendance du reste du monde des marchés financiers, surtout avec la nouvelle donne l’endettement mondial, les États-Unis et l’Europe ont opté pour la dérégulation de leurs systèmes financiers. L’Occident trouvait rentable de libéraliser la finance mondiale.

Une dérégulation des marchés financiers dans le monde permettait à l’Amérique et à l’Europe, grâce au recyclage des pétrodollars et à l’endettement, d’ouvrir les barrières protectionnistes qu’opposaient nombre d’États du reste du monde à l’Occident pour protéger leurs économies. Cependant, cette situation d’endettement mondial va avoir des conséquences graves sur les pays hors-Occident. En effet, des continents entiers (Afrique, Amérique du Sud, une partie de l’Asie, et le bloc socialiste de l’Est) ployaient sous le poids de l’endettement, dans les années 1980. Une situation de marasme et de faillite économique pour une grande partie du monde a fini par provoquer, en 1986, un contrechoc pétrolier. Le prix du baril de pétrole a atteint 8 dollars.

En 1985, les grands pays occidentaux, prévoyant le retournement pétrolier, ont anticipé l’atterrissage en douceur du dollar. Grâce à la concertation des Banquiers centraux occidentaux, et les Accords de Plaza (New York) sur les taux de change, le 22 septembre 1985, les monnaies européennes ont fortement baissé face au dollar. Le franc français est passé de 8,665503 FR/USD, en septembre 1985, à 5,536810 FR/USD en décembre 1987. (Taux de change moyen mensuel) Même évolution pour le deutschemark et la livre sterling.

Ce contrechoc pétrolier a eu aussi des conséquences sur les États-Unis. La crise de l’endettement mondial était telle qu’avec des prix très bas du pétrole, la Fed américaine s’est trouvée en difficulté dans les émissions monétaires ex nihilo pour financer les déficits commerciaux. Cherchant à aspirer les capitaux dans le monde comme en 1979, par une hausse du taux d’intérêt de la Fed, les États-Unis ont amené la RFA à anticiper, la Bundesbank a relevé son taux d’intérêt directeur pour parer une fuite de capitaux allemands vers les États-Unis. Ce qui provoqua une riposte immédiate de la Fed. Une injection massive de liquidités en dollars, créant une panique des investisseurs, et des retraits massifs de capitaux, se solda par un krach de Wall Street, le 19 octobre 1987. Selon les médias, 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés en une journée. Le voyage éclair du nouveau gouverneur de la Fed, Alan Greenspan, et du secrétaire américain du Trésor, James Baker, pour rencontrer en Allemagne, le ministre allemand de l’économie, Gerhard Stoltenberg, et le président de la Bundesbank, Karl Otto Poehl, ont permis de trouver un compromis, ce qui a permis d’enrayer la baisse du dollar et mis fin à la crise.

Ce qu’il faut souligner c’est que l’endettement mondial a provoqué de profonds changements géopolitiques dans le monde. Chute du mur de Berlin, en 1989, fin de l’Union soviétique, en décembre 1991, éclatement de la Fédération de Yougoslavie, en 1992. Les États-Unis, à la tête d’une coalition internationale, sont entrés en guerre contre l’Irak, en 1991. Un autre événement majeur. La Chine se convertit à l’économie socialiste de marché, en 1980.

Le Japon lui aussi s’est trouvé dans l’œil du cyclone. Depuis la réévaluation de sa monnaie par les accords de Plaza – le taux de change du yen est passé de 236,739103, en septembre 1985, à 127,701089 JPY/USD, en février 1989 – il a été frappé par la plus grave crise immobilière, financière et boursière de son histoire, en 1990. L’indice-phare de la Bourse Kabuto-cho de Tokyo, le Nikkei 225, est passé de son sommet historique de 38 957,44, le 29 décembre 1989, à 15 000, en 1992. Après plus de deux décennies depuis la crise boursière, le Japon est toujours enlisé dans la déflation.


2. Le pouvoir exorbitant du dollar et les pays émergents, les moteurs qui ont tiré l’économie mondiale dans les années 1990

  Le retournement de la politique monétaire fortement restrictive de la Réserve fédérale américaine portait en elle cette grande mutation du monde qui a commencé à paraître dès le début des années 1980. Le monde tel qu’il était configuré était instable. Deux mondes s’affrontaient depuis 1945. Un monde devait disparaître. Le moins viable était le régime soviétique. Certes, ce régime était nécessaire pour la fécondation du nouveau monde tel qu’il était apparu à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et le recouvrement des indépendances des pays colonisés, mais la situation a changé avec la montée de nouvelles puissances régionales. De plus, via leur absorption mondiale, les pays du reste du monde ont joué un rôle stabilisateur dans la croissance de l’économie mondiale. Et c’est une évidence « sans le reste du monde, les crises monétaires au début des années 1970 restant toujours pendantes, l’Occident serait parti pour une autre crise économique mondiale, comparable à celle de 1929. »

En outre, sur le plan démographique, les progrès dans les sciences, la technologie, l’industrie, l’agriculture, la médecine ont pour ainsi dire dopé la croissance de la population mondiale. De 2,2 milliards d’êtres humains en 1945, la population mondiale passait, en 1975, à 4 milliards. 25 ans plus tard, elle est à 6,1 milliards. Aujourd’hui, les services de l’ONU en comptent 7,794 milliards d’êtres humains vivant sur Terre. Et le monde se régionalisait en grands ensembles économiques. De vastes blocs économiques de libre-échange se construisaient pour parer aux crises économiques, ce qui leur octroie plus de résilience. Ceux qui n’entrent pas dans des ensembles économiques sont beaucoup plus vulnérables.

Cette option s’appliquera même à l’Empire américain. La crise de l’endettement mondial et les difficultés économiques, financières, monétaires et militaires que rencontraient les États-Unis, pourtant première puissance du monde, les ont poussés à copier l’Europe. Ils se sont engagés dans une vaste zone de libre-échange, à l’échelle du sous-continent américain. En s’unissant au Canada et au Mexique dans l’ALENA, les États-Unis entendaient renforcer leur économie et celles de leurs voisins immédiats pour opposer une zone nord-américaine aux autres zones de libre-échange dans le monde. Le traité L’ALENA est entré en vigueur le 1er janvier 1994. La Fédération de Russie a fait de même avec la CEI (Communautés des États Indépendants). En Europe, l’organisation à l’échelle communautaire s’est affinée avec le traité de Maastricht, en 1992, qui institue une Union européenne et prévoie le lancement d’une zone monétaire, la zone euro. Le 1er janvier 1999, l’euro devient la monnaie officielle dans onze des quinze pays de l’Union.

L’Amérique du Sud se régionalisait aussi. Une communauté économique regroupant plusieurs pays d’Amérique du Sud, le MERCOSUR, est lancée en 1991. En Asie, l’ASEAN+3 (Corée du Sud, le Japon et la Chine) est lancé en mai 2000 à Chiang Mai. Tous ces marchés régionaux visaient à faire front à la nouvelle donne du monde, la mondialisation. Seuls les pays arabes et africains manquent à l’appel. Les regroupements économiques dans le monde arabe et africain sont encore au stade de balbutiement. Ainsi constate-on que la régionalisation du monde à marche forcée témoigne que le monde est devenue à la fois trop grand, trop petit et surtout trop complexe.

Cette régionalisation est marquée par une nouvelle donne, la troisième révolution industrielle, c’est-à-dire les Nouvelles technologiques de l’information et de la communication (NTIC). Internet constitue aujourd’hui un formidable instrument mondial d’information, de communication, d’une base de données unique au monde. Dans toutes les langues, dans toutes les disciplines scientifiques, technologiques, économiques, financières, monétaires, militaires, culturelles, médicales…, il contribue au rapprochement des peuples. Un simple clic et vous avez toutes les informations sur le monde, qui se comptent par milliers, centaines de milliers et millions de sites. Des renseignements et des explications sur n’importe quel domaine de la vie humaine sont donnés. Internet fait désormais partie du quotidien des êtres humains.

Un autre aspect de l’économie mondiale qui a révolutionné les échanges et le commerce mondial, c’est la libéralisation financière (investissements massif américains, européens, japonais et des pays riches asiatiques) qui a fait des prodiges. C’est elle qui a permis les délocalisations d’entreprises occidentales et non occidentales au coût de main d’œuvre élevé comparativement aux pays à faible coût de main d’œuvre. La libéralisation financière, les réformes et l’ouverture des pays d’accueil favorisant les délocalisations ont fortement stimulé l’économie mondiale.

Un cycle de croissance économique vertueux qui s’est opéré entre 1993 à 2000 dans le monde a favorisé l’Occident, en tant que maître de l’œuvre de cette libéralisation puisqu’il leur a permis de sortir de la récession, d’abord les États-Unis en 1991-1992 et l’Europe en 1993-1994. Bien sûr, ces récessions sont en rapport au marasme économique mondial qui a sévi au cours de la décennie 1980. Et, de nouveau la dynamique des pays du reste du monde qui s’est matérialisée avec leur industrialisation, dont les pays que l’on appelle désormais les pays émergents, a tiré l’économie mondiale. Ils sont à l’origine de la nouvelle institution mondiale, le G20, groupant chefs d’Etats et de gouvernements. Créés en 1999 à Washington, le G20 est susceptible de remplacer le G7, club des pays riches défendant leur position dans le monde.

Malgré les crises mexicaine de 1994, asiatique de 1997 et russe et brésilienne et le mini-contrechoc pétrolier en 1998, la croissance économique mondiale est repartie avec l’accélération de la frénésie de la consommation en Occident et dans le monde. Le boom des valeurs technologiques sera aussi très motivant dans la croissance mondiale. La Chine, bénéficiant du transfert massif d’entreprises occidentales y compris des NPI asiatiques, devenait un véritable eldorado pour les pays développés dans la production industrielle et manufacturière de masse. Elle se constitue progressivement en atelier du monde.

Si tout globalement était positif en termes de croissance économique mondiale, la hausse du taux d’intérêt de la Banque centrale américaine, en 1999, et la hausse des prix du pétrole qui ont commencé la même année – le prix du baril a atteint 36 dollars à l’été 2000 –, en réponse à la nouvelle monnaie européenne (lancée le 1er janvier 1999) et qui cherche à partager le droit de seigneuriage (pouvoir exorbitant) sur le monde dont bénéficie le plus, le dollar US, et donc les États-Unis, va se terminer par l’éclatement de la bulle de l’indice des valeurs technologiques Nasdaq, à Wall Street (New York). Et ce dû à l’afflux massif de capitaux entre 1997 et 2000, suite aux crises asiatiques, russe et brésilienne, attirés par la hausse du taux d’intérêt de la Fed américaine. Ont joué aussi dans cette crise la perte de compétitivité de l’économie américaine, déjà structurelle par les délocalisations vers l’Asie, la Chine, en particulier, et un dollar fort renchéri par la hausse du taux d’intérêt directeur américain.

Ce qu’Alan Greenspan, le président de la Fed, appelait l’exubérance financière n’a été en réalité que le résultat de manipulations monétaires de la Fed, qui entraient dans une stratégie financière américaine globale pour dominer le monde. Sauf que la faible compétitivité économique américaine y compris les autres économies occidentales face à la montée des pays émergents ne font que provoquer des crises économiques et financières à répétition dans les années 1990.

Mais ce qui est nouveau, ce sont les délocalisations en Chine qui vont décupler sa puissance économique la transformant en premier pays exportateur du monde. Des exportations tout azimut, vers l’Asie, l’Australie, l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud, les États-Unis. Le made in China est partout dans le monde. Principal moteur mondial, entraînant avec elle toutes les économies du monde, une dépendance va s’installer entre la Chine, l’Occident et le reste du monde.


3. Les paradoxes de la guerre en Irak, du pétrole et
de l’or dans la
croissance économique mondiale 2000-2008

 Le monde en janvier 2001 commence par l’entrée en récession de la première puissance du monde. Malgré les baisses précipitées du taux d’intérêt de la Fed qui l’a ramené de 6,5% en janvier à 1,75% en décembre 2001 (onze baisses), la situation financière américaine n’a pas cessé de se détériorer. La chute des indices boursiers, à Wall Street, s’étendait à toutes les places financières du monde.

Mais un événement majeur va survenir et changer le cours de l’histoire. C’est l’attaque terroriste contre le World Trade Center, le 11 septembre 2001. La guerre menée en Afghanistan en 2001 et la chute du régime des Talibans influent peu sur l’économie américaine. Le marasme économique reste pressant partout dans le monde. Les crises boursières en cascades se poursuivent aux États-Unis et dans le monde, entre 2001 et 2002. Ce n’est qu’en 2003, avec l’occupation de Bagdad par les troupes américaines et l’euphorie de la victoire militaire que la reprise économique a commencé aux États-Unis.

Comment comprendre ces crises boursières en cascade, entre 2001 et 2002 ? L’élément essentiel qui explique cette situation de crises boursières est la perte de compétitivité des pays occidentaux face à la montée en puissance des pays émergents. Malgré les baisses des taux d’intérêt aux États-Unis, en Europe et au Japon, presque au plancher, les différents plans de relance peinaient à relever les économies occidentales.

Que reste-t-il à l’Amérique ? Son seul atout stratégique au niveau mondial est son droit de seigneuriage sur le monde, qui passe par le dollar, en tant que monnaie de facturation des transactions pétrolières des pays arabes. Qu’elle doit défendre coûte que coûte, le pétrodollar étant vital pour la 1ère puissance du monde. Depuis l’avènement de l’euro, la monnaie unique de la zone euro, la décision de l’Irak (sous embargo) de facturer ses exportations pétrolières contre nourritures en euros et non en dollar ouvrait une brèche au système monétaire international dominé par les États-Unis. Ce que les pouvoirs politiques et monétaires américains ne pouvaient accepter, l’hégémonie monétaire des États-Unis était en jeu. Si l’euro était utilisé dans la facturation des transactions pétrolières des autres pays arabes, les États-Unis ne pourraient alors plus bénéficier du pouvoir exorbitant de s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger.

On comprend dès lors pourquoi les armes de destructions massives (ADM) n’étaient qu’un prétexte nécessaire pour les États-Unis d’attaquer l’Irak et mettre fin au pétroeuro irakien. Sauf que, ironie de l’histoire, la guerre contre l’Irak lancée en 2003 va prendre une tournure totalement différente. Elle s’avèrera un véritable désastre pour les États-Unis, en fait un Viêt Nam-bis au point qu’ils furent obligés d’évacuer leurs forces armées en décembre 2011, conformément aux accords irako-étasuniens (accords de la SOFA, 2008). Les plans américains sont totalement bouleversés. Les États-Unis, au départ, pensaient démettre le régime irakien et le remplacer par un régime aligné à eux comme les monarchies du Golfe, puis, dans un deuxième temps, démettre le régime islamiste iranien. C’est le contraire qui s’est produit, c’est l’Iran qui a triomphé et, par son programme d’enrichissement nucléaire secret dévoilé au grand jour en 2002, lui a permis de peser sur le situation géostratégique du Moyen-Orient.

Donc, une guerre, au final, sans aucun gain pour les États-Unis. Pire s’est joint un 2ème désastre, celui de la crise des créances hypothécaires à risque dite en anglais subprimes. Une formidable bulle spéculative sur l’immobilier est montée de toutes pièces aux États-Unis. Utilisant tous les agents économiques américains, en particulier les ménages insolvables et encouragés par les banques pour contracter des crédits immobiliers, la bulle spéculative dans l’immobilier n’était qu’un moyen pour relancer l’économie américaine puisqu’il faut le rappeler, le marché des actions en bourse était en berne depuis les crises boursières en cascade entre 2001 et 2002. Par conséquent, la pierre était le seul créneau viable pour le pouvoir financier américain pour procurer une prospérité artificielle, et donc une image positive d’une Amérique victorieuse.

Si les États-Unis s’étaient bien maintenus en Irak, les pouvoirs financiers auraient certainement pris des mesures pour atténuer la crise des subprimes, et donc elle n’aurait pas eu les conséquences qui ont commencé à apparaître dès 2006. Mais, avec les graves difficultés que rencontraient les forces américaines en Irak, la montée artificielle de l’immobilier américain grâce aux injections monétaires massives opérées par la Fed multipliées par le système financier américain ne pouvait se poursuivre indéfiniment. La Fed, ayant pris des précautions, parallèlement aux injections massives de liquidités, n’a pas cessé de relever le taux d’intérêt directeur. De juin 2003, à 1%, le taux d’intérêt directeur de la Fed passait, le 30 juin 2004, à 1,25%.

En 17 hausses au total, depuis son niveau de 2003, le taux directeur a atteint 5,25% le 29 juin 2006. Cette hausse ininterrompue du taux d’intérêt américain, qui mettait en difficulté les ménages américains fragiles, a été le détonateur qui a fait éclater la bulle immobilière, en 2007. Le monde entier prit connaissance de cette crise des subprimes, qui porte sur les crédits hypothécaires à risque. Une année après, à l’été 2008, la crise immobilière se transforme en crise financière américaine puis mondiale. L’économie américaine s’est arrêtée du fait de la perte de confiance entre les banques dont les bilans, pour la plupart, étaient truffés de créances immobilières à risque. Il a fallu l’intervention de l’Etat fédéral américain, avec des plans de sauvetage massifs, pour débloquer l’économie américaine et ramener la confiance entre banques dans le financement de l’économie.

Mais si la crise immobilière et financière a frappé durement l’Occident, il n’en est pas de même pour les pays du reste du monde. Les liquidités massives injectées, à partir de 2003, étaient telles que la hausse du prix du pétrole ne suffisait pas pour arrêter la dépréciation du dollar. Le prix du baril de pétrole a atteint 80 dollars en 2006, plus de 100 dollars entre 2007 et 2008. L’euro, en novembre 2003, cotait 1,20 dollar, en 2004, 1,35 dollar. Tout au long des années 2003-2008, il fluctuait entre 1,30 et 1,40 dollar.

Même le cours de l’or était de la partie pour éviter une dépréciation massive du dollar par rapport à l’euro, la livre sterling et le yen, vu la masse de dollars dans le monde, sans commune mesure avec les autres monnaies internationales. Une situation de dépréciation ininterrompue qui serait insoutenable et pouvait provoquer un krach historique du dollar, mettant en danger tout le système monétaire international, avec des conséquences incalculables pour l’économie mondiale.

Le cours du prix de l’once d’or est passé d’environ 300 dollars, en 2002, à 1000 dollars en 2008. Les transactions étant facturées en dollar, si le prix du métal jaune n’avait pas augmenté fortement, les cours du pétrole auraient probablement atteint les 200 dollars le baril. Et toutes ces augmentations du prix du pétrole et de l’or étaient en lien direct avec les dépenses de guerre et la consommation en Amérique. En juillet 2008, au plus haut de la crise, le prix du baril de pétrole a atteint 147 dollars, et le dollar sa plus forte dépréciation. L’euro a atteint un plafond, 1,6 dollar pour un euro. La fin de l’été 2008, la crise était à son sommet.

Face à la crise financière mondiale, les États-Unis, pour la contrer, mettent en œuvre de grands moyens financiers. Ayant déjà injecté des liquidités en 2007 pour venir en aide aux banques, la Fed poursuit sa stratégie d’assouplissement monétaire non conventionnel ou Quantitative easing, en 2008. Le plan de sauvetage historique des banques de 700 milliards de dollars US, appelé Plan Paulson, a été adopté par le Congrès américain, le 3 octobre 2008, il constitue une partie du programme non conventionnel dit Quantitative easing 1.

Que peut-on dire de la crise financière de 2008 ? Ce qu’on relève, au-delà de toute considération sur cette crise, c’est que de nouveau le pétrole a joué un rôle de premier plan dans la crise comme dans les guerres menées par les États-Unis. N’ont-ils pas mené la guerre contre l’Irak pour pérenniser leur emprise sur le Moyen-Orient, et donc sur le pétrole et son prérequis qu’est le dollar ? Sans le dollar, le pétrole aurait été une matière énergétique comme les autres sans portée géostratégique.

Et, paradoxalement, cette guerre pour le pétrole, à partir de 2003, et les déficits publics et courants américains qui ont explosé, financés par la création monétaire ex nihilo (à partir de rien) ont permis aux pays émergents, en particulier la Chine, devenue le premier moteur tirant l’économie mondiale, et les pays exportateurs de pétrole d’enregistrer des excédents commerciaux massifs. Grâce à la forte montée des cours pétroliers, et à la facturation des exportations pétrolières des pays OPEP en dollar, durant pratiquement toute la décennie 2000.

C’est ainsi que les réserves de change accumulées par les pays émergents et exportateurs de pétrole ont explosé entre 1999 et 2008. Les chiffres donnés par la Banque mondiale pour ces pays sont éloquents. En 2008, les réserves de change de la Chine passent de 161,414 M$ (milliards de dollars), en 1999, à 1966 M$. Les réserves de changes de la Russie de 12,325 M$, en 1999, à 426,279 M$, en 2008, de l’Arabie Saoudite de 18,321 M$, en 1999, à 451,279 M$, en 2008, de l’Inde de 36,005 M$, en 1999, à 257,423 M$, en 2008, du Brésil de 36,342 M$, en 1999, à 193,783 M$, en 2008, de l’Afrique du Sud de 7,497 M$, en 1999, à 34,07 M$, en 2008, de l’Algérie de 6,146 M$, en 1999, à 148,099 M$, en 2008. 

Alors que les dettes publiques occidentales ont augmenté fortement. Dont la dette extérieure est en forte hausse puisque corrélée à la hausse des réserves de change des pays du reste du monde. C’est ainsi que la dette publique des États-Unis est passé de 37,612 % du PIB, en 1999, à 64,032 % du PIB, en 2008. Celle du Royaume-Uni de 43, 62 % du PIB, en 1999, à 55,601 % du PIB, en 2008, de la France de 58,869 % du PIB, en 1999, à 64,901 % du PIB, en 2008, de l’Allemagne de 39,15 % du PIB, en 1999, à 41,987 % du PIB, en 2008, du Japon de 93,328 % du PIB, en 1999, à 139,798 % du PIB, en 2008.

Cette situation complexe qui se termine négativement pour l’Occident va ouvrir voie à une nouvelle stratégie de défense pour parer à son endettement excessif.


4. Le rôle des quantitative easing dans la reprise économique mondiale

 Qui a gagné dans la crise financière de 2008 ? D’évidence, il apparaît que les grands perdants sont les économies occidentales qui ont été fortement secouées par la crise financière, en raison du dopage spéculatif de l’immobilier et de la consommation tirée artificiellement par les subprimes, crise qui est devenue mondiale.

Il faut rappeler que le taux d’intérêt directeur américain, après 10 baisses, a été ramené de 5,25%, en 2007, à 0,25%, le 16 décembre 2008. Il restera inchangé pendant sept années, jusqu’en 2015. Pour parer à la crise, différents plans de sauvetage des banques (dont le plan Paulson en 2008) sous l’administration Bush, et des plans de relance après l’investiture d’Obama, ont été mis en œuvre dans le cadre du Quantitative easing 1 (QE1). En 2009, la situation économique des économies occidentales se détériore, obligeant les Banquiers centraux (Fed, BCE, BoE, BoJ), lors de leur sommet au G7 et à Jackson Hole, d’apporter une réponse fiable à la récession qui s’est généralisée à tout l’Occident, en 2009.

La Réserve fédérale américaine (Fed) lance un deuxième Quantitative easing (QE2), en 2010. Après le Quantitative easing1 (QE1) américain qui a débuté en 2007 et pris fin en juin 2009, d’un montant de rachats de créances publiques et privées de 1700 milliards de dollars, un deuxième programme QE2 a pris effet, le 3 novembre 2010. La Fed rachetait pour un montant de 600 milliards de dollars de bons de Trésor américains et de titres privées (créances hypothécaires à risque), aux banques américaines, jusqu’à la fin du deuxième trimestre de 2011. Le montant du QE2 est passé à 1000 milliards de dollars, en juin 2011.

De nouveau, en septembre 2011, et toujours pour baisser les taux d’intérêt des titres publics, la Fed lance l’opération twist. Semblable au QE2 sauf que les liquidités injectées étaient stérilisées, c’est-à-dire sans création monétaire. En fait, l’opération twist était un programme d’allongement des échéances, appelé « Matury Extension Program », qui consistait à vendre des bons de Trésor d’une échéance de moins de trois ans et, d’un montant équivalent, acheter des titres d’échéances plus longue, comprise entre 6 et 30 ans. Ce programme, d’une ampleur initiale de 400 milliards de dollars, et devait se terminer fin juin 2012, a été prolongé jusqu’à fin 2012. L’opération Twist n’a pas augmenté le bilan de la Fed.

Le 13 septembre 2012, la Fed lance un 3ème programme de quantitative easing (QE3). Elle décide d’acheter pour 85 milliards de dollars d’actifs (dettes souveraines et créances privées) par mois, avec toujours le même objectif : peser sur les taux obligataires à la baisse et favoriser la reprise économique. La nouvelle présidente de la Banque centrale américaine, Janet Yellen, qui a remplacé Ben Bernanke, en février 2014, poursuit le QE3, programmé pour se terminer en octobre 2014, avec une diminution progressive d’un montant de 10 milliards de dollars par mois du montant initial de 85 M$. Le taux d’intérêt directeur de la Fed maintenu au plancher et le taux de chômage aux États-Unis continuant à se réduire.

Les Banques centrales de la zone euro, du Royaume-Uni et du Japon suivent pratiquement la même politique monétaire que la Fed. L’objectif visé reste toujours la baisse des taux des titres publics et obligataires, la relance économique et éviter des écarts trop importants entre les monnaies occidentales. La zone euro a créé un Fond Européen de Stabilisation Financière (FESF) de 440 milliards d’euros, en mai 2010. Ce fonds sert à racheter des dettes publiques et privées et à octroyer des prêts aux pays membres de la zone euro contre des garanties. Il sera remplacé par le Mécanisme Européen de Stabilisation 5MES), en octobre 2012, pour un montant de 700 milliards d’euros.

Le 22 janvier 2015, un quantitative easing (QE) est lancé par la Banque centrale européenne (BCE), il prend effet en mars 2015 et court jusqu’en septembre 2016. Le rachat d’actifs par mois est fixé à 60 milliards d’euros par mois. Le 8 décembre 2016, le programme d’achat d’obligations souveraines a été prolongé jusqu’en mars 2017, le montant porté à 80 milliards de dollars par mois, avant d’être ramené à 60 milliards par mois entre avril et décembre 2017. La BCE ayant consacré à ce programme d’assouplissement quantitatif (QE) 1400 milliards d’euros depuis son lancement en mars 2015. (Site eurostat) Le Royaume-Uni a procédé à plusieurs QE. De même pour le Japon, des QE dits abenomics (du nom du Premier ministre Shinzo Abe) ont été lancés.

Ce que l’on constate dans ces politiques d’assouplissement monétaire non conventionnel menées par les quatre grandes Banques centrales du monde, c’est qu’elles ont été accompagnées par une forte hausse des prix du pétrole. Hormis la période entre fin de l’été 2008 et mi-2009, où le cours a chuté, autour de 40 dollars, le prix du baril est rapidement remonté fin 2009, à plus de 70 dollars. En 2010, il était à 90 dollars. En 2011, à 110 dollars. A partir de cette date, le prix du pétrole s’est situé entre 110 et 130 dollars le baril. A partir de l’été 2014, avec la fin programmée du QE3 en octobre 2014, les prix du pétrole a commencé à se retourner. En décembre 2014, le prix du baril de pétrole a fortement baissé, à 60 dollars.

Même évolution pour le prix de l’or. Comme la hausse des années 2001-2008, le cours de l’or est aussi de la partie pour éviter une dépréciation accrue du dollar face aux autres monnaies internationales. C’est ainsi qu’avec les quantitative easing déclenchés dès 2008, le prix de l’once d’or a atteint un record à 1967 dollars US, en août 2011. (Données de france-inflation.com/cours_de_l_or_historique) L’or jouant, au même titre que le pétrole, de pondérateur dans les émissions monétaires ex nihilo pour les rachats de titres publics et privés. Donc, sans la hausse du prix du pétrole et de l’or, les QE seraient impossibles à mettre en œuvre. La dépréciation continue du dollar amènerait les autorités monétaires américaines à mettre fin aux émissions monétaires sans contreparties productives. Et donc à résorber les déficits commerciaux par les propres moyens de la superpuissance, c’est-à-dire en diminuant les importations, à augmenter les impôts, à exporter plus de biens et services. Le monde alors aurait perdu un moteur vital pour la croissance économique mondiale.

Pour ce qui est des intérêts que procurent les quantitative easing émis par les pays occidentaux, les premiers bénéficiaires sont certes les pays occidentaux puisque ces formidables masses de liquidités créées à partir de rien (pouvoir exorbitant) leur ont permis de sauver leurs systèmes bancaires et relancer leurs économies. Certains pays ont touché le fonds, l’exemple de la Grèce.

Les QE ont aussi dopé la croissance économique mondiale, notamment les pays émergents et exportateurs de pétrole qui ont enregistré des excédents commerciaux interrompus jusqu’en 2014, et donc à accumuler des réserves de change. Les réserves de change de la Chine sont passés de 1,966 billion (1966 M$), en 2008, à 3,9 billion, en 2014. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite, premier producteur et premier exportateur des pays de l’OPEP, sont passés de 451,279 M$ (milliards de dollars), en 2008, à 744,441 M$, en 2014. Pour l’Algérie, de 148,079 M$, en 2008, à 186,351 M$, en 2014. (Données Banque mondiale). La dette extérieure de l’Algérie est pratiquement remboursée, elle s’établit à 3,719 milliards de dollars.

Corrélativement, les dettes publiques occidentales, à partir de 2008, ont explosé. La dette publique des États-Unis est passée de 64,062% du PIB, en 2008, à 96,372% du PIB, en 2014. La dette publique du Royaume-Uni est passée de 55,601% du PIB, en 2008, à 107,231% du PIB, en 2014. Il en va de même pour les autres pays.


5. La stratégie de défense de l’Occident face au reste du monde


5.1
L’objectif des Quantitative easing pour désendetter l’Occident et diminuer les réserves de change accumulés par les pays du reste du monde

 Qu’en est-il réellement des quantitative easing menés par la Réserve fédérale américaine pendant sept années ? Et pourquoi commencés avec la crise financière en 2008, ils s’arrêtent brusquement au deuxième semestre de 2014 ? La réduction du QE3 par tranche de 10 milliards de dollars sur les 85 milliards de dollars mensuels débutée au début de l’année et, après huit mois, la Fed met fin au QE3. Quatre questions importantes se posent. La première, pourquoi la mise en œuvre des trois programmes QE1, 2 et 3, aux États-Unis, ont été accompagnés par une forte hausse du prix du baril de pétrole ? La deuxième, pourquoi les banques américaines commerciales ont été lestées d’une formidable masse de liquidités, dont une grande partie s’est retrouvée dans leurs comptes qu’elles ont auprès de leur Banque centrale (Fed) ? Ces masses de liquidités ont été pour ainsi dire stérilisées, ce qui en clair signifie qu’elles ne sont pas utilisées dans les crédits que ces banques accordent à l’économie. Alors qu’elles auraient dû fortement soutenir la relance économique, et donc plus rapidement relancer l’économie américaine. Les QE ont duré sept années, ce qui est long,

La troisième question. Pourquoi l’inflation est restée faible alors que normalement elle aurait dû remonter ? La courbe de Phillips montre bien qu’au fur et à mesure que le chômage baisse, l’inflation s’accroît. Or, c’est le contraire qui s’est produit. Certes, au plus haut de la récession, en 2009, le taux d’inflation était négatif, -0,36%, il est ensuite remonté, en 2011, il a atteint 3,16%. A partir de cette date, il baisse malgré les injections massives de liquidités monétaires par la Fed américaine. En 2012, le taux d’inflation était de 2,07%, en 2013, de 1,46%, en 2014, de 1,62%, en 2015, de 0,12%. (Données Banque mondiales) Les États-Unis étaient en déflation, alors que l’inflation aurait dû remonter puisque le chômage a baissé fortement. 

La quatrième question, pourquoi le prix du baril de pétrole a fortement chuté, en concomitance avec la fin des quantitative easing américains ? La réponse parle d’elle-même, il existe un lien entre les quantitative easing et la hausse du prix du baril de pétrole. La mise en œuvre des programmes QE lancés par la Banque centrale américaine s’accompagnent de la hausse des prix du pétrole, pour la raison évoquée supra. La hausse des prix du pétrole constitue, par la forte demande des dollars sur les marchés, les contreparties productives qui manquaient aux émissions monétaires ex nihilo. Comme si le pétrole de l’OPEP appartenait aux États-Unis et les pays importateurs de pétrole (Europe, Japon, Chine…) doivent s’adresser à l’Amérique pour se procurer les dollars et importer des pays d’OPEP le pétrole.

Le lien entre les QE et la hausse du prix du pétrole est incontestable. Comme dans les hausses et krachs pétroliers précédents. La hausse du prix du pétrole sert de contreparties productives aux émissions monétaires ex nihilo de la Fed. Sans la hausse du prix du pétrole, la Banque centrale américaine ne peut émettre des masses de liquidités en dollars, ex nihilo (adossés à rien), sinon à provoquer une dépréciation continue du dollar US qui se terminerait par une hyperinflation, un krach du dollar. Tous les investisseurs du monde fuiraient le dollar, mettant fin au privilège exorbitant du dollar.

Maintenant il faut s’interroger pourquoi la déflation ? Il faut souligner que les pays d’Europe et le Japon dont les politiques monétaires sont synchronisées avec la politique monétaire américaine se trouvent aussi dans la même situation déflationniste. Les programmes de quantitative easing en fait s’instituent en stratégie des pays occidentaux face aux pays émergents et exportateurs de pétrole. Depuis 2003, ces pays se sont enrichis, accumulant des excédents commerciaux. Et donc accumulaient de formidables réserves de change. Cela s’est opéré en deux temps. Le premier temps de 2003, avec la guerre en Irak, jusqu’au déclenchement de la crise financière de 2008 (subprimes). Le deuxième temps, durant la mise en œuvre des programmes de quantitative easing aux États-Unis et des plans de rachats de dettes souveraines en Europe et au Japon, de 2008 à 2014.

Les pays d’Europe et du Japon sont, avec les États-Unis, les principaux émetteurs des grandes monnaies internationales et qu’utilise le FMI dans son actif de réserve international, le DTS. Les programmes des QE que ces pays ont menés portent sur les rachats de titres souverains (bons de Trésor, obligations) et des titres privés, en particulier les créances hypothécaires à risque (subprimes). Pour les titres publics, leurs rachats massifs a été opéré alors que les prix étaient ont été très bas, le krach immobilier ayant impacté le marché obligataire. Pour les titres privés, ils sont adossés à des contreparties physiques réelles. Les habitats qu’ils soient saisis ou les délais rallongés pour les crédits à rembourser ont toujours de la valeur, de plus les Banques centrales les ont acquis à bas prix.

Pour les États-Unis comme pour les pays d’Europe, lorsque le marché immobilier se reprend, les Banques centrales, remettant sur le marché les titres privés, feront même des bénéfices. Les remboursements par la revente de ces titres leur permettront de détruire les liquidités qu’elles avaient créées pour leurs achats. Au final, la création de liquidités à partir de rien pour les subprimes n’aura été que temporaire puisque ces liquidités ont été ensuite détruites. Concernant les bénéfices de leurs ventes, la Fed comme les autres Banques centrales occidentales les reverseront à leurs Trésors respectifs.

Concernant maintenant le rachat des dettes souveraines. C’est le problème N°1 puisqu’il concerne la dette publique qui englobe la dette extérieure. Ce sont environ, à cette époque, selon les médias, 8 000 milliards de dollars de dette américaine détenue par les pays étrangers. Une importante part de la dette extérieure des pays d’Europe est aussi détenue par les pays étrangers. Beaucoup moins pour le Japon, dont la dette publique est détenue en grande partie par les nationaux. Il existe donc un impératif pour les pays occidentaux de dégonfler leurs dettes extérieures ce qui va permettre de diminuer leur dettes publiques. Dans plusieurs pays en Europe et aux États-Unis, elles avoisinent les 100% voire les dépassent. 

Précisément les dettes extérieures sont corrélées aux réserves de change essentiellement détenues par les pays émergents dont la Chine a la plus grande partie, environ 4000 milliards de dollars en 2014, et les pays exportateurs de pétrole dont l’Arabie saoudite, la Russie et l’Algérie. Quel lien existe-t-il entre les dettes extérieures occidentales, et donc les réserves de change détenues par la pays étrangers, et les quantitative easing ? La réponse parle d’elle-même.

Si la Banque centrale américaine avait racheté massivement des titres de Trésor détenus par des Américains qui, contre leurs titres, avaient été remboursés, ces derniers se seraient amenés à les investir, à consommer ? Que serait-il passé ? Comme les créneaux pour investir sont très étroits, par perte de compétitivité et délocalisations d’entreprises en Chine et dans les autres pays à faible coût de main d’œuvre, cela passera essentiellement dans les spéculations en Bourse (hausse des actions) et dans la consommation. Ce qui entraîne plus d’importation de Chine et d’autres pays.

D’autre part, un excès de liquidités dans l’économie américaine par les rachats de titres publics aux nationaux entraîne une forte demande, alors que l’offre va diminuer puisque de plus en plus, eu égard à l’endettement extérieur qui va augmenter, en particulier avec la Chine, le pouvoir américain va opposer des restrictions aux produits étrangers dont les made in China. Que résultera-t-il alors ? L’inflation ! Inévitablement, elle montera. Et aucun gain pour la dette extérieure qui va encore augmenter.

Justement, et c’est ça qui est pour ainsi dire vital pour les États-Unis et explique pourquoi la Fed a mené sept années de quantitative easing échelonnés à la fois pour baisser les rendements (taux d’intérêt long) des bons de Trésor et obligations de différentes maturités et a visé essentiellement ceux détenus par des pays étrangers. Ainsi, la Banque centrale américaine, en rachetant les titres publics que les banques américaines SVT, c’est-à-dire agréées par le Trésor américain dans la commercialisation des titres publics qu’il émet, et que ces titres ont déjà été vendus aux pays étrangers, en fait ne rachète pas les actifs puisqu’ils sont aux mains de ces derniers, mais rachète les passifs.

Les liquidités émises ex nihilo par la Fed qui sont de la monnaie centrale et qui sont remises aux banques américaines SVT doivent être bloquées dans les comptes que ces banques ont auprès de la Fed. Ce stockage de liquidités en monnaie centrale va servir au remboursement des pays étrangers lorsque ces titres arrivent à maturité ou lorsque les remboursements se font par anticipation.

A l’été 2014, le prix du pétrole a baissé. Il est resté durablement bas. Pourquoi ? Cela signifie que la Fed américaine a non seulement mis fin aux quantitative easing, mais a resserré le robinet monétaire. Cela explique simplement que la Fed n’a plus besoin de contreparties physiques massives, un prix du pétrole à 40 ou 50 dollars est suffisant pour sa politique monétaire devenue moins expansive et donc ne nécessite pas de pondérateur (le pétrole OPEP) contre la dépréciation du dollar. L’assouplissement monétaire non conventionnel est paradoxalement restrictif.

A partir de cette date, les pays exportateurs de pétrole, face au retournement du marché pétrolier, n’ont accumulé que des déficits commerciaux, et sont trouvés à puiser année après année dans leurs réserves de change. Que les banques commerciales américaines y compris européennes et japonaises, sur présentation des actifs publics (bons de Trésor US, européens et japonais), leurs versaient en milliards de dollars, ou autres monnaies internationales, qu’elles puisaient de leurs comptes qu’elles ont auprès de la Fed américaine et des Banques centrales européennes et japonaises .

Ainsi se comprend pourquoi, par les trois programmes QE1, 2, 3, américains et les QE européens et japonais, les banques commerciales occidentales étaient lestées de masses de liquidités qui n’étaient pas utilisées en grande partie en interne. Ce qui explique la déflation. Et pourquoi le prix du pétrole est tombé très bas, à partir de 2014. Tout compte fait, c’est au fond une stratégie de défense de l’Occident dans l’objectif de l’Occident était de diminuer son endettement extérieur. Ce qui passe par la diminution progressive des réserves de change détenues par les pays du reste du monde.

Ainsi peut-on dire que la stratégie de défense occidentale a été imposée par l’évolution même de l’économie mondiale, comme d’ailleurs l’enrichissement de la Chine, des pays émergents et exportateurs de pétrole, des années 2000 à 2014. Et même après, les QE prolongés par l’Eurozone à partir de 2015, et toujours synchronisés avec les trois grandes Banques centrales des États-Unis, du Royaume-Uni et du Japon, formant le quatuor monétaire mondial.


5.2 L’impact de l’appréciation du dollar sur la baisse des réserves de change de la Chine

 Entre 2014 et 2015, la hausse du taux de change du dollar face à l’euro, due à la fin du programme américain QE3 a eu des incidences sur le yuan chinois. La hausse du taux de change du dollar sur les marchés due à la diminution des émissions monétaires de la Fed a impacté le taux de change du renminbi chinois ou yuan qui, s’appréciant sur les marchés, a nui aux exportations chinoises. Les interventions de la Banque centrale de Chine pour défendre la parité, et donc regagner la compétitivité de la monnaie chinoise dans le commerce extérieur, a procédé à une dévaluation « forcée » du renminbi. Se traduisant par des sorties nettes de capitaux enregistrées dans le compte financier de la balance des paiements, la dévaluation a eu pour résultat une forte baisse des réserves de change de la Chine, qui sont passés d’environ 3,900 billion de dollars, en 2014, à 3,098 billion en 2016. (Données Banque mondiale)

Comme l’écrit le Figaro.fr, du 16 septembre 2016 : « Les réserves de change de la Chine sont tombées à leur plus bas niveau depuis 2011 en août avec les interventions de la banque centrale pour soutenir le yuan qui s'échange à des niveaux proches de plus bas de six ans contre le dollar. […] Les réserves de changes s'établissaient à 3.185 milliards de dollars à la fin août, au plus bas depuis décembre 2011, selon les données publiées mercredi par la Banque populaire de Chine (BPC). Les réserves de changes de la Chine, les plus importantes au monde, ont diminué de 513 milliards de dollars l'année dernière après qu'une dévaluation du yuan par Pékin eut déclenché des sorties de capitaux et déstabilisé les marchés financiers internationaux. »

La forte hausse du dollar US a donc été un inconvénient majeur pour les autorités chinoises. La fuite des capitaux qui s’est déclenchée suite à cette dévaluation « forcée » a obligé la Banque de Chine à racheter ensuite massivement des yuans sur les marchés, en puisant dans ses réserves de change. L’objectif de ces rachats massif de yuans était de contenir la confiance des investisseurs dans leurs actifs libellés en yuans. Aussi, face aux défis industriels, le recul de ses exportations et donc une surproduction persistante, la Chine devait s’efforcer à maintenir un juste équilibre entre une dépréciation qui favorise son commerce extérieur et une stabilité recherchée par les investisseurs étrangers. En septembre 2016, le yuan chinois intègre le panier de monnaies qu’utilise le FMI pour son étalon de réserve, le DTS.


5.3 La guerre économique États-Unis-Chine fait remonter les taux d’intérêt de la Fed

 Il est important de revenir sur la stratégie de défense américaine de la fin du QE3. La question est pourquoi le comité de la Fed a voté à l’unanimité le relèvement du taux d’intérêt directeur, le 16 décembre 2015, le faisant passer, pour la première fois après presque dix ans, entre 0,25% et 0,50%. Alors que les États-Unis sont en situation de déflation, le taux d’inflation est de 0,12%. Est-ce seulement une volonté d’entamer une politique restrictive, ce qui fera apprécier la monnaie américaine engendrant des conséquences sur le marché boursier qui a vu les actions fortement augmenter, et donc corriger les excès spéculatifs en Bourse. Ou encore impacter les pays émergents dont les monnaies sont pratiquement dollarisées – leurs monnaies pratiquement ancrées sur le dollar ? Comme c’est le cas pour le yuan chinois.

Le 16 décembre 2016, la Fed relève de nouveau d’un quart de point (0,25%) le taux d’intérêt directeur. Le taux de chômage est tombé à 4,6%, le taux d’inflation à 1,26%, le taux interbancaire au jour le jour se situe désormais entre 0,5% et 0,75%. Donald Trump vient d’être élu président des États-Unis. En 2017, la Fed procède à trois hausses de son taux d’intérêt respectivement en mars, juin et décembre entre 0,75% et 1%, 1% à 1,25% et 1,25% et 1,5%. Et malgré les exhortations du président américain à baisser le taux d’intérêt directeur, la Fed procède à quatre hausses du taux d’intérêt directeur en 2018, en mars, juin, septembre et décembre, respectivement entre 1,50% et 1,75%,1,75% et 2%, 2% et 2,25% et 2,25% et 2,50%.

La seule réponse qui nous paraît logique et justifier la hausse du taux d’intérêt directeur par la Fed concerne certes la Bourse et anticipe les corrections à venir mais a trait aussi à la guerre économique et monétaire qui oppose les États-Unis à la Chine. Devant les fortes pertes de réserve de change de la Chine, il était judicieux, à l’instar des années 1980, d’augmenter le taux d’intérêt américain pour attirer les capitaux vers les États-Unis. Le taux de change du dollar, en tant que valeur-refuge, va forcément s’apprécier avec l’arrivée des capitaux. Ce qui impactera à la hausse le taux de change du yuan chinois, de ce fait nuira aux exportations chinoises. Une telle situation obligerait la Banque de Chine à dévaluer le yuan qui ne flotte pas sur les marchés monétaires, le yuan étant piloté par la Banque de Chine, contrairement aux autres monnaies internationales occidentales.

La sortie des capitaux, suite à la dévaluation, a des conséquences graves sur l’économie chinoise. Pour les stopper, la Banque de Chine se retrouve à racheter massivement des yuans par des dollars, ce qui a fait baisser les réserves de change de la Chine entre 2015 et 2016. Et impactant les excédents commerciaux chinois à la baisse, entre 2017 à 2019.

Le problème dans cette guerre commerciale et monétaire contre la Chine a aussi des retentissements très négatifs sur les économies occidentales. Depuis la fin des quantitative easing, en 2014, la situation économique mondiale s’est progressivement dégradée au point que le monde s’est trouvé sans moteur puissant qui tire l’économie mondiale. Ni l’Occident, en particulier les États-Unis, ni les pays émergents ni les pays exportateurs de pétrole, pire encore, tous les pays hors Occident se retrouvent à brûler progressivement leurs réserves de change, année après année, pour équilibrer leurs balances des paiements. Quant à l’Occident, ce sont les Banques centrales qui rachètent les titres publics émis par leurs Trésors, et indifféremment sur le marché primaire ou secondaire. A la fois faisant baisser les taux d’intérêt longs et en même temps permettant aux Trésors publics d’assurer leurs dépenses publiques pour maintenir la croissance. L’essentiel est d’éviter les récessions et la montée du chômage.

Les bilans des grandes Banques centrales occidentales ne cessent d’augmenter. Les Banques centrales n’ont pas le choix, les pays émergents et exportateurs de pétrole pour la plupart n’enregistrent plus d’excédents commerciaux, elles restent les pourvoyeuses en interne de liquidités pour leurs économies. Les contreparties productives par la forte hausse du prix du pétrole pour les émissions monétaires émises massivement puisque les grands conflits qu’ont menés les États-Unis ont cessé n’ont plus raison d’être. Les prix du pétrole sont restés baissiers, depuis 2014.

Cependant, la situation change en 2017. Un événement majeur, portant un risque de guerre, est venu influer, perturber la politique monétaire américaine.


5.4 La menace nucléaire nord-coréenne fait relever le prix du baril de pétrole à 86 dollars, en 2018

 Le 14 mai 2017, la Corée du Nord teste un nouveau tir de missile et dit être en mesure de tirer un missile porter une tête nucléaire. Le 8 août 2017, la Corée du Nord menace de tirer quatre missiles vers l’île américaine de Guam. Washington met en garde Kim Jong-Un, le dirigeant nord-coréen.

Le 3 septembre 2017, la Corée du Nord procède à un nouvel essai nucléaire, impliquant pour la première fois une bombe H. Le 9 septembre 2016, une activité sismique de magnitude 5,3 a été enregistrée, confirmant l’essai thermonucléaire de la Corée du Nord. En réponse à la continuité du programme nord-coréen, le président américain Donald Trump se déclare prêt, devant l’Assemblée générale des Nations unies, à « détruire complètement la Corée du Nord  », tout en annonçant de nouvelles sanctions. Les États-Unis déploient en Corée du Sud le système de missiles antibalistiques Thaad.

S’ensuit entre le président américain et le dirigeant nord-coréen une escalade verbale très violente qui finalement s’atténuera au début de l’année 2018. Plusieurs rencontres ont eu lieu entre Donald Trump et Kim Jong-Un pour pousser à la dénucléarisation de la péninsule coréenne et trouver une solution politique à la région. Si la crise coréenne s’est apaisée, il demeure que les États-Unis se sont préparés à une guerre contre la Corée du Nord. En effet, tant qu’elle n’avait pas changé d’attitude et donc continué à menacer le territoire américain, la guerre pour les États-Unis devenait une éventualité et mettre tout en œuvre pour s’y préparer. Sauf qu’une guerre qui se prépare a besoin d’un soutien financier suffisant que seule la Banque centrale américaine pouvait satisfaire.

C’est ainsi que l’on constate de nouveau la hausse des cours du pétrole. Le 23 juin 2017, le prix du pétrole était à 45,28 dollars le baril. Le 2 novembre 2017, il était à 60,5 dollars le baril. Le 26 janvier 2018, il était à 70,07 dollars le baril. Le 24 mai 2018, après une baisse et une reprise, il était à 79,65 dollars. Le 3 octobre 2018, il a atteint un haut de 86,74 dollars. Le 31 décembre 2018, il chute à 53 dollars. Le prix du pétrole se reprend en 2019, mais légèrement. Durant l’année 2019, le prix du pétrole fluctue autour de 60 dollars le baril, il ne redescend pratiquement pas au-dessus de 60 dollars. Fin décembre 2019, il atteint pratiquement 70 dollars le baril.

Que peut-on dire de l’évolution des cours du pétrole, depuis 2017 ? On constate deux périodes de hausse. La première qui va du 23 juin 2017 au 3 octobre 2018, puis de nouveau une chute du pétrole, puis une reprise des cours en 2019 mais moins accentués. Pour la première hausse, elle est liée directement à la menace coréenne en 2017, par conséquent, comme en 2003 avec l’entrée en guerre des États-Unis en Irak, la Fed était tenue de fournir les liquidités et donc les capitaux nécessaires à la fois pour l’économie américaine qui commençait à s’essouffler après des restrictions monétaires drastiques, depuis 2014, et accorder les fonds nécessaires aux forces américaines pour se préparer à une éventuelle « guerre nucléaire » contre la Corée du Nord. Les rencontres entre Donald Trump et Kim Jong-Un signifiait que la menace de guerre était écartée pour les deux pays.

S’ensuit une deuxième période de hausse des cours pétroliers moins élevée. Elle est liée surtout à la menace de décroissance de l’économie américaine. En effet, une économie mondiale en plein marasme économique, le protectionnisme prenant le pas contre la liberté d’échanges entre les grandes puissances, les multiples sanctions américaines (élévation des droits douaniers) contre la Chine qui aussi répond par des représailles douaniers, la révision des accord de l’ALENA avec le Mexique et le Canada, de même avec l’Europe, font que, les États-Unis, repliés sur eux-mêmes, sont aussi menacés par une récession économique. Ce qui explique la baisse du taux d’intérêt directeur de la Fed, à deux reprises, en 2019.

En clair, cela signifie que la décroissance économique mondiale, un reste du monde qui voit ses réserves de change fondre année après année et s’endette de plus, une guerre commerciale opposant les États-Unis à la Chine, étaient de mauvaise augure pour l’économie mondiale. Le monde se trouvait tirée par des moteurs qui cahotent, ce qui ne pouvait qu’apporter marasme et stagnation à l’économie mondiale. C’est ainsi que surgit le coronavirus en Chine qui a encore enfoncé plus l’humanité dans la récession.


6. De la crise sanitaire à la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. Taïwan, la prochaine cible ?

 L’irruption de la pandémie covid-19 a faussé totalement les plans stratégiques de défense américains. La Chine semble s’en sortir bien de la crise sanitaire, contrairement aux autres régions du monde. La crise sera probablement dépassée comme toutes les pandémies passées, elle restera une maladie redoutable pour l’ensemble de l’humanité, mais on peut parier que la science et le système immunitaire de l’homme arrivera à la vaincre, ou du moins à l’atténuer.

D’autre part étouffer la demande mondiale par la fermeture du robinet monétaire occidental a un impact sur le commerce mondial, sur la consommation mondiale, et donc un coût pour l’Occident qui se trouve pénalisé sur le plan de l’emploi, de son commerce extérieur qui se contracte. De même, le reste du monde qui a des difficultés financières et surtout qui n’est pas compétitif voit ses revenus financiers issus des exportations de matières premières et de pétrole se réduire et ses réserves de change fondre. Des continents entiers réduisent la voilure de leurs économies, restreignant leurs importations, et s’ouvrant à l’endettement.

Deux grands créanciers l’Occident et Chine sont en train de prendre en tenaille plus de la moitié de l’humanité. La pauvreté, la misère et l’endettement. Alors où va le monde ? Et la pandémie coronavirus qui vient et fausse les plans aux grandes puissances.

Aussi, de nouveau, un regard sur la politique monétaire américaine. En 2019, c’est le retournement de la politique monétaire de la Fed. Malgré le faible taux de chômage à 3,7%, elle procède à une baisse d’un quart de point (0,25%), en juillet 2019, le faisant passer entre 2,25% et 2%, et, en septembre 2019, une autre baisse, entre 2% et 1,75%. Ces baisses signifient que l’économie américaine rencontre des obstacles dans la croissance. C’est normal, quand le processus déflationniste en cours sert à étouffer financièrement les pays du reste du monde, et par ricochet la Chine, ce qui nous amène à dire qu’à force d’user de cette stratégie, il y a l’effet boomerang.

De nouveau, précipitamment, le 3 mars 2020, la Fed baisse d’un demi-point (0,5%), le taux passe de 1,75% à 1,25%. Douze jours plus tard, le 15 mars 2020, le taux d’intérêt directeur de la Fed baisse encore d’un point (1%), le ramenant à sa valeur de 2007, de 0 à 0,25%. Ce taux a duré sept années jour pour jour, du 16 décembre 2007 au 16 décembre 2015. Il est clair que la situation est grave pour que la Fed ait opéré avec tant de précipitations. Et la pandémie Covid-19 a été le détonateur de cette promptitude à baisser les taux.

Aussi se pose-t-on la question : « le monde reviendra-t-il à l’époque des années 1980 et en plus grave ? » La Chine qui était pauvre et s’est convertie au socialisme de marché n’existe plus. Elle est devenue une grande puissance économique et financière, rivalisant avec les pays occidentaux. Il demeure que les contestations sociales, les mouvements politiques et sociaux prennent de plus en plus d’ampleur dans le monde, et remettent en cause leurs régimes politiques qui sont dépassés. La cause vient de la paupérisation rampante de la planète. Et surgit le Covid-19 qui bouleverse tout et oblige à les États-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine à lancer des programmes d’aides aux entreprises sous forme de subventions et aux chômeurs qui se comptent en dizaines de millions.

Des injections monétaires considérables ont été opérées par les grandes puissances, pour ne citer que quelque 2.900 milliards de dollar que le Congrès américain a fourni en soutien budgétaire à l’économie américaine (ménages, entreprises, prestataires de soins de santé, Etats et collectivités locales). Du côté européen, la Banque centrale européenne a aussi débloqué, en mars 2020, un plan d'urgence baptisé « programme d'achat urgence pandémique » (ou PEPP) de 750 milliards d'euros, pour tenter de contenir les répercussions de la pandémie de coronavirus sur l'économie. Le plan consiste à racheter de la dette des pays européens. De nouveau, le 21 juillet 2020, les chefs de gouvernement de l’Union européenne ont conclu leur plan de relance ainsi que du budget européen pour les années 2021 à 2027, qui s’élèvent respectivement à 750 milliards et de 1.074 milliards d’euros.

Le 10 septembre 2020, une journaliste du journal financier français LesEcho.fr, Elsa Conesa, écrit : « Devoir s'orienter avec une boussole qui refuse d'indiquer le nord a quelque chose d'absurde. C'est la situation dans laquelle se trouvent depuis plusieurs années les banquiers centraux, contraints de piloter la politique monétaire avec une inflation inexistante. Malgré tous les efforts déployés par les grands argentiers de la planète, malgré les milliers de milliards injectés dans l'économie, les prix et les salaires ne décollent pas, même lorsque, comme c'était encore le cas aux Etats-Unis en début d'année, le plein emploi est atteint. C'est pourquoi le président de la banque centrale américaine, Jérôme Powell, a fait un aveu d'impuissance le mois dernier : il s'est dit prêt à renoncer à sa sacro-sainte cible des 2 % d'inflation, pour privilégier, en creux, son autre objectif : le plein emploi.

Attendue sur l'euro fort, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a dévié le tir jeudi et annoncé se lancer à son tour dans une revue stratégique portant sur la « mesure de l'inflation », autrement dit sur les raisons qui font que l'aiguille de la boussole est bloquée. Difficile pour elle de suivre la Fed et de faire passer l'objectif de la stabilité des prix au second plan : contrairement à son homologue, la BCE n'a pas d'autre mandat que le contrôle de l'inflation. Ce qui s'explique pour des raisons historiques. Quand sa mission a été définie par le traité de Maastricht en 1992, les pays occidentaux étaient confrontés à une flambée de l'inflation. La Banque de France, comme la Bundesbank, avaient pour seul objectif le contrôle des prix, le plein-emploi étant alors vu comme relevant des politiques nationales.  »

C’est donc un dilemme que l’inflation ne décolle pas. Alors d’où va venir l’Euréka pour la décoller ? Il va venir de l’Asie. Le premier événement majeur qui va changer le cours de l’histoire, c’est l’adoption de la loi sur la sécurité nationale par la Chine pour Hong Kong, le 30 juin 2020. Elle vise à mettre un terme à l’instabilité politique sur le territoire hongkongais, mais, se faisant, elle fait vaciller les relatives libertés dont l’ancienne colonie britannique jouissait jusqu’alors : liberté d’expression, liberté de la presse mais aussi justice indépendante, en vertu du principe « un pays, deux systèmes ».

Pour les militants prodémocratie, cette loi a porté un coup de grâce à leur mouvement de contestation. En 2019, durant des mois, des centaines de milliers de Hongkongais ont marché pour protester contre le projet de loi qui permettait les extraditions vers la Chine continentale. Il est évident qu’avec cette loi, c’est la fin de Hong Kong tel que le monde la connaissait. Évidemment, l’Occident ont condamné la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. Que les Etats-Unis menacent la Chine de représailles, de sanctions des responsables, ne changera rien à la situation de Hong Kong.

Après Hong kong, Taïwan craint d’être la prochaine cible de Pékin. D’autant plus que la Chine communiste s'est juré de reprendre un jour le contrôle, par la force si besoin, de l'île où s'étaient réfugiés les nationalistes chinois après leur défaite face aux communistes à la fin de la guerre civile de 1949. Comment expliquer ce resserrement de la poigne de la Chine alors qu’elle avait promis, en 1997, lors de la rétrocession de Hong Kong, ancienne colonie britannique, 50 années sans changement, jusqu’en 2047 ?


7. Vers une fracture du monde ? La guerre froide entre les États-Unis et la Chine pour le leadership mondial 

 Que peut-on dire des événements à venir en Asie et les réactions occidentales depuis l’application de la loi de la sécurité nationale à Hong Kong ? Cette situation s’arrêtera-t-elle là, et tout ensuite rentrera dans l’Ordre. Et Taïwan qui craint d’être la prochaine cible ? Déjà, dans le journal leparisien.fr du 27 juillet 2020, un article intitulé « Chine-États-Unis : la nouvelle guerre froide », on lit : « La tensions entre Pékin et Washington ont atteint des sommets. Dernière illustration en date : les autorités chinoises ont pris possession ce lundi matin du consulat américain à Chengdu.

Jusqu'où ira l'escalade entre la Chine et les Etats-Unis ? Le terme de guerre froide entre les deux géants mondiaux n'est pas exagéré, au vu des dernières images. Celles, lundi matin, d'agents du ministère chinois des Affaires étrangères, masques sur le visage et combinaison blanche de protection contre le Covid-19, investissant le consulat américain de Chengdu, métropole de 16,5 millions d'habitants au sud-ouest du pays. A l'aube, la bannière étoilée ornant le bâtiment avait été descendue, tandis qu'une noria de camions avait déménagé toute la nuit les bureaux des diplomates américains, qui avaient quitté les lieux sur sommation de Pékin.

La mise en scène était calme, solennelle, contrastant avec les images de dimanche, où une foule de manifestants « patriotes » agitait des drapeaux rouges et criait des slogans contre « l'agression » américaine. Cette fermeture est la riposte à celle, samedi 25 juillet, du consulat chinois à Houston (Texas) : mais là, les agents fédéraux américains avaient forcé à coups de marteaux et de perceuses les portes de l'enceinte diplomatique, évacuée par ses agents qui avaient reçu un ultimatum de trois jours de Washington.
 

Une guerre économique et idéologique

Pourquoi ce nouvel épisode de tension ? Officiellement, côté américain, pour raison de sécurité nationale. Le consulat de Houston n'était autre, accuse le secrétaire d'Etat américain (chef de la diplomatie) Mike Pompeo, qu'une base avancée de « l'espionnage chinois » et de « vol de propriété intellectuelle ». Plusieurs affaires d'espionnage économique ont éclaté ces dernières années, aux Etats-Unis mais aussi en France. Officieusement, cela servirait plutôt de prétexte à Washington pour exprimer un antagonisme plus vif et profond. « La Chine d'aujourd'hui est de plus en plus autoritaire à l'intérieur du pays, et plus agressive dans son hostilité face à la liberté partout ailleurs », a assené Pompeo.

Outre la guerre commerciale à outrance voulue par Donald Trump depuis son entrée à la Maison Blanche, sont venues s'ajouter les dossiers brûlants de Hongkong et des Ouïgours et les accusations mutuelles sur l'origine de la pandémie de Covid-19. Le régime communiste ne cesse de resserrer l'étau sur Hong Kong, réduisant à néant son statut plus libéral. Et accuse les Américains d'y encourager en sous-main les dissidents. La mise au pas de Hongkong et la persécution de la minorité musulmane ouïgour au Xinjiang ont déjà poussé Washington à prendre des sanctions économiques contre le pays. 

Pourtant, le président Xi Jinping semble pour l'heure calibrer sa réponse. Ainsi, Pékin regrette dans un communiqué l'état des relations avec les Etats-Unis et en rejette la responsabilité sur ces derniers. En outre, les sinologues soulignent que le si le régime avait voulu réagir plus durement, c'est le consulat américain de Hongkong, plus stratégique, qu'il aurait fermé plutôt que celui de Chengdu. Ce sera peut-être le prochain échelon de l'escalade.

 Et accuse les Américains d'y encourager en sous-main les dissidents. La mise au pas de Hongkong et la persécution de la minorité musulmane ouïgour au Xinjiang ont déjà poussé Washington à prendre des sanctions économiques contre le pays. »

La question essentielle pour comprendre est de décrypter comment la situation s’est brusquement détériorée entre les États-Unis et la Chine. Il faut se rappeler les quantitative easing et le processus de désendettement de l’Occident, dans le cadre de la stratégie de défense, qui passait par un resserrement monétaire par la Fed américaine suivi par les autres Banques centrales occidentales. La fin des QE, en 2014, a entraîné un processus immédiat provoquant la forte baisse du prix du baril du pétrole, ce qui a eu pour corollaire la baisse des réserves de change de la Chine et des autres pays émergents et exportateurs de pétrole.

En 2017, survint la menace directe de la Corée du Nord sur les États-Unis. La menace étant l’essai avec succès d’une explosion thermonucléaire (bombe H) qui peut avoir l’équivalent de 1000 bombes A (à fission nucléaire). La puissance de la bombe H ne se mesure pas en kilotonne de TNT, mais en mégatonne de TNT. La Corée du nord a aussi procédé à un tir de missile balistique intercontinental qui peut avoir une portée de 13 000 kms, donc pouvant toucher tout le territoire américain. Et la Corée s’est même vantée de cette prouesse.

En 2018, la situation entre les États-Unis et la Corée du Nord s’est apaisée. Cependant, au demeurant, il n’empêche que l’escalade verbale et la menace américaine qui s’est précisée contre la Corée du Nord auraient pu dégénérer en une guerre nucléaire qui seraient apocalyptiques pour les deux pays, mais certainement plus pour la Corée du Nord, en raison des arsenaux que détient la première puissance mondiale et de la faible superficie de la Corée du Nord par rapport au territoire américain. D’autre part, une guerre nucléaire chez son voisin, la Chine ne ripostant pas, aurait des conséquences extrêmement graves sur sa place dans l’échiquier asiatique et mondial.

L’emploi d'armes nucléaires, en cas de guerre entre grandes puissances, provoquera des conséquences que l’esprit humain aura peine à se représenter. Ce sera l’enfer sur terre. Un missile balistique nucléaire intercontinental lancé, mettant 30 à 40 minutes pour atteindre sa cible, éloignée de 10 000 kms, indiquerait qu’en cas de guerre nucléaire entre puissances, et donc plusieurs missiles balistiques seraient lancés, ce sont des millions d’êtres humains qui seraient morts, des villes qui seraient rasées de la surface de la terre, en moins d’une heure.

Cette crainte d’apocalypse est confirmée, lors du conflit frontalier entre la Chine et l’Inde, en juin 2020. Les deux armées se sont affrontées avec des bâtons en bambous avec clous, en corps à corps, à coups de poing. Aucun coup de feu n'a été tiré. 20 morts du côté indien, la Chine n'a pas donné de chiffres. La situation s'est vite calmé grâce, en fait, à la doctrine de l’« équilibre de la Terreur » ou la « destruction mutuelle assurée ».

Tous ces événements sont liés. La stratégie de défense de l’Occident via la donne monétaire pour se désendetter depuis 2008, la menace nord-coréenne et l’escalade verbale avec les États-Unis en 2017 et la guerre commerciale qui a commencé avec la Chine, en 2018, s’intensifiant à coups de taxes douanières et de représailles.

Dès lors, la seule logique qui explique ces événements qui s’enchaînent est la guerre froide qui a commencé entre les deux grandes puissances pour le leadership mondial. Cette guerre n’est pas seulement économique, elle est géopolitique, médiatique, cybernétique, spatiale, et donc sans limite sauf le nucléaire pour les raisons invoquées supra. Et la loi de la sécurité nationale à Hong Kong votée par le parlement chinois, le 30 juin 2020 relève de cette logique.

On peut penser que, dans un proche avenir, la situation entre les États-Unis et la Chine va empirer. Une citation de Deng Xiao Ping en dit long sur cet affrontement. « Il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline ». Effectivement, le monde aujourd’hui en est là, et ce n’est que le début d’un conflit qui va certainement durer des décennies. 

Il existe donc un risque potentiel d’une fracture du monde. Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, devant le parterre de dirigeants des 193 pays de la planète, lors de l'Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2019, a prévenu de ce qui en ressortira de cette guerre entre les deux géants mondiaux. « Une planète divisée en deux, qui verrait les deux plus grandes puissances économiques asseoir leur pouvoir sur deux mondes séparés en compétition, chacun avec sa devise dominante, ses propres règles commerciales et financières, son propre internet et sa propre intelligence artificielle, et ses propres stratégies géopolitiques et militaires dans un jeu à somme nulle ». (Revue Le Point International, du 29 septembre 2019).

8. Les grands bouleversements à venir 2020-2030. Pétrole à 150 dollars le baril et l’or à 3000 dollars l’once

 Écoutons ce que disent les deux candidats américains aux présidentielles américaines du 3 novembre 2020, on constate pratiquement la même rhétorique contre la Chine. « Trump a annoncé cette semaine qu'il voulait un découplage des économies américaines et chinoises. Par le biais de taxes et de droits de douanes, d'interdiction d'entreprises chinoises sur les marchés américains comme avec Huawei ou TikTok et évidemment d'interdiction d'acquisitions d'entreprises américaines par des entreprises chinoises. »

Joe Biden, le candidat démocrate, le même discours. « Le candidat démocrate a donné hier sa version du découplage. Pour lui le découplage c'est le rapatriement massif d'emplois aux États-Unis. Il veut taxer à 30,8 % les profits générés par la production à l'extérieur des États-Unis, de produits vendus aux États-Unis. Cet impôt s'appliquera aussi aux entreprises qui, par exemple, utilisent des call centers à l'étranger pour les consommateurs américains. » (Journal MonFinancier du 10 septembre 2020)

Il est clair qu’il y a une situation de non-retour dans les relations entre les États-Unis et la Chine. Par conséquent, face à la guerre commerciale provoquée par les États-Unis, la Chine n’a pas de choix que de continuer sa démarche dans l’unification de son territoire. Des rapports militaires qu’on lit sur la toile affirme : « La Chine serait en mesure d'envahir Taïwan et de dissuader toute intervention étrangère d'ici 2020. Une analyse rendue publique alors que l'île se prépare à réduire ses effectifs militaires.

Pékin aura les capacités militaires d’envahir Taiwan et de dissuader toute contre-attaque américaine dès 2020. Ce sont les conclusions alarmistes d’un rapport du ministère de la Défense taiwanais, révélées mercredi 9 octobre lors d’une conférence de presse à Taipei. L’accumulation de matériel militaire récent par la Chine – avions de chasse furtif, bombardiers stratégiques, sous-marins à propulsion nucléaire – conjuguée au déploiement de milliers de missiles balistiques ont poussé les analystes taiwanais à tirer la sonnette d’alarme. Ce rapport a été rendu public alors que Taiwan se prépare à réduire, en 2014, ses effectifs déployés de 240 000 à 215 000 soldats.
 » (France 24 du 09/10/2013)

Pékin considère l’île de Taiwan comme partie intégrante de son territoire et n’exclut pas un recours à la force pour réunifier le pays. De facto indépendante depuis la fin de la guerre civile en 1949, Taiwan considère son alliance avec Washington comme une véritable assurance-vie. Mais face au surarmement chinois et à la légitimité historique, ni Taïwan ni les États-Unis ne peuvent inverser les rapports de force. Et dire que des plans sont préparés et censés permettre à l’armée taiwanaise de tenir jusqu’à une éventuelle intervention américaine restent réellement une chimère.

Lorsque la Chine décidera d’envahir Taïwan, rien ne l’arrêtera. Et cela ne semble pas très lointain au regard des forces en présence. D’autant plus que l’escalade des tensions aujourd’hui et l’extension de la guerre commerciale à un niveau de confrontation encore plus grand s’étend déjà aux autres pôles occidentaux et leurs alliés. La Corée du Sud, Taïwan et d’autres pays ont commencé à délocaliser des entreprises vers l’Inde, le Vietnam… L’Europe révise sa politique commerciale avec la Chine.

Aussi, après Hong Kong, Taïwan qui est visé depuis 1949 reviendra inévitablement à la Chine. Tout dépendra de la crise avec l’Occident et ses alliés. En cas de décision de réunifier la Chine, il y a de forte chance qu’il n’y aura pas de guerre, dans le sens de grandes destructions et de morts. L’armée taïwanaise ne pèse pas lourd avec la troisième puissance militaire du monde. Par les progrès, surarmée, elle est n’est pas très loin du niveau des deux grandes puissances militaires du monde, les États-Unis et la Russie. L’armée taïwanaise n’a pas de réels objectifs dans la guerre pour se défendre, sachant de toute façon qu’elle sera écrasée. De plus, par son identité, elle est rattachée à la Chine qui est la nation-mère. Alors se pose la question : « Y a-t-il un sens dans le désir de se battre ? » Il n’y en a pas. Partant de cet état d’esprit, Taïwan le sait, la Chine et les États-Unis aussi. Taïwan, un problème strictement chinois, la Chine, une puissance nucléaire mondiale, aucune ingérence ne sera acceptée lorsque Taïwan ne sera plus qu’une province chinoise.

Après Hong Kong, Taïwan, la Chine unifiée, ce sera un triomphe sur toute la ligne pour Pékin. Ce processus de réunification a de grande chance pour qu’il se réalise dans la décennie 2020-2030. Après la réunification de la Chine, les bâtiments de guerre américains ne pourront plus traverser le détroit de Taïwan, sauf sur autorisation de la Chine. Et, à partir de cet événement, c’est toute la situation géostratégique du monde qui va changer. Ainsi que les plans des grandes puissances. L’enjeu étant la nouvelle configuration du monde.

Les États-Unis reviendront inévitablement à leur politique d’endiguement comme ils l’ont appliquée à l’ex-Union soviétique. Si la Chine devient plus puissante, le risque est grand pour les États-Unis de se voir déclasser, ils ne seront plus la première puissance mondiale. Et dans ce déclassement, ils perdront aussi le « pouvoir exorbitant du dollar ». Ce sera le yuan chinois qui le remplacera. Dès lors se posera le financement des flottes de guerre américaines. Sans financement, les porte-avions américains qui sillonnaient mers et océans ne pourraient pas quitter les quais ou les baies des grands ports américains, ou du moins très peu. Le rôle de gendarme du monde sera perdu. De même, le financement des 800 bases militaires dans le monde qui va se poser. Ils seront obligés d’en fermer une grande partie, et évacuer leurs forces vers les États-Unis. Sans compter, l’économie américaine qui doit baisser sa voilure, et donc ses importations, la consommation, les investissements. En clair, les États-Unis vont s’appauvrir, et le paradoxe la Chine qui en profite et s’enrichit.

Aussi dans cet affrontement sino-américain, les slogans tels América first (l’Amérique d’abord) ou Make America Great Again (Rendre de nouveau la grandeur de l’Amérique) de Donald Trump n’auront plus de sens vu qu’une guerre âpre va commencer entre les États-Unis et la Chine. Chacun de son côté, réunissant le plus d’alliés, ce sera une guerre sans limite (sauf le nucléaire) pour le leadership mondial.

Des réorganisations majeures vont voir le jour partout dans le monde tant du côté américain que du côté chinois et leurs alliés respectifs. Repenser l’OTAN, réintégration du Traité de libre-échange transpacifique (TPP). Le retrait des États-Unis en 2017 n’aura plus de sens, ça a même été une erreur de Washington. Au contraire, les États-Unis, réintégrant le TPP vont le fédérer, l’unifier, compte tenu de la menace qui pèse sur eux et leurs alliés asiatiques. De huit pays qui sont l’Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, le Partenariat transpacifique va probablement, après les États-Unis, s’élargir à la Corée du Sud, la Thaïlande et les Philippines. A douze, il restera ouvert aux autres pays qui voudront s’intégrer sous la bannière des États-Unis.

La Chine, de son côté, fera de même. Aspirant à devenir la première puissance économique du monde, du reste légitime, naturelle, eu égard à sa démographie, à son PIB, à sa puissance économique et son commerce extérieur. Et peu importe son régime politique communiste puisque c’est lui qui l’a hissé au rang de 2ème puissance économique mondiale. Comme a prédit le secrétaire général de l’ONU, le monde est en train de se fracturer en deux. D’un côté les États-Unis avec leurs alliés, de l’autre, la Chine et ses alliés.

L’endiguement qui se fait sur tous les plans politique, économique, militaire nécessite un soutien fort que les États-Unis doivent apporter à eux-mêmes et à leurs alliés, Donc à l’Europe, l’Asie, et surtout au Japon et à la Corée du Sud. Si la Chine compte sur sa puissance économique exportatrice, première du monde, sa stratégie des Nouvelles Route de la Soie en marche depuis 2013, les États-Unis eux sont confrontés à leurs déficits commerciaux qui sont structurels. En perte de compétitivité dans le commerce mondial, ils ont cependant une puissance de frappe, le « pouvoir exorbitant du dollar ».

A ce propos, Mohamed A. El-Erian, ancien président du Conseil pour le développement global du président des États-Unis Barack Obama écrit : « On s’inquiète en effet qu’une dépréciation du dollar ne dégrade davantage sa position sur la scène internationale, déjà affaiblie par les politiques économiques américaines au cours des trois dernières années – qu’il s’agisse du protectionnisme commercial ou du recours à l’arme des sanctions afin de court-circuiter, de plus en plus, les normes mondiales et les règles de droit.

Plus la crédibilité du dollar est malmenée, plus les États-Unis risquent de perdre l’« exorbitant privilège » qui accompagne l’émission de la principale monnaie de réserve mondiale. Un pays dans cette situation peut échanger des bouts de papiers imprimés ou des écritures informatiques (création de monnaie) contre les biens et les services que produisent les autres pays. Il jouit d’une influence disproportionnée dans les décisions multilatérales et les nominations les plus importantes. Et il profite de la propension des autres à sous-traiter à ses propres institutions la gestion de leur patrimoine financier. » (Journal Le Quotidien d’Oran, du 13 septembre 2020)

La nouvelle stratégie américaine d’endiguement aura besoin d’un soutien financier considérable, il dépassera probablement tout ce que les États-Unis ont dépensé dans leurs guerres passées jusque-là. Ce sera une situation unique dans leur histoire. L’affrontement avec la Chine s’étalera non sur des années mais sur des décennies dont l’issue est incertaine. Qu’en sera-t-il de l’impact des dépenses élevées et toujours récurrentes sur le taux de change du dollar sur les marchés internationaux ? Les dépenses continues vont inévitablement entraîner une dépréciation du dollar telle qu’il ne fera que plonger sur les marchés, et provoquer des fuites des capitaux. Ce qui sera extrêmement nocif pour les États-Unis qui risquent, comme l’écrit l’économiste Mohamed Et-Erian, de perdre l’exorbitant privilège du dollar. Et donc de ne plus être une valeur-refuge. Aucune autre monnaie n’a ce statut privilégié. C’est sur le dollar que repose au final la valeur des autres monnaies. Une perte de ce statut sera catastrophique pour les États-Unis.

Comment alors les États-Unis pourront-ils pallier au danger de la dépréciation de leur monnaie ? Comme dans les crises et guerres précédentes, la guerre menée en Irak en 2003, les prix du pétrole et de l’or ont fortement augmenté, ou encore au sommet de la crise financière, en 2008, la Fed américaine a injecté des masses de liquidités ex nihilo qui ont vu le prix du pétrole exploser jusqu’à atteindre 147 dollars, et malgré tout le dollar a dévissé jusqu’à 1,60 dollar pour un euro. Ou encore avec les QE 1,2,3, des émissions monétaires toujours ex nihilo (sans contreparties productives) qui ont vu le prix du baril de pétrole évoluer entre 100 dollars et 130 dollars, entre 2009 et juillet 2014, soit depuis le QE1 sept années.

Aussi peut-on dire, que le prix du baril de pétrole suivra les mêmes hausses et probablement plus fortes que les conjonctures passées, on peut donc pronostiquer qu’il atteindra les 150 dollars et plus. Même avec le prix de 150 dollars le baril, la dépréciation de la monnaie américaine peut prendre des valeurs telles qu’elle peut provoquer des fuites de capitaux. Par conséquent, pour ne pas mettre en péril le dollar, la hausse du prix de l’or va jouer un rôle d’appoint dans les contreparties productives nécessaires pour les excès de liquidités en dollars émises sur les marchés. Le prix de l’once d’or va probablement fortement augmenter, ce qui évitera de provoquer un cours très élevé du prix du pétrole.

Aujourd’hui, le prix de l’once d’or oscille autour de 1950 dollars. En tant que valeur refuge traditionnelle, il pourrait atteindre les 3000 dollars et même plus, au cours de la décennie 2020-2030. Et même avec la forte hausse du prix du baril de pétrole et de l’once d’or, le dollar US se dépréciera inévitablement, compte tenu des besoins financiers dans leur politique d’endiguement. Et ce sera alors aux injections massives de liquidités des autres Banques centrales (BCE, BoE, BoJ, BPC) de neutraliser la dépréciation non souhaitée du dollar, pour éviter des mouvements erratiques des cours de change. D’autant plus que cela sera nécessaire au vu de la forte appréciation de leurs monnaies face au dollar, qui aura un impact négatif sur le commerce extérieur et leur croissance.

La Chine, par exemple, dont le commerce extérieur est dépendant du taux de change du yuan, risque d’être pénalisée. Une appréciation du yuan affectera ses exportations. Elle sera obligée de le dévaluer, ce qui aura pour corollaire une fuite de capitaux. Comme la crise en 2016, pour rendre la confiance aux investisseurs, elle se trouvera forcée de racheter des yuans sur les marchés, ce qui se traduira par une diminution de réserves de change.

Une situation complexe qui résulte de cet affrontement entre les États-Unis et la Chine ? Cependant, à voir l’irruption du la pandémie Covid-19, si la situation déflationniste aujourd’hui avait continué, et que les quantitative easing menés par l’Occident ont continué, ils ont été en fait une stratégie d’austérité par l’étouffement financier du reste du monde, il y aurait eu des conséquences très négatives pour l’économie mondiale. On le voit avec la chute drastique, année après année, des réserves de change des pays en voie de développement, en particulier les pays exportateurs de pétrole. Non seulement ces pays retourneraient à l’endettement des années 1980 mais beaucoup de pays en Afrique, Asie et Amérique du sud en souffriraient. De nouveau ce sont les pays pauvres et en développement qui paieront dans cette guerre froide entre les États-Unis et la Chine. Précisément le Covid-19 a bouleversé la stratégie occidentale visant à appauvrir une grande partie du monde.

Et la pandémie, aujourd’hui, a mis à nu les stratégies des grandes puissances. La Chine, avec la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, a abattu ses cartes. Elle ne veut plus qu’on lui marche sur les pieds. Devant l’affrontement et l’escalade de la guerre commerciale, il est à parier que dans les années à venir qu’elle va opter pour une réunification de son territoire, seul moyen d’apparaître comme une nation décidée à gagner sa place dans l’échiquier de puissance mondial. Et ce en rapport avec sa puissance démographique, économique, financière, militaire et culturelle.

Par conséquent, l’enjeu qu’est l’île de Taïwan va certainement se résoudre dans les années à venir, et cette situation de guerre commerciale qui est en fait une guerre pour le leadership mondial va accélérer les choses. Aussi peut-on dire qu’après l’élection présidentielle américaine de novembre 2020 qui verra le nouveau président élu, sortant ou le candidat démocrate, que la pandémie commencera à se tasser, que commenceront les grandes manœuvres avant même la reprise de Taïwan par la Chine. Progressivement le cours du baril de pétrole va remonter et probablement dès 2021, si la pandémie décélère et que se termine la 2ème vague de la pandémie à l’hiver 2021.

De 42 dollars le baril de pétrole aujourd’hui, si la maladie commence à se tasser, et à perdre de sa nocivité, le cours du pétrole va remonter rapidement. A 60 dollars et plus. Si l’escalade entre les États-Unis et la Chine continue en 2021, et probablement les tensions ne vont pas baisser, les cours pétroliers poursuivront leur hausse, surtout que l’économie américaine s’est fortement contractée durant la pandémie. Une des économies les plus touchées au monde. Il y a de grande chance que les prix du pétrole vont dépasser les 100 dollars le baril, en 2021-2022, à condition que la pandémie ait disparu ou moins nocive. Le monde s'étant adapté à cete maladie, et ne se pose plus le problème de confinement des populations. Et qu’il y ait reprise économique dans le monde, une forte demande pour s’ajuster à une forte offre. Ce qui permettra de compenser la contraction de l’économie mondiale qui a touché, en 2020, pratiquement tous les pays du monde, en premier l’Occident.

Après le retour des États-Unis au Traité de libre-échange transpacifique (TPP), les cours du pétrole vont encore augmenter en 2022, 2023. Rien n’exclut que les prix remonteront à un cours qui rompra avec les précédents.

Si l’escalade empire, et que la Chine décide de réintégrer Taïwan au continent, la situation se détériore encore plus avec les États-Unis, l’Europe et leurs alliés. Et commence le choc tant redouté entre les grandes puissances. Il sera comparable à la période des années 1930 qui a vu l’irruption de la 2ème Guerre mondiale, ou les années 1910-1914 qui ont vu l’irruption de la 1ère Guerre mondiale. Ce sera le choc du XXe siècle, une guerre essentiellement économique qui verra le prix du pétrole et de l’or exploser. 150 dollars le baril et l’or à 3000 dollars l’once sont potentiellement et historiquement plus que possibles, voire «  nécessaires ». Les États-Unis n’ont pas d’autres armes que ceux-ci, ce qui explique les longues guerres menées au Moyen-Orient. Le pétrole est vital pour la pérennité de leur domination sur le monde.

L’inflation va certainement suivre mais modérément. Mais les États-Unis peuvent l’utiliser aussi comme arme pour diluer les avoirs en réserve de change de la Chine. Sauf que la Chine peut contrer cette arme en confortant son yuan en monnaie mondiale – déjà membre dans le panier de monnaies du DTS utilisé par le FMI –, et donc se rapproche du statut privilégié qu’a le dollar US dans le monde. Demandant ou forçant ses partenaires commerciaux asiatiques, africains et sud-américains à commercer leurs exportations de matières premières et du pétrole en yuans, surtout que ces pays sont étroitement liés par leurs commerces intérieurs et extérieurs à la Chine. De même pour les pays sous embargo ou faisant l’objet de sanctions américaines. Déjà la Chine et la Russie utilisent le yuan et le rouble dans leurs échanges commerciaux, dont le pétrole.

Arrivé au terme de cette analyse, force de dire que le monde s’achemine vers une crise majeure, aussi grave sur le plan économique que ce qui a résulté sur les périodes qui ont précédé les deux conflits mondiaux. Un prix du baril de pétrole à 150 dollars et un cours de l’once d’or à 3000 dollars sont des donnes très vraisemblables, et les États-Unis, sans ces deux donnes n’ont aucun moyen pour contenir la Chine à devenir la première puissance économique du monde. Et son yuan remplacerait définitivement le dollar US. Et surtout ces hausses du prix du pétrole et de l’or à des cours très élevés sont nécessaires pour le soutien financier des États-Unis, et ont été, à maintes fois, corroborées par les crises et les guerres menées par le passé. Donc des présages qui sont réels et vérifiés par l’histoire.

Évidemment, les pays en voie de développement en profiteront de cette situation de hausse du pétrole et de l’or qui s’étendra aux matières premières. Ce qui, paradoxalement, dopera la croissance économique mondiale. Et le monde a besoin de sortir de ce processus déflationniste programmé par les Banques centrales occidentales qui, visant la Chine, étouffe financièrement les pays du reste du monde et inévitablement, par ricochet, la chute de la demande mondiale, et donc l’Occident lui-même.

Reste la question majeure de cet affrontement entre les deux grands pôles de puissance du monde, parce qu’elle engage l’avenir de l’humanité entière. Dans le sens qu’est-ce qui en ressortira ? La question est alors : « Qui des deux l’emportera ? Les États-Unis ou la Chine ? » Il y a évidemment la puissance économie chinoise qui est incontestable, dont l’expansionnisme dans le monde est très avancé. Mais, la Chine a un handicap majeur, son régime politique est autoritaire, et donc une absence de liberté en Chine. Or, aujourd’hui, avec la décolonisation, et surtout depuis la décolonisation, les peuples du monde entier ont soif de liberté, soif d’exister, et la croissance économique seule, y compris en Chine, ne peut apporter aux peuples cette satisfaction de vivre. Des peuples peuvent être pauvres, souffrir de la misère mais chercheront toujours à vivre libres, dans la dignité et sans contrainte.

On a beau les surveiller, les menacer, leur créer des emplois, un peuple reste un peuple toujours épris de liberté, de démocratie et de justice sociale. C’est l’essence même de l’existence humaine. Aussi cet affrontement entre les deux pôles de puissance, s’il joue sur le plan économique joue aussi sur le progrès humain. En clair, c’est un nouveau stade qui se profile pour une nouvelle émancipation des peuples au XXIe siècle qui vient renforcer les indépendances acquises au XXe siècle. C’est ainsi que ce sera toujours la marche de l’humanité dans l’histoire. Les empires naissent, dominent, puis progressivement déclinent et disparaissent. Ne restent que les peuples qui sont la matière et le sens même de la marche du monde, la marche de l’histoire. Sans les peuples, il n’y a pas d’histoire.

Medjdoub Hamed
Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective


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2 réactions à cet article    


  • Arogavox Arogavox 21 septembre 10:21

    Aucune occurrence du mot blockchain dans toute ce texte.

     Pourtant, si on envisage une ’guerre froide’ comment ne pas aborder cette fausse-bonne-idée de reset monétaire pour un nouvel ordre mondial ?

      Pour dénaturer et détourner les formidables potentiels du nouvel art humain évoqué par le mot « numérique », rien de tel qu’une incitation à la facilité cupide par ce genre de fermes à mineurs de bitcoins : https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2283587-20180607-video-blockchain-bullshit-alle-visiter-ferme-bitcoins-secrete-islande

      

    ( les efforts, investissements et capacités de la manufacture moderne, même les plus évolués, peuvent ainsi être pervertis ...)

    Chacun pour sa pomme mondial mutualisé dans des associations d’arrivistes bien planquées ? 

    Mais comment oublier Martin Luther King ? :

    « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »  


    • karibo karibo 22 septembre 16:41

      Merci pour cette analyse & pépite d’ informations, comme tous les articles que vous publiez d’ ailleurs .

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