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4 raisons pour lesquelles les clubs scolaires existent au Japon

(Pour plus d'informations sur le système éducatif japonais et la culture japonaise en générale, vous pouvez vous rendre sur mon blog)

A la différence de la France, il existe des clubs au sein des collèges et lycées japonais. Ces clubs sont de toutes sortes, aussi bien sportifs que culturels et sont gérés par les enseignants eux-mêmes. Les élèves les choisissent au début de leur première année de collège et de lycée et n’en changent généralement pas pendant 3 ans. Il est obligatoire pour les élèves de participer à un club dans certains établissements. Dans ceux qui n’obligent pas leurs élèves à participer à un club, le temps ainsi libéré est utilisé par beaucoup dans les grandes villes pour faire un petit job ou pour fréquenter les juku, cette école après l’école, ceci afin de pouvoir préparer les examens d’entrée des universités qui restent encore assez sélectifs dans les grandes agglomérations japonaises, et ce malgré la dénatalité.

 

Selon le MEXT (le Ministère de l’Education Nationale japonais), environ 75% des collégiens et 55% des collégiennes font partie d’un club scolaire. Au lycée, 55% des lycéens et 27% des lycéennes en font partie. Il ne s’agit que de pourcentages au niveau national et les situations sont extrêmement variables entre les préfectures, notamment entre les grandes métropoles et les préfectures rurales, et au sein des écoles d’une même préfecture ou parfois d’une même ville.

 

Malgré le travail supplémentaire monstrueux qu’exige la gestion de clubs, le MEXT, les collectivités, ainsi que beaucoup de parents d’élèves et d’enseignants eux-mêmes sont pour voir ces clubs perdurer et cela pour plusieurs raisons :

 

*Pour faire de l’école un lieu de vie*

 

Les clubs ont généralement lieu après les cours, mais peuvent aussi se dérouler avant les cours et ont très souvent lieu le weekend et les vacances. Par conséquent, l’école ne ferme pas durant le weekend ou les vacances et reste ouverte jusqu’à très tard le soir. Les élèves restent souvent de longues heures dans l’établissement après les cours et après les activités de club, à discuter avec leurs amis en classe, à jouer à des jeux de cartes, des jeux vidéo, faire leurs devoirs ou autre. Certains ne souhaitent pas rentrer dans une maison vide car c’est angoissant pour eux.

 

Les activités de club ont généralement lieu de 3h30-4h à 6h (8h pour certains clubs) tous les jours même en cas de pluie pour les sports d’extérieur. Lorsque le jeu en extérieur n’est pas possible, les élèves de différents clubs prennent d’assaut les couloirs de l’établissement et font des exercices de musculation ou d’endurance à défaut de pouvoir véritablement s’entrainer sur le terrain.

Les seuls véritables congés ont lieu pour O-bon (la fête des morts en Aout) et le Nouvel An, durant lesquels l’école est véritablement fermée.

 

La participation des élèves aux clubs leur permet de développer une identité propre à ce club, propre à cette école. En effet, lors des tournois, les élèves vont défendre le nom de leur école face aux autres équipes, ce qui cultive un sentiment d’appartenance très fort à leur école. D’ailleurs, les élèves japonais donnent très souvent aussi le nom de leur lycée ou de leur collège lorsqu’ils se présentent.

 

Les activités de clubs permettent aussi aux élèves peu « scolaires » de briller dans un domaine, que celui-ci soit sportif, artistique ou culturel. L’école n’est alors plus un lieu d’échec, mais de réussite. Le club donne du sens à être à l’école pour certains élèves et leur permet de supporter plus facilement les heures de classe. De plus, les élèves et les enseignants peuvent cultiver des liens autres que ceux qu’ils ont en classe. Les élèves, tout comme les enseignants, se voient alors réciproquement d’une autre manière, sous un autre jour, ce qui permet de donner plus de perspectives à la relation enseignant-élève. L’élève et l’enseignant apprennent à se faire confiance, à coopérer en dehors de la classe et nombre d’enseignants considèrent ces moments comme particulièrement importants pour la construction d’un lien affectif fort entre eux et leurs élèves. Ce lien affectif est jugé nécessaire pour correctement faire leur travail d’éducation.

 

*Pour développer des compétences sociales*

 

On ne va pas se voiler la face, l’école japonaise a aussi pour rôle de formater les élèves à la société japonaise, leur inculquer les règles sociales dont ils auront besoin dans leur vie d’adulte. L’école conditionne notamment les élèves à la vie en groupe et aux caractéristiques très japonaises des relations interpersonnelles. Les activités de club sont l’un des outils de ce conditionnement.

 

Par exemple, les élèves apprennent à respecter leurs senpai (ainés) au sein des clubs. Lorsqu’ils se croisent dans les couloirs, le kohai (le cadet) doit toujours saluer son senpai, tout comme le font les kohai en entreprise vis-à-vis de leurs senpai. C’est aussi ce que je fais envers mes propres senpai, les saluant à chaque fois que je les croise dans les couloirs. L’initiative doit venir du kohai et le senpai n’est pas obligé de répondre à son salut. Bien entendu, les élèves aussi doivent normalement saluer les enseignants lorsqu’ils les croisent dans les couloirs. La palme du club le plus poli dans chaque établissement revient extrêmement souvent au club de baseball : lorsqu’ils croisent un enseignant, ils arrêtent leur activité, quelle qu’elle soit, se mettent au garde à vous, enlèvent leur casquette, s’inclinent et saluent d’une voix claire et forte.

 

Les kohai se voient échoir les petites besognes pas très amusantes au début : rangement, nettoyage, ramasser les balles etc. Ils doivent apprendre à rester à leur place et suivre les instructions de leurs senpai. En contrepartie, les senpai vont les former, leur apprendre les règles du club, s’occuper d’eux, trop les gâter et les pourrir jusqu’à la moelle pour certains… ou leur faire vivre un enfer ! Avoir du pouvoir sur autrui fait tourner certaines têtes et les enseignants veillent à ce que cela ne tourne pas au harcèlement scolaire, très souvent présent dans ce genre de relations verticales. Ce microcosme ressemble à celui que les élèves retrouveront en entreprise une fois à l’âge adulte, où ils devront d’abord s’occuper de besognes pas très intéressantes avant d’être formés par leurs senpai et de monter en grade, devenant senpai à leur tour, avec des kohai à leur charge.

 

S’il existe des liens verticaux, il existe aussi des liens horizontaux entre les membres entrés à l’école la même année. Ces liens aussi sont développés. Chacun a sa place et son rôle dans l’équipe. Et ce rôle, même minime, a autant de valeur que celui joué par la star du club. Par exemple, dans les clubs de baseball, les Terminales qui n’ont pas été sélectionnés pour jouer dans l’équipe en tant que titulaires et se sont donc vus attribués le rôle de supporters dans les gradins sont remerciés chaudement par toute l’équipe titulaire une fois le match terminé. Le coach ainsi que le capitaine leur adressent un remerciement personnalisé, mettant en valeur leur rôle de soutien.

 

Former une équipe qui œuvre pour un objectif commun, malgré les caractères différents, malgré les habitudes différentes. Une équipe composée de petits nouveaux venant de différents établissements et qui se retrouvent à devoir coopérer met du temps avant de pouvoir fonctionner correctement, et les senpai, gardiens des traditions du club, sont la glue qui permettront aux petits nouveaux de s’adapter à ce nouvel environnement, de le faire leur, et de se donner à fond pour le bien commun. Cet esprit d’équipe se retrouvera aussi en entreprise, où chaque employé devra apprendre à travailler avec ses collègues, peu importe ses préférences personnelles et ses affinités.

 

*Pour inculquer des valeurs*

 

Gout de l’effort, esprit d’équipe, dépassement de soi, bonnes manières, respect des ainés, fairplay... autant de valeurs instillées au quotidien dans le cerveau des membres de chaque club sportif. Les clubs artistiques aussi permettent à leur membres de viser l’excellence dans leur art, leur demandant de participer à des concours, d’exposer leur art, d’aller jusqu’au bout de leur travail. Il existe bien sur de nombreux clubs qui ont des règles plus souples mais la valeur d’aller jusqu’au bout de ce qu’on a commencé sans abandonner en court de route est bien enseignée dans chaque club, qu’il soit sportif, culturel ou artistique. Avoir un but, se donner à fond pour y arriver, transmettre le flambeau à ses kohai.

 

Du 17eme siècle au milieu du 19eme siècle (et bien avant en fait), les samouraïs des Tokugawa (régnants à ce moment) étaient éduqués à développer des valeurs morales et spirituelles en pratiquant non seulement les arts martiaux, mais aussi la connaissance des lettres. Il s’agissait du « Bunbu ». Cette recherche d’équilibre entre le « bun » (les lettres) et le « bu » (les arts de la guerre) fut intégrée à l’éducation dans les premiers lycées japonais, notamment pour former des élites et des patriotes fiers de leur Nation et de ses valeurs, qui deviendront finalement des soldats en temps de guerre (notamment pendant les guerres d’agression du Japon à la fin du 19eme siècle et au début du 20eme). La version contemporaine démilitarisée du « Bunbu » est le « Ryouritsu » obligatoire que certaines écoles (dont la mienne) pratiquent : chaque élève se doit de participer à un club en plus de ses études. Cette mentalité qui perdure encore dans l’éducation japonaise est due au fait que l’école japonaise est considérée comme responsable du développement intellectuel et cognitif de l’élève mais aussi de son développement social et morale.

 

L’une des « fonctions » contemporaines des clubs, notamment sportifs, est aussi d’éduquer le mental des élèves. On appelle cela le « Seishin Kyouiku ». Avec les autres membres du club, l’élève passe par des expériences difficiles, des échecs, des découragements, et malgré cela il doit trouver en lui la force de continuer à s’entrainer, trouver des moyens de se dépasser pour surmonter ses échecs et aller de l’avant. Les enseignants espèrent ainsi que les élèves utiliseront tout au long de la vie ce qu’ils ont appris au sein de leur club.

 

*Pour contrôler la jeunesse*

 

Le Japon est un pays avec peu de délinquance et les activités de clubs jouent leur rôle dans cette absence de délinquance. En effet, quel jeune irait pratiquer ses compétences de vol à la tire après avoir tout donné pendant son entrainement ? Les jeunes Japonais n’ont ni le temps, ni l’énergie, ni l’envie de s’adonner à ce genre de pratique tant ils sont occupés par leurs activités de club, ou leur petit job et leurs cours supplémentaires pour ceux qui ne fréquentent aucun club.

 

Pas le temps, évidemment, étant donné leur emploi du temps de ministre ; pas l’énergie non plus, cela va sans dire, mais surtout pas l’envie : en effet, la moindre incartade serait immédiatement rapportée à l’école, que ce soit par un passant ou la police. L’école interdirait alors au jeune d’avoir un petit job pour ceux qui en ont un, leur refuserait leur recommandation pour aller à l’université (très importante pour intégrer les bonnes universités) pour ceux qui envisagent de poursuivre leurs études, et pour les membres de clubs, elle leur interdirait tout simplement de participer à un match. Des efforts anéantis par un seul petit acte de délinquance. Croyez-moi que les jeunes Japonais réfléchissent à deux fois avant de s’adonner au vol à l’arrachée. D’ailleurs, ceux qui s’y adonnent n’ont généralement rien à perdre : ni petit job, ni perspectives d’études, ni place dans un club.

 

D’où la volonté de certaines écoles d’imposer l’appartenance à un club  : faire en sorte que l’élève ait quelque chose à perdre en cas de déviation du droit chemin afin de l’empêcher de faire des « bêtises ». Protéger la société et protéger par le nom de l’école aussi car tout fait de délinquance d’un de ses élèves serait dommageable pour la réputation de l’école qui serait considérée comme responsable du manque d’éducation morale de l’élève délinquant. 

 

Chaque club est pétri de processus ritualisés, que ce soit au niveau de l’entrainement ou des relations interpersonnelles. Ces rituels façonnent la vie quotidienne de l’élève, ce qui l’amène à avoir une vie rangée et ordonnée. Certains rituels affectent aussi bien l’apparence physique de l’élève (cheveux rasés pour les élèves du club de baseball, uniforme propre à chaque club etc.) que chaque moment passé au sein du club. Par exemple, chaque club possède une maxime (« Domination de tout le pays », « Respect et persévérance » etc.) passée de génération en génération. L’entrainement est ritualisé avec regroupement obligatoire en début et fin d’entrainement, pratique du « hansei » (« remise en question » qui correspond à l’analyse de pratique, de ce qui s’est passé, des résultats, détecter les points à améliorer et annoncer les mesures à mettre en place pour remédier aux problèmes), cérémonie d’accueil des nouveaux membres avec la passation des uniformes, cérémonie pour remercier les senpai qui vont quitter le club car ils ont fini le collège ou le lycée, etc.

 

Tous ces rituels permettent de créer une structure mentale dans la tête de chaque élève et cultivent en même temps son sentiment d’appartenance à un groupe, développent son attachement affectif à ce groupe et lui permettent d’avoir une vie émotionnellement stable sans qu’il ait besoin d’aller chercher un sentiment d’appartenance à un groupe ou des sensations fortes ailleurs.

 

 

*En conclusion*

 

Les clubs au Japon ont leur rôle à jouer dans la vie des élèves Japonais mais ne sont pas la panacée. On peut notamment remarquer la présence d’ijime (harcèlement) assez fréquent au sein de ces clubs. De plus, beaucoup de coach entrainés à la dure lorsqu’ils étaient jeunes reproduisent le même genre d’entrainement spartiate, voire cruel. Sans oublier que le Japon est le pays où les élèves se sentent le plus mal dans leur peau. En effet, ces clubs sont tellement exigeants au niveau cognitif et au quotidien que beaucoup d’élèves n’ont pas le temps d’avoir du temps pour eux, pour se consacrer à leurs loisirs, ou tout simplement pour rêver, ce qui leur donne le sentiment de ne pas pouvoir vivre pour eux-mêmes.

 

Néanmoins, beaucoup d’employeurs voient d’un mauvais œil un élève qui n’aurait pas participé à un club car « l’oisiveté » est très mal perçue au Japon (exception faite pour ceux qui ont eu un petit job ou sont allés au juku qui ne sont pas considérés comme oisifs). Certains employeurs considèrent même qu’un élève n’ayant pas fréquenté un club ne pourra pas s’adapter correctement en entreprise car il n’aura pas été habitué à se donner à fond pour un but commun, ni n’aura acquis les règles d’une société très hiérarchisée qui existe encore dans les très grandes entreprises. Il faut comprendre que les patrons de ces entreprises, ainsi que l’encadrement, ont été élevés dans un Japon aux règles très dures et qu’ils ont dévoué toute leur vie à leur entreprise. Par conséquent, ils ne comprennent pas la jeune génération qui possède d’autres aspirations plus personnelles : équilibrer famille et travail, prendre des vacances pour profiter de ses loisirs etc.

 

Les clubs commencent très doucement à être délégués aux localités pour permettre aux enseignants débordés de prendre plus de temps pour eux, mais pas mal d’enseignants et de parents sont contre. Evidemment, beaucoup d’enseignants aimeraient alléger leur charge de travail mais ils sont aussi pleinement conscients que ces clubs sont un outil important pour eux pour leur permettre de mener à bien leur rôle d’éducation de leurs élèves.

 

Quoi qu’il en soit, le Japon étant le Japon, les choses évoluent peu, pour le meilleur comme pour le pire.

 


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2 réactions à cet article    


  • Jean Roque Jean Roque 30 juin 18:29

     
    Au collège j’étais dans un club d’électronique (du prof de math), pas au Japon mais en France (pays avant la colonie Boobaland)
     
     
    LES JAPONAIS SONT UN PEUPLE D’HUMAINS, AVEC UNE CULTURE,
     
    LES BOOBAS UN TROUPEAU DE GOGOCHONS MULTIETHINQUÉS AUTOUR D’UNE AUGE DE SUPERMARCHÉ.

     
    ça ne se compare pas.
     
    Charles Gave : “Le Boobaland s’est fait une spécialité d’exporter les Bac +7 et d’importer les Bac -7 !”
     
    La vengeance du bas clergé universitaire sur le haut clergé : en 1981 les crasseux dévots mondialistes gogochons ont supprimé le doctorat d’état... (1ère mesure éducative !)
     
    https://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/charles-gave-la-france-s-est-fait-77369


    • bluerage 1er juillet 16:40
      Ahhh le baseball japonais...

      Pour ceux qui ont lu les mangas H2, Touch, Rookies etc, c’est quelque chose, le plus beau sport du monde adapté à la culture nipponne.

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