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Accueil du site > Tribune Libre > 50 ans de cinéma SF : Alien de Ridley Scott

50 ans de cinéma SF : Alien de Ridley Scott

Second film du britannique Ridley Scott, ce mythique 8eme passager, Alien, l’étranger – ou l’autre, l’altérité, le monstre de type créature biomécanique, cette chose personnifiant toutes les terreurs depuis l’avènement du cinéma, chose que l’on voit finalement peu, ombre rodant dans les dédales des couloirs de l’immense vaisseau spatial blanc, poulpe sortant du ventre de son hôte humain et se transformant au gré des heures en un gigantesque titan noir à la tête de mort – bref, cet intrus machine qui s’en va de par sa présence seule conduire la seule et unique survivante, la célèbre Ripley, à redevenir animal, à ne compter que sur son instinct, à délimiter son espace de survie en condamnant son espace vital au plus serre. Car la Bête venue de la planète inconnue ou la Compagnie avait envoyé ses cobayes salariés a pris possession, à partir de son éclosion violente, à compter du thorax de John Hurt perfore, de tout l’espace, jusqu’ à se coller, tel le sparadrap du capitaine Haddock, à la capsule ou s’est réfugiée à la fin Sigourney Weaver.

Alien donc – cette Bête quelle est-elle, que signifie ce poulpe qui à peine éclos te saute à la gorge, entre dans tes entrailles, couve quelques heures à étouffer ton cœur puis te déchire de l’intérieur pour ensuite contaminer ton espace de vie et massacrer tout ce qui y vit – sinon l’incarnation du mal, un mal mutant de type machine, comme une excroissance ou un parasite, entre vivant et non vivant, créature extraterrestre ou d’essence humaine (créee par la Compagnie ? ou simplement identifiée par elle ?), car que sait-on dans cette odyssée de la terreur de ce que sait la firme invisible qui a dépêché les sept mercenaires de l’espace (le chiffre sept fait bien évidemment référence à Kurosawa et à Sergio Leone, Alien étant comme une adaptation intergalactique des œuvres de ces deux auteurs) ?

Le deus ex machina renvoie à l’ordinateur tout puissant du 2001 de Kubrick, un ordinateur cette fois silencieux, œil froid du cinéaste qui avec une élégance classique ne perd rien des assauts et des cris de ses passagers, consommateurs un à un consommés par la vorace créature dégoulinante, laquelle s’en va jusqu’ à ne faire qu’une bouchée d’un chat roux. La beauté quasi immobile de ces plans longs ou la camera bouge peu et ou l’œil, le nôtre, cherche avec Ripley dans les recoins le moindre signe pouvant mettre en évidence la présence malfaisante évoque Fritz Lang et le cinéma allemand expressionniste des années 20, ce cinéma ou l’ombre régnait en maitresse et ou la lumière se faisait rare. Ici la lumière (ces immenses pièces blanches) devient inquiétante, la Bête ne s’y niche point mais reste en embuscade au premier virage, elle se terre dans les conduits d’aération, jusqu’ à rendre l’atmosphère proprement irrespirable.

L’immense talent de Scott provient de sa capacité à nous glacer le sang à partir de trois fois rien, tant il montre peu et suggère par de simples effets de montage, de légers mouvements de caméra, quelques effets sonores avec ces sifflements de soufflerie. Le vaisseau Monde devient comme un ventre maternel infecté, une succession de tuyaux et de boyaux conduisant à un cœur et dont il faut absolument condamner toutes les issues… jusqu’ à se retrouver nez à nez avec le monstre qui te renifle et bave.

Le scénario de Dan O Bannon compte moins que l’art de mettre en scène l’horreur gangrenant l’écran comme la salle ou chaque spectateur ne peut que sursauter en permanence de son fauteuil. L’effet de suffocation est tel que la bête, chacun la fait sienne et craint depuis le confort de l’autre côté de l’écran qu’elle ne lui saute à la gorge. Le processus d’identification joue à plein du fait de l’économie de moyens, de l’absence à l’écran du monstre redouté, de l’ombre sur l’écran comme dans la salle ou le film est projeté. Le mal à proprement parler, c’est à dire l’horreur pure : c’est cela, le huitième passager. Et elle devient du fait de nos propres peurs et de notre propre imagination envahissante.

Sorti triomphalement en 1979 et devenu depuis culte, Alien connaitra 3 suites signées par James Cameron, David Fincher puis Jean-Pierre Jeunet, une franchise dérivée (Alien vs Predator), avant d’être enfin repris en main par son metteur en scène initial à compter de Prometheus – qui sans copier la première série la renouvelle de fond en comble quitte à larguer pas mal des afficionados des premiers films. Il constitue une matrice inégalée du cinéma d’épouvante pur. Mais surtout un support de choix pour exégètes interrogeant la pellicule et se perdant en conjectures sur la signification profonde de l’œuvre. Classique en apparence, celle-ci fit davantage que renouveler un genre, elle créa à compter d’elle au même titre que 2001 l’odyssée de l’espace un véritable seuil dans l’histoire du cinéma. Impossible, après Alien, de continuer à réaliser des films de SF comme avant.


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13 réactions à cet article    


  • _Ulysse_ _Ulysse_ 13 octobre 18:56

    Un film très réussi c’est certain.

    Prometheus et covenant sont également assez réussis même si pas dans le même style.
    Un prochain film est prévu faisant suite à covenant et précédent Alien, le 8 ième passager.
    La trame sur laquelle ces films s’appuient est très SF « vraie » même si les films jouent beaucoup sur l’atmosphère et l’aspect « horreur ».


    • Philippe MEONI Philippe MEONI 13 octobre 20:05

      Bonsoir, belle dissertation qui rappelle le génie de Scott et le virage qu’il a opéré dans les productions de SF... Merci pour ce bon moment...


      • Stupeur Stupeur 13 octobre 20:45

        Même pas peur ! smiley


        • Stupeur Stupeur 13 octobre 21:13

          -> 11 faits méconnus sur Alien (Topsicle) - durée 6:02

          -> Premiere RETRO CRITIQUE sur la saga Alien (Critique Masquée) - durée 18:10

          -> Alien, le 8e passager de Ridley Scott est Suisse ! (RTS - 1979 - Giger) - durée 7:40

          -> AFPB : L’analyse filmique (Arnaud Beaudry) - durée 47:22


        • Stupeur Stupeur 13 octobre 21:30

          Bande annonce (non officielle) faite en 2015 - durée 2:52



        • McGurk McGurk 13 octobre 21:50

          Ridley n’a pas non plus inventé la poudre.

          Le premier de la série est de très loin le plus réussi de tous même si pas très poussé, le second est sympathique et la suite spirituelle du 1er. Le trois est dans la lignée du 2nd.

          Globalement, le thème pour ces trois premiers films est sympa mais vraiment mal exploité et surtout sous-exploité. L’élément le plus réussi est la personnalité des personnages bien qu’il y manque un petit quelque chose. Cela donne des films regardables mais absolument pas cultes.

          Alien, la résurrection est franchement barré. L’idée de base est tout simplement grotesque et le scénario est fou à lier. Mais au moins, on retrouve l’actrice principale qui joue très bien.

          Les deux derniers (Promehteus et Covenant) sont vraiment lamentables et il n’y vraiment pas de quoi parader. On y apprend rien, les personnages sont nuls, le scénario est à chier par terre, le développement nase et la fin à pleurer.

          J’ai vu que Ridley veut remettre ça en 2019 avec un nouveau navet qui semble en préparation. J’espère qu’un autre metteur en scène prendra le relai pour revenir au origines de la série, pondra un bon scénario et innovera un peu parce que Alien en a plus que besoin - au lieu de pondre une merde tous les deux/trois ans.


          • bob14 bob14 14 octobre 08:15

            Hans Ruedi (à l’origine Rudolf) Giger (né à Coire, en Suisse, le 5 février 1940, et mort le 12 mai 2014 à Zurich, en Suisse) est un plasticien, graphiste, illustrateur, sculpteur et designer suisse.Son travail ayant été remarqué, il est engagé pour créer la créature et le vaisseau étranger du film Alien, le huitième passager, de Ridley Scott...Wikipedia.


            • juluch juluch 14 octobre 10:24

              Tres bon film qui a donné quelques suite pas mal et pi après la franchise a déraillé avec une multitude de navet mêlant Alien et prédator jusqu’à la dernière mouture de 2017.


              par contre, le chat ne meurt pas !!

              • Agafia Agafia 14 octobre 15:01

                Alien, j’Adore ! Le premier est certainement le meilleur, mais les trois suivants aussi dégagent chacun leur univers particulier. 

                Après j’avoue que je n’accroche plus.

                Et je conseille à tous ceux qui passeraient par Gruyère en Suisse d’aller visiter le musée Giger. Il est tout simplement exceptionnel. Vous entrez dans un autre monde, l’univers bio-mécano-sexo de l’artiste au fabuleux talent. 

                • HELIOS HELIOS 14 octobre 17:43

                  ...enfin on en parle !


                  bon, d’ac’, les phrases trop longues (désolé, Victor Hugo, c’est fini), ça pèse un peu et l’Alien n’est pas un poulpe, c’est pire. Le poulpe ne fait qu’étouffer avec ses tentacules beaucoup trop doux en comparaison avec les pattes de crabes articulées qui sont par essence coupantes !

                  Bon, ok aussi le fond de ce billet cinematesque est sympa, même si c’est une vision essentiellement parisienne ou du moins occidentalo-chretienne.. Ceux qui preferent le premier des 4 films, c’est juste parce que c’etait le... premier ! Depuis, la réalité a beaucoup rattrapé la fiction et se faire boulotter par un Alien, c’est peutr etre plus agreable qu’egorger ou mitrailler au detour d’une salle de spectacle et dans une gare. L’horreur a sa dimension et on s’habitue.

                  Bon, bien, les autres films de la « serie » - Prometheus, Covenant- ou ses spin off -Alien vs Predator- descendent d’un film dont je vais rechercher le titre. cela ne se passe pas dans un vaisseau mais dans une usine qq part aux US.
                  Aimer la SF autre que le space opera est possible, mais c’est une autre forme d’art. La serie des Aliens, même si les films sont inegaux, apportent une ambiance recherchée, du rève en fait, car chacun d’entre nous peut imaginer y etre confronté. Evidement il faut habiter en dehors de Paris.

                  Merci l’auteur... ceux qui simplement veulent savoir qu’il existe d’autres films de SF, genre de plus en plus elargis, peuvent aller voir là.


                  • McGurk McGurk 14 octobre 17:53

                    @HELIOS

                    Résumé : c’est la faute de Paris ! smiley


                  • Paul ORIOL 14 octobre 21:53
                    Je ne suis pas tellement SF...
                    Ce qui m’a frappé c’est que pour la première fois ce n’était pas un humanoïde, blanc, jaune ou vert... 

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