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Accueil du site > Tribune Libre > 50 ans de cinéma SF : Blade Runner de Ridley Scott

50 ans de cinéma SF : Blade Runner de Ridley Scott

Sorti en 1982, le 3ème film de Ridley Scott dont la suite vient enfin de sortir ne fut pas loin s’en faut immédiatement le succès et le film culte que les années créèrent. Ce long poème désabusé sur un futur ou au sein d’une mégapole aux néons multicolores, zébrée en permanence par une pluie déprimante, rodent ces répliquants, flics hommes machines au service d’une Elite invisible marqua sans doute à l’époque davantage par son esthétique que par son message, bouleversant d’humanité.

Comme tous les grands films d’anticipation, Blade Runner est une alerte : oui humains vous filez droit sans le savoir, du fait des puissants qui vous dominent et vous aveuglent, vers un totalitarisme ou consommer, travailler, payer son loyer et se distraire sont devenus l’alpha et l’oméga d’existences ternes. Vos villes et leurs tours immenses avec ces publicités envahissantes, tout ceci est fait pour vous asservir, vos droits sont bafoués, en net recul, vous êtes à présent surveillés par une armée qui n’est pas humaine mais symbiose de la machine et de l’homme. Tels ces robots vous êtes esclaves de votre propension à l’individualisme, et prisonniers d’appartements minuscules au 36ème étage d’une tour qui défie les cieux et sur laquelle ceux-ci déversent des trombes d’eau.

Où est Mère Nature dans ce long poème d’acier et de verre : nulle part. Où est l’humain, sinon niché derrière les masques impassibles, parfois secoués au fond du regard par une émotion, des deux personnages principaux. Harrison Ford : son visage est comme un tableau en mouvement, la mâchoire parfois se détend et l’œil s’allume.

Ces répliquants androïdes qui se rebellent doivent être par le biais d’Harrison Ford, le blade runner du titre, non pas détruits mais forcés au retrait – ce qui revient au meme mais le vocabulaire compte. Le chasseur les poursuit dans un Los Angeles (2019 …) inhumain livré à la pollution. Créatures non dénuées d’âme, les répliquants étonnent, certes font des bêtises, tuent certes, mais ressentent et tentent en eux-mêmes de chercher quelque chose auquel se rattacher, quelque chose qui se nomme vie.

La bouleversante quête en forme de chasse (chaque séquence, éloignée de l’action pure, fonctionne comme une strophe musicale au sein des décors somptueux signés Bilal et Moebius, deux des plus grands auteurs de bande dessinée SF au monde) est comme une mise en abime ou chaque personnage, le chasseur comme les chassés (et les poupées de ceux-ci) partent en introspection dans une mégapole sauvage où s incarner est du ressort de l’impossible pour quiconque a un cœur.

Entre le Metropolis de Fritz Lang et Soleil Vert, la proposition d’anticipation du cinéaste pointe avec justesse le domaine du possible à portée de regard : Trans humanisme, policiarisation de la société, pollution galopante ayant détruit la nature, villes tentaculaires et désespérante solitude des êtres coupés de tout, ni famille ni amis : rien. Un Chinatown marchand, des tours et puis rien.

Le pouvoir ici demeure invisible, la main du diable se niche dans les ombres, Dieu est absent. La parabole de cette très libre adaptation d’un roman de Philip Dick est limpide : l’homme est un loup pour l’homme, la fin est proche, la Terre fut tuée à toute vitesse par les marionnettistes qui créent des machines puis les font détruire par d’autres.

Deus ex machina : je tire les ficelles, déverse sur vos villes cette pluie déprimante et observe derrière un miroir sans teint, un peu comme toi spectateur acteur de ce miroir que je te tends avec quelques deux ou trois décennies d’avance sur le monde auquel je te prépare…


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6 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 18 octobre 2017 08:46

     Il est sélectionné en 1993 par la National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès pour être conservé en raison de son importance et, en 2007, par l’American Film Institute dans son classement des 100 plus grands films américains de tous les temps. Il a acquis depuis lors un véritable statut de film culte et est considéré comme un film majeur de l’histoire du cinéma car précurseur de différents styles grâce à l’utilisation de thèmes récurrents ; nombre d’autres films, de séries télévisées et de jeux vidéo s’en sont inspirés.


    • keiser keiser 18 octobre 2017 09:48

      Philip K. Dick aurait eu 87 ans aujourd’hui. Avant de mourir, il a vu les premiers rush de « Blade Runner » et a écrit cette lettre, euphorique.

      "Cher Jeff,

      Ce soir, j’ai vu par hasard le programme de la chaîne 7 “Hooray for Hollywood” avec un topic sur Blade Runner. (Bon, pour être honnête, ce ne fut pas un hasard, je ne suis pas simplement tombé dessus ; quelqu’un m’a averti que Blade Runner faisait partie du show, et qu’il fallait que je regarde). « Futurisme. » C’est précisément ce qu’Harrison a dit. L’impact de Blade Runner sera simplement accablant, tant pour le public que pour les gens créatifs - et je crois en la science-fiction en temps que genre. Puisque ça fait 30 ans que j’écris et que je vends des œuvres de science-fiction, c’est une question d’importance pour moi. En toute candeur, je dois dire que notre genre s’est détérioré lentement ces dernières années. Rien que l’on ait fait individuellement ou collectivement n’égale Blade Runner. Ce n’est pas de l’évasion ; c’est du super-réalisme, avec autant de cran, détaillé, authentique et sacrément convainquant que, finalement, après le topic, j’ai trouvé ma “réalité” quotidienne pâle en comparaison. Ce que je suis en train de dire, c’est que vous avez peut-être créé collectivement une nouvelle forme unique d’expression artistique jamais vue. Et je crois que Blade Runner révolutionne nos conceptions de ce qu’est la science-fiction, et de plus, ce qu’elle peut devenir.

      La science-fiction s’est lentement et inéluctablement installée dans une mort monotone : elle est devenue asphyxiée, peu originale, périmée. Soudainement, vous êtes parmi les plus grands talents contemporains, et maintenant c’est une nouvelle vie, un nouveau commencement. En ce qui concerne mon propre rôle dans le projet Blade Runner, je peux juste dire que je ne savais pas qu’un de mes travaux, ou un ensemble de mes idées puisse prendre de telles dimensions. Ma vie et mon travail créatif sont justifiés et complétés par Blade Runner. Merci… Et ce sera un succès commercial sans égal.

      Il se révèlera invincible.

      Cordialement,

      Philip K. Dick"


      • Stupeur Stupeur 18 octobre 2017 17:30

        @keiser
        Merci smiley
        Tu as envoyé ce commentaire depuis une autre dimension temporelle ?
        (Philip K Dick est né le 16 décembre 1928)


      • McGurk McGurk 18 octobre 2017 14:05

        Ouais bof, j’ai regardé ce film hier et je vois dire qu’il est aussi superficiel que les autres productions de l’auteur. On effleure la surface des sujets sans les aborder réellement, tout comme dans la série Alien.

        L’ambiance est sympathique et les acteurs excellents, mais le scénario n’existe pas. Pire : le contexte n’est pas vraiment expliqué (sauf les pavés à la Star wars) et il faut regarder sur internet pour le comprendre...

        Cela donne un film regardable mais absolument pas incontournable.


        • Stupeur Stupeur 18 octobre 2017 17:35


          Un livre intéressant : Philip K. Dick L’homme qui changea le futur
           

           » Je pense avoir organisé le livre de manière à ce que vous, lecteurs, puissiez tirer vos propres conclusions sur l’énigme Philip K. Dick. La première partie du livre est une biographie chronologique simple et directe. La majorité des informations contenues dans cette partie sont tirées de diverses biographies, articles, et lettres de PKD. La deuxième partie quant à elle, a pour objet d’examiner en détail la plupart des expériences étranges vécues par PKD. Je pense en effet que la seule manière de pouvoir comprendre cet homme et sa vision du monde est d’analyser comment ces évènements l’ont affectés personnellement.

          À partir de là j’examine les manières dont PKD tente lui-même d’expliquer ces évènements. La plupart de mes documentations sont tirées de son recueil de journal, Exegesis, publié en Novembre 2011. Beaucoup de ces documents n’avaient pas été publié dans le passé, et ils m’ont permis de me faire une idée plus précise de la manière de penser de PKD.

          À moins que je ne me trompe, il semblerait qu’il s’agisse du premier livre à analyser les expériences de PKD à la lumière de ses propres écrits en la matière. Cette deuxième partie se termine avec une évaluation sur la croyance de PKD d’exister sous la forme d’un être hybride appelé » homoplasme « .

          La troisième partie tentera de trouver une explication neurologique aux expériences vécues par PKD. J’ai le sentiment que si PKD avait écrit son autobiographie c’est certainement comme cela qu’il l’aurait fait. À savoir si j’ai réussi ou non, c’est à vous d’en décider. « 

          Anthony Peake


          • HELIOS HELIOS 19 octobre 2017 04:25

            Dans un contexte de coherence cinematographique, ... selon vous, quels sont les films qui font suite aux Blade Runner ?


            - Les robocop....
            - Les terminator ...
            - ou bien les Mad Max ?

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