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A l’école avec Jean-Michel Blanquer

Article pour faire connaissance avec le nouveau ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et ses projets éducatifs.

Jusqu'à mercredi 17 mai dernier, Jean-Michel Blanquer était le Directeur général du groupe ESSEC. Etant moi-même (très) ancienne élève de cette école, sa nomination comme Ministre de l'Education nationale dans le gouvernement d'Edouard Philippe a naturellement capté mon attention et suscité ma curiosité. 

La ministre sortante, Najat Vallaud-Belkacem, fut l'auteur d'une réforme du collège et d'une refonte des programmes très contestées l'une et l'autre tant elles institutionnalisent le nivellement par le bas des élèves, alors que les classements internationaux nous sont de plus en plus défavorables. Ayant vu qu'elle avait fait une moue spectaculairement dépréciatrice en apprenant le nom de son successeur, j'ai été prise d'un grand élan de sympathie envers le nouveau ministre et, plus sérieusement, j'ai eu envie d'en savoir plus sur lui, sur ses idées et sur ses intentions.

Jean-Luc Mélenchon a également fait part de sa totale désapprobation. En expert indépassable des formules et des amalgames qui frappent, il a prestement instrumentalisé le fait d'avoir dirigé une grande école de commerce comme la preuve de la marchandisation du savoir et des élèves qui sera forcément à l'oeuvre, selon lui, avec un tel ministre à l'Education nationale - tout en nous livrant au passage son surmoi totalitaire sur l'école dont l'objectif devrait être de "fabriquer" des humains (à son image, j'imagine) :

 

 

• Si Jean-Michel Blanquer (CV complet ici) est fréquemment associé à la droite - et de fait, il fut directeur adjoint du cabinet du ministre de l'Education nationale Gilles de Robien de 2006 à 2007 sous Chirac, puis Directeur général de l’enseignement scolaire de 2009 à 2012, soit le numéro 2 de l'Education nationale auprès de Luc Chatel, ministre de Sarkozy - il est avant tout un spécialiste reconnu des questions d'éducation.

Suite à sa nomination, les principaux syndicats d'enseignants n'ont certes pas manqué de rappeler qu'il avait participé aux suppressions de postes de l'ère Sarkozy et qu'il était aussi l'auteur des funestes évaluations organisées à l'époque en CE1 et CM2, officiellement pour faire un bilan du niveau des élèves, et officieusement, selon les syndicats, pour - horresco referens !! - évaluer les professeurs.

Mais dans l'ensemble, de façon plus sérieuse et moins caricaturale que Jean-Luc Mélenchon, ils saluent "un homme de conviction, pragmatique, qui connaît le terrain". Ils se déclarent "prêts à s'asseoir autour de la table" et pensent que leurs objectifs et ceux du nouveau ministre sont les mêmes :

"Faire réussir tous les élèves et diminuer les inégalités avec un vrai souci de l'école de la République et l'idée que tous les élèves sont capables." (Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp, syndicat majoritaire dans le primaire)

.
Vendredi matin sur France Inter (vidéo ci-dessous, 08' 52"), Jean-Michel Blanquer a regretté les petites polémiques nées de sa nomination et les étiquettes politiques qu'on veut lui accoler à toute force. Il a réaffirmé qu'il ne s'était jamais engagé en politique et qu'il n'avait jamais milité dans aucun parti. Très en phase avec la philosophie générale d'Emmanuel Macron, il considère qu'il faut se rassembler car "le clivage droite gauche n'a aucun intérêt pour l'école."

Ce qui l'intéresse, c'est de parler des élèves, et ce qu'il demande, c'est qu'on regarde ce qu'il a fait, ce qu'il a dit et ce qu'il a écrit :

"Ce que j'ai fait c'est toujours de me consacrer aux élèves, et notamment les plus défavorisés. Ce qui m'intéresse, c'est d'arriver à la vraie égalité, au vrai progrès et pas me payer de mots."

Cette petite mise au point étant faite, le nouveau ministre a pu développer quelques uns des grands principes qu'il envisage de mettre en oeuvre rapidement : oui, l'autorité des maîtres va de pair avec l'épanouissement des élèves ; oui, les classes bilangues seront rétablies ; oui, le récit national doit être positif mais il doit surtout être chronologique afin de donner des repères, notamment aux plus jeunes élèves ; et oui, les classes de CP et CE1 seront bien dédoublées dans les zones d'éducation prioritaire dès la rentrée, conformément à la promesse du candidat Macron.

D'après Blanquer, cette dernière réforme n'est pas une lubie, elle correspond à ce qui, dans le passé, a montré de l'efficacité. Il insiste énormément sur la nécessité de faire des expérimentations, de les évaluer et de poursuivre si les résultats sont concluants.

Pour lui, il est fondamental de s'intéresser aux enfants dès le plus jeune âge, au moment où le langage et le vocabulaire s'installent, l'objectif étant que tous les élèves sortent du CP en sachant lire, écrire et compter, avec le bénéfice que les professeurs des classes supérieures du primaire et du collège hériteront d'élèves disposant de fondamentaux bien ancrés. Naturellement, ceci implique qu'il faudra recruter des enseignants pour ces niveaux de départ, quitte à faire des économies sur une simplification des années lycée et du bac.

Concernant les rythmes scolaires, autre réforme très contestée du quinquennat précédent, Blanquer revendique le plus grand pragmatisme (un de ses maîtres-mots) et une concertation totale entre les mairies et les établissements scolaires. Il insiste sur le fait que le ministère doit apporter du soutien aux acteurs de la communauté éducative, pas les contrôler depuis Paris :

"Si j'ai un appel à faire aux professeurs - j'en suis un moi-même, je leur dis : Votre créativité, votre volonté d'agir sont libérées. Faites, proposez, l'institution est là pour vous aider."

Dès lors, il importe de libérer le système, en donnant de l'autonomie aux établissements pour recruter et s'organiser, toujours sur la base du pragmatisme et de l'évaluation de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas.

• Jean-Michel Blanquer a développé toutes ses idées dans deux livres parus aux éditions Odile Jacob : L'école de la vie en 2014 et L'école de demain* fin 2016.

Dans le premier (vidéo ci-dessous, 06' 23"), il décrypte les enjeux des quatre stades de l'école : la maternelle ou le "métier de vivre", l’école élémentaire ou "un socle pour la vie", le collège ou le passage "du collège unique au collège commun" et le lycée ou le "lycée de la liberté". Le titre de l'ouvrage a été choisi afin de montrer l'aller et retour nécessaire entre l'expérience et la connaissance, ainsi que pour transmettre un message d'optimisme dans le fait que notre système n'est pas condamné à rester le "mammouth" en phase terminale qu'on déplore sans trop savoir qu'en faire.

Jean-Michel Blanquer insiste également beaucoup sur les expérimentations scientifiques qu'il a menées avec l'Ecole d'économie de Paris. En particulier, celle qui a cherché à voir comment associer plus étroitement les familles à la scolarité des enfants. Ceci s'est traduit par des réunions avec les parents pour les sensibiliser aux enjeux des devoirs à la maison, aux méthodes d'apprentissage, etc.... Cette implication des parents a eu un impact sur les élèves qui a été mesuré, d'abord dans 50 établissements, puis dans 1300.

Pour Blanquer, il est important d'avoir une vraie méthode scientifique pour évaluer les actions, et une vraie méthode expérimentale pour transformer les essais en les élargissant si ça marche.

Le second livre (voir entretien dans vidéo ci-dessous, 08' 13") est un véritable programme ministériel. Elaboré en collaboration avec l'Institut Montaigne, il est si proche des mesures phares d'Emmanuel Macron en matière d'éducation qu'on croirait qu'il a été écrit pour lui.

En 150 pages, ce livre redessine l'intégralité du système éducatif de la maternelle au lycée, en redistribuant les moyens, les pouvoirs et les attributions des différents corps. Mais Jean-Michel Blanquer n'envisage pas cela comme une révolution, comme on le lui objecte souvent, mais comme :

"un modèle éducatif équilibré, mélange réussi de tradition et de modernité, d'épanouissement et de rigueur."

Tout en s'appuyant sur les acquis de l'expérimentation scientifique, ce modèle éducatif tourne autour de quatre grands principes : l'autorité, l'autonomie, les fondamentaux et la hiérarchisation.

Cette dernière notion inquiète la plupart des tenants des pédagogies actuelles car elle implique la formation au sein des classes de "groupes de compétence" dont ils redoutent qu'ils pourraient devenir des "groupes de niveau" défavorables aux élèves défavorisés.

Elle implique aussi la mise en concurrence des établissements, notion "commerciale" qui rejoint la critique mélenchoniste citée plus haut. Jean-Michel Blanquer, et pour ma part je le regrette, n'est cependant pas dans une logique de privatisation du système mais dans une logique de délégation accrue qui permettrait "d'accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs."

Des sites éducatifs hostiles tels que Le café pédagogique estiment que :

"La personnalité de l'auteur, son parcours, le soutien de l'Institut Montaigne, ses appuis au sein du ministère font de J. M. Blanquer un ministre potentiel et de son ouvrage un livre programme pour un président soucieux de réduire le budget de l'Éducation nationale et de mettre au pas la machine éducative."

Selon moi, cette critique virulente d'une transformation de l'Education nationale dont les mauvais résultats sont de plus en plus préoccupants n'est pas autre chose que le pendant éducationnel de tous les freins qu'on voit se lever contre la réforme du code du travail alors que le chômage de masse s'installe ou contre la nécessaire mise à la diète de l'Etat-providence alors que notre dette caracole à presque 100 % du PIB.

Jean-Michel Blanquer apparaît vraiment comme quelqu'un de très expérimenté dans le domaine de l'éducation pour lequel il professe passion et enthousiasme. Des qualités qui lui seront infiniment nécessaires pour insuffler un peu de liberté dans les rouages crispés de notre éducation nationale. 

Je lui souhaite tout le succès possible, en espérant qu'il aille encore plus loin dans la souplesse et la liberté. Par exemple en mettant fin aux rigidités de la carte scolaire dans l'enseignement public, et en actant un début de fin du monopole de l'Education nationale en autorisant les expériences éducatives les plus variées, destinées à tous les profils d'enfants et de parents, comme cela existe dans les études supérieures à travers toutes les écoles qui se développent de façon autonome parallèlement aux nouveaux métiers que les technologies de l'information font émerger.


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19 réactions à cet article    


  • leypanou 26 mai 09:23

    Jean-Michel Blanquer, et pour ma part je le regrette, n’est cependant pas dans une logique de privatisation du système  : il y a 2 conceptions contradictoires de l’enseignement ; vous êtes partisan de la privatisation qui a entraîné l’hyper-endettement de familles états-uniennes ou anglaises avec les top-up fees.

    En France, pour faire passer cela plus facilement, on le fait petit à petit, en augmentant régulièrement les droits d’inscription.

    L’enseignement supérieur sera bientôt réservé à ceux qui ont les moyens, comme ce qui se passe déjà avec les écoles de commerce.

    C’est une position que beaucoup ne partagent pas.


    • Nathalie MP Nathalie MP 26 mai 09:45

      @leypanou
      On peut envisager un système de chèque-éducation avec une totale liberté de choix des familles.


    • Spartacus Spartacus 26 mai 10:06

      @leypanou
      Un diplôme d’école de commerce payant donne un job à 98% très bien payé en sortie. C’est un investissement très rentable. C’est moral.

      Un diplôme universitaire est payé par les autres, permet à des branleurs de profiter de la gratuité sans la responsabilité et ceux qui réussissent se font payer l’investissement éducatif par ceux qui ne réussissent pas. 

      La gratuité est un concept de l’inaptitude à comprendre la responsabilité que les études sont un coût sur les autres.

      L’Americain ou l’anglais pense que, si l’on a le privilège de faire des études supérieures, celui qui n’en fait pas ne doit pas être obligé de payer pour celui qui en fait.
      L’Americain ou l’anglais ne pense pas comme le Français que les coûts reportés sur les autres n’ont pas de conséquences sur les autres.

      Chaque Français travaille à 57% pour l’état d’une armée de couts indirects pour des castes, des groupes sociaux. 
      Celui qui n’a pas les moyens ne fait pas d’études supérieures mais il paye pour celui qui en fait indirectement, il n’en a pas pour autant pour son argent qu’on lui prélève sans lui demander pour le comptes de groupes sociaux qui croient que tout est gratuit et que c’est aux autres de payer. 

      Comme disait Hollande « c’est gratuit, c’est l’état qui paye »....

    • Albert123 26 mai 14:04

      @Nathalie MP

      On peut envisager aussi qu’au même titre que les subventions agricoles, ce fameux système de chèque - éducation une fois retiré laissera les familles de gueux là où une classe dominante qui cultive la médiocrité depuis 70 ans n’aura pas à craindre de voir ses propres enfants destitués de ses privilèges en raison de la facétie de Mère Nature qui distribue l’intelligence indépendamment de l’origine sociale des individus.

      L’école publique avec tous ses défauts avait au moins il fut un temps cette volonté de remédier (sans toutefois y arriver) à ce phénomène que ni l’argent ni le scientisme n’ont réussis à modifier.

      votre école à la carte, libérale (au sens économique du terme) elle ne s’embarrasse pas de cette problématique, du moment qu’elle distribue des diplômes à ceux qui peuvent payer, les gosses de riches conserveront le statut de leur parents. 

      Et c’est bien la seule chose à laquelle les classes dominantes aspirent : conserver le manche quand bien même leur progéniture est devenue stupide, suffisante et médiocre.

    • Alren Alren 26 mai 18:12

      @Nathalie MP

      Un chèque éducation pour une totale liberté des familles ... de quel montant ?

      Sachant que le but de la manœuvre est une école à deux vitesses, le privé pour les enfants dont les parents peuvent payer un supplément au chèque, privé qui pourra obtenir des subventions patronales déductibles des revenus des particuliers et entreprises (fondations à la manière US avec les résultats que l’on sait) et le public réduit à la portion congrue.

      Sous Giscard, déjà, le rêve de la droite était 50% d’élèves dans le privé - catholique si possible - pour conserver éternellement la majorité électorale réunie par la figure du général de Gaulle, alors décédé et déjà trahi.

      Bien entendu dans les deux écoles plus rivales, on nommera « sur profil » des chefs d’établissement tout puissants pour dans le « public » freiner au maximum les revendications des personnels et des parents pauvres et dans le privé rejeter les élèves "inadaptés à l’établissement", comme cela se fait maintenant.

      Si les enseignants des écoles « publiques » n’ont plus qu’un statut précaire renouvelable chaque année scolaire et, de fait, plus le droit d’avoir une pédagogie personnelle évaluée par des inspecteurs sensés être neutres pour enseigner le programme officiel, je souhaite du courage aux tout puissants chefs d’établissements publics pour trouver des enseignants parmi les titulaires d’un master  !

      On voit bien que derrière ces propositions il y a le MEDEF, ce syndicat ultra-minoritaire des grands patrons et les non-élus de l’UE.

      Depuis Giscard, les parents d’élèves français, à 80%, ont fait échouer ce plan scélérat qui sera appliqué aussi à l’hôpital public affaibli face aux cliniques privées à but lucratif.

      Cependant, la puissance du mouvement de la France Insoumise montre que le combat des citoyens de la République n’est pas perdu d’avance.


    • Jeekes Jeekes 26 mai 09:57

      « un homme de conviction, pragmatique, qui connaît le terrain »
       
      Moi, quand je lis ça d’un pourriticard, j’ai comme un frisson le long de la colonne vertébrale et par réflexe, je serre les fesses.

      Allez donc savoir pourquoi ?


      • Giordano Bruno 26 mai 11:57

        « ... l’objectif étant que tous les élèves sortent du CP en sachant lire. »

        Que veut dire « savoir lire » ici ? A moins de lui accorder un sens très limité, il est illusoire de simplement approcher cet objectif, et bien entendu impossible de l’atteindre dans tous les cas.

        La lecture est une habileté qui se développe pendant de nombreuses années. Pour la plupart des élèves elle est loin d’être achevée à l’entrée au collège, et bien des adultes auraient encore d’importants progrès à faire.


        • Alren Alren 26 mai 18:21

          @Giordano Bruno

          Toutes les recherches historiques confirment ce que vous dites et devrait être une évidence : seul une faible partie de la population sera capable de lire, adulte, un texte comme le ferait un comédien professionnel.
          Il suffit d’avoir accès aux tests des conseils de révision d’autrefois pour mesurer l’énorme disparité des conscrits en matière de performances scolaires.

          Mais une chose est sûre, quel que soit le niveau qu’ils atteignent à une sortie précoce du système éducatif, ceux qui ne lisent pas ou très peu régressent en niveau de lecture. C’est l’éternel effet de l’entraînement.
          Et il explique la supériorité des femmes en ce domaine, déjà acquise durant la scolarisation.


        • chantecler chantecler 26 mai 12:46

          "et oui, les classes de CP et CE1 seront bien dédoublées dans les zones d’éducation prioritaire dès la rentrée, conformément à la promesse du candidat Macron.« 
          Permettez moi de mentionner des souvenirs d’un ex instituteur de banlieue ....
          Comme vous le savez , la pédagogie différentiée , prônée par Meirieu a profondément marqué les dernières écoles normales , puis les IUFM fin des années 80 .
          Et surtout les équipes pédagogiques chargées de la mettre en oeuvre : IEN , conseillers pédagogiques , et certains directeurs souvent totalement dégagés d’enseignement , pour nombre de classes ...
          Donc pédagogie différenciée : l’élève au centre du système , qui construit ses savoirs , lesquels ne seront plus »frontaux« .
          Il s’agissait de s’adapter au niveau de chaque élève, de construire son enseignement à son niveau, ce que j’appelais »la pédagogie des petits plats« , surtout ne pas être »trop autoritaire« , ne rien lui imposer , ne pas le mettre en difficulté .
          Créer des situations d’apprentissage en petits groupes dits de recherche , reléguer la discipline (-plus de punitions- la Pédag. Diff- allant faire chuter »l’échec scolaire« , ils en résulterait un apaisement dans les écoles ...)
          Plus de devoirs à domicile , non plus : trop discriminatoire : enfin ça c’était variable : dans certaines »bonnes écoles« ,avec certains maîtres , on continuait à en donner : d’abord des parents le demandaient, dans le privé on leur en donnait , et puis un tiers des élèves allaient à l’étude : fallait bien qu’ils aient quelque chose à faire ...
          Mais théoriquement c’était interdit et des IEN sanctionnaient , s’ils en avaient envie , ceux qui donnaient des petits exercices ( ah là aussi les exercices d’application étaient mal vus , comme l’apprentissage de règles basiques : grammaire , conjugaison , tables de multiplication, etc, etc )
          D’ailleurs les manuels étaient proscrits : fallait tout écrire au tableau , les élèves devaient recopier, et aussi »produire du texte« (le must).
          La duplication à la machine à alcool était admise , mais la photocopieuse était mal vue (mais comment vraiment faire si vous ne disposez pas avec vos élèves des manuels de base ?)
          Bref tout devait se jouer en classe .
          Le tout dans le système de pédagogie de cycles (GS CP CE1- CE2 CE1 CE2 ) où les élèves devaient faire leurs apprentissages , sans les stresser , sur 3 ans .
          En fin de cycle un redoublement, si l’élève présentait de graves lacunes , était envisageable mais très combattu : fallait remplir des dossiers , défendre le bien fondé patati et patala .
          J’en reviens au problème du CP et CE1 .
          Comme la façon officielle d’enseigner était l’adaptation , la pédagogie de cycle, le multi niveaux les autorités scolaires ont cru bon de favoriser systématiquement le double niveau : vous n’héritiez plus d’un CP ou d’un CE1, mais quasi systématiquement d’un CP/CE1 , par choix idéolo pédagogique .(il pouvait y avoir plusieurs classes CP/CE1 dans la même (grande) école .)
          IL arrivait en outre que ces classes soient confiés à »deux temps partiels« .
          Plus ou moins coordonnés . !!!
          Remarque : un enseignant savait au delà de toute théorie que dans une classe simple niveau il y avait un lot qui avançait »normalement« et au moins un autre niveau qui avait »du mal à suivre".
          Et bien évidemment il en tenait compte : dédoublement en deux ou trois sous groupes en CP ou ne CE1...(les rapides , les lents , ( les largués , les agités, je plaisante à peine ).
          Bref pour en revenir à mon propos : que le CP soit privilégié , étant la base de l’apprentissage, avec des effectifs jouables et un seul bon prof , ça m’apparaît plus qu’ évident .
          Mais qu’au moins qu’on arrête cette hérésie de doubles niveaux systématiques. .


          • chantecler chantecler 26 mai 13:28

            @chantecler
            Oups : CE2, CM1, CM2.


          • pipiou 26 mai 14:48

            Le pragmatisme est en effet une qualité essentielle en éducation : avec les enfants ce qui compte c’est ce qui marche et pas ce qu’on aimerait faire fonctionner selon les theories et ideologies.
            Si Mr Blanquer respecte ce qu’il annonce, ce n’est pas forcément sûr, alors ça peut être bon pour l’école.

            Sinon je ne suis pas très en phase avec la vision de l’auteur qui aimerait une « école à la carte », ce qui aura tendance à accroitre les inégalités.

            Le chèque-éduction pourquoi pas, car quand on a le sentiment de payer un service on le respecte. Or aujourd’hui l’école est vue comme gratuite alors on la consomme avec beaucoup de mépris.


            • wesson wesson 26 mai 16:05

              Ce que veut réellement faire Blanquer, c’est de laisser le soin aux établissements eux-même de recruter leurs propres enseignants. 


              Et même si cela parait alléchant, c’est en réalité une porte ouverte à une stratification encore plus marquée de l’école : Celle de l’élite qui n’aura aucune difficulté à recruter les meilleurs, et les autres qui ne pourront pas recruter de bonnes compétences. Et bien entendu, c’est la seconde catégorie qui sera la plus nombreuse. Avec ces réformes, plutôt de que former correctement et honnêtement la plus grande partie de la jeunesse, nous allons fabriquer une élite - dont une bonne partie devra quand même au final se transformer en caissier chez Auchan - et surtout une quantité invraisemblable de crétins, qui auront reçu une éducation au rabais.

              En résumé une éducation clairement à 2 vitesses, qui est historiquement catastrophique à l’échelle d’un pays. Car bien évidemment, chez les cons on pense toujours que on pourra aller mettre ses enfants à l’école de l’élite. 

              Sur le reste, c’est toujours la même rengaine des think tanks néolibéraux : faire mieux avec moins , et bon courage.

              Ce serait comique si il ne s’agissait pas là de l’avenir de nos propres enfants. 

              • Aristide Aristide 26 mai 20:08

                @wesson


                Insoumission qui suinte une haute idée de soi et un mépris des autres assez impressionnant.

                Et pour faire bon poids, un jugement assez désagréable sur la qualité de notre éducation, on dirait du FN emballé en insoumis.

                Les cons dont vous parlez mettent leurs enfants dans des écoles qui forment des chercheurs, des scientifiques, des ingénieurs, des techniciens des ouvriers, ... Et nous arrivons à fabriquer des avions, des satellites, des fusées, ... idem pour d’autres secteurs comme le service, l’informatique, ... 

                Affligeant de vois ce type donner comme seul emploi pour un jeune qui bosse et réussit ses examens celui de caissier, alors qu’un diplômé trouve un job dans un délai maximum de 6 mois à 1 an. 


              • JP94 26 mai 17:01

                Mais bien sûr, marchons droit ou avançons comme des moutons, et soutenons les ministres de Macron, young leaders cooptés par la French American ( surtout american) Foundation !


                JM Blanquer a été recteur de l’Académie de Créteil et c’est spectaculaire de voir comment le sort des enfants issus des classes populaires s’est amélioré alors qu’il dirigeait cette académie ! 

                On trouve certains libéraux qui le soutiennent et trouvent normal qu’un principal de collège dirige son bahut avec les prérogatives d’un chef d’entreprise ... c’est vrai qu’en matière de pédagogie, un patron en connaît un rayon !! 

                Pour le recrutement non pas national, mais local ... et sur quelles bases ? vous croyez qu’un principal, pour autant qu’il ait été enseignant, est en mesure d’évaluer un enseignant sur ses qualités pédagogiques ???? non ,ça c’est le concours de recrutement qui le fait ! et encore...

                il aurait donc le pouvoir de licencier ... il faut y penser. Il pourrait décider du salaire ... à la tête du client ... Et il serait censé recruter suivant ... son projet pédagogique ..ha ha ha un projet qui dure une carrière alors que lui-même peut quitter l’établissement au bout de 3 ans ...

                Une école rentable, avec la mise en concurrence des établissements, la logique capitaliste poussée à sa fin... une école du fric, de la mentalité patronale, du chacun-pour-soi et avec de petits soldats prêts à marcher au pas !
                Mais attention ce n’est pas du totalitarisme ! c’est la République de Valls de Macron et de tous ces Messieurs Thiers qu’on a au pouvoir.

                • pipiou 26 mai 17:26

                  @JP94

                  Vous êtes plutôt dans l’excès.

                  Une école qui gère efficacement ses moyens serait déjà un énorme progrès et on en est loin.
                  Vous trouvez que le gaspillage est une bonne chose ?

                  Quand vous voyez qu’un établissement ne sait pas faire des économies sur ses propres achats de fournitures et paie des cables informatiques plus chers qu’un simple particulier vous trouvez ça bien ?
                  Inutile de demander des moyens supplémentaires alors.


                • chantecler chantecler 26 mai 19:00

                  @pipiou
                  Ne sait pas ou ne peut pas ?
                  C’est que pour les achats il y a des réglementations :
                  Pour les fournitures il faut passer par telles ou telles boites accréditées ... :
                  Conclusion : acheter des stylos , du papier , des cahiers payés par les municipalités , ça revient plus cher que grand public .
                  Les jeux (vélos , tricycles,etc ) en maternelle , pareil : fournisseurs obligatoires et le pire c’est que c’est parfois l’argent qui provient des kermesses, ou des coopératives qui est en jeu .


                •  C BARRATIER C BARRATIER 26 mai 19:06

                  Ce Ministre me plait bien et Najat Bel kassem a aussi fait ce qu’elle pouvait, pour une école où trop peu est fait dans l’intérêt des élèves

                  Voir en table des news :

                  Ecole, comment revenir à des bases saines http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=225

                  • Etbendidon 26 mai 19:13

                    Bonjour l’auteure
                    j’ai lu votre profil (montagne en été et ski en hiver ...)
                     smiley
                    Vous devez etre vachement contente que Macron soit président
                    C’était le bonjour d’un sans dent (cambrousse en été et belote bistrot en hiver)
                     smiley


                    • Nathalie MP Nathalie MP 26 mai 19:21

                      @Etbendidon

                      Oui, alors ça c’est ce que je dis sur mon blog et cela signifie que j’aime la montagne et que je ne souhaite pas non plus raconter toute ma vie.
                      Mais figurez-vous que je bosse.
                      Il ne faut pas tirer des conclusions sur des gens dont vous ne savez RIEN.

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