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Accueil du site > Tribune Libre > A l’heure d’Internet, dans l’ambiance transréaliste

A l’heure d’Internet, dans l’ambiance transréaliste

Puisque nous vivons à l'heure du numérique, où tout est numérisé, relativement glâné, stocké, traité, computé, calculé, configuré, profilé, etc. il faut se demander qu'en penser. Dans l'ensemble, ça rend parano même les meilleurs. Le renouveau des noosphères, mânes, rémanences, spectres et revenants est à l'honneur.


Source développeur

 

Est-ce nouveau ?

A cette échelle, oui. Mais il faut quand même prendre la mesure de tout ce qui y échappe. Le réel, bien que nous en témoignions numériquement sur la base d'infrastructures électroniques en réseau, échappe à Internet.

Néanmoins, ce n'est pas nouveau. C'est vieux comme la notion de registre, qui elle-même est vieille comme l'écriture (voilà 6000 ans), qui elle-même est vieille comme les empires. En ces temps-là, la Terre était peuplée du 20ème de sa population actuelle (350 millions d'âmes) population qui n'exploserait qu'avec l'industrialisme voilà 2 siècles (machinisation générale) au fond principe de tout capital (la notion de capital, précédée par celle de trésors, de pécules et de fonds, advient en propre avec l'industrialisme).

Bref. La question des registres, d'enregistrements, de consignation, est fondamentale. Ces mémoires matérielles (Lev Vygotski, psycholinguiste) viennent doubler le réel en miroir déformant. En filigrane. En fait, ce sont déjà des modélisations holographiques rudimentaires. Un encodage, une représentation.

Alors, entre ces hologrammes rudimentaires, et les films en images de synthèses, c'est juste une question matérielle d'encodage du registre au code binaire, et de support du tracé à l'électronique (Régis Debray, médiologue). Evidemment, tout le problème se concentre sur ces miroirs déformants, seraient-ils intégratifs et hyperréalistes (Guy Debord et Jean Baudrillard - philosophes).

Soit dit en passant, je crois bien que c'est la raison pour laquelle les druides se passaient d'écriture. Ils ne voulaient pas de tels phénomènes entre Celtes, mais qu'à chaque fois l'oralité rende la chose organique.

 

Noosphères, mânes, rémanences, spectres et revenants

Ce n'est pas qu'un jeu de culture. Nous savons tous que ces notions ressortent d'anciennes religions, des superstitions, du paranomral et du surnaturel. Mais, dans la mesure où Internet en rend parano plus d'un (raison pour laquelle il a fallu que des lois sur les fake news et la haine on line sortent - controversées par parano : se renseigner sur Vie-Publique.fr m'en soit témoin) ... et donc dans la mesure où la parano peut se répandre viralement à la vitesse d'un mème (Richard Dawkins, méméticien) ... nous avons affaire à des dementiae publicae (démences publiques).

Que se passe-t-il ? ... Il se passe qu'on oublie voire dédaigne, toute l'infrastructure qui rend Internet possible, et qu'ensuite on prend son hyperréalisme intégratif pour la réalité. Réalité parallèle, certes, car immatérielle mais non moins attestée par les écrans. Réalité accessible, donc, grâce à des Portails particuliers donnant sur l'Autre Monde ...

Ce faisant, cet Autre Monde est là, attestable, et avec du bon sens on se souvient vite qu'il a une infrastructure. Pourtant il est là, invisible par wi-fi, 4G et satellite. Sans y penser, il fonctionne comme une noosphère (les sphères, monde des Idées platoniciens). Il fonctionne comme une noosphère avec ses différentes sphères (sphère du "mainstream", "fachosphère", et ainsi de suite). D'autant plus que ces sphères sont sécrétées par les algorithmes Facebook, Youtube, Google, et ainsi de suite : un certain type d'informations (d'idées) convoque automatiquement/robotiquement/informatiquement le même type d'informations (d'idées). Cela finit en noos, spiritualité informationnellement caractérisée et caractérisable, correspondant au spectre de nous-mêmes.

En effet, c'est en "naviguant" entre toutes ses "sphères", "pages", "sites" et "interfaces", que l'on s'expose à diverses mânes. Les mânes étaient les âmes des ancêtres, dans les vieilles religions. Ici, ce sont des brins d'âmes, parfois émis par des personnes décédées d'ailleurs (exactement comme lorsque vous lisez du Victor Hugo), qui restent permanentes, c'est-à-dire qu'entre vous et elles il y a des phénomènes de manences (de réactivation des mânes). Enfin ce sont des problématiques envisagées depuis des décennies en critique littéraire (Hans Jauss et Umberto Eco, critique de la réception et sémiologue).

Tout cela confond involontairement la magie avec la technologie, puisque nous avons affaire à des mânes par rémanences, celles que nous fréquentons permettent de dresser progressivement notre spectre (généralement à fins commerciales, mais devinez ce qu'en font les services spéciaux privés comme publics) : des professionnels existent, ce peut être vous qui me lisez d'ailleurs qui en ressortez, pour faire quelque chose comme un exorcisme, Ghostbuster, afin de conjurer les spectres co-extensifs aux "voyages spirituels" dans la noosphère internautique de tout un chacun.

Finalement cela produit, forcément, des revenants. Par le passé, la famille gardait ce qui restait de vous à votre mort ; finalement il y avait une pierre tombale localisée, engravée avec vos traces. De tout cela, on fantasmait aisément un spectre, et la crainte des revenants, dans les cimetières. Mais voici que, mort ou vivant, votre spectre internautique et ses mânes (car, lui aussi, il en délaisse) produit votre revenant, et autant de revenants que d'internautes (morts ou vivants, passés ou présents) - le phénomène reste évidemment le même avec Victor Hugo.

Mais n'est pas Victor Hugo qui veut, et tout simplement Internet à démocratisé et hypermodernisé/narcissisé le phénomène (Gilles Lipovetsky, philosophe).

 

Le transréalisme ambiant

A l'heure où l'on parle, de façon plus ou moins farfelue, d'homme augmenté, de transhumanisme et de transgenre, il faut prendre la mesure de ce qui nous arrive. Que se passe-t-il ?

Il se passe que nous sommes déjà augmentés, à mélanger les genres entre la mort et la vie, le réel et son double, le passé et le présent, le temps et l'éternité, etc. (Philippe Muray, écrivain). Par exemple, de façon édifiante, sous cet angle, l'affaire Vincent Lambert peut être comprise comme symptomatique : tout le monde se soucie de la mort-vivance, non par pitié - non par charité - non par humanité - mais déjà précisément parce que cet événement nous constitue de part en part. C'est la fin de l'Homme (Michel Foucault, philosophe) en tant que centralité intellectuelle dans l'humanisme.

Voudriez-vous faire en sorte que votre mental échappe à cette dementia publica, que vous ne feriez qu'y contribuer. A ce qu'on dit, il faut renoncer et accepter de sombrer en cette nouvelle Nuit des Temps. C'est qu'on ne combat pas le flux, même si l'on peut l'endiguer et parfois s'y soustraire. Flux donc, qui symboliqument s'offre comme Soleil Au Beau Fixe Caniculaire : astre maternaliste, en allemand européen et en elfique tolkienien, la Soleil, tous connectés par cordon ombilical ethernet ... Les new agers appelle cela l'Ere du Verseau - époque où tout devient paradoxal en s'écoulant comme placentaire depuis la cruche comme utérine d'un paternaliste libertarien - sans comprendre qu'ils n'en sont rien que dupes, agents et fanas.

Sous le règne d'Allat, avec un T : naturalité que l'on adore, nous autres, industrialisés ... industrialisés qui vivons après la Fin du Monde médiatisée au 21 décembre 2012, à la manière de chats de Schrödinger ni morts ni vivants, atomisé (Guy Hocquenghem, essayiste). Si tout ça n'est pas transréaliste, mon pseudonyme n'est pas Marzhin Tavernier — — —

Philip K. Dick et Maurice G. Dantec (écrivains de science-fiction) nous avaient avertis.

 

 

 

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4 réactions à cet article    


  • Lire : 

    La vie liquide
    Livre de Zygmunt Bauman ET aussi : Christian Nots.

    • HELIOS HELIOS 22 juillet 19:33

      ... intéressant, intéressant ! je le garde pour lire en août. Merci l’auteur.


      • L'Astronome L’Astronome 23 juillet 11:44

         

        « Finalement cela produit, forcément, des revenants »

         

        Il est question qu’en plus des impôts sur les revenus, la Macronie va lancer un impôts sur les revenants. Faites brûler vos morts, c’est plus sûr (la Macronie fait feu de tout bois).

         

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