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Abolition Institute : la désinformation au service d’une machine de guerre en Mauritanie…

Dès que vous débarquez sur le site de l’Abolition Institute, le ton est donné annonçant la guerre civile probable en Mauritanie : « un rapport complet et horrifiant par CNN en 2012 a documenté que la nation Ouest Africaine de Mauritanie est la "Dernière Forteresse de l’Esclavage". Au moins, 10% de la population est toujours asservie ; un pourcentage similaire à celui des Etats Unis en 1860 à la veille de la Guerre Civile Américaine. Plus de 340.000 Mauritaniens sont asservis, et dans l’histoire de ce pays seule une personne a été poursuivie en justice pour l’esclavagisme. »

Le 8 septembre dernier, l’état mauritanien a donné aux fondateurs de cette jeune association ce qui manquait jusque-là à leur propagande pour paraître crédible : un engagement direct sur le terrain sur invitation d’une association mauritanienne S.O.S Esclaves, avec comme fait d’armes inespéré celui être refoulés par les autorités de la république esclavagiste de Mauritanie ; c’est du moins ainsi qu’elle est désormais tristement célèbre dans le monde à cause du professionnalisme en matière de communication de ces sortes d’association face à l’incompétence ou à la complicité perverse du régime mauritanien en la matière, comme nous allons l’esquisser, preuves à l’appui…

 

D’abord, je tiens à dire que nous sommes nombreux à être des citoyens mauritaniens éduqués, ayant des liens sanguins, familiaux, amicaux, professionnels avec des citoyens de la Mauritanie plurielle dont nous défendons les racines, le quotidien et le futur en Mauritanie par un journalisme citoyen indépendant engagé depuis 10 ans contre bien des ennemis de cette identité naturelle de la Mauritanie plurielle des origines.

 

Aussi, maintenant que l’image de notre pays est salie à propos d’esclavage par des activistes mauritaniens en campagne à l’étranger, par des rapports d’ONG des droits de l’homme, par des rapports de puissance étrangère depuis leur chancellerie en Mauritanie, nous estimons qu’il est de notre devoir de continuer plus que jamais à mettre à la disposition des lecteurs de bonne foi les éléments nécessaires, sources à l’appui, pour faire la lumière sur la dynamique de la désinformation à l’occasion quand les preuves éclatantes sont disponibles.

 

L’esclavage existe-t-il encore en Mauritanie ? Nous voulons bien croire que oui, reste à savoir sous quelle forme et en quelle proportion. Aujourd’hui nous allons juste faire ce que devrait pratiquer l’état mauritanien officiellement ou des associations de mauritaniens sur place et à l’étranger à savoir prouver combien la manipulation et le mensonge en la matière sont écrits en toutes lettres dans des rapports officiels de puissances étrangères, combien ces chiffres sortant de nulle part sinon d’une propagande d’organisation radicale célèbre pour tout sauf sa crédibilité qui parle de 10 à 20% d’esclaves en Mauritanie en étant incapable de justifier cette fourchette d’aucune manière, chiffres repris par un journaliste de CNN qui a reçu le prix Livingston pour ce travail approximatif comme un chef-d’oeuvre de mise en scène où le vrai et le faux sont habillement orchestrés au seul profit d’un cinéma convaincant, chiffres repris ensuite par d’autres journalistes à l’étranger, et pas des moindres, sur la base de cette oeuvre journalistique pour moitié de science-fiction, chiffres qui ont fini par atterrir sur la vitrine de l’Abolition Institute comme faire-valoir sacré prétendant offrir aux âmes sensibles une fourchette incontestable de l’étendue de l’esclavage en Mauritanie.

 

Personne n’est allé suivre le fil de la désinformation pour savoir où cela a commencé avant que l’effet boule de neige ne démarre : un jeune journaliste de CNN, lors de son reportage en Mauritanie avec pour titre « Slavery’s last stronghold » « la dernière forteresse de l’esclavage » donne urbi et orbi cette fourchette de 10 à 20% d’esclaves en Mauritanie. Il précise sur le site de CNN que les chiffres viennent de la rapporteuse de l’ONU, Gulnara Shahinian, de passage en Mauritanie pour étudier ces questions…

D’autres journalistes de journaux importants à l’étranger reprennent l’information à partir de la fourchette haute, certains annonçant 500.000 esclaves en Mauritanie comme Nicole Fisher de Forbes

 et voilà l’Abolition Institute, créée après ce reportage de CNN, qui vous accueille sur leur site avec ces chiffres paraissant inattaquables or ils sont faux ! car j’ai lu le rapport en question de madame Gulnara Shahinian que le journaliste de CNN cite. Elle n’a jamais écrit cela, elle n’a d’ailleurs donné aucune fourchette ! 

 Au contraire, elle dit, comme Boubacar Messoud de SOS Esclaves l’a toujours dit, qu’aucun chiffre n’est connu ( P6 ). A propos du nombre de personnes vivants en esclavage, elle dit même qu'« on pense qu’il a diminué du fait des lois et programmes successivement mis en œuvre par la Mauritanie pour éliminer l’esclavage. » 

mais ça vous ne lirez nulle part chez tous ceux à qui la Mauritanie doit désormais cette réputation de numéro 1 en matière d’esclavage proportionnellement à sa population.

 

C’est avec ces faux chiffres de 10 à 20 % introuvables dans le rapport de la rapporteuse de l’ONU Gulnara Shahinian comme le dit le malhonnête journaliste, 20% imaginaires repris par des rapports américains qui cachent la source pourtant présentée comme ONG respectée, c’est avec le reportage d’un jeune journaliste qui a trouvé là de quoi faire sensation en jouant sur l’ignorance des téléspectateurs étrangers et toutes les ficelles de mauvaise foi de la profession que partout courent ces chiffres fantaisistes pendant que jamais l’Abolition Institute ni l’IRA ni personne pas même l’état mauritanien ne vous parlera du Global Slavery Index de 2016 qui parle de 1% d’esclaves présumés en Mauritanie sans pouvoir comme les autres justifier ce pourcentage. 

Nous voilà donc avec les plus primés qui parlent de 20%, avec leurs relais médiatiques qui parlent de 500.000 esclaves et d’autres aussi spécialistes qui disent 1% pendant que l’état Mauritanien dit à peu près 0%.

 

Tout cela n’est pas sérieux et on pourrait en sourire tant que le pouvoir de nuisance était marginal mais désormais les voix de la propagande sont soutenues officiellement par des états et pas des moindres, au moins une surpuissance capable de tout quand cela entre dans le ballet de ses intérêts stratégiques dans une région. 

 

Avec la caution d’un reportage exécuté d’une main de maître pour paraître crédible aux yeux des étrangers, avec les chiffres énormes présentés comme venant d’une rapporteuse de l’ONU alors qu’ils sont introuvables dans son rapport officiel, avec les mêmes chiffres soutenus par un rapport du département d’état américain même s’ils cachent la source de l’étude présentée pourtant comme ONG respectable, avec toutes ces cautions plus douteuses les unes que les autres, voilà que l’Abolition Institute, créée au lendemain du reportage de CNN, réussit à obtenir 5 millions de dollars grâce à une loi américaine permettant au gouvernement de soutenir les états et les ONG qui luttent contre l’esclavage et ce n’est qu’un début. 

 

Avant l’incident à Nouakchott le 8 septembre 2017 où ils ont été refoulés, avec quelques personnalités certainement de bonne foi embarquées comme des enfants dans cette prestidigitation en matière d’esclavage en Mauritanie, les membres fondateurs de l’Abolition Institute n’avaient rien comme bilan en matière d’action sur le terrain. La page de leur site avec des articles de presse pour cautionner leurs chiffres ne se basait pour majorité que sur le reportage de CNN et des articles qui s’en sont inspirés en gobant les chiffres aussi douteux que la mise en scène.

On peut parler pendant une heure de ce reportage de CNN pour le déconstruire et montrer toutes les honteuses ficelles car ce jeune journaliste aurait soi-disant trouvé les légions d’esclaves que les organisations frénétiques comme IRA n’ont pas trouvées en parcourant le pays. De l’étranger, on croit que le journaliste courageux débarque en Corée du Nord. Un pays fermé où l’esclavage de masse est caché par un pouvoir de beidhanes. Ce serait l’omerta partout. Le journaliste entre déguisé pour soi-disant faire une étude que la localisation des criquets par des moyens technologiques. Acte 1 du courage. Puis il tombe sur SOS Esclaves qui va le guider et lui dit de ne surtout pas aller chez telle esclave avérée sinon les autorités vont lui prendre sa caméra. Angoisse ! Pourtant les interview sur l’esclave en question sont disponibles partout sauf que l’état craint la manipulation des journalistes et la suite lui donnera raison.
 

N’ayant trouvé aucun esclave à Nouakchott, l’expédition décide d’aller à l’intérieur des terres en Inchiri et au Brakna sous prétexte d’études des mouvements des criquets. Le journaliste courageux parle d’avoir profité de rares moments disponibles pour semer l’agent du gouvernement qui les surveillait. Là on voit des scènes de misérables comme on peut en trouver à Nouakchott dans les ghettos de la pauvreté sauf que là c’est plus loin, on ne voit autour que du sable. Le champ de la caméra est court. Là on en profite vite pour poser des questions : les esclaves seraient là…

 

Quelle facilité ! Voilà des femmes qui disent que là les enfants affamés mangent du sable. Misère ou esclavage ou les deux ? Où sont les maîtres qui laissent ainsi des étrangers approcher si près leurs captifs ? Admettons que les gens présentés soient des esclaves, ce qui est possible car il en existe mais peut-on parler 10 à 20% d’esclaves ? 

 

Pour donner une idée du degré d’ignorance venant de CNN, il suffit de voir ce qui est dit à propos des groupes ethniques en Mauritanie. Il y en aurait 4 sans qu’il ne soit nulle part question d’arabes ni même d’arabo-berbères, il y aurait les maures blancs esclavagistes qui seraient juste des berbères à peau claire parlant arabe, ensuite il y auraient les maures noirs, anciens captifs, puis les africains noirs libres (pular, soninké et wolof) et enfin une autre catégorie distincte des maures noirs, les haratines. Bravo !

Après l’entrée déguisé dans cette Corée du Nord, après l’escapade en Inchiri au Brakna à la recherche des esclaves, après avoir soi-disant prouvé que l’esclavage est massif et caché, le reportage se termine par le héros Birame de l’IRA présenté comme libérateur des légions d’esclaves avec une banderole qui rappelle le mouvement pour les droits civiques aux USA comme si la situation était comparable. Vaste escroquerie médiatique !

 

Au fait, de quel esclavage parle-t-on ? Dans le monde entier on croit désormais qu’il y a des marchés d’esclaves en Mauritanie. L’autre jour le leader sénégalais de la LSDH a dit qu’en Mauritanie l’esclavage est pratiqué ouvertement.  Je tiens à dire que si je ne cautionne en rien la propagande outrancière et parfois mensongère de Birame, je fais toutefois miens les paroles de Boubacar Messoud président de SOS Esclaves sur RFI en 20O9 et en 2015 où il dit que les chiffres ne sont pas disponibles et où il parle de la nature de l’esclavage domestique dont les ressorts psychologiques sont complexes et qu’on ne trouve plus que dans les régions reculées.

 Comme le prouve le reportage de CNN, impossible de trouver des esclaves au sens commun du terme nulle part sauf quelques cas qui ont subi des violences et toutes formes de sévices. Il faut quitter les grandes villes et certaines régions pour aller dans d’autres plus reculées à l’intérieur des terres, coupés du monde où règne une véritable misère pour trouver une forme d’esclavage moderne à savoir des gens qui travaillent pour d’autres sans être payés autrement que par les secours dus à des domestiques. Là on trouve ces fameux villages de descendants d’esclaves, les adwabas où l’on dit toujours d’eux qu’ils sont les esclaves de telle ou telle tribu comme d’ailleurs on le dit toujours de tel ou tel ministre. Le ministre de la justice en exercice par exemple est le fils de mère esclave et il a dû faire un procès pour que la justice lui donne le nom du maître qu’il présente comme son père. 

 

Comme toujours les ressorts psychologiques sont complexes et on ne peut pas vouloir donner une idée de la dynamique sans pincettes ni nuances. Comment expliquer que dans une république présentée comme esclavagiste, les activistes nés de lignée esclave soient si éduqués ? Comment imaginer que ce vieux maure par exemple débusqué par l’équipée de CNN puisse dire avec le sourire qu’il ne paye pas ceux que le montage a présenté ailleurs comme des esclaves s’il savait la nature de la question ? Tout le reportage est ainsi. Des montages où le récit se fait en anglais, en français et en hassania avec les bonnes traductions mais le montage peut en dire plus… C’est fait avec le professionnalisme d’un journalisme américain fils d’un pays à la pointe de l’industrie médiatique.

 

 

Reste que ces esclaves là sont l’incarnation de ce qu’on appelle les séquelles de l’esclavage dans une culture où en naissant les uns se retrouvent descendants des maîtres et les autres descendants d’esclaves, prisonniers les uns des autres d’une culture archaïque qui perdure ici et là dans des coins reculés. Certains ne peuvent plus quitter les terres du maître car ailleurs ils n’auraient aucun moyen de subsistance, d’autres restent car ils ont été conditionnés par un lavage de cerveau à base d’arguments soi-disant religieux, d’autres restent car la famille de leurs anciens maîtres est toute leur famille, on voit un cas dans le reportage à propos de l’ex-esclave de Jemal Ould Yessa co-fondateur de SOS esclaves.

 

Le passage est intéressant à propos de la manipulation au montage. On ne le voit jamais entendre la question pour savoir s’il se considère comme esclave, on entend juste sa réponse à propos de la liberté. J’ai appelé Jemal qui m’a confirmé que même si on ne voit pas cela dans le reportage directement, la question lui a bien été posée directement. Je veux bien le croire mais c’est là une faute professionnelle car les autres qui verront le reportage peuvent estimer qu’il y a manipulation à dessein… Laissons au journaliste le bénéfice du doute.

 

Revenons à l’ex-esclave de Jemal : alors qu’on lui pose la question de savoir ce que la liberté lui a apporté, l’esclave répond noblement qu’il n’a pas vu les bienfaits de cette liberté. Au lieu de voir la noblesse de cette réponse qui prouve combien il a toujours été bien traité au point qu’il ne parle de ses anciens maîtres qu’en tant que « euhli ! » « ma famille au sens large comme on dirait les miens » alors qu’une jeune véritable fille d’esclave connue avant CNN déclare « arab’neu » « nos maîtres » car le mot arabe a 3 sens : ethnique, guerrier ou maître, le journaliste de CNN, comme Jemal d’ailleurs , y a vu une tragédie prouvant l’aliénation du noble esclave vu qu’il s’avoue incapable de saisir ce qu’apporte la liberté.

 

 

Cela dit le journaliste est mal tombé en la personne de Jemal Ould Yessa pour trouver un esclave malheureux dans la famille de l’émir noir du Tagant, Abderrahmane. Fils unique que la mère, ancienne esclave peulhe, eut avec son père l’émir Bakar Ould Soueid’ Ahmed guerrier légendaire mort les armes à la main face aux français. Tribu des Idowich ( qui signifie paraît-il Ida wo ich « entre et vis »), seul émirat berbère après une certaine guerre qui a décimé « les marabouts » face aux arabes, émirat qui n’ a aucun complexe face à l’arabité errante selon les propos de l’un des leurs. 

 

Entre l’ex-esclave de Jemal ou d’autres dans ce reportage, les étrangers ont l’occasion de saisir que les esclaves, et les hratines sont à l’image de leurs anciens maîtres et là on trouve tout et son contraire en matière de noblesse d’âme : le sort des captifs dépend des régions et du caractère des tribus où ils atterrissent. De là l’importance de choisir ne serait que pour le gouvernement au moins un PM qui ne soit pas toujours des régions reculées célèbres dans toute la Mauritanie pour leurs adwabas de misère et d’exclusion.

 

Ces nuances ne sont signalées nulle part dans la presse étrangère engagée et encore moins pour permettre aux ONG étrangères de bonne foi qui luttent contre l’esclavage de ne pas faire le jeu de quelques indigènes lettrés sournois qui mènent une guerre personnelle contre le pouvoir mauritanien quel qu’en soit le coût sur l’image du pays. 

 

Le pouvoir depuis 1978, a tellement dominé, méprisé, humilié les civils que même devenu civilisé il perpétue cette culture politique du mépris humiliant à base d’une mauvaise foi huilée. En face les civils sont devenus à son image et jouent de toutes les ficelles croyant qu’affecter l’image du pays obligerait le pouvoir à changer de politique. C’est une erreur, le pouvoir semble se moquer de cette image de pays esclavagiste. Au contraire, cela lui permet de parler de complot international contre les maures blancs de sorte à lui permettre de cautionner une certaine politique d’exclusion des hratines à court terme et même au-delà en excluant par exemple de facto une majorité d’enfants hratines de l’éducation dès 10 ans sous prétexte ne n’avoir pas de carte d’identité vu qu’ils sont les plus démunis face à l’administration sachant que même que les maures blancs qui ont le bras long ont du mal à l’obtenir pour leurs enfants dans des délais raisonnables.

 

Cela dit, nous accusons aussi certaines personnes de l’ambassade des USA de désinformer le département d’état américain qui ne peut avoir ses informations que depuis Nouakchott sinon on ne trouverait pas dans les rapports officiels un tel manque de sérieux à propos des chiffres.

 

Nous demandons à tous les mauritaniens, aux amis de la Mauritanie de faire attention aux chiffres, aux informations qu’ils reçoivent en la matière et de s’étonner que l’un des fondateurs de l’Abolition Institute Bakary Tandia, membre de l’IRA, soit un soninké de Kaédi qui se permet de ne parler que des problèmes concernant les arabo-berbères alors que chez lui « Kaédi est la capitale de l’esclavage domestique  » notamment en milieu halpoular selon les travaux d’un africaniste Camara Ousmane qui nous apprend les subtilités de l’esclavage moderne dans son étude « Figures de servitude : les petites servantes à Kaédi »

De même à propos des séquelles de l’esclavage en milieu peul voir les travaux d’un historien, Abderrahmane N’Gaïdé dont l’honnêteté intellectuelle est au-delà de tout soupçon et le courage sans pareil puisqu’il parle de ce qui concerne sa communauté. Lire «  Stéréotypes et imaginaires sociaux en milieu haalpulaar »

Au niveau des Soninkés mauritaniens : quel chercheur peut écrire ainsi à propos de l’esclavage ou des séquelles de l’esclavage dans leur milieu ? On n’en trouve pas des masses même si la rapporteuse de l’ONU dont le travail a été travesti par le journaliste de CNN déclare :

 

« …Ainsi, chez les Soninkés, les esclaves ne sont pas autorisés à occuper le premier rang dans les mosquées et ne peuvent pas être enterrés dans les mêmes cimetières que leurs maîtres.

 

L’esclavage dans la communauté négro-africaine est moins souvent mentionné parce qu’il y prend la forme d’une stratification sociale. Il est également plus difficile de l’identifier, car il est présent au sein d’un groupe racial homogène, à la différence de l’esclavage au sein de la communauté maure. »

 

Si les informations à propos des séquelles de l’esclavage sont sur toutes les bouches à propos des arabo-berbères, rares chez les peuls et rarissimes chez les soninkés, certains chercheurs ont tout de même pu montrer le degré de sophistication soninké en matière d’esclaves.

 

Ce qui est inquiétant, c’est qu’à force de compétences redoutables en matière de désinformation, l’Abolition Institute ne finisse par désinformer les américains de bonne foi au plus haut niveau. On le voit déjà avec les sénateurs puisque l’Abolition Institute a déjà obtenu 5 millions de dollars sans parler des dons privés qu’on peut faire directement sur le site en attendant que le lobbying atteigne de riches donateurs. Ce qui ne saurait tarder.

 

On espère que tous ces fonds n’iront pas qu’au mouvement radical IRA mais à ceux qui se battent pour compenser la discrimination négative de l’état à propos des hratines : SOS Esclaves qui ouvre des structures pour aider à réinsérer les victimes de l’esclavage moderne, l’esclavage domestique qui consiste à travailler sans salaire comme ce que l’on trouve à Kaédi chez Bakary Tandia ou la nouvelle association de Brahim Bilal Ramdhane « fondation sahel  » qui vient en aide directement aux pauvres.

 

En attendant, l’Abolition Institute, machine infernale, au profit principal de Birame Dah Abeid, est lancée. 

Demain sa désinformation arrivera au sommet de l’état américain jusqu’au chef de l’état via les élus américains et la presse qui croiront savoir la vérité alors que les chiffres qu’on leur présente sont faux et la réalité biaisée : alors la Mauritanie sera condamnée à des bouleversements dont personne n’a idée mais dont les conséquences néfastes peuvent être facilement imaginées vu le degré de mauvaise foi de l’impulsion originelle en matière de lutte contre l’esclavage.

Reste une question : pourquoi l’état mauritanien n’a jamais fait ce que je viens de faire ne serait-ce que pour informer à propos de la dynamique du mensonge ? Le reportage de CNN peut être déconstruit, il n’en resterait rien, le tout peut être filmé mis en ligne pour prouver l’imposture à propos de la proportion de l’esclavage et même de sa nature en Mauritanie sans parler de la fine manipulation des interviews.

Rien n’a été fait. Au contraire l’état mauritanien, à un niveau que je ne saurais déterminer, a laissé faire pour exclure encore plus les hratines au nom de ce combat fait en leur nom car il n’est question que de mélange des genres. On ne sait plus pour qui se bat Birame : les légions d’esclaves introuvables ou les cadres hratines marginalisés. Toujours est-il que le bilan est catastrophique au coeur de la communauté maure.

Si les chiffres à propos de l’esclavage ne sont pas disponibles, reste qu’on peut compter les hratines au pouvoir : leur exclusion du gouvernement, des hauts postes de l’armée, des hauts postes des entreprises publiques, au niveau des préfets etc , pourquoi ne pas compter ce qui peut l’être et se battre pour plus de justice au nom justement de cette fraternité entre maures via la discrimination positive qui a toujours existé jusqu’au régime azizien qui ne veut plus en entendre parler et impose désormais la discrimination négative ?

 

Comme je l’ai esquissé dans un billet, cette affaire d’esclavage en Mauritanie est devenue une arnaque sournoise qui ne profite qu’aux racistes maures blancs qui ont réussi à exclure les hratines au nom de la réaction menaçante des mouvements comme l’IRA alors que feu Mohamed Saïd Ould Homody pacifiste est mort en attendant de pouvoir rencontrer Aziz pour lui donner un document à propos des hratines marginalisés. 

 

Aziz a toujours refusé de le recevoir et après lui personne n’a mis à jour ces chiffres.  La lutte contre l’esclavage est devenue une arnaque qui profite aussi aux négro-mauritaniens, il faut le dire car là où un hartani sort, le négro-mauritanien reste. C’est ce qui a permis de tenir en respect la vallée et avoir des noirs visibles au gouvernement et même dans certains hauts commandements de l’armée manifestement interdits aux hratines pendant que les hratines prennent le chemin de l’exclusion. 

 

Ironie du sort, c’est un soninké de kaédi en exil qui donne le coup de plus terrible avec l’Abolition Institute appelé à être le fer de lance des projets de l’IRA avec des moyens financiers énormes, un lobbying redoutable et un capital de matière grise efficace en matière de communication. Il suffit d’aller sur leur site pour voir comment c’est présenté d’une manière on ne peut plus professionnelle pour saisir que derrière il y a des esprits brillants parfaitement de bonne foi pour certains qui semblent tombés aux mains de la propagande mensongère.

 

Quant à l’état mauritanien s’il veut bien faire et resserrer les liens malmenés entre maures blancs et noirs au seul bénéfice d’un front noir sans raison d’être puisque la culture négro-mauritanienne est aussi esclavagiste que la culture beidhane, c’est aujourd’hui qu’il faut donner les signes éclatants que le pouvoir mauritanien ne souffre pas lui-même des séquelles de l’esclavage en marginalisant les cadres Hratines sans parler de l’armée. Si fraternité il y a alors elle doit être visible au coeur et au sommet du pouvoir. On doit pouvoir dire « voyez le gouvernement, voyez l’armée, voyez les élus, les entreprises publiques etc : qui peut dire que les Hratines, ces maures noirs, nos frères sont marginalisés ? »

 

Hélas à ce jour le pouvoir peut tout dire sauf ça car son objectif politique semble contraire or cette folie de l’exclusion permettra aux ennemis des maures de mettre à genoux leur société avant de la faire exploser avec l’aide d’une puissance étrangère redoutable qui sait faire en la matière surtout face à un régime qui s’est créé tant d’ennemis à ses frontières et au-delà. Les maures au pouvoir, chantres de la marginalisation, pour mieux profiter seuls des richesses et du pouvoir, pourront toujours à l’heure de la tempête fuir ailleurs et vivre comme des rois. Les autres, cette masse de maures blancs démunis comme les noirs et même ceux de la classe moyenne pris entre deux feux n’auront que leurs yeux pour pleurer le jour où un pays comme les USA décidera d’en finir avec cette culture de l’hypocrisie et du mensonge aux mains d’indigènes vicieux, sournois au seul profit de l’injustice, de l’enfumage et de l’impunité.

La Mauritanie alors ne sera même plus un pays du Maghreb mais un pays de l’Afrique noire comme le montrent déjà les cartes du département d’état américain. 

 

Adieu rêve de la Mauritanie plurielle métisse entre deux mondes arabo-berbère et noir africain. Doux rêve détruit par l’inconscience d’une poignée de dangereux mentors d’un révisionnisme ingrat allié au retour du refoulé : la dépacification pour le retour de l’ordre social d’antan…

 

Complément d’information.

 

A propos des chiffres 10 à 20 % d’esclaves en Mauritanie annoncés dans le reportage de CNN et repris partout, l’auteur John Sutter craignant certainement que quelqu’un découvre ses affabulations ou du moins son manque de sérieux dans le reportage, dit dans un autre article que la rapporteuse de l’ONU lui a donné cette information avant de partir. Est-ce vrai ? Il faudrait contacter Gulnara Shahinian pour savoir mais admettons que cela soit le cas, que vaut une information dite en privée alors que la rapporteuse dit officiellement dans son rapport que les chiffres ne peuvent pas être connus ? ça ne peut en aucun cas servir pour être lâché dans un reportage sans préciser que l’information n’est pas officielle et que officiellement selon la rapporteuse les chiffres n’existent pas. Ce faisant quelle crédibilité pour le travail de la rapporteuse ?

Reste à savoir quelle est cette fameuse ONG respectable citée par le rapport du département d’état 2013 qui donne les chiffres de 20% ? Ce ne peut pas être SOS Esclave car Boubacar Messoud dit partout, voir les liens RFI plus haut, que les chiffres ne sont pas connus. Quelle ONG respectable dont le département d’état cache le nom ?

 

Eh bien, Birame Dah Abeid lâche le morceau, c’est l’IRA qui est à l’origine de ces fameux chiffres de 20% introuvables dans le rapport officiel de Gulnara Shahinian.

 

« Le Programme des Nations unies pour le Développement et l’Union Européenne (UE) ont proposé une enveloppe financière pour une enquête indépendante sur l’esclavage en Mauritanie, mais le gouvernement s’est rétracté. Il a peur que cette enquête indépendante révèle au monde l’ampleur du phénomène qui sévit à la fois dans les villes et au niveau du monde rural ».

 

Dans la lancée, le leader de l’IRA ajoute « mais notre organisation, bien qu’elle ne soit pas reconnue officiellement et qu'elle soit même pourchassée, a tenté un recensement sous forme de recoupements.

 

Celui-ci nous a permis de découvrir que 20% de la population sont des esclaves domestiques qui travaillent, sans repos, sans salaires, sans soins, subissent des viols, sont susceptibles d’être loués, gagés et vendus ».

 

Il faut donc croire Birame sur parole. Hélas, depuis longtemps sa parole ne vaut pas celle de l’imam Malick. Lui qui déclare partout à l’étranger que l’apartheid est en vigueur en Mauritanie jusqu’à accuser les pays voisins de l’Afrique noire de lâcheté face au sort des noirs de Mauritanie :

« Il est étonnant que tant de pays africains, se soient engagés dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, sans lever le petit doigt, aujourd’hui, devant la mainmise, sur le pouvoir, d’une minorité raciale en Mauritanie. »

 

Pourtant, il suffit de mettre les pieds en Mauritanie pour savoir que c’est un mensonge éhonté. 

 

Côté chiffres, en 2016 enfin les américains proposent des chiffres officiels mais c’est seulement à propos des enfants réduits à l’esclavage domestique comme à Kaédi :

 

« Bien que des ONG aient consigné plus de 7 100 affaires d’enfants travaillant comme domestiques avec des signes de travail forcé et que la police ait identifié plus de 649 victimes de l’esclavage d’enfants et de la mendicité forcée en 2016, les pouvoirs publics n’ont enquêté sur aucune de ces affaires ou soustrait de victimes des situations d’exploitation dans lesquelles elles se trouvaient. »

On trouve enfin sur le site de l’Abolition Institute pour compléter les faux chiffres de CNN et du département d’état américain, un copié-collé au rayon littérature, sans donner le lien vers la source comme s’ils avaient lu l’ouvrage, des extraits concernant la Mauritanie issus d’un livre de Kevin Bales en 2004 dont les paroles doivent être prises pour argent comptant puisque c’est lui qui les prononce. A part ça n’espérez pas de sources à propos des proportions. Sur l’Abolition Institute c’est présenté ainsi : « Kevin Bales est l’un des principaux experts au monde sur l’esclavage actuel. Ci-dessus sont des extraits qui donnent le frisson, de son livre avant-gardiste « Disposable people » en Mauritanie »

Pour finir, voici un entretien avec le fameux Bakary Tandia qui raconte comment est née l’Abolition Institute et sa dynamique. A son accent, son style, ça se voit qu’il a quitté le pays depuis longtemps. il est devenu un véritable américain décomplexé en matière de lobbying car aux USA ce n’est pas mal vu comme en France, il parle ouvertement de la force de l’Abolition Institute en matière de réseau, ses ressources financières etc. Interview réalisée par Sy Abdoulaye de l’IRA

Sur le site d’African Services, Bakary Tandia est présenté comme d’origine mauritanienne donc il a dû devenir américain voilà pourquoi il a été refoulé avec les autres de Nouakchott le 8 septembre. Il ne lui reste plus qu’à demander à Aziz la double nationalité pour pouvoir parler officiellement en tant que mauritanien même si heureusement personne ne pourra jamais lui retirer sa mauritanité. 

Ahmed Ould Soueid Ahmed ( VLANE )

 

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  • Christian Labrune Christian Labrune 5 octobre 23:17


    La Mauritanie étant une république ISLAMIQUE, il conviendrait peut-être, si on veut comprendre quelque chose à la question que traite cet article, d’avoir quelques notions un peu précises concernant les rapports, dans l’histoire, entre l’islam et l’esclavage. Sinon, surtout si on ne connaît pas la Mauritanie, on risque fort de n’y rien comprendre.

    En cliquant sur le lien suivant, on trouvera un article assez intéressant dans Wikipedia, suivi évidemment de toutes les indications bibliographiques souhaitables.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Esclavage_dans_le_monde_arabo-musulman


    • Christian Labrune Christian Labrune 5 octobre 23:26

      https://www.herodote.net/622_au_XXe_siecle-synthese-12.php

      Un autre article, concernant la même question de l’esclavage en terre d’islam, sur l’excellent site des « Amis d’Hérodote ».

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