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Accueil du site > Tribune Libre > Afghanistan : tout a commencé par un coup d’Etat

Afghanistan : tout a commencé par un coup d’Etat

L'avènement de la république d'Afghanistan en 1973 n'a pas raison des tribus, en 1979 il y règne une quasi guerre civile. Mohamed Taraki (ancien premier ministre pro-soviétique) est en désaccord avec Hazifullah Amine (premier ministre nationaliste Patchoun). Taraki assassiné dans sa cellule, Amine devient président. Moscou se décide à une intervention pour « normaliser » la situation politique Afghane.

Le 25 décembre 79, le génie établit un pont sur le fleuve Amoun Daria afin de permettre à une division motorisée de rejoindre Kaboul tandis que des Antonov et des Iliouchine déversent 6.000 hommes. Le 27, des spetsnaz appartenant à la 103 eme division aéroportée sont déversés sur l'aéroport de Kaboul et la base aérienne de Bagram située à quelques kilomètres au nord-est de la capitale. L'URSS a fait appel aux troupes régionales des républiques voisines d'Asie centrale. La plupart de ces soldats sont de confession musulmane et parlent une langue proche du pachtoun ou du Dari et tous portent l'uniforme Afghan. A 19h30, deux fusées rouges s'élèvent dans le ciel, le bataillon musulman se lance sur le palais Taj-Bek (Kaboul) défendu par une brigade motorisée (1.200 hommes), un bataillon de chars lourds et un régiment de défense anti-aérienne ! Les effectifs du dispositif militaire ont été réduits en raison d'un inventaire des stocks d'armes, et les divisions blindées sont désarmées... Amine blessé par un éclat de grenade est achevé, le même sort attend ses trois épouses et ses vingt enfants. Pendant cette attaque combinée, des spetsnaz s'emparent des bâtiments publics gouvernementaux de Kaboul. Le 27 décembre à 20h30, la radio afghane tombée aux mains des Soviétiques annonce que Babrak Karmal est proclamé chef de l'État et secrétaire du Parti Démocratique Populaire Afghan (PDPA).

Des opposants au régime communiste de Taraki se soulèvent à travers tout le pays. La résistance afghane, essentiellement paysanne, est conduite par des notables locaux, les mollahs ou chefs de villages. Aux diverses divisions ethniques Pashtounes, Tadjiks, etc., et religieuses entre Sunnites et Chiites, vient s'y greffer les clivages idéologiques fondamentalistes et communistes. Ces derniers sont rapidement massacrés, mais dans un pays aussi compartimentalisé géographiquement, ethniquement et linguistiquement, le sentiment national est quasi inexistant (cela explique en partie la non volonté de combattre de l'armée lors de l'avance des Talibans). Si une unité va se faire en référence à l'Islam, ce n'est pas le cas pour le passage à la guérilla qui se fait difficilement. Chaque chef veut favoriser son clan, et chaque clan ne veut opérer que sur sa zone tribale. Ce qui pourrait être un handicap pour la résistance locale va contraindre les troupes soviétiques à se disperser...

Selon les préceptes en vigueur dans les états-majors de l'époque, il faut pour vaincre une guérilla, aligner dix fois plus d'hommes qu'il y a de guérilleros. Le corps expéditionnaire soviétique ne représente que 150.000 hommes, tandis que l'on compte près de 4.000 comités de résistance qui chacun aligne d'une dizaine à plusieurs centaines de combattants. L'armement de base est hétéroclite, il provient de l'étranger, de prises sur l'ennemi et de la fabrication locale. Chaque comité combattant a son « réduit ». Il n'y pas de coordination entre les groupes et encore moins une vision stratégique. Les Soviétiques vont subir de lourdes pertes. L'attaque est aussi soudaine que violente, et les combattants disparaissent dans la nature et attendent à couvert. Lorsque les soldats ratissent le terrain en groupe pour éviter à être capturés, ils offrent une cible idéale aux armes automatiques.

Le commandant Massoud (ancien élève d'une école polytechnique soviétique) va mettre sur pied des groupes mobiles d'une trentaine d'hommes capables d'agir dans un secteur et de passer dans un autre pour peser sur les rares voies de communications empruntées par l'ennemi. Les groupes de Massoud opèrent parfois à cent kilomètres de leur base ! L'embuscade est la reine du combat. Le véhicule de tête immobilisé par un bouchon de mines, les Soviétiques forment une « boule de feu " et appellent à l'aviation pour procéder à leur désengagement, de reprendre ensuite leur itinéraire en abandonnant les véhicules détruits sur place. Les Soviétiques se refusent à diluer leurs forces pour occuper le terrain par des postes placés le long des axes de communication (principe qu'avaient adopté les Français en Indochine). L'état-major préfère faire appel à l'aviation pour attaquer les villages et vider une région ! Le résultat ne se fait pas attendre, deux millions de réfugiés au Pakistan et en Iran.

L'année suivante les Soviétiques ne contrôlent toujours pas le pays et les soldats musulmans des républiques soviétiques sont sensibles à la propagande fondamentaliste. En juin 1980 les attentats vont se multiplier dans la capitale et ses environs. En 1981 le service militaire est porté à trois ans et les libérables sont retenus. Comme cela ne suffit toujours pas, le gouvernement procède à des rafles afin d'enrôler les hommes entre 15 et 45 ans ce qui a pour effet d'accroître les désertions au profit de la résistance. L'armée afghane reste cantonnée à la garde de postes fixes établis dans les grandes villes. Les seules unités sur lesquelles le gouvernement puisse compter restent les milices qui dépendent de la Sarandoy, la police politique formée par le KGB. Les miliciens perçoivent un salaire élevé, sont chargés de la protection des points stratégiques et du contrôle de la population. En fait, ce qui unie et mobilisent les milices, c'est leur volonté à se battre contre leurs ennemis traditionnels...

Les troupes sont cantonnées à la défensive, lorsque les services de renseignement annoncent une concentration de rebelles, l'E-M monte une opération « coup de poing », il s'agit d'épuiser la résistance et de ménager ses propres forces. Les Soviétiques entendent faire régner l'insécurité parmi la résistance : attaques aériennes, chimiques, abandon de matériel piégé, munitions trafiquées explosant dans la chambre de l'arme et tuant son serveur, mines anti-personnel. Les services des opérations psychologiques s'efforcent de dresser les clans les uns contre les autres. Les SR qui ont réussi à infiltrer les rebelles et les camps de réfugiés créent la suspicion, les résistants se fouillent mutuellement à la recherche d'un traître infiltré...

Massoud, chef tribal membre du Jamiat-i islami, le principal parti de la résistance afghane, s'inspire de Giap. Le Penshir va subir entre mai 80 jusqu'en 82 plusieurs grandes offensives. La tactique est toujours la même, une colonne blindée couverte par l'aviation progresse dans la vallée, tandis que les résistants se terrent et attendent que la colonne se soit suffisamment étirée pour l'attaquer et la tronçonner. En mai 1982 l'URSS bien décidée à en finir, lance des centaines d'hélicoptères qui déposent des troupes sur une profondeur de 60 kilomètres. Les Afghans échappent de peu à l'encerclement et à leur anéantissement. Les combats vont durer six semaines ! Au mois de septembre l'URSS propose au commandant Massoud une trêve, celui-ci en profite pour étendre son dispositif militaire et reconstituer ses forces dans la région du nord-est.

En 1983 la résistance commence à utiliser des missiles SAM 7 achetés aux Palestiniens. Les pilotes d'hélicoptères restent très méfiants, l'appareil se déplace au ras du sol et se tient en vol stationnaire à couvert avant de fondre sur les nids de résistance. Les résistants ripostent en placant leur armes antiaériennes sur les itinéraires qu'emprunteront les hélicoptères attirés par des objectifs leurres ! Dans les vallées à faible pente, les chars progressent suivis de l'infanterie. En terrain accidenté, la progression est préparée par un « rouleau » d'artillerie à tir courbe. Les chars lourds sont quasi inutilisables en présence d'un dénivelé important ou d'un sol instable, et la nature du terrain limite le tir de leur canon.

En 1984, le corps expéditionnaire en Afghanistan comprend 115.000 hommes et 35.000 gouvernementaux. Le commandant Massoud réclame l'évacuation par les Soviétiques du nord-est du pays. Cela va être le prélude à la dix-septième offensive soviétique contre le lion du Penshir, Massoud est devenu leur bête noire. Des Tupolev déversent des tapis de bombes et le premier engagement au sol mobilise 20.000 Soviétiques assistés de 3.000 gouvernementaux. Le 21 avril, des troupes sont héliportées sur les crêtes tandis qu'une très importante colonne blindée remonte les vallées du Penshir. Les axes de repli sont coupés, les Soviétiques attaquent les vallées voisines. Massoud passe à la contre-attaque, les gouvernementaux se débandent et les Soviétiques essuient de très lourdes pertes. Massoud est conscient que la vallée du Penshir peut se transformer en un piège redoutable, ses moyens ne lui permettent pas de conduire une guerre de positions, il fait procéder à l'évacuation de la population civile, soit près de 30.000 personnes.

Ben Laden met sur pied un relais à Peshavar (Pakistan) destiné à l'acceuil des volontaires pour l'Afghanistan. En 1986, six camps d'entraînement sont créés. Les moudjahidin, aidés de la CIA, viennent à bout des Soviétiques. Le 18 novembre 1991, le Conseil de sécurité des nations-unies émet une résolution exigeant la remise de Ben Laden et la fermeture des camps d'entraînement. En 1992, Massoud entre dans Kaboul à la tête de plusieurs milliers d'hommes. Les combats entre factions rivales ne cessent pas. Le 23 février 1998 Ben Laden annonce la création d'un Front islamique mondial et lance des montagnes afghanes un appel au djihad " contre les les Juifs et les Croisés ". Au mois d'août, les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie sont touchées. Bilan 224 victimes. Le 9 septembre 2001, Massoud est assassiné avec la complicité d'islamistes tunisiens venus de Belgique. Le 11 septembre 2001, les attentats aux Etat-Unis font 3000 victimes. " Fin " du premier acte.

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21 réactions à cet article    


  • Schrek Lampion 19 août 18:34

    Oncle Paul, racontez-nous le deuxième acte s’il vous plait.

    Mais cette fois-ci, on voudrait distinguer les gentils et les méchants, parce que dans le premier acte, c’est un peu confus.


    • alinea alinea 19 août 18:47

      @Lampion
      C’est pas évident !! je me souviens très bien de l’arrivée de l’armée URSS en Afghanistan, et très bien du charivari que cela a créé dans le PC français : beaucoup de cocos ont quitté le parti à ce moment-là !!


    • sylvain sylvain 19 août 19:29

      @Lampion
      les coco sont toujours les méchants a hollywood. C’est une des seules bases fixes là bas, avec l’amour du profit


    • chantecler chantecler 19 août 19:32

      @sylvain
      Ah ben oui,
      Le rouge n’est pas une couleur appréciée par l’occident ....
      Et ça dure depuis 1917 .


    • simir simir 20 août 19:06

      @alinea
      « beaucoup de cocos ont quitté le parti à ce moment-là !! »
      je n’en ai pas souvenir mais si c’était ainsi c’est un bien. Soutenir un régime socialiste après y avoir été appelé était une nécessité et ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent n’avaient rien à faire au PCF.
      Malheureusement il n’en est pas parti assez et les mutants ont ensuite achevé leur œuvre de destruction pour faire de ce qui fut un grand parti, ce machin qui n’a plus de communiste que le nom et dont le « chef » Roussel va manifester pour les flics factieux avec Darmanin, Bertrand, Bardella et Zemmour.
      La aussi beaucoupde départs de militants et Roussel ne compensera pas en faisant adhérer des flics.




      • chantecler chantecler 19 août 19:30

        Merci pour cet article ...

        Ca me rappelle la Vendée en 93 ...

        L’horreur et le fanatisme des combattants étaient équivalents ....

        Vous n’avez pas idée : Russes puis Américains préféraient avoir une balle disponible sur eux que de tomber prisonnier ....

        Je pensais justement en me baladant tout à l’heure à Ben Laden .... !

        Et me posais la Question :

        Qu’est ce qui l’a décidé d’attaquer les US sur son sol ?

        Nécessité de son combat ou vengeance pour un sale coup fourré des US ?

        Ne vous précipitez pas pour répondre .


        • Matlemat Matlemat 22 août 18:10

          @chantecler
          Selon la version officielle, Ben Laden était opposé à l’occupation de la terre sainte en Arabie par les troupes US lors delà première guerre du Golfe.


        • Attila Attila 19 août 19:43

          la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes :

          « Mais la réalité gardée secrète est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques. »

          Zbigniew Brzezinski était le conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité.

          Les Crises

          .


          • markos 19 août 20:39

            @Attila
            merci pour cet exercice de mémoire.
            je me demande si il y a un seul conflit dans le monde ou n’y sont pas pour quelque chose.


          • markos 19 août 20:40

            @markos
            « ou ils n’y sont pas pour quelque chose. »
            mon clavier a des ratés.



          • Attila Attila 19 août 21:14

            @Lampion
            Wikipedia ! Ils sont infiltrés par les cocos ?
            Merci du lien, je n’aurais jamais cherché une telle information sur Wikipedia.

            .


          • njama njama 20 août 10:58

            Afghanistan old photos History of Afghanistan and Afghan culture

            Life before the Taliban : Fascinating photos show short skirts, flash cars and no burkas before Afghanistan plunged into hell

             The collection was shot by university professor Dr. Bill Podlich from Arizona during a two-year stint with Unesco
             The amateur photographer set out to document the serene way of life in Afghanistan featuring locals and scenery
             Images include school pupils happily playing, a smiling boy decorating cakes, and people swimming in the river

            http://www.dailymail.co.uk/travel/travel_news/article-3404803/Life-Taliban-Fascinating-photographs-idyllic-Afghanistan-1960s-residents-free-enjoy-outdoor-picnics-colourful-markets.html


            • titi 20 août 12:37

              @njama
              Ca me fait toujours rire ce genre de photos.
              Comme Nasser riant du foulard, ou les concours de Miss en bikinis à Rabat dans les années 60.

              En fait ces photos elles concernaient qui ? des « happy few ».
              Parce que hors de villes, loin des appareils photos et de la propagande, c’était toujours le moyen âge.


            • simir simir 20 août 19:23

              @titi
              Et toi où tu as vécu ?
              En France dans les années 60 c’était comment ?
              Chez moi dans mon village, rare étaient ceux qui avaient des toilettes à l’intérieur et une salle de bain.
              Dans ma contrée bien froide un seul poêle à charbon et je me souviens encore de la glace sur les vitres de l’unique chambre où je dormais avec mon frère et ma sœur.
              Et même à la ville, on construisait ces citées pour remplacer les bidonvilles Sarcelles, Villetaneuse.......
              Et le moyen âge il a duré longtemps. Quand j’ai commencé à travailler en 1974 il fallait encore plus d’un an pour avoir le téléphone.
              Alors tu vois en 1960 on faisait exploser notre première bombe atomique et on était 4ème puissance mondiale mais en dehors de cela c’était aussi le moyen âge.


            • phan 21 août 08:16
              Toujours la même technique des anglo-sionistes perdants : monter les uns contre les autres, diviser pour régner (Inde contre Pakistan, Khmers rouges contre le Vietnam ... )
              .
              « 
              Ahmad Massoud, qui dirige une formation politique baptisée « Front pour la résistance », avait déjà publié lundi une tribune dans la revue française La Règle du jeu fondée par l’écrivain Bernard-Henri Lévy, affirmant vouloir faire « sien » le combat de son père et appelant les Afghans à le rejoindre « dans notre bastion du Panchir, qui est la dernière région libre de notre pays à l’agonie ». Dans sa tribune publiée par le Washington Post, il assure avoir été rejoint dans le Panchir par des soldats de l’armée afghane « dégoûtés de la reddition de leurs commandants » ainsi que par d’anciens membres des forces spéciales afghanes.

               »


              • chantecler chantecler 21 août 08:29

                @phan
                Ben non !
                Vous croyez à la fable de talibans devenus gentils et accommodants ?
                Si c’est le cas actuellement , ça ne durera pas longtemps et tôt ou tard ils seront employés à d’autres tâches géopolitiques .
                En attendant c’est bien la charia qu’ils imposent .
                Quant à BHL , ce petit monsieur , quel poids a t’il réellement dans cette affaire heureusement surveillée de près par les Russes et les Chinois ..


              • phan 21 août 14:42

                @chantecler
                Même technique de séparation dans le langage : « Taliban », « Gook » ... quoi les talibans ne sont pas afghans ?
                Utiliser « la chute » au lieu de « la libération » : ça fait drôle de dire la chute de Paris, l’invasion de Normandie, de la Provence ...
                A part ça, Le pétrole des talibans : C’est l’histoire méconnue des négociations entre les États-Unis et les talibans pour la construction d’un oléoduc en Afghanistan.

                La chute de Kaboul, d’Alep c’est toujours une histoire de pipeline non ?


              • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 26 août 19:40

                Je n’ai as les mêmes infos que vous sur les circonstances de la mort de Amin et de sa famille (voir la Wikipédia et ici).

                Pouvez-vous préciser vos sources ?

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