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Accueil du site > Tribune Libre > Alain Bentolila : « TOUT part de la langue »

Alain Bentolila : « TOUT part de la langue »

Le linguiste et humaniste Alain Bentolila a fait une brillante intervention le 11 mai 2011 dans le cadre de l'Université Populaire du Mouvement Démocrate sur le thème « Démocratie et langue commune ». Il nous démontre que TOUT part de la langue, du langage, de la manière dont il se construit lors de la petite enfance, quand les mots prennent forme et que l'enfant relie le sens aux sons, puis aux signes écrits.

La langue est ce qui construit notre pensée, notre conscience, notre rapport à l'autre. Celui qui ne la maîtrise pas, en tout cas pas suffisamment, se met en position d'exclusion sociale. C'est le principal problème des ghettos urbains, qui développent un langage simplifié, insuffisant pour exprimer une pensée complexe et même pour pouvoir expliquer ses actes, décrire un argumentaire. D'où la violence des banlieues. L'origine de cette violence provient souvent d'une incapacité à s'exprimer par les mots. Je ne puis m'empêcher de penser à Jacqueline de Romilly : "Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle.” (Le Point, 25 janvier 2007.)

La formation du langage et l'apprentissage de la lecture, se font dans la petite enfance, étape primordiale à la construction d'un enfant. Tout se joue là. L'apprentissage d'une deuxième langue nécessite d'abord la maîtrise d'une première langue. Il ne suffit pas de déchiffrer des mots, des syllabes (être un "syllabant"), il faut appréhender le sens des mots pour devenir un "comprenant". A l'entrée en maternelle, un enfant maîtrise normalement environ 2000 mots, mais un enfant issu de milieu défavorisé dont on s'est peu occupé, avec qui on a peu parlé, ne maîtrise que 600 mots et aura dès l'entrée à l'école un référentiel trois fois moindre pour relier du sens aux sons, pour comprendre et relier les mots.

Beaucoup de problèmes de notre temps proviennent d'une incapacité à maîtriser la langue : éducation, violence, banlieues, et même la démocratie, la citoyenneté, la compréhension du discours politique.

J'ajouterai une autre cause majeure à la dégradation du niveau d'éducation des élèves, notamment de la grammaire et de l'orthographe : l'omniprésence de la télévision (plus de trois heures par jour en moyenne dans les foyers français), qui prend le temps disponible au détriment de la lecture et qui incite à une attitude passive, contrairement à la lecture, qui fait appel à l'imaginaire, au questionnement, à une zone différente du cerveau (signes écrits vs image visuelle).

Nous perdons aussi progressivement le sens des mots. C'est particulièrement vrai en politique, où il est facile d'employer des mots-valises, sans en préciser le contenu ("réformes", "valeur travail",...) ou des mots qui ne veulent plus rien dire ("formidable", qui étymologiquement signifie "qui fait peur" !) ou qui décorent le discours officiel, l'humanisent ("démocratie", "républicain", "humaniste",...), ou encore des oxymores ("droite sociale", "gauche moderne"). Même le nom des partis ont perdu leur sens : l'UMP n'est plus "populaire", le parti socialiste n'est plus "socialiste" (au sens initial de l'économie administrée par un Etat possédant les moyens de production), le parti radical n'est plus "radical" (initialement ce terme signifiait l'extrême, éloigné du centre, sur l'échiquier politique), le Nouveau Centre n'est pas au "centre" puisque rallié à la droite et même, selon les dires de Hervé Morin, une "deuxième droite" !

Comme François Bayrou aime souvent le rappeler par cette citation (semble-t-il apocryphe) d' Albert Camus : "Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde". Les nommer précisément, justement, exactement, n'ajouterait pas au malheur du monde. Les nommer en plus joliment, avec élégance, ce serait ajouter au bonheur du monde et pour le grand bien de tous !

Ainsi la langue nourrit, structure la pensée et c'est à partir d'une pensée claire et structurée que s'énoncent une parole et un écrit justes et compréhensibles pour autrui.

Déjà au XVIIème siècle, Boileau exprimait en dans "L'Art poétique" :

"Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont, d'un nuage épais, toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

..."
 
Alain Bentolila, professeur à l'université Paris V-Descartes et auteur de Parle à ceux que tu n'aimes pas. Le défi de Babel (Odile Jacob)

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15 réactions à cet article    


  • Gontran Gontran 14 mai 2011 04:20

    « J’ajouterai une autre cause majeure à la dégradation du niveau d’éducation des élèves, notamment de la grammaire et de l’orthographe : l’omniprésence de la télévision (plus de trois heures par jour en moyenne dans les foyers français), qui prend le temps disponible au détriment de la lecture et qui incite à une attitude passive, contrairement à la lecture, qui fait appel à l’imaginaire, au questionnement, à une zone différente du cerveau (signes écrits vs image visuelle). »


    Les études concernant l’influence de la télévision sur la santé des enfants que j’ai pu avoir sous les yeux, et qui ne sont pas légion hélas, parlent plus des problèmes d’ordre physique (sédentarité, obésité, apathie...) que d’une prétendue inefficacité de la télévision à développer l’imaginaire et la capacité à reconnaître des signes de nos enfants.

    En fait, ce serait plutôt le contraire, la télévision a l’avantage de fusionner l’image, le son et le texte dans un même flux d’information cohérent. L’enfant développe en permanence sa capacité à décoder ce flux lorsqu’il regarde la télé, à condition qu’il ne la regarde pas toujours tout seul et que ce qu’il regarde soit le sujet de discussions et d’échanges avec son entourage.

    Se « débarrasser » de son enfant pour une heure ou deux en le mettant devant la télé n’a rien de grave à mon sens, à condition qu’on prenne un moment à l’issue de la séance de télé pour parler avec l’enfant de ce qu’il a vu, pour l’aider à développer un esprit critique par rapport à l’image. 


    Comme votre article le précise déjà plus ou moins, il est important de réaliser que nous pensons GRACE aux mots, nous ne pensons pas les mots, ils ne sont pas le fruit d’un raisonnement mais les briques avec lesquels nous les construisons. C’est à dire que plus on connait de mot, et MIEUX on pense (plus précisément et efficacement en fait). 
    Ça semble mécanique et simpliste, mais c’est pourtant vrai. Les mots et les concepts qui leur sont associés sont à la base de toute cognition.

    Et une des stratégies d’oppression de l’oligarchie consiste à faire en sorte de prendre des mots, et de les vider de leur sens, voir de les faire disparaître, purement et simplement.
    Franck Lepage de la Scop Le Pavé, dans sa première conférence gesticulée en 2007, cite un exemple tout à fait édifiant : 

    des linguistes prennent 90 manuel de management des années 60 et les soumettent à un ordinateur. Puis 90 manuels de management de 1999.
    Le mot qui revient le plus souvent dans les manuels de 1960 est le mot Hiérarchie. Un mot fort, facile à comprendre. Lorsque le capitalisme est basé sur le concept de hiérarchie, il est facile à critiquer.
    Celui qui revient le plus souvent en 1999, c’est le mot PROJET. Un mot valise qui veut absolument tout dire mais qui a surtout une connotation extrêmement positive, et qui remplace la hiérarchie dans l’idéologie capitaliste. Lorsqu’il faut se battre contre un projet et plus contre une hiérarchie, la lutte devient immédiatement plus difficile. 

    En manipulant les mots, on manipule les esprits. Nos élites l’ont compris depuis longtemps, et il faut que nous aussi nous fassions attention à ne pas oublier certains mots et leur sens, et de les transmettre à nos petits : lutte social, exploitation, syndicalisme, critique, oligarchie, démocratie (la vraie) etc


    • picpic 14 mai 2011 06:35

      Gandhi disait qu’avant tout acte violent, il y a une pensée violente...Il oubliait l’essentiel : Avant toute pensée violente, il y a un langage violent.

      Nous sommes des êtres sensibles, qui avons un besoin intense de nous exprimer.
      Si nous sommes réprimer dans notre expression par le conditionnement social, on trouvera différentes portes de sortie pour s’exprimer...Certains être trouvent leur salut, dans l’art et d’autres font des choix plus à leur portée, du domaine qu’ils connaissent dans leur enfance : la violence.
      La violence nait du le langage et est un langage.


      • jaja jaja 14 mai 2011 09:48

        Le problème du « langage simplifié » des ghettos urbains mènerait à l’exclusion sociale et donc à la violence selon notre distingué professeur d’Université.

        Encore un qui grâce à l’éducation privilégiée qu’il a reçu dans son enfance redécouvre l’eau chaude....

        Ne vit dans les « ghettos urbains » qu’une population qui subit une extrême violence. Celle d’occuper un paysage lunaire de logements construits à la hâte et pas prévus pour durer, aux loyers prohibitifs en comparaison du service rendu. C’est une population déja exclue et volontairement écartée des centre-villes reconquis par la bourgeoisie.

        Chômage de masse pour les parents (ou salaires de merde pour ceux qui travaillent encore) et éducation de seconde zone menant tout juste à être, pour la plupart des habitants, des manoeuvres du bâtiment, des caissières, ou des ouvriers à peine qualifiés...

        Le langage mal maîtrisé, cette éducation au rabais est la résultante de cette violence sociale subie qui parque entre eux les plus pauvres de cette société dans un décor déshumanisé, sans commerces ou presque et sans équipements sportifs, culturels ou de loisirs...

        « Tout part de la langue ». Je dis non ! Tout part de l’exploitation qui mène à l’exclusion sociale, tout comme au XIXème siècle et aux siècles précédents. Avons-nous oublié la Cour des Miracles de l’ancien Régime ?

        La première des mesures susceptibles d’améliorer la situation serait une hausse conséquente du SMIC et des minima sociaux. Car dans cette société tout s’achète comme un beefsteak, y compris l’éducation... Qui a déja manqué d’argent au cours de sa vie pour bouffer ou payer son loyer sait combien cette situation rejaillit sur ses enfants victimes du stress et du sentiment de culpabilité des parents..

        Sauf tare congénitale il n’y a aucun enfant des classes bourgeoises qui souffre d’une mauvaise maîtrise de sa langue...

        Replacer la pensée de notre prof d’Université là où elle devrait se trouver dans le processus menant à faire de nos enfants des amputés de la parole n’est pourtant pas bien difficile.
         


        • ffi ffi 14 mai 2011 17:20

          Pourquoi subir la violence sociale puis se plaindre d’un langage déficient ?

          Ne suffit-il pas de rester chez soi, et de se livrer à l’étude pour progresser ?

          En vérité, certains n’ont pas le goût de l’étude et préfèrent prendre part à la violence sociale, poursuivant leur désir illusoire et narcissique d’être un petit caïd.


        • Raymond SAMUEL paconform 14 mai 2011 09:49

          Bonjour,

          Monsieur BENTOLILA a fait précédemment une remarque importante à propos du langage :

          - L’apprentissage de la langue est perturbée par la collectivité.

          Il a relevé le fait que depuis que les enfants sont mis en très bas âge en collectivité ils apprennent le langage pendant un temps plus long par des échanges avec des enfants de leur âge (à la crèche, à l’école maternelle etc.) qu’en parlant avec des adultes (au langage supposé riche et bien construit).

          Ce n’est que l’un des méfaits de la mise trop précoce en collectivité.

          Le plus remarquable étant que la publication de M. BENTOLILA que je relate a été soigneusement occultée.
          A rapprocher de l’élimination de l’étude qui a révélé que c’était les parents qui apprenaient la violence aux enfants (je dirais plutôt : les adultes car la collectivité a sa large part).

          Je mets en exergue l’essentiel de mon propos : Les adultes, tous rôles confondus, ont une MEMOIRE SELECTIVE. Ils oublient les études qui remettent en question leurs modes de vie (sur lesquels ils ont d’ailleurs peu d’action possible) et retiennent celles qui les confortent.
          Il n’y a donc que très peu d’espoir de voir s’améliuorer le sort des enfants.


          • Gontran Gontran 14 mai 2011 15:10

            Bonjour, 


            Personnellement, je n’ai pas l’impression d’avoir la capacité de penser, c’est à dire de soumettre à un processus d’analyse et de compréhension, quelque chose qui ne corresponds à aucun mot que je connaisse.

            Par exemple, on peut avoir compris que le soleil est indispensable pour qu’une plante grandisse.

            Mais tant qu’on ne sait pas ce qu’est la photosynthèse, comment peut-on comprendre son mécanisme ? Selon vous, nous sommes capable « fabriquer la langue à partir de la pensée », mais il faudrait pour ça avoir un microscope, de solides connaissances en biologie et plusieurs années à consacrer à l’observation de plantes avec de découvrir le mécanisme de la photosynthèse et de lui « fabriquer » un nom.

            C’est bien joli de savoir qu’une plante a besoin de soleil pour pousser, mais si on veut comprendre comment et pourquoi, on a besoin de mots qui proviennent du langage commun, et des concepts qu’ils traduisent. Si on ne maîtrise pas ces mots, on ne peut pas maîtriser les concepts qui les accompagnent, et donc on ne peut penser en conséquence.

            C’était un exemple anondin, mais lorsque le pouvoir fait volontairement disparaître des mots pour détruire des concepts, on se retrouve dans une situation dangereuse.
            Pourquoi les exploités sont devenus des défavorisés ?
            Pourquoi les pauvres deviennent des précaires ?

            Qu’en pensez-vous ?

          • Taverne Taverne 14 mai 2011 21:12

            « Droite sociale » est bien un oxymore : songez que Wauquiez est de la droite sociale. On voit quel mépris il a pour le social.


          • Radix Radix 14 mai 2011 21:36

            Bonsoir Gontran

            Faire disparaître des mots peur faire disparaître le concept qui les sous-tend ?

            C’est un jeux auquel nos « élites » se livrent depuis de nombreuses années.

            C’est ce que l’on appelle communément « le politiquement correct » et dans la réalité « la langue de bois » !

            Personnellement je l’appelle « la langue de sciure », tant il est difficile de la contrer tant elle est bardée de bons sentiments et inconsistante !

            Radix


          • astus astus 15 mai 2011 15:35
            Merci aux différents contributeurs qui se sont penchés sur l’importance du langage dans le développement du psychisme et la socialisation des individus, avec en toile de fond cette question récurrente :

            La langue structure-t-elle la pensée ou est-ce la pensée qui structure la langue ?

            Toutefois ces deux formulations laissent de côté des faits essentiels concernant tout ce qui se passe avant l’apparition du langage chez l’enfant, et qui le prépare, notamment le « bain de langage » (cf. LACAN), plus ou moins élaboré et riche ou chargé en émotions du milieu familial, et parfois en non-dits, où arrive cet enfant. En outre il existe bien une « pensée sensori-motrice » (cf. les travaux de PIAGET et WALLON) proche des sensations ou des émotions corporelles, et des signifiants fondamentaux reliés à la dyade fusionnelle, ainsi qu’aux « bases pulsionnelles de la phonation » (article de 1997 de Ivan FONAGY) dont l’enfant sortira grâce à un tiers socialisant (le père ou un substitut) donnant au langage une dimension sociale, c’est à dire partagée, avec des signifiants suffisamment proches malgré les différences de milieu ou de culture.

            Malheureusement beaucoup de sujets ne partagent pas suffisamment ni ce « bain de langage », ni la possibilité de s’émanciper des relations primitives pour pouvoir dialoguer avec un Autre, reconnu différent de soi. Les raisons en sont nombreuses : depuis la dépression d’un milieu familial ou à l’identité fragile (et souvent insuffisamment inséré socialement) à des nécessités de survie économique rendant ce milieu peu disponible aux besoins réels de l’enfant.

            Pour finir j’aime bien ces mots de Heidegger : « Le langage est la demeure de l’être » et de Vladimir Jankélévitch : « Il faut penser tout ce qu’il y a de pensable dans l’impensable. » 

            Cordialement.


          • easy easy 14 mai 2011 12:20

            Afin de passer de la force individuelle à la force sur-humaine que constitue une masse, il faut le verbe, même rudimentaire mais il faut du verbe.

            Le verbe est l’outil de coagulation aux bonnes comme aux mauvaises idées.


            Une syntaxe riche est élitiste ne semble ne pas viser la coagulation massive, populaire. Mais elle coagule tout de même une élite qui, par essence, tient les pouvoirs. Elle fait accroire que la qualité de l’outil et la dextérité à s’en servir, fait la qualité de la pensée, du raisonnement, des sentiments.


            Populaire ou élitiste, le verbe est redoutable, toujours manipulateur, jamais innocent.






            • Radix Radix 14 mai 2011 12:39

              Bonjour

              Il est vrai que la langue étant le support indispensable de la pensée, plus la langue est riche de concept plus la pensée a de support pour s’élaborer.

              Le problème est qu’a l’intérieur d’une langue tous les locuteurs n’ont pas le même niveau de maîtrise, une langue peut-être très riche mais si cette richesse n’est utilisée que par une fraction infime de la population, elle finit par s’appauvrir !

              Le mandarin est, probablement, une des langues les plus élaborées de la planète, mais il n’est pratiquement plus parlé dans toute sa richesse. C’est la limite des idéogrammes qui complexifient l’apprentissage et décourage les locuteurs.
               
              Énoncer cela c’est enfoncer des portes ouvertes depuis longtemps par Chomsky.

              Radix


              • beo111 beo111 14 mai 2011 19:09

                La langue c’est le reflet d’un peuple.


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 15 mai 2011 09:18

                  Je ne sais pas vous mais moi je suis fatigué de ces salades réductionnistes qui veulent faire de la langue l’alpha et l’omega de la pensée.
                  C’est un fait établi clairement, il y a une pensée sans langage.
                  Et c’est la plus importante.
                  Celle qui nous tient au plus proche du réel.

                  Maintenant il est clair que dans le social comme dans la pensée abstraite, la maîtrise des codes et des concepts aide à se faire son chemin... de pensée.
                  Donc oui, bien sûr, la langue contribue à la structuration de la pensée, à sa socialisation, à sa communicabilité, mais la pensée ne s’y réduit pas, elle ne s’y origine même pas.

                  Quand cesseront ces gamineries de scientifiques réductionnistes qui tirent la couverture à eux pour gagner renommée et ressources ? Marre du réductionnisme de la langue, de la structure, du neurone, de l’hormone, du microbe etc.

                  Tout ça revient à vouloir penser le réfrigérateur à partir du fusible. Quand le fusible est retiré, il n’’y a plus de froid. Quand le fusible est remis, il y a du froid, donc c’est le fusible qui crée le froid. N’importe quoi !

                  Autant essayer de comprendre la rivière en l’observant dans un seau comme disait le philosophe Alan Watts.

                  Mais je m’empresse de préciser que la citation de Jacqueline de Romilly n’est pas visée par cette critique. Elle est à mes yeux 100% pertinente parce que, précisément, à aucun moment elle ne fait de la langue la cause première. Tout au contraire, ce qu’elle place en facteur critique de la paix, c’est le dialogue. Qui, encore une fois, n’est en rien réductible à la langue.

                  Celle-ci, nous le savons, peut être de vipère. Et je vous assure que les néo-conservateurs zuniens qui nous ont fait une décennie d’enfer ont une très bonne compétence dans la langue. Ils savent manipuler, faire du storytelling et nous amener à la guerre imbécile avec la bouche en coeur.

                  Sous le rapport de la violence, la langue est le meilleur et le pire.
                  Mais quoi qu’il en soit, elle n’est qu’un outil.
                  Qu’on se le dise !

                  L’important est ailleurs, au-delà de la pensée même.
                  L’important, c’est le présent, la réalité.
                  Mais tout ça est une autre histoire...


                  • Marianne Marianne 15 mai 2011 11:28

                    Comme le disait Esope, la langue peut être la meilleure des choses mais aussi la pire des choses en ce monde :

                    Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur, et rien autre chose. "Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave." Il n’acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l’entrée, le second, l’entremet, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ces mets ; à la fin ils s’en dégoûtèrent. "Ne t’ai-je pas commandé, dit Xantus, d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur ? - Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit ; on persuade ; on règne dans les assemblées ; on s’acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. - Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l’attraper), achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier.« Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : »C’est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté elle loue les Dieux, de l’autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance."

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