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Accueil du site > Tribune Libre > Alerte info ! Macron en pince pour la gueuse

Alerte info ! Macron en pince pour la gueuse

Une cérémonie au panthéon pour « célébrer les 150 ans de la République ». On ne manquera pas de s’interroger sur cette façon de faire commencer la République à la IIIème et d’inclure dans le décompte les 4 années de l’occupation allemande et de la collaboration avec l’Allemagne. Mais il s’agit moins, en cette affaire, d’histoire que d’idéologie. Et on aurait tort de ne voir que des incohérences dans cette entourloupe présidentielle.

Une cohérence personnelle

La rumeur se faisait insistante depuis le 28 août : le souverain allait prononcer un discours, ce vendredi 4 septembre pour célébrer la proclamation de la République par Gambetta le dimanche 4 septembre 1870.

L’essentiel de ce qu’il a dit en direct était déjà dans une vidéo assez navrante qui circulait depuis une semaine. Un Macron en plan fixe, bâillonné, devant des barreaux. Le texte défilant en bas de l’écran.[i] En revanche, le site de l’Elysée n’en pipait pas un mot jusqu’au vendredi soir du 3 septembre. Mais l’orchestration de l’événement avait été confiée à des propagandistes professionnels.

Une presse bienveillante

Le Parisien Libéré se dévouait dès le 28 août. Illustré par la même image en plan fixe du petit président, le commissaire politique Marcelo Wesfreid « écrivait un article » qui reprenait presque mot pour mot le texte de la vidéo.[ii] « Pour Emmanuel Macron, semblait conclure ce cuistre, ce sera l'occasion de pousser les feux sur le régalien, alors qu'un projet de loi sur la lutte contre le séparatisme doit voir le jour avant la fin de l'année ».Mais cette phrase transcrite sans guillemets était aussi tirée de la vidéo.

Puis, à l’aube du mercredi 2 septembre, sur Radio Paris où il est régulièrement invité dans Histoires politiques (Chaque jour, l'actualité politique vu par un éditorialiste), il chantonna un billet qui voulait se donner un petit air d’insolence : La Panthéonite du président[iii].

Une caution universitaire

Dès le 21 août, une « Journée d’études » avait été annoncée, « organisée par l’Assemblée nationale et le Comité d’histoire parlementaire et politique ».[iv]

Son argumentaire a vraisemblablement inspiré la vidéo navrante : « Le 4 septembre 1870, il y a 150 ans, Gambetta déclare la République à Paris au lendemain de la débâcle militaire de Sedan et de la captivité de Napoléon III. »[v]

Le président du Comité d’Histoire Parlementaire et Politique se nomme Jean Garrigues. Il a signé, le 25 avril 2017, « une tribune de chercheurs et d'universitaires » appelant à voter Emmanuel Macron, dès le premier tour. Et en 2019, il a publié un livre intitulé La République incarnée, et sous titré : De Léon Gambetta à Emmanuel Macron.

Cet « ouvrage » commence par narrer la geste de ce dernier, le soir de sa victoire le 7 mai 2017, sur l'esplanade du Louvre, en des termes si mesurés : « ... à la solennité de la mise en scène évoquant irrésistiblement la montée de François Mitterrand au Panthéon, le 21 mai 1981, on comprenait que ce jeune Bonaparte avait décidé d'incarner à plein la fonction présidentielle ». Et dans sa conclusion, il n’hésite pas à écrire : « On peut donc considérer qu'Emmanuel Macron, à la fois chef rassembleur et prophète, pourrait s'inscrire dans la généalogie archétypique de l'incarnation républicaine, à la différence de ses prédécesseurs immédiats ».

Ce personnage est au minimum un militant du parti au pouvoir, mais plus vraisemblablement lui aussi un de ses propagandistes et commissaires politiques.

Un candidat président déjà en campagne

Le choix d’ignorer les deux premières républiques s’inscrit d’abord dans une stratégie électorale. La 1ère est généralement datée du 21 septembre 1792 (même si elle n’a pas été formellement déclarée) : il aurait fallu attendre le 21 septembre 2022 pour en fêter les 230 ans donc après la prochaine élection. Quant à la IIème, il eût fallu, dès le 24 février 2018, célébrer les 170 ans de sa proclamation provisoire le 24 février 1848.

Une cohérence idéologique

Mélenchon n’a pas été le seul à discuter la date du 4 septembre 1870. D’autres, classés à droite, l’on fait aussi par souci de la « vérité historique ». Mais il a été le seul à proposer sérieusement le 21 septembre 1792 comme date fondatrice. En effet, cette république-là (1792-1804) comprend « l’épisode de la terreur » : c’est pourquoi sans doute on préfère l’oublier. Mais dès le Consulat (1799), « Napoléon perçait sous Bonaparte »[vi]. La seconde est encore plus courte (1848-1852) et débouche aussi sur un « empire ». Mais elle est restée dans les mémoires comme une « révolution sociale ». Avec la troisième, arrive enfin la « république bourgeoise » que d’aucuns qualifieront d’« apaisée.

 

Histoire et idéologie

« Qu'est-ce qu’un républicain ? Une bête féroce » 

 

C’est ce que proclamait Le Figaro en mars 1871, quelques mois après la « proclamation de la république » par Gambetta. C’était pendant « l’épisode de la Commune » et avant sa répression lors de « la semaine sanglante »(21-28 mai 1871).

Le quatre septembre

L’opération « panthéon » s’inscrit dans la « doctrine » de Jean Garrigues pour qui « la proclamation de la République, le 4 septembre 1870 »[vii] « permet à Léon Gambetta d'apparaître comme un père fondateur »[viii].

On peut raconter la chose plus sobrement : « Le 4 septembre, alors que la nouvelle de la capitulation militaire du 1er est connue à Paris, le Corps législatif cherche une solution « légale » à la déchéance de l’impératrice, quand il est envahi par la foule, qui réclame la République. Scène classique du répertoire français, connue et rejouée comme telle par les acteurs, du côté des émeutiers comme du côté des députés : Jules Favre en prend la direction et va proclamer avec Gambetta la République à l'Hôtel de Ville. »[ix]

Ces lignes sont de François Furet, stalinien précoce avant de devenir anticommuniste féroce, dans un gros livre illustré publié en 1988 en vue du bicentenaire de la Révolution.

En 1994, Dominique Lejeune publie un livre sans illustration : La France de la IIIè république[x]. D’abord, écrit-il, « Le Quatre Septembre peut difficilement être qualifié de « révolutionnaire », (...) il s’est agi plutôt d’un constat de carence de l’Empire. »[xi]

Ensuite, il s’attache surtout à la personne de cet Adolphe Thiers qui a donné son nom à tant de rues dans les villes de France. Il fut le premier président de la IIIème république, avant que celle-ci ne soit formellement déclarée dans la loi du 25 février 1975.[xii]

Orléaniste par toute son histoire, Adolphe Thiers semble avoir appliqué avant la lettre la maxime de Lampedusa : « Si nous voulons que tout continue, il faut que d’abord tout change ».

En novembre 1873, il fut renversé par la majorité monarchiste et remplacé par Mac Mahon, monarchiste lui aussi, mais toujours avec le titre de « président de la République ».[xiii]

Enfin, le 30 janvier 1875, un député catholique modéré proposa un amendement sur cette fonction[xiv]. Dominique Lejeune note : « L’habileté de Henri Wallon fut de présenter la formule personnelle de « président de la République » et d’introduire la République par le biais du personnage principal. »[xv]

 

La IIIème république

Succédant au second empire, elle est « née » dans la douleur et les ambiguïtés, avec une première invasion allemande et elle est morte en 1940, avec une deuxième invasion allemande.

Pour François Furet, elle est la clôture d’une période révolutionnaire : 1770-1880.

Dominique Lejeune, lui, signe un livre universitaire consacré aux « débuts de la IIIème république » : 1870-1896, des « douleurs de la guerre civile » à l’affaire Dreyfus.

Quant à Jean Garrigues, il produit un exercice d’admiration teinté de références historiques pour aboutir à cette période innovante : 1870-2020.

On peut mesurer à l’aune de ces datations les parts de l’histoire et de l’idéologie dans ces livres.

 

Les élections de 1876 envoient à l’assemblée une majorité de républicains : 350 contre 155 monarchistes. Parmi ces monarchistes, un retour en force des bonapartistes, et parmi ces bonapartistes, Paul de Cassagnac qui fut régulièrement élu jusqu’en 1902. Il est resté à la postérité en raison des nombreux duels qu’il a gagnés, à l’épée et au pistolet, et de la trouvaille sémantique qu’on lui reconnaît pour désigner la république : la gueuse.

 

Ces soixante dix ans de république verront la répression du mouvement ouvrier, la modernisation du pays, les attentats anarchistes, les lois scélérates, la colonisation, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la guerre scolaire, les affaires Dreyfus et de Panama, une première guerre mondiale et la préparation de la suivante.[xvi]

L’élément fondateur semble pourtant un crime commis en commun : l’écrasement de la commune de Paris.

Sur cet événement, on ne s’étonnera pas du jugement d’un ancien stalinien comme Furet : « Aucun événement de notre histoire moderne, et peut-être de notre histoire tout court, n’a été l’objet d’un pareil surinvestissement d’intérêt, par rapport à sa brièveté. Il dure quelques mois, de mars à mai 1871, et ne pèse pas lourd sur les événements qui vont suivre, puisqu’il se solde par la défaite et la répression. »

Dominique Lejeune s’attarde un peu plus sur la Commune de Paris  : « L’événement suscita une abondante littérature et des mouvements d’idées appelés à un grand avenir : comment éviter, en profondeur, le retour d’une telle insurrection ?

Il revient sur son écrasement[xvii] et sur les conséquences de cet écrasement : « L’état de siège, institué au début de la guerre franco-allemande, fut maintenu jusqu’en 1876, avec sa surveillance policière et son régime particulier pour la presse. »

« Une autre conséquence fut l’évanouissement du mouvement ouvrier français. L’artisanat parisien, élément instruit, était frappé par la répression, qui avait fait disparaître non seulement les chefs mais aussi la masse des militants, au moins provisoirement, c’est-à-dire jusqu’à l’amnistie. »[xviii]

La IIIème république est bien résumée par son avènement et par son écroulement : la mise au pas de sa population résistante sous les yeux bienveillants des armées allemandes. De Versailles à Vichy, le « fascisme à la française » a tenté de se faire une place dans l’histoire.

 

Conclusion provisoire : le monarque présidentiel pourrait-il trousser la gueuse ?

 

« Être français, c'est défendre le droit de faire rire, la liberté de railler, de moquer, de caricaturer ».

Emmanuel Macron

 

Quant il prend la parole, Macron me fait généralement dormir ou marrer. Avec ces déclarations de principes, il me fait sourire. Mais quand il étale ses indignations vertueuses, je ne m’étouffe pas, je m’esclaffe.

https://www.facebook.com/watch/?v=639923576633970

https://www.bfmtv.com/replay-emissions/22h-max/le-choix-de-max-macron-ensauvagement-et-kamasutra-08-09_VN-202009080372.html

Ses courtisans et ses partisans diront qu’il fait de la communication.

Sur le site de l’Elysée, on trouve une présentation du discours du panthéon et le prononcé de ce discours qui est deux fois plus long.

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/09/04/150-ans-en-republique

Quelques différences entre les deux moutures :

- les « six nouveaux citoyens viennent grossir les rangs du peuple français » (dans la présentation) ne sont plus que cinq (dans le prononcé) ;

- les « grands destins de la République » ne sont plus exactement les mêmes : certains noms ont été rayés et d’autres ont été ajoutés (comme celui de Gisèle Halimi).

Parmi les rescapés, Léon Gambetta, le héros de son ami Garrigues. Ce coup de foudre pour Gambetta peut surprendre puisque, il y a moins d’un an, était « dévoilé (un) « calendrier mémoriel » de 2020, année largement consacrée au général de Gaulle ».[xix]

Félix Eboué, lui, le seul « non-blanc » de sa première énumération, il le présente d’abord comme « descendant d’esclaves ».

Son inconscient veut-il dire par là que tous les Français sont des « descendants d’esclavagistes » ?

Dans la seconde mouture, il introduit d’ailleurs un autre « non-blanc » : Aimé Césaire, l’auteur du Discours contre le colonialisme. Est-bien raisonnable ? Ses courtisans et ses partisans diront-ils que c’est de la com ? Ou de la coke ?

 

Bon. Le mari de Brigitte (comme dit la presse people) a manifestement tenté là un coup politique, mais, en dépit de la déclaration d’amour d’Estrosi, ce n’est pas un coup gagnant[xx]. Une fois de plus, depuis bientôt un an, il a emprunté des idées à Mélenchon : cette fois, c’était : « la république, c’est moi ». Mais « sa » république, c’est d’abord celle de « Monsieur Thiers ».

 

Quant au séparatisme, rappelons que «  Les colonisés savent désormais qu'ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.

Donc que leurs maîtres sont faibles.

(...)

au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent. »

Aimé Césaire

 

[ii]https://www.leparisien.fr/politique/emmanuel-macron-celebrera-les-150-ans-de-la-republique-au-pantheon-28-08-2020-8374869.php

Par Marcelo Wesfreid, « journaliste » qui se contente de reproduire le texte la vidéo.

Le 28 août 2020 à 20h59

« Le chef de l'Etat prononcera vendredi 4 septembre un discours pour les « 150 ans de la proclamation de la République ». Le 4 septembre 1870, l'Empire de Napoléon III s'effondre, ouvrant la voie à la IIIe République. Selon nos informations, c'est au Panthéon que le chef de l'Etat s'exprimera.

Un lieu où se trouve l'urne funéraire dans laquelle fut déposé le cœur de Léon Gambetta, l'homme qui proclama le changement de régime. « Emmanuel Macron rendra hommage à onze figures représentatives des valeurs de la République, des personnalités emblématiques de la France unie, explique-t-on au palais. Son discours sur la citoyenneté dans la République rappellera les droits et les devoirs, ainsi que la nécessité de préserver ce régime. » Pour Emmanuel Macron, ce sera l'occasion de pousser les feux sur le régalien, alors qu'un projet de loi sur la lutte contre le séparatisme doit voir le jour avant la fin de l'année. »

[iii] https://www.franceinter.fr/emissions/histoires-politiques/histoires-politiques-02-septembre-2020

L’insolence se limitait au titre et à la conclusion puisqu’y était évoqué un « syndrome François Hollande ». Le chroniqueur commençait par rappeler des vérités historiques :

« Il y a fait entrer Simone Veil. Il y a honoré Clemenceau. Il est venu pour la mémoire de l’esclavage. Et le 11 novembre prochain, il transfère les cendres de Maurice Genevoix, l’écrivain. »

Puis, c’était de la brosse à reluire de bonne facture : « Emmanuel Macron fera aussi de la politique au panthéon (...) Mais en même temps, il ne faut pas réduire cet événement du panthéon à de la seule tactique. Emmanuel Macron, il aime ce temple laïc parce qu’il croit dans la sacralisation du pouvoir. C’est ce qu’on a appelé son côté jupitérien ».

« C’est ce qu’il a appelé son côté jupitérien », aurait été plus exact. En effet, c’est « le mari de Brigitte » qui a, dès le début de son règne, revendiqué cette « posture jupitérienne ».

[v] Le communiqué de Calenda précise : « Le Comité d’Histoire Parlementaire et Politique travaille depuis 20 ans sur ces thématiques. Il était donc en cohérence avec sa propre histoire qu’il organise, en coopération avec l’Assemblée nationale et les Alumni de Sciences Po, une journée de présentations et d’échanges scientifiques mobilisant le matin des historiens spécialisés dans ces thématiques, puis l’après-midi, une table ronde confrontant les préoccupations des intellectuels et les conceptions du Président de la République. »

[vi] « Ce siècle avait deux ans. Rome remplaçait Sparte.

Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte » Victor Hugo, Les Feuilles d’automne (1831)

[vii] Pour la petite histoire qui est aussi une façon de réécrire l’histoire : Plusieurs villes de France ont leur « rue Quatre Septembre ». A Paris, elle a été ouverte le 24 août 1864. D’abord nommée « rue Réaumur Prolongée », après des travaux, est a été renommée « rue du Dix-Décembre », (élection triomphale du prince Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République le10 décembre 1848), puis « rue du Quatre-Septembre » par arrêté du maire de Paris, Étienne Arago, le 12 septembre 1870.

[viii] La République incarnée : De Léon Gambetta à Emmanuel Macron (2019)

[ix] La révolution de Turgot à Jules Ferry 1770-1880 (1988)

[x] Sauf indication contraire, toutes les citations qui suivent seront tirés de ce livre.

[xi] LA PROCLAMATION À L’ÉPREUVE

La soudaine proclamation de la République

La « révolution » du 4 Septembre.

A la nouvelle de la capitulation de Sedan et de la capture de l’empereur (2 septembre), la déchéance du régime est réclamée dans les milieux politiques. La République est proclamée le lendemain à Lyon, puis à Marseille et à Bordeaux, sans attendre l’initiative parisienne. (...) Le Quatre Septembre peut difficilement être qualifié de « révolutionnaire », car le sang n'a pas coulé et il s’est agi plutôt d’un constat de carence de l’Empire.

[xii] Thiers fut choisi comme « chef du pouvoir exécutif » par la nouvelle assemblée, élue 8 février 1871 et dominée au 2/3 par les monarchistes. La plupart d’entre eux n’avaient pas renoncé à une restauration et un accord entre les deux prétendants fut même trouvé, mais il ne dura pas.

Il « Thiers s’engagea à ne pas placer l’assemblée devant le fait accompli d’une définition du régime poussée plus avant et promit de se consacrer à la réorganisation de la France. Ce serment d'« honnête homme », ce contrat implicite qui renvoyait à plus tard la question du régime, fut appelé le pacte de Bordeaux (10 mars 1871). Il est maintenant clair que Thiers sentait déjà, avec intelligence, la nécessité d’une évolution républicaine hors de la confusion entretenue par le pacte. »

Puis « la loi Rivet du 31 août 1871 précisa le fonctionnement du régime vague établi par le pacte de Bordeaux. Thiers fit changer son titre de « chef du pouvoir exécutif » en celui de « président de la République », certes plus prestigieux, mais qui confirmait surtout que l’on était en République, sans préciser pour cela autre chose que l’appellation du chef de l’État. »

 

[xiii] « 2 Fausse République ou vrai départ : 1871-1879

« La République, à vrai dire, n’en finit pas de commencer. »

M. Agulhon.

DU RETOUR DE GAMBETTA À LA CHUTE DE « MONSIEUR THIERS » (1871-1873)

La rentrée de Gambetta

Le drapeau blanc était toujours à ses yeux un symbole — bien qu'il n’eût jamais été, en réalité, le drapeau de la monarchie d'Ancien Régime —car il représentait la fidélité aux principes. Accepter le drapeau tricolore eut été pour lui approuver l’exécution de Louis XVI. Le comte de Chambord écrivit au député légitimiste Chesnelong, récemment venu du bonapartisme et qui avait fait le voyage de Salzbourg le 27 octobre, une lettre dans laquelle il considérait que l’octroi du drapeau tricolore serait un acte de faiblesse :« Ma personne n’est rien, mon principe est tout ». Et la lettre fut publiée le 31 dans le journal L’Union.

L’institution du septennat.

À court terme, Mac-Mahon était un président de la République « commode » ; il s’agissait de le conserver à l’Élysée le plus longtemps possible, c’est-à-dire jusqu’à la levée de l’hypothèque du comte de Chambord. Une durée de sept ans apparaissait raisonnable à tous égards. Elle fut retenue par la loi du septennat du 20 novembre 1873, dont le court texte disait : « le pouvoir exécutif est confié pour sept ans au maréchal de Mac-Mahon ». Cette loi de circonstance, montrant bien qu’on était toujours dans le provisoire, ajoutait habilement : « son pouvoir continuera à être exercé avec le titre de président de la République »

(...) L’idée républicaine fut persécutée par des « préfets à poigne » ; les maires, nommés grâce à la loi de 1874 essayèrent de diriger les élections ; certains fonctionnaires furent renvoyés, les bustes de Marianne furent ôtés des mairies et l’offensive cléricale se poursuivit. »

[xiv] « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. »

[xv] Dominique Lejeune résume quelques pages plus loin : « l’échec de la Restauration provoque le recours au septennat (1873), pour gagner du temps, et l’institution du Sénat (1875) : une assemblée de monarchistes se résigne à consacrer la République, mais ne veut pas... des républicains ! Ses membres vont d’échec en échec jusqu'en 1879 »

[xvi] Une liste à la Prévert que je n’ai pas le temps de développer ici.

[xvii] « Pendant cette semaine (21-28 mai), les Communeux entamèrent des destructions, pour retarder les Versaillais et par désespoir : incendie des Tuileries, de la Cour des comptes, du Palais de justice, de la Préfecture de police, mais le Louvre et la Sainte-Chapelle échappèrent aux flammes. Quatre-vingts otages furent fusillés, mais le nombre des victimes communardes fut beaucoup plus important, d’autant que les troupes versaillaises — des ruraux de province pour la plupart des hommes — se comportèrent avec une férocité totale lors de cette « expédition punitive » contre Paris, la violence de la répression étant à la mesure de la peur éprouvée jusque là, de la froideur des ordres donnés par les chefs, et de l’exaspération à constater la résistance dans les quartiers populaires. La « semaine sanglante » s’acheva dans le cimetière du Père Lachaise, au « mur des Fédérés », mais quelques défenseurs réussirent à s’enfuir ou à se cacher. »

[xviii] Dans son manifeste aux Parisiens du 28 mai, Mac-Mahon proclama que « l’ordre, le travail, la sécurité » allaient renaître. La répression se fit d’abord au moyen de cours martiales, puis de conseils de guerre, avec une parodie de justice. Un grand nombre de condamnés furent déportés en Algérie et en Nouvelle-Calédonie ; arrestations — la plupart du temps sur dénonciation —, jugements et déportations se poursuivirent pendant plusieurs années. La répression s’accompagna de mesures d’exception constituant une véritable « terreur tricolore ». Dès le 26 mai, Jules Favre envoya aux représentants de la France à l’étranger une circulaire les invitant à réclamer systématiquement l’arrestation des Communards, à faire suivre par une extradition. L’état de siège, institué au début de la guerre franco-allemande, fut maintenu jusqu’en 1876, avec sa surveillance policière et son régime particulier pour la presse. Le 14 mars 1872, la loi Dufaure interdit toute activité de l'Internationale sur le territoire français et elle ne fut abrogée qu'en 1901, lors du vote de la loi sur les associations. Surtout, à moyen terme, la majorité conservatrice pensa instituer un « Ordre moral » : réprimer, mais surtout créer des conditions telles que cela ne se reproduise pas et que la France soit régénérée en morale et en politique. La mise en œuvre fut certes artificielle, mais ses promoteurs ne pensaient guère que cela l’était.

Une autre conséquence fut l’évanouissement du mouvement ouvrier français. L’artisanat parisien, élément instruit, était frappé par la répression, qui avait fait disparaître non seulement les chefs mais aussi la masse des militants, au moins provisoirement, c’est-à-dire jusqu’à l’amnistie. L’idée de celle-ci apparut timidement dès septembre 1871 (Henri Brisson) ; elle reparut grâce à Barodet en avril 1873. Naquet la défendit à nouveau, en vain, dans un projet de loi du 20 décembre 1875. Plusieurs candidats reprirent le thème dans leur programme, lors de la campagne électorale décisive de 1876. La nouvelle Chambre des députés, pourtant à majorité républicaine, ne se pressa pas.

Documents joints à cet article

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5 réactions à cet article    


  • sylvain sylvain 10 septembre 14:49

    Félix Eboué, lui, le seul « non-blanc » de sa première énumération, il le présente d’abord comme « descendant d’esclaves ».

    Son inconscient veut-il dire par là que tous les Français sont des « descendants d’esclavagistes » ?


    Faut pas chercher trop loin, aujourd’hui ça claque d’être descendant d’esclave . Ca permet de faire parti des fameuses Victimes judéo chrétienne, une sorte de petit christ tout en étant éventuellement un dominant dans nos sociétés de privilégiés . Faut pas cracher dans la soupe, surtout si on espère avoir une existence publique .


    D’ailleurs je le clame moi aussi haut et fort à qui veut l’entendre : je suis un descendant d’esclave . Tout le monde devrait d’ailleurs le faire, vu que le servage était généralisé pendant des siècles en europe, nous sommes à peu près tous descendants d’esclaves . Bon évidemment si tout le monde accède au statut de victime, il risque de devenir moins chouette mais c’est la vie


    • zygzornifle zygzornifle 10 septembre 15:04
      Dis, papa, c’est qui, Macron ? 

      Ce n’est pas compliqué fiston...

      La masse musculaire de Macron et supérieure à son poids total.
      Si la lumière va plus vite que Macron, c’est qu’elle a peur de lui.
      Macron ne ment pas, c’est la vérité qui se trompe.
      Macron n’essaie pas. Il réussit !!
      Quand Macron scrute l’horizon, il voit son dos.
      Quand Macron va au restaurant, c’est le serveur qui laisse un pourboire.
      Quand Macron s’est mis au judo, David Douillet s’est mis aux pièces jaunes.
      Macron est le seul homme à posséder une Bible dédicacée.
      Macron peut encercler ses ennemis. Tout seul.
      Macron a déjà compté jusqu’à l’infini. Deux fois.
      Certaines personnes portent un pyjama Superman, Superman porte un pyjama de Macron.
      Macron ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est.
      Dieu a dit : « que la lumière soit ! » et Macron répondit « on dit s’il vous plaît »
      La seule chose qui arrive à la cheville de Macron… c’est sa chaussette.
      Quand Google ne trouve pas quelque chose, il demande à Macron.
      Macron fait pleurer les oignons.
      Macron sait parler le braille.
      Il n’y a pas de théorie de l’évolution. Juste une liste d’espèces que Macron autorise à survivre.
      Macron et Superman ont fait un bras de fer, le perdant devait mettre son slip par-dessus son pantalon.
      Un jour, au restaurant, Macron a commandé un steak. Et le steak a obéi.
      Macron connaît la dernière décimale de Pi.
      Macron peut taguer le mur du son.
      Quand la tartine de Macron tombe, la confiture change de côté.
      Dieu voulait créer l’univers en 10 jours. Macron lui en a donné 6.
      Macron est capable de laisser un message avant le bip sonore.
      Une larme de Macron peut guérir du cancer, malheureusement, Macron ne pleure pas.
      Si Macron dort avec une lampe allumée, ce n’est pas parce qu’il a peur du noir mais parce que le noir a peur de lui.
      Le Big Bang était la première éjaculation de Macron.
      Macron était le seul trader a la banque du sperme.

      • ETTORE ETTORE 10 septembre 18:34

        Pour un individu venu de nulle part, intérimaire jetable, qui seras lourdé au plus vite....Il est très important de créer son tapis de sol, histoire de profiter de la douceur de l’histoire que l’on n’as n’y écrite, n’y faite.

        Surtout, surtout, quand on sait que la sienne, est l’histoire la plus catastrophique pour le peuple depuis la dernière guerre.

        Alors je ne sais pas si d’autres comme lui, auront « la fièvre léchouilleuse des commémorations » , mais je crains que la pancarte « canipark » n’attire sur son nom, que ce qui as encore trois pattes..... pour se tenir debout !


        • Jean Keim Jean Keim 11 septembre 07:39

          Pratiquement tous les pays se définissent comme une république, ils ont raison mais ne présume en rien de leurs agissements, dans une république les dirigeants sont élus, la question à se poser pays par pays est comment.

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