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Alexandre Mirlicourtois et cette Espagne « contrainte de laisser partir sa jeunesse, faute de lui assurer un avenir »

Toujours à la date du 12 mai 2014, Alexandre Mirlicourtois publie lui aussi une vidéo qui, d’une certaine façon, sonne l’alarme pour les peuples européens passés sous la botte allemande : « Espagne : reprise sur les ruines de l‘austérité  ».

Rappelons que le 3 octobre 2013, il nous avait laissé sur cette phrase :
« L’Espagne, c’est un rétablissement spectaculaire de la compétitivité. Mais un retour à la croissance qui se paie socialement au prix fort. »
…nous laissant sur cette constatation que nous pouvions faire qu’en l’occurrence, il ne nous donnait aucune indication sur le « prix fort » en question… Nous y voici.

Du côté positif, nous retrouvons, tour à tour…
1° « La hausse de 0,4% du PIB au 1er trimestre [2014, qui] consolide le redressement entraperçu depuis cet automne. Trois trimestres de hausse consécutive, du jamais vu depuis 2007, avant la grande récession. »
2° « Les taux d’intérêt pour le financement de la dette [qui] sont tombés à 3,31% en mars, un niveau inconnu depuis début 2006, bien avant la crise. Les marchés financiers sont donc au diapason. »
3° « Le retour fulgurant des excédents courants. Parti d’un déficit abyssal de 105 milliards en 2007, la balance courante est aujourd’hui excédentaire de 8 milliards d’euros environ, un tour de force réussi grâce à l’amélioration spectaculaire de la balance commerciale. »
Or, et c’est le quatrième sujet de satisfaction…
« Le retour des excédents consacre aussi le boom des exportations. Des exportations record en hausse de 23% depuis leur dernier point haut. »

Et maintenant… le « prix fort »… En effet, poursuit Alexandre Mirlicourtois
« Ce retour gagnant n’aurait pu se faire sans une compétitivité retrouvée grâce à la modération salariale et une productivité record. Mais une productivité obtenue par le bas, par une purge massive sur l’emploi. »

« Modération salariale », « purge massive sur l’emploi »… Les exploité(e)s sont servi(e)s… Et qui trouverait à s’en plaindre ? N’est-ce pas là une fatalité ? Mieux : n’est-ce pas là la rançon nécessaire à la bonne marche du système capitaliste ? N’offre-t-on pas, à celles et ceux qui ne sont pas content(e)s de l’évolution pourtant très naturelle que voici, la liberté de faire leur baluchon et d’aller essayer leurs capacités productives dans ce qui constitue le top de cette Europe à laquelle nous appartenons toutes et tous sur ce continent décidément chanceux… On ne leur demande pas, comme on aurait pu très bien le faire il n’y a pas si longtemps, d’aller se risquer en Afrique, en Asie ou en Amérique… Même si certains jeunes Espagnols font le choix du grand large (Amérique latine), quand les jeunes Grecs vont ailleurs (Australie), la Terre promise est à deux pas : et il paraît que les jeunes Européens y vont déjà en masse (vers l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas) !…

En tout cas, voici ce que, pour sa part, Alexandre Mirlicourtois a pu constater dans le cas de l’économie espagnole :
« Trois chiffres résument la situation. Les deux premiers sont sur le marché du travail. D’un côté, le nombre de chômeurs est en hausse jusqu’à dépasser le plafond des 6 millions de personnes début 2013, a diminué ensuite en tendance même si le mouvement perd de sa force en fin de période. »

Le graphique souligne parfaitement le caractère éruptif de la montée en température des classes laborieuses concernées !…

Or, il y a déjà, là, un effet de soupape… qui ne peut se révéler qu’à quelqu’un d’aussi attentif qu’Alexandre Mirlicourtois. C’est que nous sommes devant une cocotte-minute qui, sans nous le dire, a laissé filer une bonne dose de vapeur… Dans cette vapeur, il y avait une partie de l’avenir de l’Espagne… Nous allons voir laquelle…
« Un mouvement de repli qui ne se voit pas dans l’évolution du taux de chômage bloqué à 26% de la population active. Pourquoi une telle divergence ? Tout simplement parce que la population active diminue encore plus vite : le nombre d’actifs au 1er trimestre est descendu à 22,9 millions de personnes, c’est près de 190 000 de moins qu’en T4 2013 [= quatrième trimestre de 2013], une saignée d’environ 425 000 personnes sur un an. »

Staline serait-il passé par là ?… Non… Mais, alors…
« Pourquoi ce revirement ? Parce qu’en peu de temps, l’Espagne, autrefois terre d’immigration capable d’attirer les jeunes talents, est devenue une terre d’émigration contrainte de laisser partir sa jeunesse, faute de lui assurer un avenir. Et le bilan est bien là : la population espagnole diminue avec plus de 400.000 habitants de moins en 2 ans seulement. »

Voilà pourquoi la cocotte-minute du chômage n’a pas explosé comme elle aurait pu le faire… C’est, pour l’essentiel, la jeunesse diplômée espagnole qui est partie tenter l’aventure sous des cieux capitalistes plus cléments… Mais laissons à Alexandre Mirlicourtois cette longue et redoutable conclusion :
« Car si l’Espagne fait un retour triomphal à l’extérieur de ses frontières, c’est au prix d’un sabordage de son offre et de sa demande interne à grand coup de purges budgétaires, de tours de vis fiscaux et d’un sous-investissement chronique. Bilan, c’est un champ de ruines et l’assiette fiscale s’est réduite comme peau de chagrin, aggravant les problèmes de déficit public et de dérive de la dette publique en route pour les 100%. »

NB. Cet article est le quatre-vingt-cinquième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


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4 réactions à cet article    


  • Decouz 19 juin 18:10

    Il y a d’énormes disparités entre les régions espagnoles...et des rivalités, au point qu’il y a une demande croissante de recentralisation du pouvoir.

    https://lilianeheldkhawam.com/2018/08/30/espagne-des-inegalites-economiques-au-coeur-de-limbroglio-regional-nicolas-klein/


    • V_Parlier V_Parlier 20 juin 00:34

      Bref, l’histoire d’un membre de l’UE un tout petit peu plus « avancé » que la France...


      • hugo BOTOPO 27 juin 14:59

        L’Espagne se rétablit sur le dos des Espagnols les plus faibles :

        Rétablir les comptes extérieurs avec une purge exportatrice de ses enfants les mieux formés, quel sacrifice suicidaire !

        Les dépenses publiques de l’État et des collectivités territoriales, en y incluant les dépenses sociales, familiales, médicales, éducatives... s’élèvent à 200/250 000 €/jeune entre sa conception et son entrée effective sur le marché du travail (l’écart dépend du niveau de formation professionnelle) selon les coûts pour la France et l’Allemagne. Pour l’Espagne, les coûts sont plus faibles, environ 150 000€/jeune.

        Au vu du nombre d’expatrié offrant leurs capacités de travail (et leur formation) en Allemagne et ailleurs. Avec seulement 200 000 émigrants chaque année, c’est une perte de « dépenses publiques » de 30 Md€/an, à la charge des Espagnols et au bénéfice des pays d’accueil, Allemagne en tête qui fustige la mauvaise gestion de ce pays du club Med, tout en profitant cyniquement des dépenses « d’élevage des futurs émigrés » !!

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