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Amazon, par l’aide publique alléché...

Succès pour Montebourg, mais menaces pour le livre...

___"Défendre la librairie indépendante est plus qu’un choix de société, c’est un choix de civilisation. Il s’agit de choisir entre l’âme et le commerce, entre l’intelligence et la vacuité, entre la pensée et les marchands du Temple." (Vincent Monadé)
_____________________
 
 ___ Amazon vend de tout, même des livres.
Beaucoup de livres. Toujours plus de livres.
La firme américaine grignote rapidement des parts de marchés de plus en plus importantes au quatre coins du monde.
Commode Amazon ! A domicile, vous pouvez commander ce que vous voulez, le dernier ouvrage paru, et télécharger à la vitesse de la lumière sur votre Kindle l'ouvrage ou le journal qui vous intéresse. C'est pratique et avantageux (pour l'instant), mais c'est à double tranchant.
Un vrai service dans la durée ou un piège ?
__A vrai dire, la firme de Seattle n'est pas une oeuvre caritative, ni un service public, ni particulièrement soucieuse de culture, ni vraiment exemplaire. 
Pourquoi son siège européen est-il fixé au Luxembourg ? Bonne question...
 _Même si sa marge est pour l'instant réduite au regard de ses investissements, on peut voir la firme comme un prédateur rampant, qui commence à déstabiliser l'industrie du livre et qui risque de se trouver en situation de monopole ou de quasi monopole, finissant par dicter sa loi aux éditeurs, peser sur les ventes et orienter le choix des lecteurs. Logique marchande imparable...
Mais le livre est-il une marchandise comme une autre ?
Amazon avance ses pions, sans se presser, tendu vers un avenir sans doute prometteur.
On parlait de risque de googelisation. Faut-il évoquer le danger d'amazonisation ?
 
JPEG______________Arnaud Montebourg est satisfait dans sa nouvelle fonction et de cette aubaine régionale en termes d'emplois :" L’implantation de cette plate-forme logistique de 40 000 m2 doit permettre la création de 500 à 1000 emplois dans la région, dont 400 contrats à durée déterminée maximum et 600 emplois d'intérimaires."
Mais ce n'est pas gratuit : " Le montant de l'aide publique versée pour chaque emploi créé sera d'environ 20 000 euros. « Aujourd’hui la Saône-et-Loire conforte son industrie et investi aussi dans l’économie de loisirs et la culture. Après la tempête voici le printemps et le renouveau, » a déclaré le ministre du redressement productif.
 Vraiment productif à long terme, sans compter les cadeaux ?...
 
_" Le développement croissant des activités d’Amazon en France n’augure rien de bon pour l’emploi et « la culture », chers à Arnaud Montebourg. Car, derrière les emplois créés par Amazon qui, rappelons-le, bénéficiera d’aides publiques en échange de sa bienveillance, il y a la face cachée. Celle d’une entreprise que rien n’arrête dans sa course à l’hégémonie.... son activité principale demeure la vente de livres en ligne. Et à ce jeu là, Amazon écrase tout sur son passage. Aux Etats-Unis, où le premier site est mis en ligne en 1995, les acteurs de l’industrie du livre savent de quoi il retourne. A titre d’exemple, la grande chaîne américaine Borders a fermé plus de 200 grandes surfaces en 2010 avant de faire faillite. En France, c’est la librairie en ligne française Bibliosurf qui a jeté l’éponge, cinq ans après son lancement, fin 2011. En cause : les prix pratiqués par Amazon.
Désormais, ce sont les libraires qui se sentent menacés. Ce sentiment tient à un constat simple : les librairies en ligne se sont emparées de plus de 11 % du marché du livre français en 2010 et s'imposent de plus en plus dans le circuit de l'occasion ; or les professionnels considèrent qu'Amazon totalise 80% au moins du chiffre d'affaires de la vente en ligne. En intégrant les frais de livraison dans le prix de vente et en proposant à ses clients systématiquement des livres d'occasion à prix cassés Amazon pratique selon eux une concurrence déloyale. Beaucoup de librairies ont ainsi dû mettre la clé sous la porte ces dernières années, comme le laisse entendre Vincent Monadé, président du MOTif, dans une tribune publiée en 2011, intitulée « Amazon m’a tuer »
 Il y aurait danger à ce que les librairies disparaissent les unes après les autres de nos villes car, en effet, celles-ci sont indispensables à la diffusion du livre et participent à faire découvrir de nouveaux auteurs ainsi qu'une littérature exigeante, soigneusement selectionnée par les libraires eux-mêmes."
 
JPEG___Heureusement, pour l'instant, Amazon se plie au prix fixé par l'éditeur, même pour son Kindle, au prix garanti, évitant une concurrence sauvage. Il n'a d'ailleurs pas le choix. Le vrai livre résiste encore. Mais pour combien de temps, surtout quand on connaît la fragilité du marché du livre, si particulier, et les tentations locales d'aider à tous prix les entreprises qui promettent beaucoup sans toujours respecter leur contrat ?
Amazon pourrait bouleverser l'édition et lui dicter sa loi.
 Créer  1000 emplois, c'est bien, mais combien d'autres détruits en contre-partie ?
 
_Toujours revient, en logique néo-libérale, le problème de la faiblesse des politiques face aux pouvoirs exorbitants de groupes financiers, aux dépens de l'intérêt général à long terme.

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11 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 11 août 2012 14:20

    Salut Zen !
    la création de 500 à 1000 emplois dans la région, dont 400 contrats à durée déterminée maximum et 600 emplois d’intérimaires.
    " Le montant de l’aide publique versée pour chaque emploi créé sera d’environ 20 000 euros. « 
    les bénéfices iront .... au Luxembourg !

    C’est le ministre du redressement (in)productif !


    • al.terre.natif 13 août 2012 09:00

      je comprend pas, on parle de créer des emplois ? ou des emplois précaires .... ?

      1000 emplois qui au bout de 1 an sont caduques, je ne penses pas que ca vaille 20 000 € PAR emploi ... C’est juste débile, agir comme si on avait tout ce fric, alors qu’on l’emprunte. Quel est le cout réel de ce cadeau, intérêts compris ???


    • paul 11 août 2012 18:21

      Qui ne connait pas encore les pratiques de ces multinationales sans foi ni loi, et surtout sans territoire , Montebourg peut être ?
      Amusant, quand on sait que le ministre a été en 2000 le rapporteur d’une étude sur l’évasion fiscale .
      Amusant quand on sait qu’Amazon a été l’une des principales cibles d’un rapport sévère du Sénat en 2010, et l’objet d’une enquête du fisc en février dernier .

      En France, le groupe bénéficie d’un impôt allégé au taux de 21,8 % ( + « optimisations fiscales » ), au lieu de 33,3 % pour les nationaux . Pour eBay et Apple domiciliés au Luxembourg : même recette ...fiscale .Google et Facebook préfèrent l’Irlande .
      Des emplois créés sur fonds publics ( 20.000 euros l’un ), beaucoup d’autres supprimés comme à la Fnac .Quant aux bénéfices, ils sont ...évadés de France ou d’Angleterre où le monstre tentaculaire de la vente en ligne a les mêmes pratiques, mais là bas au moins, c’est le modèle économique cher à Cameron .

      Le distingué ministre du redressement productif est également membre des Young leaders,issus de la French American Fondation : après Juppé, Pécresse, Wauquiez,NKM,Bougrab, le changement c’est Hollande,Moscovici,Touraine,Najat V-B,et donc Montebourg . Ce puissant réseau , financé entre autres par la banque Lazard , a pour but de développer des liens entre les élites des deux cotés de l’Atlantique : on ne peut s’attendre qu’au meilleur pour l’avenir économique issu de ces grands cerveaux !
      L


      • amipb amipb 11 août 2012 18:22

        C’est évidemment une honte, mais vient également d’autres causes :
        1) Les français lisent de moins en moins. Pour avoir essayé de vendre des centaines de livres lors d’une brocante, je peux vous dire que, même en bradant, la vente a été difficile. Les livres neufs ou récents n’ont d’ailleurs pas forcément plus de succès que les autres. Les gens semblent désormais préférer passer leur temps à se divertir sur leurs smartphones ou devant leur télévision que de faire travailler leur matière grise devant un livre ;
        2) La FNAC a fait également un gros travail pour récupérer, dans les grandes agglomérations, la vente des livres, en créant des labels (les fameux « coup de cœur ») et en agrémentant la présentation. Cette politique agressive a déjà valu la fermeture d’un grand nombre de librairies. Et, désormais, même les FNAC se vident de leurs livres et ne vendent quasiment plus que des « best sellers ».

        Le livre est devenu anecdotique dans notre société où la vitesse doit l’emporter sur la qualité, où chaque moment doit être « exploité » à son maximum en faisant le plus grand nombre de choses possibles.

        Et après, chacun s’étonne de la grande dispersion de nos enfants, de leur concentration défaillante, et du stress qui envahit une société qui semble chaque jour un peu plus décervelée et égoïste.

        Lire un livre est donc bien devenu un acte de résistance, un acte subversif.


        • paul 13 août 2012 11:33

          Bien d’accord avec votre dernière phrase amiph .

          Mais la crise du livre est d’abord celle de l’écrit, du papier, concurrencés par les supports numériques . Cet article avec l’affaire Amazon porte d’avantage sur la récupération marchande par un groupe transnational de cette mutation, que sur la baisse de la diffusion du livre .



          • GoustiFruit 11 août 2012 21:08

            Vous vous contredisez un brin dans cet article :

            « Mais le livre est-il une marchandise comme une autre ? »

            -> Si j’ai bien compris, vous sous-entendez que non ?

            « on peut voir la firme comme un prédateur rampant, qui commence à déstabiliser l’industrie du livre »

            -> Donc selon vous il y a une *industrie du livre* !?

            Alors vous ne pouvez pas vous plaindre que dans le milieu de *l’industrie du livre* de nouveaux acteurs viennent bouleverser le paysage, c’est la loi du capitalisme.

            Par contre ne confondez pas tout, ce n’est pas une soit disant logique néo-libérale qui va causer la mort des libraires, c’est seulement l’évolution de la technologie ! Vous avez remarqué qu’il y a de moins de moins de scribes depuis l’invention de l’impression ? Mon dieu, encore un coup des néo-libéraux !


            • ZEN ZEN 12 août 2012 09:08

              GoustiFruit
              Bonjour
              Vous vous contrediez..
              .(sic) ?
              Pas vraiment, si l’on prend industrie dans son sens le plus ancien et le plus général
              L’édition du livre est bien une production, mais d’un type particulier, où les biens, culturels, relèvent de la créativité des auteurs, parfois déjà bridée par certains éditeurs. Que serait-ce alors si un ou deux groupes imposaient leur lois sur un marché si sensible, où la rentabilité et la marge financière ne peuvent pas être des critères décisifs, sous peine de dénaturer totalement la nature des oeuvres ?
              D’autre part, il semble que ce soit vous qui confondiez tout : il y a longtemps que l’édition a intégré la numérisation, mais ce qui pose problème à terme (c’est l’objet de l’article), c’est la diffusion, la vente en ligne à prix réduits, vu le mode de diffusion, et les incroyables faveurs fiscales et les aides publiques dont bénéficie le groupe américain.
              Pour l’instant, les éditeurs restent en partie maîtres du jeu, mais qui,peut garantir que le rapport de force ne va pas s’inverser, comme dans certains pays ?
              Je possède un Kindle, je suis assez satisfait de pouvoir emporter en voyage les oeuvres de Tacite, tout Maupassant, Freud, etc...pour quelques euros et dans un volume réduit. De même, j’apprécie, j’avoue, de recevoir à la maison un ouvrage récent au lieu de me déplacer dans la ville voisine. Mais le libraire de cette agglomération, toujours de bon conseil, vient de fermer. Il restait le seul dans une ville de 30000 habitants. Ce n’est pas le vendeur de Carrefour ou d’ Intermarché qui va orienter les lecteurs vers des lectures pertinentes..
              Non, ce n’était pas mieux avant, mais cela risque d’être pire après....


            • voxagora voxagora 12 août 2012 06:43

              « Les librairies en lignes se sont EMPAREES de 11% du marché »

              Mais savez-vous combien de français N’ONT PAS ACCES aux librairies ?
              .

              • alinea Alinea 12 août 2012 13:57

                Voxagora : pour la première fois ( et la dernière), grâce à vous, j’ai fait faire une commande sur Amazon : il s’agit des lettres d’une mère à ses filles.
                Avant de me le vanter, j’espère que vous l’aviez lu ; alors je vous pardonne, mais si ce n’est pas le cas, inutile de vous ruiner !
                c’est vrai que tous les gens qui vivent loin des villes ont rarement l’occasion d’y aller traîner dans les librairies.
                pour ma part, je me fais rapporter mes livres ( achetés, prêtés ou offerts) par des citadins !
                Toute expérience est bonne !


              • voxagora voxagora 13 août 2012 10:37

                Il me semble avoir donné une référence, et non pas vanté un livre.
                Sinon, chacun fait ce qu’il peut et bricole avec ses moyens.

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