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Appel du Dalaï Lama pour la paix en Ukraine et lettre aux candidats à la présidentielle sur le Tibet

Le 28 février 2022, le Dalaï Lama a déclaré être profondément attristé par le conflit en Ukraine, ajoutant :

« Notre monde est devenu si interdépendant qu'un conflit violent entre deux pays a inévitablement un impact sur le reste du monde. La guerre est dépassée – la non-violence est le seul moyen. Nous devons développer un sens d'unité de l'humanité en considérant les autres êtres humains comme nos frères et sœurs. C'est ainsi que nous construirons un monde plus pacifique.

 Les problèmes et les désaccords sont mieux résolus par le dialogue. La véritable paix s'obtient par la compréhension mutuelle et le respect du bien-être de l'autre.

 Il ne faut pas perdre espoir. Le XXe siècle a été un siècle de guerres et d'effusions de sang. Le XXIe siècle doit être un siècle de dialogue ».

Le parallèle entre l’invasion de l’Ukraine par la Russie et celle du Tibet par la Chine en 1950 nous amène à publier la lettre que nous adressons aux candidats à l'élection présidentielle de 2022 demandant d'agir pour le dialogue entre le Tibet et la Chine. Nous commençons à recevoir des réponses, et espérons que les candidats qui n'ont pas encore répondu à notre lettre le feront bientôt.

 

Lettre aux candidats à l'élection présidentielle de 2022 sur l'occupation du Tibet par la Chine. 

 

La lutte, toujours en cours, du Dalaï Lama pour trouver une solution négociée à l'occupation illégale du Tibet, débutée en 1951, symbolise une persévérance rare dans la non-violence. L'histoire récente suggère que la communauté internationale et la France devraient soutenir davantage cette quête non-violente d'une solution négociée à ce conflit.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le monde est en effet confronté à la montée du terrorisme qui nous entraîne dans un piège, un engrenage où la violence répond à la violence, une spirale qui dure depuis 20 ans et mène à de nombreuses morts et une souffrance exacerbée par l'absence de solution.

Promouvoir la non-violence pourrait nous aider à sortir de cette impasse.

Si dans le passé, des personnalités historiques ont développé des combats non-violents pour lutter contre l'injustice ou contre des crises de société, leurs idéaux semblent oubliés de nos jours. Ainsi, à la fin des années 1910, Gandhi commence un mouvement de non-coopération contre le colonialisme britannique en Inde qui aboutit en 1947 à l'indépendance de l'Inde. Dans les années 1950, Martin Luther King entame un combat contre la ségrégation raciale aux États-Unis qui aboutit au milieu des années 1960. Dans les années 1940, Nelson Mandela rejoint le Congrès national africain et débute un combat non-violent contre l'apartheid. Il est emprisonné en 1962 et ne sortira de prison qu'en 1990, et après la fin de l'apartheid en 1991 débute un processus de réconciliation et de négociation. Il est élu président en 1994 et met en place la réconciliation en Afrique du Sud. Les combats de ces icônes de la non-violence s'inscrivent dans la durée, et marquèrent les esprits en leur temps. De nos jours, la philosophie non-violente semble pourtant être passée de mode, peut-être par manque de succès dans l'actualité.

La résolution du conflit entre la Chine et le Tibet pourrait faire école et aider à promouvoir la non-violence. 

Depuis son exil en 1959, malgré ses demandes répétées, le Dalaï Lama n'a jamais pu rencontrer les dirigeants chinois qui semblent se méfier de lui. Pourtant, depuis la fin des années 1970, il ne demande plus qu'une autonomie réelle du Tibet à l'intérieur de la Chine, en dépit de l'indépendance historique du Tibet, mais appelle inlassablement à négocier avec les dirigeants Chinois. Le récent ouvrage du juriste international Michael van Walt "Tibet Brief 20/20" ("Tibet au clair") démontre non seulement que le Tibet a été indépendant jusqu'en 1951, mais aussi qu'il est occupé illégalement par la Chine depuis lors. Ce constat est le résultat d'une étude avec des universitaires du monde entier. L'ouvrage démontre notamment l'invalidité de l'accord en 17 points, et donc la nécessité d'une nouvelle négociation entre les représentants du Tibet en exil et la Chine pour définir un statut du Tibet acceptable par les deux parties.

L'ouvrage du Dr. Michael van Walt identifie l'un des principaux obstacles à la réalisation d'une solution négociée entre le Tibet et la Chine : il s'agit de l'histoire du statut du Tibet, souvent placé au centre du conflit par la Chine.

La Chine revendique depuis des années la légitimité à gouverner le Tibet en affirmant que le Tibet a toujours fait partie de la Chine depuis l'antiquité et exige du Dalaï Lama qu'il déclare que le Tibet a toujours fait partie de la Chine comme condition préalable aux négociations et discussions de fond. Pourtant, le discours chinois sur l'intégration du Tibet à la Chine depuis la dynastie Yuan (1271–1368) et la dynastie Qing (1644-1912) est une falsification de l'histoire.

Qualifiant la domination chinoise du Tibet d'illégale en vertu du droit international, le Dr. Michael van Walt a expliqué qu'aucun pays ne peut acquérir la souveraineté sur un territoire par le biais d'une agression, ce qui signifie que légalement le Tibet ne fait pas partie de la Chine aujourd'hui, mais est un État occupé. Il déclare : « En vertu du droit international, il n'y a aucune légitimité à la domination chinoise sur le Tibet et les dirigeants chinois en sont conscients. C'est pourquoi ils veulent que le Dalaï Lama déclare que le Tibet a toujours fait partie de la Chine. Une telle déclaration du Dalaï Lama légitimerait le récit historique de la Chine qui s'attribue une légitimité. C'est aussi la raison pour laquelle la Chine fait pression sur d'autres gouvernements pour qu'ils fassent des déclarations reconnaissant le Tibet comme faisant partie de la Chine, car cela crée également un sentiment de légitimité. Cependant, cela ne peut créer de légitimité car la France ne peut pas donner de légitimité à la Chine. Le droit international interdit de reconnaître les annexions par l'usage de la force. La légitimité doit venir des Tibétains eux-mêmes. C'est pourquoi la Chine doit négocier avec les Tibétains pour gagner en légitimité ».

Certains indices laissent penser que les autorités chinoises attendent la disparition du Dalaï Lama, afin de désigner un successeur dont elles pourraient obtenir une déclaration légitimant leur occupation du Tibet. Si un tel projet existe, il nous semble cependant irréaliste, car contestable. Cela révèle surtout le manque de confiance que les autorités chinoises accordent au Dalaï Lama, alors qu'il déclare vouloir trouver par une solution négociée, une réelle autonomie du Tibet respectant le cadre de la constitution chinoise.

Pourquoi la France doit-elle se préoccuper de ce problème ?

Lorsque cette longue quête pour une solution négociée entre le Tibet et la Chine aboutira, ce serait une formidable promotion de la non-violence qui pourrait faire école dans d'autres conflits.

Selon le Dr. Michael van Walt, l'État français, comme tous autres États, a obligation d'aider à mettre fin à l'occupation illégale et la colonisation du Tibet par la Chine. En effet, soutenir la Chine et ces revendications au Tibet remet en cause les principes fondamentaux de l'état de droit et de l'ordre international.

De plus, le Dalaï Lama a exprimé, notamment dans des ouvrages récents, sa très forte préoccupation sur l'accélération du réchauffement climatique au niveau mondial. L'exploitation minière du Tibet en parallèle de la sédentarisation forcée des nomades sont des facteurs qui risquent de fragiliser l'environnement sur le plateau himalayen. Les conséquences de ces modifications des paysages combinées aux effets du réchauffement climatique risquent d'être désastreuses pour les fleuves d'Asie qui prennent tous leurs sources au Tibet. Ainsi, c'est l'ensemble des pays d'Asie, y compris l'Inde, la Chine, mais aussi le Vietnam, le Laos qui seront affectés. Aussi, la possibilité d'une résolution de la question du Tibet ne sera pas seulement importante pour la survie du Tibet, mais pour celle de tous les pays d'Asie, Chine comprise, qui dépendent de la pérennité des fleuves himalayens.

En outre, la résolution de la question tibétaine entraînera le retour du Dalaï Lama au Tibet et très vraisemblablement d'une très grande partie de la diaspora tibétaine qui s'est exilée principalement en Inde, mais aussi en Amérique du Nord et en Europe.

Dans le cadre de la campagne électorale des présidentielles de 2022, nous nous adressons à tous les candidats, et leur demandons d'agir pour qu'une rencontre entre le Dalaï Lama et Xi Jinping ou entre leurs représentants puisse avoir lieu. Plusieurs options peuvent être envisagées : (1) exhorter l'ONU et son secrétaire général à organiser une rencontre des représentants chinois et tibétains en exil, en espérant qu'aucun pays n'y opposera son véto, (2) organiser une rencontre sous l'égide de la France et d'autres pays de l'union européenne dans le cadre de l’Union européenne, (3) reconnaître le gouvernement tibétain en exil comme légitime représentant du peuple tibétain comme proposé par une résolution du Parlement européen en 2000 en absence d'accord sur un nouveau statut pour le Tibet. Nous souhaiterions savoir si vous pourriez vous engager à effectuer de telles démarches lors de votre éventuel mandat en tant que président de la République française.

Dans l'attente de votre réponse, nous vous prions de croire en l'expression de notre considération la plus respectueuse.

Association Tibet Libre

 


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5 réactions à cet article    


  • Louis Louis 3 mars 09:31

    OOOOMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMM


    • Séraphin Lampion Kaa 3 mars 09:38

      Les Burgondes sont solidaires !


      • roman_garev 3 mars 09:38

        « Le parallèle entre l’invasion de l’Ukraine par la Russie et celle du Tibet par la Chine en 1950 nous amène à... »

        Delirium. Il n’y a aucun parallèle.

        Est-ce que le Tibet exécutait le génocide d’une partie de sa population, comme l’Ukraine nazie le fait (et pas « faisait » !) depuis 2014 au Donbass ?


        • Gégène Gégène 3 mars 17:31

          si au moins il arrivait à pied par la Chine . . .

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