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Accueil du site > Tribune Libre > Aujourd’hui Friedrich Engels a deux cents ans

Aujourd’hui Friedrich Engels a deux cents ans

Sans F. Engels, Marx n'aurait probablement jamais pu surmonter tous les obstacles qui se dressaient sur son chemin et mener jusqu'à son terme sa tâche prométhéenne de révolutionnaire. Leur amitié était exemplaire. De « La sainte famille » au « Manifeste du Parti communiste » en passant par « l'Idéologie allemande » et une abondante et riche correspondance, les deux hommes ont travaillé en étroite collaboration sans jamais se soucier le moins du monde de leur amour-propre. Détesté par les gouvernements réactionnaires d'Allemagne, de France et de Belgique, Marx a trouvé refuge à Londres où il a vécu dans des conditions matérielles extrêmement difficiles jusqu'à la fin de ses jours. « Il m'est extrêmement difficile, écrivait-il à Engels, de t'entretenir une fois de plus de ma misère, mais que faire ? » (1) . Sans l'aide matérielle régulière d'Engels, Marx n'aurait jamais pu écrire le Capital. Et lorsqu'il a terminé le Livre I, Marx s'est empressé à remercier son ami : « Voilà donc ce volume terminé. Si cela a été possible, c'est à toi seul que je le dois ! Sans ton dévouement pour moi, il m'aurait été impossible de faire des travaux énormes que demandent les trois volumes » (2) . Ajoutons que c'est Engels qui rédigea le Livre II du Capital (1885) et le livre III (1894) à partir des manuscrits laissés inachevés par Marx. Il n'a pas eu le temps de préparer le livre IV.

Par ces temps obscurs, il est utile d'évoquer même très brièvement la vie et les activités de ce grand révolutionnaire et guide spirituel du mouvement ouvrier. La lecture ou la relecture des œuvres d'Engels comme de celles de son ami sont indispensables pour toutes celles et ceux qui veulent comprendre et surtout changer ce monde laid dans lequel nous vivons.

 

Engels est né le 28 novembre 1820 à Barmen dans le Royaume de Prusse dans une famille conservatrice et orthodoxe. Son père était un riche industriel du textile. A l'âge de dix-huit ans, pour des raisons familiales, Engels abandonna ses études et s'installa comme apprenti au comptoir de commerce à Brême. D'octobre 1841 à octobre 1842, Engels effectua son service militaire dans l'artillerie et portera durant toute sa vie un intérêt particulier à la science militaire pensant que c'était une nécessité pratique dans les conflits révolutionnaires.

 

Il se rendra par la suite à Manchester pour travailler comme employé dans la filature Ermen & Engels dont le père était actionnaire. L'industrie britannique, plus avancée que dans le reste de l'Europe, produisait déjà des bouleversements économiques et sociaux d'une grande importance. La structure de classes de la société anglaise était beaucoup plus évidente qu'en Allemagne ou en France par exemple. Le développement accéléré de l'industrie britannique et les ravages qu'il produisait sur les ouvriers ont appris à Engels que les faits économiques, souvent négligés par les historiens, constituent des éléments décisifs dans la compréhension des sociétés modernes.

Le Lancashire et notamment Manchester étaient le centre de l'industrie de l'empire britannique. Engels ne se contentait pas seulement de son travail d'employé dans un bureau, il parcourait tous les quartiers ouvriers misérables. « La ville elle-même est construite d'une façon si particulière qu'on peut y habiter des années sans jamais entrevoir un quartier ouvrier ni même rencontrer d'ouvriers, si l'on se borne à vaquer à ses affaires ou à se promener » (3) .

Il étudia en profondeur la situation faite aux prolétaires avant de publier en 1845 « La Situation de la classe laborieuse en Angleterre ». Engels non seulement a décrit la détresse et la souffrance des prolétaires avec une minutie et une rigueur dont lui seul est capable, mais il a surtout annoncé que la misère dans laquelle se trouvait cette classe, la pousserait inévitablement à lutter pour révolutionner de fond en comble sa situation matérielle et morale et pour son émancipation définitive. Le livre d'Engels constitue un véritable réquisitoire contre la bourgeoisie anglaise : « Je n'ai jamais vu une classe si profondément immorale, si incurablement pourrie et inté­rieu­rement rongée d'égoïsme, si incapable du moindre progrès que la bourgeoisie anglaise » (4) .

De 1845 à 1847, Engels et Marx ont collaboré avec la Ligue des communistes qui leur demanda de rédiger les principes essentiels du communisme. De cette exigence de la Ligue est né le célèbre « Manifeste du Parti communiste », œuvre universelle qui a résisté à l'épreuve du temps. Les idées exprimées dans ce petit livre n'ont jamais été aussi vivantes et aussi actuelles qu'aujourd'hui. 

 

En 1848, l'Europe est submergée par une vague révolutionnaire. Engels participa activement à cette insurrection armée des peuples. Après l'écrasement de ce soulèvement, Engels se réfugia en Suisse avant de regagner Londres.

 

Pour pouvoir aider financièrement Marx et sa famille installés également dans la capitale britannique, Engels retourna travailler avec son père à Manchester jusqu'en 1870. Durant cette période, les deux hommes correspondaient et échangeaient d'une manière intense leurs réflexions et leurs connaissances et continuaient à construire le socialisme scientifique.

 

Pour s'emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s'organiser au niveau planétaire. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'appel de Marx et d'Engels à l'union de tous les travailleurs : « PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! ». Le 28 septembre 1864 Marx et Engels ont participé activement à la création de l'Association internationale des travailleurs (AIT) au cours d'un grand meeting ouvrier à Saint-Martin's Hall de Londres. L'Association a joué un rôle essentiel dans la solidarité et le développement de la classe ouvrière .

 

En 1870, Engels rejoignit Marx à Londres. Les deux amis poursuivirent leurs activités intellectuelles et pratiques toujours au service de la classe laborieuse. Membre du Conseil général de l'Association internationale des travailleurs, Engels organisa, entre autres, l'aide apportée aux communards exilés à Londres après la défaite de la Commune en 1871.

 Marx écrivit, en parallèle de ses activités militantes, « Le Capital » et Engels toute une série de travaux comme « L'Anti-Dühring », « L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat », « Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande » ou encore des articles sur la question du logement pour ne citer que ces quelques ouvrages.

 

Le 14 mars 1983, Marx, le grand Karl Marx a cessé de vivre. Sur la tombe de son ami, Engels prononça sobrement en anglais ces quelques mots « Le 14 mars, le plus grand des penseurs vivants a cessé de penser. (...)Marx était avant tout un révolutionnaire.(...) La lutte était son élément. Et il a lutté avec une passion, une opiniâtreté et un succès rares.(...) Il est mort, vénéré, aimé et pleuré par des millions de militants révolutionnaires du monde entier, dispersés à travers l'Europe, et l'Amérique, depuis les mines de la Sibérie jusqu'en Californie » (5) .

 

Après la mort de Marx, Engels poursuivra seul le combat pour l'émancipation du prolétariat moderne.

 

En1872/1873 la première Internationale a cessé d'exister après l'écrasement de la Commune. Le 14 juillet 1889, un siècle donc après la grande révolution française, les partis socialistes européens se sont réunis à Paris à l'initiative d'Engels pour le congrès fondateur de la deuxième Internationale, dite Internationale socialiste. Dans la salle, une grande banderole surplombe la tribune : « PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! ».

 

Dans cette nouvelle Internationale, les idées révolutionnaires de Marx et d'Engels sont majoritaires.

A la fin du congrès, une immense couronne d'immortelles a été déposée au mur des Fédérés à la mémoire des martyrs de la Commune.

 

Au crépuscule de sa vie, Engels restait encore celui auprès de qui les ouvriers du monde entier venaient chercher conseil : « (... ) ils puisaient tous au riche trésor des lumières et de l'expérience du vieil Engels » (6) .

 

Friedrich Engels s'est éteint à Londres le 5 août 1895. Sa mémoire est conservée jalousement dans le cœur des millions de révolutionnaires à travers le monde.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Lettre de Marx à Engels, 18 juin 1862 cité in K Marx, sociologie critique. M Rubel, page 119.

(2) Le Capital, livre I, page 7. Éditions du Progrès.

(3) F Engels « La Situation de la classe laborieuse en Angleterre »

(4) https://www.persee.fr/docAsPDF/genes_1155-3219_1996_num_22_1_1367.pdf

 

Voir également : https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_pref.htm

 

(4) https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_11.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/03/fe18830317.htm

(6) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1895/00/fe.html

 


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11 réactions à cet article    


  • binary 28 novembre 2020 11:05

    En géométrie, quand une « révolution » est complète, on se retrouve au point de départ.

    A quoi servent les révolutions, à part aligner les morts ?


    • Francis, agnotologue Francis 28 novembre 2020 11:47

      @binary
       
      « Une révolution est un retour du factice au réel » Victor Hugo
       
      C’est une catastrophe au sens de René Thom : comme un château de cartes qui s’écroule.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 28 novembre 2020 15:51

      @Francis
      *

      “Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable.”

      John Fitzgerald Kennedy - mars 1962


    • Jonas Jonas 28 novembre 2020 13:33

      Le communisme, doctrine politique fondée par Karl Marx et Friedrich Engels, est une idéologie politique totalitaire décrivant la lutte des classes opposant le prolétariat (masse des travailleurs, des ouvriers) à la bourgeoisie dominée par la communauté juive, contrôlant les banques, la presse, les médias, les industries à l’échelle mondiale, cupide, égoïste, dominatrice, avide de puissance et d’argent.
      La révolution de la lutte des classes passe par la mise à bas de cette bourgeoisie juive, afin que le prolétariat puisse prendre le pouvoir et ne soit plus dominé, oppressé par cette tyrannie. Le Juif est l’ennemi à abattre :

      « Cette ordure de correspondant berlinois du Daily Telegraph, est un youpin du nom de Meier, parent du propriétaire de l’affaire, un youpin anglais du nom de Levy. »
      Karl Marx, lettre à Engels, 9 février 1860

      « Le négro-juif Lassalle (...). J’ai maintenant acquis la certitude, comme le prouvent la conformation de son crâne et la pousse de ses cheveux, qu’il descend des nègres qui se joignirent à Moïse lors de la traversée de l’Egypte (à moins que sa mère ou sa grand-mère n’aient eu des relations avec un nègre). Il est certain que ce mélange de Juif et d’Allemand avec la substance de base du nègre devait donner un curieux résultat. L’importunité du camarade est également typique du nègre. »
      Karl Marx, lettre à Engels, 30 juillet 1862

      « Il y a ici [à Ramsgate] beaucoup de juifs et de puces » Karl Marx, lettre à Engels,
      25 août 1879)

      « Le Juif qui n’est, par exemple, que toléré à Vienne préside, par sa puissance d’argent, aux destinées de tout l’Empire. Le Juif, qui peut être dépourvu de droits dans le plus petit État d’Allemagne, décide du sort de l’Europe »
      « Le Juif s’est émancipé d’une manière juive, non seulement en s’étant approprié la puissance de l’argent, mais aussi quand, par lui et sans lui, l’argent est devenu la puissance mondiale et l’esprit pratique juif est devenu l’esprit pratique des peuples chrétiens. »

      « Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L’argent. Eh bien, en s’émancipant du trafic et de l’argent,
      par conséquent du judaïsme réel et pratique, l’époque actuelle s’émanciperait elle-même. Une organisation de la société qui supprimerait les conditions nécessaires du trafic, par suite la possibilité du trafic, rendrait le Juif impossible. La conscience religieuse du Juif s’évanouirait, telle une vapeur insipide, dans l’atmosphère véritable de la société. »

      « Sur la question juive » Karl Marx (1844)

      La pensée progressiste à l’origine de la révolution communiste vient des Lumières, de Rousseau (Le contrat social) entre autres.Pour Marx, fondateur du communisme : « La Révolution française a fait germer des idées qui mènent au-delà des idées de tout l’ancien état du monde. Le mouvement révolutionnaire, qui commença en 1789 au Cercle social, qui, au milieu de sa carrière, eut pour représentants principaux Leclerc et Roux et finit par succomber provisoirement avec la conspiration de Babeuf, avait fait germer l’idée communiste que l’ami de Babeuf, Buonarroti, réintroduisit en France après la révolution de 1830. Cette idée, développée avec conséquence, c’est l’idée du nouvel état du monde ».
      « La Sainte Famille » — Karl Marx, Friedrich Engels (1845)



      • JP94 28 novembre 2020 16:18

        merci pour cette très salutaire évocation.

        hélas, les commentaires émanent d’esprits fachos, anticommunistes incultes et veulent, qui ignorent que même nos têtes pensantes du capitalisme ne s’abaisseraient pas à proférer de telles débilités qui ne font que prouver que l’intelligence est du côté de la Révolution, ce qui s’est prouvé non seulement par le génie de Marx, Engels, Lénine ( qui connaissait toute la science de son temps, et ses écrits sur la physique corroborent à 100% les articles de Niels Bohr ...écrits pour les scientifiques positivistes doutant de ses thèses et ne comprenant pas les conséquences épistémologiques des nouvelles évolutions de la physique.

        je doute fort que nos commentateurs soient de ce calibre...

        puisque je fais des comparaisons entre les niveaux intellectuels des uns et des autres, Engels, à moins de 20 ans, parlait 18 langues couramment, puis il en maîtrisa 24...Marx, et Engels, maîtrisaient excellement aussi les langues anciennes ; grec, latin, et Marx a même eu une formation de mathématicien, mais son objectif n’était pas la carrière...

        comparons aussi le niveau intellectuel qui en résulta dans les pays : le niveau mathématique en URSS, pour tous, et pour leurs mathématiciens et physicien, n’a pas d’égal dans le monde.

        Cuba a le meilleur résultat d’Amérique au PISA, un taux d’échec scolaire de 0%, le meilleur système de santé au monde ( allez donc vous faire soigner aux USA)...

        les résultats sont donc concrets contrairement à toutes les bêtises qu’on lit au-dessus qui me rappellent l’adage de Goebbels « quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver » ou bien cette affiche nazie proclamant : «  das einzige Argument gegen den Sozialismus » avec sur cette affiche : une matraque. c’était un aveu...qui nous rappelle bien sûr les événements actuels et même le gazage sous Hollande, les vrais totalitaires sont ici...


        • JP94 28 novembre 2020 16:19

          @JP94
          veules ( coquille)


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 16:46

          @JP94

          vouais mais ils connaissaient pas tes chevaliers a la triste figure la reponse de Robert du fin fond de Pas de Calais : Ferm et’ gueule tin nez y quere ed’dans .


        • Wald 28 novembre 2020 20:09

          Merci pour l’article, je n’étais pas au courant de cet anniversaire, et il est le bienvenu.


          • CN46400 CN46400 30 novembre 2020 12:00

            On lui doit aussi (Critique du programme d’Erfurt-1892) l’introduction du socialisme (à chacun selon son travail) entre le capitalisme et le communisme (à chacun selon ses besoins) qui suppose la disparition des antagonismes de classe aussi bien que nationaux.

            Du coup Engels est allé plus loin que Marx (disparu en 1883) sur l’après capitalisme...


            • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 12 janvier 10:00

              Je n’ai pas vu passer la publication de cet article. C’est donc tardivement que je réagis. Merci de cette évocation qui met Marx et Engels à leur juste place. D’une certaine façon la bourgeoisie s’est appropriée Marx et Engels en les trahissant. Ils en ont fait des philosophes, des grands penseurs qui trouvent leur place dans les enseignements universitaires. Il est seyant de divulguer des brides de leur pensée dans des ouvrages savants. Ils sont parfois aussi présentés comme de brillants économistes ayant élaboré en la matière des théories que les universitaires comparent avec d’autres qui seraient du même acabit. Ainsi présentés Marx et Engels deviennent des icônes inoffensives. Eh bien non ! Marx et Engels étaient des combattants qui ont d’ailleurs créé l’arme qui pouvait et devait mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce fut la deuxième internationale : le parti mondial de la révolution. Malheureusement, 21 ans après la mort d’Engels, le plus grand parti de cette internationale le SPD (Parti Socialiste d’Allemagne) s’était bureaucratisé. Les dirigeants socialistes du SPD et à leur suite ceux des autres partis de l’internationale se sont reniés et ils ont tous accepté de se ranger derrière leur bourgeoisie pour envoyer les ouvriers de tous les pays s’entretuer dans la boucherie de 1914-18... Nous en sommes encore là et il faut poursuivre ce combat. C’est la seule façon de rendre hommage à Marx et Engels.

              Merci.

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Mohamed Belaali


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