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Avis de mort par bureaucratie

Le décès de Jérôme Laronze, éleveur, symbolise un processus qui a pris le pouvoir sur la vie de la plupart d’entre nous : la soumission de nos vies à la dictature bureaucratique, à l’administration.

En mai 2017 le monde paysan de la Saône-et-Loire fut secoué par la mise à mort d’un éleveur local, Jérôme Laronze, par un gendarme (1). La raison du tir, du point de vue institutionnel, fut que Laronze menaçait de percuter avec sa voiture les gendarmes qui tentaient de l’arrêter. La cause technique de cette mort n’est pas ici le sujet, le sujet est sa cause politique et pour sa famille comme pour ses amis, Jérôme Laronze est mort en militant opposé à la bureaucratisation de son existence.

Cette affaire symbolise un processus qui a pris le pouvoir sur la vie de la plupart d’entre nous : la soumission de nos vies à la dictature bureaucratique, à l’administration. Cette dictature, pourtant, partait d’un bon sentiment : face à la tendance de l’exécutif à accaparer tous les pouvoirs, face au fait du Prince, les constitutions modernes ont intégré la séparation des pouvoirs et l’émergence d’administrations, de bureaucraties d’Etat peuplées de gens a priori compétents et politiquement neutres ayant pour objectif de conseiller et réguler le pouvoir ; une courroie de transmission non partisane entre les volontés des dirigeants et l’ensemble de la population. La lourdeur administrative était en soi une forme de contre-pouvoir par inertie, empêchant qu’un Prince se réveillant chaque matin avec une idée différente puisse ainsi chambouler à loisir la vie de ses administrés.

Malheureusement au fil du temps trois dynamiques sont apparues, transformant cet organe régulateur en un outil d’oppression et de neutralisation de l’espace public. Premièrement, l’inflation bureaucratique inhérente à toute institution dont le sens finit par se limiter à la justification de sa propre existence et, donc, à la création de réglementations ne servant qu’à justifier cette existence. Phénomène amplifié par l’empilement des bureaucraties locales, nationales et supranationales qui se nourrissent entre elles tout en se rejetant mutuellement la responsabilité inflationniste dès qu’on ose les critiquer.

Deuxièmement le remplacement des élites de la haute fonction publique, formées et conscientes de leur rôle de modérateurs et d’experts, par des mercenaires issus des grandes écoles pour qui l’Etat n’est qu’un moyen comme un autre de s’enrichir, mercenaires qui passent allègrement d’un statut de régulateur à un statut d’expert pour contourner ces mêmes régulations au profit du Prince et de ses amis, voire devenir Prince eux-mêmes.

Troisièmement, la transformation des sociétés libérales du XIXème siècle (cad libres à l’intérieur mais protectrices vis-à-vis de l’extérieur) en sociétés néo-libérales de la fin du XXème, transformation ayant liquidé la notion d’appartenance à un collectif (la Nation, la société) au profit de l’appartenance à un marché global. Comme le disait Thatcher, there is no such thing as society (la société n’existe pas). La régulation sociale par adhésion à une culture spécifique a donc laissé place à la gestion administrative, contractuelle, juridique des affaires humaines. Effet encore renforcé par le poids des institutions supranationales qui opèrent hors de tout contrôle citoyen.

Ces trois tendances ont transformé la bureaucratie au service des citoyens en une arme au service d’intérêts non spécifiés . Elle est hors de portée démocratique, et laissée à elle-même elle réglemente par atavisme et étouffe par principe. Elle maintient l’ensemble de la population sous un joug toujours justifié par des mantras sécuritaires ou économiques tout en se laissant corrompre par un large éventail d’intérêts particuliers, une main aux doigts crochus dans un gant de maître d’hôtel.

Un récent débat autour de l’affaire Jérôme Laronze, auquel j’assistais dans ma petite ville, mettait en exergue la pression administrative pesant sur les épaules des petits éleveurs. On en a par ailleurs eut une idée avec le film Le petit paysan (2), sorti en 2017, montrant les tribulations d’une petit éleveur genre Jérôme Laronze face à la maladie de la vache folle, et ses efforts désespérés – et illégaux – pour tenter de sauver son troupeau. Qui finit néanmoins à l’équarrissage, la ferme envahie par le bleu des gendarmes et le blanc des vétérinaires. Bleu et blanc menant au rouge sang des animaux et, souvent, des hommes qui en ont la charge, une image pertinente de la France agricole moderne.

En France, un agriculteur se suicide tous les deux jours. La mortalité par suicide est de 20% à 30% supérieure dans ce domaine que dans la population en général, mais le suicide par désespoir n’est pas qu’agricole. Des policiers et gendarmes, des employés de boîtes passent à l’acte car submergés par les pressions administratives et/ou hiérarchiques. Le taux de suicide masculin en France, approchant 20 pour 100 000, est parmi les plus élevés d’Europe mais il y a pire, et la France n’est pas un cas isolé.

La mortalité par inflation bureaucratique touche l’ensemble de la population, la bureaucratie étant désormais pilotée par le Prince via ses mercenaires en fonction de ses intérêts. Dans le cas des petits éleveurs français, l’objectif est clairement de les décimer (par dégoût et lassitude, pas nécessairement par la corde ou la balle de pistolet gendarmesque) grâce à la bureaucratie. Place aux gros, et le monde de l’agriculture bio artisanale voit en ce moment se former contre elle le même processus, le même travail de sape visant à libérer l’espace et le marché pour les amis du Prince.

La mort n’est évidemment que le stade ultime d’un processus d’inflation bureaucratique permanente dont l’objectif premier est la neutralisation de toute possibilité d’émancipation. La violence de la répression à Notre-Dame-des-Landes est un exemple symbolique de l’inacceptabilité de toute dérogation – sauf pour les amis du Prince quand c’est nécessaire – à la règle administrative. Bien sûr le seul bâton ne suffirait pas, et l’administration détient aussi la carotte qui justifie le bâton : soumettez-vous et vous pourrez bénéficier de l’argent public !

Lors de ce récent débat sur Jérôme Laronze un point terrible, formulé par l’un des participants, fut que la plupart des éleveurs sont prêts à dénoncer leurs voisins « ‘fautifs » et à accepter tout et n’importe quoi de l’administration en échange des sacro-saintes subventions. Le problème à NDDL est que les paysans ne voulaient pas de ces subventions corruptrices, ne laissant plus à l’administration que le recours à la force pour imposer sa volonté normative.

Mais nous sommes tous soumis. Le moindre petit événement sur la place publique requiert des autorisations signées selon le bon vouloir du Prince local, la moindre petite flambée la présence de pompiers et de barrières de sécurité, le moindre candidat organisateur se trouve rendu responsable des éventuels actes de la racaille ou des poivrots du coin profitant d’un événement « pas assez sécurisé ». L’administration peut vous interdire une manifestation parfaitement légitime au titre qu’elle pourrait être une invitation à d’autres à troubler l’ordre public. Débile et pourtant tout le monde finit par trouver cela « raisonnable ». Une blague un peu lourde peut vous emmener dans un enfer judiciaire totalement hors de proportion avec le « délit », une parole un peu libre vous rendre victime de contrôles judiciaires, psychologiques, fiscaux n’ayant d’autre but que vous faire rendre gorge et tuer dans l’œuf toutes autres velléités contestataires.

Le moindre projet professionnel vous met face à des montagnes de procédures, d’autorisations, de déclarations visant à vous mettre dans une case bien précise. « Vous voulez être poète et paysan ? Mais monsieur, c’est impossible il n’y a pas de case à cocher pour cela ! ». Poète et paysan, pourtant, c’est une très belle ouverture musicale de Franz von Suppé que jouait parfois mon père sur notre vieux piano déglingué… Cette attitude imbécile est celle de milliers d’employés, de petits chefs, de presque-machines bientôt remplacés par des vrais imbéciles artificiels qui serviront le Prince sans râler, sans tomber malade, sans objecteurs de conscience ni lanceurs d’alertes.

Faut-il plaindre ou critiquer ces employés, ces fonctionnaires, ces flics qui appliquent aveuglément les ordres et les règles que l’administration leur dicte ? On a tendance à les épargner, à considérer qu’ils ou elles ne font qu’obéir aux ordres et n’en sont pas responsables, à accepter qu’ils ou elles s’en tiennent à « se débrancher le cerveau » mais cela ne marche pas. La banalité du mal décrite par Hannah Arendt n’est pas une justification pour laisser faire le mal, c’est plutôt : « une façon de décrire les routines par lesquelles ceux qui recourent à la violence, comme ceux qui en sont témoins, mettent en suspens leurs convictions morales et renoncent à l’examen de leur engagement pratique personnel. » (3)

Sur la durée, cette mise en suspens est le signe d’un accord fondamental avec les procédures en question, car on ne peut vivre longtemps dans un conflit de loyauté entre ses actes et ses convictions. On passe rapidement au state dépressionnaire, suivi du stade suicidaire si rien ne change. On ne peut donc excuser ceux et celles qui mettent en oeuvre la prédation bureaucratique car soit elles sont en accord avec ses principes, soit elles quittent leurs fonctions – debout en démissionnant, assises en obtenant un certificat médical, ou couchées les pieds devant. La mort par bureaucratie passe par une série de petits bourreaux qui donnent chacun.e leur petit coup de tampon menant au certificat de décès final.

La bureaucratie mortifère a envahi toutes les strates de la société, du village rural où le maire n’ose plus rien face au martinet préfectoral, départemental ou régional jusqu’à l’Etat et les institutions supranationales que sont l’Union Européenne et les traités internationaux négociés dans l’ombre au profit, toujours, des amis du Prince. A titre individuel ne pas s’y soumettre c’est faire face à l’enfer de l’irrégularité, du tribunal, de la saisie, de l’exclusion sociale. C’est être Jérôme Laronze.

Ne pas s’y soumettre à titre collectif cela peut être le choix de tout ce qui se dit anti-système tel Donald Trump aux USA, le Brexit, Salvini en Italie. La provocation grecque de Tsipras à l’encontre le l’UE avait mal tourné, il sera intéressant de voir comment va se passer la provocation italienne sur la question budgétaire. L’insoumission peut prendre la forme de sociétés alternatives telle celle qui naquit à Notre-dame-des-Landes (4), ou des remises en cause depuis l’intérieur du système tel le mouvement pour une Europe démocratique DIEM 25 (5).

Cependant tous les mouvements qui se disent anti-système, alternatifs ou progressistes ne sont pas nécessairement anti-bureaucratiques, émancipateurs ou épanouissants : les mouvements communautaristes, identitaires et assimilés sont antagonistes et liberticides par définition, leur fondation le dogmatisme et la haine de la différence, leur carburant la dictature par l’émotion pleurnicharde ou vociférante, et leur but l’accaparement de ressources politico-médiatiques au profit de quelques uns ou quelques unes. Le combat contre la dictature bureaucratique relève d’un désir d’ouverture, pas d’enfermement.

Les stratégies pour repousser l’étouffoir bureaucratique, pour faire reculer la pieuvre administrative sont globalement connues : cela va du Grand Soir et ses lendemains incertains au retrait individuel vers les marges de la société, de l’occupation des interstices inconnus du monstre à la construction d’une nouvelle donne politique susceptible de faire bouger les lignes avant de succomber à la corruption institutionnelle.

En ces temps où le néo-libéralisme recule face au retour des nationalismes, où les prédateurs industriels type Nestlé accaparent l’eau d’un monde qui va bientôt crever de soif si rien ne change, en ces temps incertains pourraient se dégager des opportunités autres que la soumission orwellienne ou la destruction définitive. Cependant il faut faire vite si nous ne voulons pas finir comme les chinois (6) car le progrès technologique en matière de surveillance et de coercition rendra bientôt quasi impossible tout échappatoire (7). La bureaucratie 3.0 dotée d’intelligence artificielle, kraken cybernétique palpant de ses tentacules mortelles les moindres recoins de la société voire de nos âmes, sonnera le glas de l’Humanité telle que nous pouvons encore la rêver aujourd’hui.

 

Notes :

(1) https://blogs.mediapart.fr/guillaumecayet/blog/240618/justice-et-verite-pour-jerome-laronze

(2) http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=255702.html

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Banalit%C3%A9_du_mal

(4) https://zerhubarbeblog.net/2017/11/29/depuis-la-zad-de-notre-dame-des-landes/

(5) https://diem25.org/main-fr/

(6) https://zerhubarbeblog.net/2018/04/19/intelligence-artificielle-le-cas-chinois/

(7) https://zerhubarbeblog.net/2018/09/20/principes-de-guerre-et-intelligence-artificielle/


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46 réactions à cet article    


  • frugeky 3 octobre 10:18
    "On ne peut donc excuser ceux et celles qui mettent en oeuvre la prédation bureaucratique car soit elles sont en accord avec ses principes, soit elles quittent leurs fonctions – debout en démissionnant, assises en obtenant un certificat médical, ou couchées les pieds devant. La mort par bureaucratie passe par une série de petits bourreaux qui donnent chacun.e leur petit coup de tampon menant au certificat de décès final."

    Spéciale dédicace à mes supérieurs de la santé publique.
    Et en plus c’est bien écrit.

    Pas sûr qu’on manque d’échappatoires à la surveillance généralisée, à la chinoise, vu que cette surveillance nécessite de l’électricité et que c’est une denrée qui risque d’être bientôt inaccessible à pas mal de gens.

    • Christ Roi Christ Roi 3 octobre 13:36

      Le problème est que l’on cherche un responsable abstrait alors que le seul meurtrier de cet agriculteur, C’EST NOUS ! C’est nous qui au lieu d’acheter de la nourriture bio, préférons l’acheter dans un supermarché ou au marché de Rungis, c’est nous qui demandons « de la viande tendre » alors que nous savons pertinemment que cela veut dire qu’elle sera industrielle parce qu’aux hormones. C’est NOUS qui tuons les agriculteurs, pas seulement l’UE et les américains.


    • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 3 octobre 21:39

      @frugeky
      Merci. Les mouchards et caméras de l’Etat policier n’auront jamais de soucis d’alimentation.


    • Ruut Ruut 4 octobre 06:51

      @Christ Roi

      L’absence de choix ce n’est pas nous.
      je cherche toujours un OS 100 % français et un fabriquant d’ordinateurs 100 % français pas un placebo qui fabrique en chine et revend en France.

      Peut être avez vous des adresses ?


    • Ruut Ruut 4 octobre 06:52

      @Vincent Verschoore

      Pas sur le nucléaire c’est 30 35 ans de productions et 2,5 milliards d’années de coûts sans productions.


    • GASTON7864 4 octobre 17:32

      @Christ Roi
      D’accord mais il faut des moyens qui se réduisent de plus en plus avec la diminution du pouvoir d’achat. C’est un problème général que le gouvernement ne veux pas améliorer.


    • HELIOS HELIOS 3 octobre 10:48

      Merci, Vincent..., votre texte est vraiment tres interressant. !

      On se demande bien quand, va-t-on retrouver le bon sens et la bienveillance que nécessite une vie digne en société....

      • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 3 octobre 21:43

        @HELIOS
        Sur Agoravox évidemment ! :)


      • GASTON7864 3 octobre 12:07

        Merci pour cet éclairage qui précise les constats que j’ai pu faire. il faut trouver une solution au problème posé.

        Ce n’est pas une révolution mais une grande refonte de la constitution actuelle.

        La cinquième république agonise avec toutes ses modifications successives irréfléchies.. Le premier critique fût F. Mitterrand avec « Le coup d’état permanent ». Hélas, élu, il a trouvé le fauteuil confortable et les institutions adaptées a ses projets et son mode de vie.

        Le principal « défaut »( il manque les contres pouvoirs à tous les niveaux), voulu par le général est la prédominance du président de la république pour appliquer sa politique. Comme Il mettait la France en priorité [peut être trop par rapport aux citoyens Français] son bilan est pour moi positif. C’est le peuple qui l’a chassé trompé par des jaloux désireux de prendre sa place.

        C’est donc cette constitution qu’il faut adapter (et faire adopter par référendum) pour qu’elle puisse être utilisée sans danger par « n’importe qui » sans danger. Impossible n’est pas Français, si on veut on peut, Au travail


        • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 3 octobre 21:48

          @GASTON7864
          La bureaucratie est en soi un contre-pouvoir. Le système américain a été pensé, au départ, avec une bureaucratie d’Etat et une forte séparation des pouvoirs, sachant que cela rendant la gouvernance difficile mais seule solution contre les dérives autoritaires naturelle de tout centre de pouvoir. La « simplification » à la Macron est très dangereuse au sens où elle élimine ce contre-pouvoir, mais ca passe au nom de l’efficacité. Et c’est vrai que c’est plus efficace ainsi pour finir dans le mur. Néanmoins la bureaucratie auto-reproductive et gérée par des mercenaires et au moins aussi terrible. 


        • GASTON7864 4 octobre 18:04

          @Vincent Verschoore

          Je suis d’accord mais cela se fait sans transparence ni contre pouvoir des citoyens.
          C’est pour cela qu’il faudrait une constitution 5.2 minimum pour essayer de revoir les bugs de la version 5

        • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 4 octobre 19:16

          @GASTON7864
          Aux USA les citoyens élisent les procureurs. Le résultat n’est pas terrible. J’ai l’impression que dans certains cas le contre-pouvoir citoyen de peut passer que par une sorte de rotation, par exemple via le tirage au sort. Les gens ainsi élus ne font pas carrière dans l’administration et leur rôle est clair. 


        • Ciriaco Ciriaco 3 octobre 13:27

          Sur la question de l’État, les néo-libéraux ont (à peu près, je parle des gens instruits) tous compris qu’il était nécessaire à une économie du tout marché. Dès lors, on peut se questionner, c’est clair, sur la fonction future de cette macro-institution.


          Par chez moi, c’est le marché aux puces du dimanche qui est restreint, par à coups, par petits bouts, au fil des mois, sur ordre préfectoral, bras droit local du ministère. Pas que symbolique : car c’est bien la « petite économie » qui est visée.

          Le néo-libéralisme d’État organise les grands marchés, les protège et les encourage par les voies légales et fiscales, mais pour le reste... Les petits commerçants sont happés par les grosses chaines, les salariés précaires, sous la pressions, font ce qu’on leur dit sans généralement se syndiquer (une population jeune et qui se décrit comme « réaliste ») et c’est le droit social, dans ces conditions et à l’avenir, qui est en passe d’être poussé vers la sortie.

          Il faut massivement aller vers une VIème république, et vite.

          • GASTON7864 3 octobre 16:15

            @Ciriaco

            Il faudra bien redéfinir le rôle de l’état qui doit être un « arbitre ». Actuellement il brade aux amis ( pas les notre) nos biens après avoir détruit le tissu industriel.


          • Ciriaco Ciriaco 3 octobre 19:37

            @GASTON7864

            Si la notion d’arbitrage fait son chemin, c’est parce que nous sommes dans les conditions d’une ultra-majorité parlementaire. En réalité, tout n’est que rapport de force en politique et le vote est le seul arbitre. Il est aisé pour une majorité d’utiliser un vocabulaire de neutralité quand le pouvoir est entre ses mains.

            Civiliser des rapports de force, c’est les institutionnaliser. Le lobbyisme ne peut être la seule force représentative d’intérêts, surtout avec des conditions sociologiques qui montrent une forte segmentation (lire la récente interview de Guilluy à ce sujet) et avec un syndicalisme qui n’est plus une force mobilisatrice et représentative.

            Le débat et la fenêtre seront ouverts quand les français le décideront, car un mouvement porte cette revendication, sociologiquement nécessaire.

          • Buzzcocks 3 octobre 14:43

            Ce constat n’est pas uniquement Français.... l’anthropologue David Graeber a écrit tout un livre sur les « Bullshits jobs » ou « jobs à la con ».

            Quand j’ai commencé l’informatique dans les années 90, vous aviez par exemple, un directeur d’usine qui voulait un rapport éditant le nombre de bobines d’acier produites par jour/mois/an. Vous alliez le voir, vous conveniez ensemble de son besoin, et roule ma poule.

            Maintenant, pour le même projet, vous avec un comité de pilotage, un PMO, un blak belt en agility, une maitrise d’ouvrage, un pilote maitrise d’oeuvre qui envoie le projet au Portugal ou je ne sais où, un chef de projet portugais qui fait ensuite coder le bordel par un type totalement interchangeable... et pour un truc basique nécessitant 10 jours de boulot dans les années 90, ça va mobiliser 8 personnes sur 2 mois, maintenant.

            Et parmi ces 8 personnes, 6 dépriment, en ne comprenant pas le sens de leur travail. Leur seul motivation est le remboursement du prêt immobilier à la fin du mois, donc faut bien aller bosser.

            Normalement, on ne devrait bosser que 15 heures par semaine et encore.... mais c’est socialement inacceptable (déjà passer aux 35 heures, a fait hurler une grosse moitié du pays), donc, on maintient les gens dans des emplois inutiles.
             


            • GASTON7864 3 octobre 17:51

              @Buzzcocks

              Vous avez oublié l’arrivée des plans qualité et des normes censés remplacer la conscience professionnelle et la motivation qui ont disparues avec les augmentation de salaire !
               !Vous avez raison on devrait moins travailler car il y a des robots qu’il faudrait « taxer » intelligemment. comme des travailleurs, pour éviter la concurrence déloyale

            • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 3 octobre 21:51

              @Buzzcocks
              Ce qui semble pourtant aller à l’encontre du principe de rentabilité et d’efficacité. 


            • Buzzcocks 4 octobre 11:41

              @Vincent Verschoore
              @Vincent Verschoore
              Une société pour gagner des marchés de plus en plus gros, doit avoir une taille critique.

              Prenons une SSII, si elle veut envoyer des consultants chez les plus gros clients, elle doit être en capacité de répondre à tous les appels d’offre de ce type de client. Du coup, elle doit grossir, avoir une structure commerciale pour recruter massivement, répondre aux appels d’offre. Le client va aussi demander à ce que son sous traitant (la SSII) soit certifié ISO 900XXX, label vert, label rouge, et donc là encore, pour être certifié, la SSII va embaucher tout un tas de mecs en charge de faire des dossiers pour obtenir ces précieux labels de conformité.

              Et donc pour un informaticien qui produit effectivement du code informatique, vous allez avoir tout un mega bazar pour le placer en clientèle... et pour un mec réellement productif, 4-5 vampires qui sucent le fruit de sa production.

              Et donc même dans le privé, quand vous voulez taquiner de gros marchés, vous allez être obligé d’employer une mega structure.

              Dans ma boite, y a un consultant Handicap... il fait juste de la com pour dire que ma boite est « handicap friendly » et que la boite est mega cool avec les mecs en fauteuil. Si le mec bosse 2 heures par jour, c’est le bout du monde.


            • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 4 octobre 11:46

              @Buzzcocks
              C’est marrant on a l’impression de lire une description d’une boîte sous régime communiste :)


            • zzz'z zzz’z 4 octobre 15:00

              @Buzzcocks
              C’est un peu vachard, mais c’est bien vu. Cela répond au fait que de l’autre côté, l’entreprise qui missionne, vous avez la même pyramide, avec droit de véto, et qu’il faut bien pouvoir cirer les pompes à tous les homologues. Ce que Coluche avait ironisé en : « Bonjour Brushing, moi c’est Brushing… »


            • zygzornifle zygzornifle 3 octobre 15:02

              5 millions et demi de fonctionnaires , 560 000 élus de la raie publique 1000 députés et sénateurs , bureaucratie ou ça ? ou ça ? ....


              • Paul Leleu 4 octobre 02:29

                @zygzornifle


                bah... il y a toujours eu des malins... comme au temps des marquis, des princes, des curés et des fermiers généraux... et autres « dragons » qui ratiboisaient les campagnes de France... les collecteurs d’impôts ne datent pas d’aujourd’hui... et les candidats aux prébendes ne manquent pas. 

                Le système actuel fonctionne comme cela... après les grands propriétaires terriens (la noblesse exploitant des serfs), on a basculé aux 18ème et 19ème siècle vers des capitalistes exploitant des ouvriers et employés. La société n’a pas changée ! C’est juste le mode d’exploitation du peuple qui a changé. 

                L’auteur est sympathique, mais il me semble bien naïf... il s’imagine sans doute qu’on pourrait vivre dans son paradis anarchiste, à cultiver nos tomates bio et jouer sur son piano déglingué... en attendant, les « camps anarcho » ressemblent plutôt à un conglomérat de tyrans frustrés, perclus de sous-culture américaine, narcissico-nombrilistes, et tous plus sectaires les uns que les autres. 

              • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 4 octobre 11:51

                @Paul Leleu
                Naïf sans doute, admiratif de ceux et celles qui mouillent leurs chemises pour faire avancer leurs principes certainement. Le constat que vous faites je pense que nous sommes très nombreux à l’avoir fait, la question étant ensuite de voir si on (1) veut et (2) peut en sortir, ou pas. 


              • Paul Leleu 5 octobre 21:09

                @Vincent Verschoore


                ben, moi je suis assez pessimiste... sauf si bien sûr on se place sur un plan contemplatif et poétique... 

                mais sur le plan politique, je suis pessimiste. A fortiori si, comme les anarchistes, on refuse toute sorte d’organisation collective, avec ses contraintes et sa hiérarchie... 

                Régis Debray, qui y connait un peu, résume (à mon sens) parfaitement l’enjeu : « le premier bien d’un révolutionnaire n’est pas sa vie ». Hors, sa vie est le premier bien de l’anarchiste. 

              • Paul Leleu 5 octobre 21:11

                @Paul Leleu


                bon... ceci-dit, merci sincèrement pour la conversation respectueuse sur ce fil (ce qui est très rare avec les anar’ dans mon expérience déjà assez longue). Je voudrais pas avoir l’air ingras.

              • alinea alinea 3 octobre 21:48
                Merci l’auteur pour ce texte, il n’y a rien à ôter ; l’affaire de Jérôme Laronze m’a tenaillée un petit bout de temps, car je me reconnais en lui ; il n’y a pas une semaine, sur mon chemin de terre je pensais que si les flics déboulaient, je leur foncerais dessus, j’avais toute cette colère et cet abandon au destin qui conduit à la mort. J’ai pensé à cet homme et j’avais beaucoup de colère contre les fonctionnaires à qui je ne pardonne rien. Ils sont humains comme vous et moi, aucun raison pour qu’ils harcèlent quelqu’un qui ne peut pas se mettre dans le rang sage des obéissants aux chicanes, à tout ce qui éloigne notre vie de la Vie.
                Pour moi il n’y a qu’un moyen : la désobéissance et puisque la désobéissance collectives n’est pas possible quand il s’agit d’une multitude de situations dans une multitude de lieux différents, il nous faut juste organiser un collectif, qui se soutient, psychologiquement déjà : non, on n’est pas seul ; et puis juridiquement aussi en ayant en son sein des gens de métier.
                C’est la seule solution pour que le quidam ose et se sente soutenu, que l’ardeur au combat lui ôtera vite l’envie de mourir.
                cela fait des années que j’en parle, je dois avouer que j’ai fait chou blanc ; il y a tant d’obéissants.

                • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 3 octobre 22:00

                  @alinea
                  C’est ce qui s’est passé à NDDL : une agriculture hors normes, désobéissante, qui se réinventait dans une optique d’auto-suffisance alimentaire pour une collectivité de qques centaines de personnes, et bien sûr de respect écologique. C’est beau mais c’est aussi très dur, avec un confort minimal et de ce fait cela restera marginal tant que le système actuel fonctionnera plus ou moins. En termes de normes agricoles, la base de la civilisation, tout est à réinventer et Laronze était de ceux qui l’ont bien compris. 



                • alinea alinea 3 octobre 23:31

                  @Vincent Verschoore

                  Oui ; je n’ai plus suivi sur la fin, ce printemps, je n’avais pas assez le moral pour entendre ceux qui pensaient qu’il faut bien rentrer dans le moule un jour ou l’autre.
                  Ce genre d’expériences ouvre les esprits, peut donner des idées mais n’a pas vocation à durer, sauf peut-être en renouvellement de gens, garder le vocation de modèle...
                  La désobéissance, il faut qu’elle soit dans la société telle qu’elle est maintenant, tous azimuts, toutes activités, la miner de l’intérieur en boudant ses offres et ses fausses facilités.
                  On en reparlera.. ça me fait drôle de replonger là dedans ; après cette affaire de Jérôme Laronze, j’ai cessé de croire que quelque chose pouvait changer ; les vrais rebelles sont seuls, à se battre contre un monstre de plus en plus terrifiant ; pas grand monde pour les comprendre, avant qu’ils meurent !
                  Merci pour le blog, c’est noté.

                • Paul Leleu 4 octobre 02:40

                  @alinea


                  « Ils sont humains comme vous et moi, aucun raison pour qu’ils harcèlent quelqu’un qui ne peut pas se mettre dans le rang sage des obéissants aux chicanes, à tout ce qui éloigne notre vie de la Vie »... 

                  vous avez l’air de découvrir la vie... vous n’avez pas compris que les flics, les militaires et l’administration ont toujours été là pour surveiller, contrôler et tondre le cheptel (nous) ? Les grands agriculteurs c’est nos dirigeants, et le grand troupeau c’est nous. Quand on a compris ça, on file doux, et on essaye de pas se mettre en confrontation avec les puissants. 

                  Par ailleurs, je reste assez dubitatif des expériences anarchistes auxquelles j’ai pu assister... c’est généralement un sommet de fascisme groupusculaire, qui trouve sa seule tempérance dans l’entre-soi des membres (les « non-conformes » sont simplement poussés vers la sortie du groupe). Sans doute la raison pour laquelle, cette doctrine théoriquement sympathique ne parvient pas à conserver et fédérer des membres nombreux. 

                • zzz'z zzz’z 4 octobre 07:13

                  @Paul Leleu
                  Ensuite, sur l’anarchie… Si vous n’êtes pas éduqués, vous passez à côté. K. Marx la voyait probablement remplacer le communisme après que l’esprit capitalisme soit définitivement enterré.


                • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 4 octobre 12:02

                  @Paul Leleu

                  « Quand on a compris ça, on file doux, et on essaye de pas se mettre en confrontation avec les puissants. »
                  C’est un choix de ne jamais remettre en cause l’état féodal, mais l’existence me semble vide de sens si elle devait se limiter à ramper toute sa vie. Si votre point de vue était le point de vue général l’humanité serait à peu près ce qu’est devenu le monde arabe aujourd’hui : une dictature militaro-théologique avec un seul livre. Ensuite chacun fait avec les armes qu’il a. 


                • Paul Leleu 5 octobre 20:58

                  @Vincent Verschoore


                  ce qui a fait comme vous dites avancer un peu les choses, ce ne sont pas les anarchistes, mais les révolutions et les actions collectivistes. L’anarchisme n’a jamais rien fait avancer nulle part... le drapeau rouge plutôt que le drapeau noir. 

                  Tous les grands mouvements révolutionnaires (style révolutions française, russe, chinoise, cubaine, etc.) sont conspuées par les anarchistes. La plupart des anarchistes préfèrent le Tsar à Lénine... tout simplement. 

                  donc, c’est un peu contradictoire. Mais bon... 

                • alinea alinea 3 octobre 23:46
                  Histoire de partager mon humeur d’alors, toujours prête à sortir ! smiley

                  • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 4 octobre 00:20

                    @alinea
                    Superbe, merci !


                  • Ciriaco Ciriaco 4 octobre 00:48

                    @alinea

                    Je l’avais lu avec intérêt. Hormis qu’on choisira toujours le fonctionnaire adéquat, par la formation et le caractère, pour accomplir les basses besognes, c’est aussi le fait d’une impuissance d’échelle : à la tête, les gestionnaires comprendront les enjeux et les chiffres, ceux-là qui leur donneront toujours raison, mais ils seront complètement étrangers à la réalité des choses.

                    C’est aujourd’hui ce qui gouverne, et c’est une impasse dramatique, car ce n’est rien d’autre que le réel qui s’échappe. Cela à sa gloire, économique, mais elle pourrait être de courte durée à l’échelle historique.

                    Les alertes sur le climat et l’environnement se multiplient. Je crains que les gestionnaires, englués dans leur idéologie, n’y puissent absolument rien, et qu’ils soient complètement pris au dépourvu face à des conséquences non linéaires et très rapides.

                    La communauté humaine serait raisonnable, les progrès technologiques et les techniques économiques (mondialement développées, il faut le souligner, pour réduire le risque économique des échanges, ce qui reste d’ailleurs à prouver avec les bulles inflationnaires - et non pas pour une utilité lucide) nous serviraient à quelque chose.

                    Ce n’est pas faute, et depuis longtemps, de l’avoir souligné à qui sait entendre.

                  • Paul Leleu 4 octobre 02:48

                    @Ciriaco


                    « mais ils seront complètement étrangers à la réalité des choses. » 

                    Ca dépend de quelle réalité vous parlez ? Votre réalité des choses, ou leur réalité des choses ? ...Ce que vous appelez LA réalité des choses, n’est que VOTRE réalité des choses. Le mouton et l’éleveur ne partagent pas la même réalité des choses. Nous autres, le peuple, nous ne sommes rien que le cheptel de nos maitres. Et leurs chiens nous surveillent autant qu’ils nous protègent. 

                    Vous faites une confusion entre « la vie en général », poétique, et la vie sociale, concrète, qui est celle du système d’exploitation des pauvres par les riches. Dans cette réalité plus basse, il est tout à fait normal qu’un garde-chiourme tape sur un mouton récalcitrant. C’est tragique, mais mieux vaut être au courant. 

                  • Ciriaco Ciriaco 4 octobre 08:23

                    @Paul Leleu

                    Vous avez décelé que je tiens dans une ontologie particulière le fait poétique ; je ne suis pas le seul. Ce qui n’est pas contradictoire avec la réalité des classes sociales, l’exploitation, l’expression de caractères de domination mis en valeur par l’ordre économique.

                    La domination et l’ordre sont socialement construits. Je tiens la poésie pour un autre rapport au monde, dans une construction alternative, et au plus proche. Un élément sérieux d’opposition (et non exclusif) en ce sens qu’il prend ses racines jusque dans la dialectique de la réalité et de la perception et dont il n’est rien de dire que s’il aiguise la conscience en plus, il n’est pas fondé pour établir de la domination sociale et de l’exploitation, mais pour se coller à la présence des autres (lorsque ce ne sont pas des brutes) et du monde (lorsqu’il est vivable).

                  • Self con troll Self con troll 4 octobre 10:16

                    @Ciriaco et @alinea

                    Sait-on s’il y a eu enquête adminstrative et décisions sur la mort de J.Laronze ?

                    Je n’ai pas relu l’article d’alinea, mais ce tragique évènement m’a choqué d’une façon plus intime. Non pas que j’aie quelque errement de ce style sur la conscience, ni que la perception d’alinea soit décalée, mais parce que la violence administrative que décèle alinea, et les comportements humains qui la permettent, m’ont été perceptibles de l’intérieur de la machine pendant quelques années récentes.

                    Chacun pourrait se coltiner sa relation au monde selon l’idéal poétique de Ciriaco. Ce n’est un effort que si on n’en perçoit pas les bienfaits (la récompense). Mais on préfère s’arrêter à la réalité immédiatement perceptible de la pointeuse et du tableur, avec comme récompense la case au-dessus dans la grille hiérarchique. Je crains que jusqu’aux plus hauts niveaux de cette grille le rôle de mise à disposition de tous d’une représentation partagée de la réalité, qui donnerait un sens aux structures administratives, ne soit complètement perdu de vue.

                    Une enquête honnête et approfondie sur les raisons du tir mortel irait idéalement jusqu’à cette remise en cause des petits arrangements quotidiens.

                    Il m’a été donné d’accompagner un jeune technicien qui n’en avait pas voulu, et par hasard de connaître le discours de ceux qui l’ont rejeté. A aucun moment, dans ces discours, je n’ai entendu que ce qui avait révolté le perturbateur, c’est de ne pouvoir agir vis à vis des gros exploitants de la même façon qu’avec les petits. De ne pouvoir agir tout court, devrais-je dire.

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