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Accueil du site > Tribune Libre > Balkans : la « question albanaise », le casse-tête de Washington

Balkans : la « question albanaise », le casse-tête de Washington

L'intervention de l'OTAN menée par Washington en Yougoslavie dans les années 90 a plongé la région dans en plein chaos. Leur campagne de bombardement a tué des centaines de civils et détruit des immeubles d’habitation, des fermes, des écoles, des hôpitaux, des églises et des ponts. La guerre du Kosovo a ouvert une boîte de Pandore et créé la menace d’une Grande Albanie.

L’idée d’une Grande Albanie s'est développée au XIXe siècle, alors que l’Empire ottoman était encore présent dans les Balkans. La Grande Albanie est un projet nationaliste visant à réunir au sein d’un même Etat tous les albanais se trouvant dans des Etats voisins de l’Albanie. Il s'agit notamment du Kosovo-et-Métochie, de la région de Preševo, des territoires en Macédoine, au Monténégro et en Grèce.

Le plus dangereux, c'est que ce virus du nationalisme ethnique est difficile à contrôler. En effet, après la proclamation de l'indépendance du Kosovo, les nationalistes albanais ont les mains libres. Et ils se sentent bien à l'aise d’utiliser la question d'une grande Albanie comme un outil politique.

Ainsi, lors de son entretien accordé au portail Politico, le premier ministre albanais, Edi Rama n’a pas exclu la possibilité d’unification de l’Albanie et du Kosovo « si la perspective de l’adhésion des pays des Balkans à l’UE continue de s’éloigner ». Le président du Kosovo, Hashim Thaçi, a également déclaré que l’unité nationale reste une alternative si l’UE ne veut pas des Albanais. Les propos que le commissaire européen Johannes Hahn a jugés inacceptables et même contre-productifs ne sont pas nouveaux. Mais ils gagnent du terrain.

Le syndrome du Kosovo s'est répandu dans la région au sein des populations d'origine albanaise. Il est suffisant d'évoquer la crise interethnique très violente faisant 100 à 200 morts en Macédoine en 2001. Cette année même, le pays a connu plusieurs affrontements. Les défilés étaient presque quotidiens à Skopje, la capitale et dans les principales villes du pays. Les manifestants accusaient les Albanais de vouloir fédéraliser la Macédoine, le diviser. Des émeutes risquent également d'éclater en Grèce ou au Monténégro. En effet, de nombreux incidents pareils ont déjà eu lieu dans ces territoires. Suite à cela, le député monténégrin Predrag Bulatović a souligné que « nous sommes témoins d’une action régionale organisée et coordonnée du nationalisme grand-albanais, afin de promouvoir l’idée de la Grande Albanie ».

Il est à noter que ces pays Balkans présentent un intérêt géopolitique pour Washington. Quant au Kosovo (d’aujourd’hui) et l’Albanie, ce sont les deux états les plus américanophiles des Balkans. En effet, la politique américaine dans les Balkans est plutôt ambiguë. D'un côté, Washington préfère d'éviter tout conflit dans la région pour ne pas perdre sa puissance. D'autre côté, la République du Kosovo a été créée avec le soutien de l'OTAN dont les nationalistes albanais profitent toujours. De surcroît, la situation s'aggrave par la crise politique qui s'éternise et commence à inquiéter les pays occidentaux, dont les États-Unis. Le dernier gouvernement du Kosovo est tombé en juin, sur un désaccord sur le tracé de la frontière avec le Monténégro voisin, une autre ex-république yougoslave. Et depuis, tout est bloqué. En l'absence de décollage économique, le Kosovo pourrait en effet devenir un foyer islamiste au cœur de l'Europe. Des milliers de jeunes Kosovars, désœuvrés et découragés par l'absence d'avenir, sont partis faire le djihad en Irak ou en Syrie.

C'est une vraie bombe à retardement.

La réponse à la question si le mouvement national albanais représente une menace pour la région est donc évidente. Reste à savoir si Washington a l'intention de mettre de l’huile sur le feu ou de maintenir la paix et assurer la sécurité dans les Balkans ce qu'il avait d'ailleurs proclamé comme sa mission principale à l'époque.

 

Liens de référence :

https://www.herodote.net/Balkans-synthese-612.php

http://www.stratpol.com/de-la-ralit-de-la-grande-albanie

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2011/01/derriere-limposture-du-kosovo.html

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/05/ou-sont-les-grandes-conscience.html

http://www.rfi.fr/emission/20170328-macedoine-skopje-defiles-presque-quotidien-politique-opposition-formation-gouverne

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_la-crise-politique-au-kosovo-provoque-des-inquietudes-en-occident?id=9683106


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8 réactions à cet article    


  • Arthur S Jeussey de Sourcesûre 1er septembre 2017 14:40

    Les Européens citoyens d’états-nations centralisés de longue date comme La France, l’Espagne et le Royaume-uni ont du mal à se représenter ce que « macédoine » signifie. Même les états plus récemment centralisés comme l’Italie ou l’Allemagne présentent une certaine homogénéité linguistique et culturelle qui n’existe pas dans les Balkans où les populations ont subi de la part des Turcs et des royaumes rivaux d’Autriche et de Hongrie des destructions nombreuses, des déplacements et des asservissements qui ont contribué à créer une mosaïque dans laquelle les habitants seraient arrivés à s’entendre si leurs territoires n’avaient pas représenté depuis longtemps un enjeu géostratégique pour des puissances extérieures. 


    Le seul territoire où les Albanais constituent une population homogène, c’est l’Albanie. Les Alabanais vivant dans d’autres régions partagent avec d’autres peuples des régions qui n’ont jamais connu d’autonomie depuis l’empire romain. Les rêves croate, serbe et albanais (les bosniaques semblant échapper au phénomène) sont des mythes fabriqués et entretenus qui ont connu une parenthèse avec Tito et sont réapparus dès que des petits malins ont soufflé sur des braises encore chaudes.

    De deux choses l’une :

    - ou bien l’Union Européenne se fédéralise et intègre ces régions qui ont toute les caractéristiques géographiques pour cela

    - ou bien on rattache la Croatie à l’Autriche, la Serbie à la Hongrie, la Bosnie au nouvel état turc du sultan Erdogan et l’Albanie devient un musée ethnographique.

    Entre les deux hypothèses, une infinité de bricolages arrangeant telle puissance ou telle autre peut faire durer le plaisir indéfiniment.

    • lisca lisca 1er septembre 2017 20:48

      @Jeussey de Sourcesûre
      Rattacher la Serbie à la Hongrie ? deux langues et histoires très différentes.
      De plus ces deux pays ne s’entendent pas.
      Il faut arrêter d’attacher la Serbie, laissons-la vivre.
      Lui rendre sa province historique le Kosovo plutôt, en réintégrant les occupants albanais à l’Albanie.
      S’ils procréent au-delà de leurs possibilités territoriales, laissons-les s’en arranger chez eux, entre eux.
      Une langue, un territoire, une religion, une histoire, c’est simple une nation.


    • Arthur S Jeussey de Sourcesûre 2 septembre 2017 07:44

      @lisca


      « Une langue, un territoire, une religion, une histoire, c’est simple une nation. »


      Sauf que cette réalité n’a jamais existé nulle part : c’est le résultat d’une falsification de l’histoire.

      Allez raconter ça aux Bretons, aux Corses, aux Alsaciens, aux Basques, aux Catalans.
      Même après des siècles d’état centralisé en royaume, puis un siècle d’école républicaine interdisant aux écoliers de parler leur langue maternelle en classe, la France n’est homogène que sur le papier. Alors, dans des régions où les « minorités » sont tellement nombreuses que la notion de « majorité » n’apparaît même pas, il faudrait peut-être songer à d’autres mythes que celui-là. L’histoire de l’Europe pendant des millénaires, avant que les Romains essaient de fixer les populations pour mieux les contrôler, est faite de migrations incessantes de peuples nomades ou semi-nomades. La « pax romana » qui a duré 500 ans n’a que partiellement réussi à donner l’illusion d’une situation figée. La réalité est un mouvement. Mais ça, ça passe mal.

    • eric 1er septembre 2017 21:12

      Ben voyons...ce sont les américains qui ont été poser des rondins sur les routes de la Krajina...C’est marrant comme musulmans, et ex socialiste trouvent toujours des responsables extérieurs à leurs problèmes...

      « En fait », tous cela, c’est de la faute des Autrichiens.. ;si ils n’avaient pas donné des droits spéciaux aux serbes à la condition que ceux-ci prennent les armes en temps de menace ottomanes, les serfs croates n’auraient pas plaqué leurs seigneurs croates pour choisir l’orthodoxie et la baisse d’impôts et les deux peules slave du sud seraient restés amis..ou pas.

      J’irai plus loin, si Thomas n’avait pas pris une mauvaise grippe sur le chemin de le réconciliation entre chrétien de l’est et de l’ouest, on aurait pas eu de schisme et les yougoslaves seraient unis. Autant dire que l’Amérique n’y est pour rien...


      • Arthur S Jeussey de Sourcesûre 2 septembre 2017 07:45

        @eric

        c’est le contraire : les serbes sont orthodoxes et les croates cathos !

      • Jelena Jelena 2 septembre 2017 08:48

        Washington s’y opposera car c’est Trump qui est pouvoir et que celui-ci n’aime pas les affreux albanais.
         
        Berlin s’y opposera car « une grande albanie » serait surtout profitable à « la Turquie ottomane ».
         
        Moscou s’y opposera pour de multiples raisons (Kosovo, Eglise, South Stream...).
         
        Ankara ne bougera pas un doigt car le sultan n’a pas envie de se froisser avec le tsar.
         
        Et enfin l’Otan qui vient plus ou moins de perdre la Turquie, perdra également la Grèce.
         
        Ils vont donc agir en solo les petits albanais ? Mais qu’ils fassent... ^^


        • lisca lisca 2 septembre 2017 23:54

          @Jelena
          Difficile en effet d’imaginer l’avenir du Kosovo.
          Trump ne décide pas vraiment, et n’a pas vraiment de caractère. Pour que l’OTAN dégage du Kosovo (c’est l’OTAN le véritable occupant, entouré d’une populace qui ne le menace en rien et lui a servi de sous-armée, les voyous sont serviles, contrairement aux braves gens) il faudrait que l’organisation n’ait plus les moyens d’entretenir troupes et matériel sur place.
          Ou qu’il y ait un accord avec Vladimir auquel l’OTAN céderait l’influence sur la région, comme au temps de l’URSS.
          Ou les deux ensemble.
          Ou que la région s’agite et que les US décident qu’elle n’est pas rentable et qu’ils l’abandonnent à l’UE, qui n’est qu’un club de bureaucrates incapable de gérer la question.
          Bref difficile de faire des prédictions !
          Bien sûr on peut rêver, bien sûr les miracles existent. Espérons.
          Et c’est exact, le sort des Albanais dépend presque entièrement de la Turquie ou de l’OTAN. Ils n’ont pas de libre arbitre, pas de pouvoir de décision, seulement celui de nuire (on parle des trafiquants et autres criminels, hélas assez répandus aujourd’hui au Kosovo) à court terme à des victimes désignées.
          L’UE qui a aidé à les répandre, eux et leurs trafics, dans toute l’Europe est probablement leur grand espoir, mais l’UE est un vieux machin qui prend l’eau, et ils ne sont pas les seuls à charger le rafiot.
          De toutes façons, l’avenir ne rigole pas.
          C’était le pessimisme nocturne. Demain sera un autre jour !


        • Jelena Jelena 3 septembre 2017 11:52

          @lisca : Qui vivra verra... La seule chose que l’on peut affirmer, c’est que tant que la Serbie ne reconnaitra pas cette « indépendance », d’un point de vue économique, le Kosovo restera « le trou du cul des Balkans ».
           
          En fait le Kosovo survit principalement grâce aux dons des amerloques, pas de chance pour les petits albanais... Sitôt au pouvoir, le père Trump avait réduit, dans un premier temps, « le budget d’aide au développement » de 30%.

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