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Brèves : libéralisme, mort du dieu, et thymologie

Source éditeur

 

 

Un mot sur l'économisme d'Adam Smith

Le libéralisme économique, il faut savoir que son inventeur attitré par la postérité, du moins au plan économique – Adam Smith, dans De la Richesse des nations, – ne plaçait l’égoïsme qu’au principe économique, dans le cadre de la division du travail. Mais, surtout, il pensait pour une société pré-industrielle ou à peine en voie d’industrialisation. Il croyait à ce que nous appellerions aujourd’hui un commerce équitable, et ne promulguait absolument pas le capitalisme débridé des trusts qui dominent trop l’espace public actuellement, même s’il plaçait l’égoïsme au principe.

En gros, il disait qu’on achète le pain d’un boulanger, non parce que le boulanger est altruiste, mais parce qu’il est compétent. Or, le boulanger a tout intérêt à l’être (compétent), ce qui est égoïste, afin de vendre le meilleur pain. On voit donc très bien que nos trusts contemporaines ne sont même plus aussi compétentes qu’Adam Smith l’aurait souhaité : elles sont justes bouffies et médiocratiques en vue d’un but mesquin absurde, qui est la puissance pour la puissance.

Enfin, Adam Smith avait rédigé un traité moral en parallèle dudit traité économique, qui valorisait l’altruisme en dehors de l’égoïsme économique – égoïsme qui devait être réservé aux bornes déjà dites de ce que nous nommerions aujourd’hui un commerce équitable. Adam Smith ne voulait pas que la cupidité soit reine, et de toutes façons il faut bien quelque égoïsme pour être bien-portant : "charité bien ordonnée commence par soi-même" si vous voulez, car si tu dois "aimer ton prochain comme toi-même" (Jésus) autant dire que tu dois commencer par t'aimer pour pouvoir l'aimer vraiment comme alter ego.

Je renvoie aussi à Le gentil et le méchant, sans parler de cet article : l’Égotisme unithéiste.

 

 

 

Nietzsche et la mort du dieu unique

La mort de Dieu est une façon de parler chez Nietzsche, qui se moque bien de savoir si les dieux ou Dieu existent : pour lui la question est réglée : chaque divinité est l'esthétisation-sublimation culturelle, de la "volonté de puissance" d'un peuple (c'est-à-dire de sa joie de vivre, de l'équilibre et l'accroissement de sa santé dans l'existence, de son envie de résister et de cultiver sa politique et son style de vie). Le divin est de l'ordre de la conscience collective, de la densité morale, des mœurs avant tout. Aussi la mort de Dieu signifie pour l'Europe historique assimilée que l'héritage chrétien se délite, sous l'effet historique (explorations, colonies, bourgeoisies, révolutions, sciences, industries).

Le surhumain chez Nietzsche, on n'en entend parler que dans Ainsi parlait Zarathoustra, et figurez-vous que dans le chapitre des Poètes Zarathoustra dit clairement que ça n'est qu'une figure poétique. Rien à voir ni avec superman ni encore moins avec l'übermensch des nazis. Si vous voulez, le surhumain, c'est l'idée de l'humain qui se surmonte lui-même. En l'occurrence, il le fallait bien - d'après Nietzsche - puisque Dieu est mort pour l'Européen historique assimilé. Nietzsche constate bien qu'aller à l'église/au temple ne suffit plus à entretenir la foi comme dans l'ancien temps, puisqu'on n'y va plus que par coutume dominicale. Le fait est, dit-il toujours, que les infos sont devenues "la nouvelle prière", à travers la presse.

Bref, Nietzsche n'a rien promis, et au contraire il cherche à motiver les gens à surmonter l'état de décadence nihiliste (au plan des mœurs, c'est-à-dire des comportements, des mentalités, des manières, des coutumes, des usages, etc.) dans lequel il estime que l'Europe a sombré. Pour autant, quelque part Nietzsche est progressiste malgré ce constat réactionnaire, puisqu'il ne veut pas en revenir aux vieilles croyances (en fait, Nietzsche est inclassable).

Le surhumain n'est pas un idéal, dans Ainsi parlait Zarathoustra Nietzsche fait dire à Zarathoustra lui-même que le surhumain est de poésie, de figure, d'image. Le surhumain est un horizon évolutionnaire, de mœurs (civilisationnelles) autant que de vie (biologique). C'est le devenir de l'humain surmonté, qui ne devient un idéal que pour les nazis à la noix (l'Übermesch) et les dessinateurs de comics (Superman), etc. Le surhumain en l'état, c'est la démarche de l'humain qui se surmonte soi-même, rien d'autre.

Cf. aussi Slavoj Zizek/Jordan Peterson : débat sur le capitalisme et Le Vrai scepticisme est un état affectif, non pas intellectuel.

 

 

 

Différences Freud-Lacan à la volée

Lacan philosophe Freud. Mais il y a aussi Peter Sloterdjik (un philosophe allemand actuel) qui estime que Lacan fait une thymologie (de thymos, le coeur comme siège du courage), et Freud une érotologie (d'éros, le désir libidinal).

En gros, ce qui prime l'inconscient chez Freud, c'est l'eros, la libido sexuelle. Chez Lacan ce qui primerait, ce serait le thymos, une sorte de courage de désirer. C'est que Lacan s'affronte clairement au Père, à commencer biographiquement par son "retour à Freud, père de la psychanalyse".

Enfin, ce qui a beaucoup divisé les psychanalystes français, ç'a été "l'analyse-flash" pratiquée par Lacan parfois. C'est-à-dire que plutôt que de régler sa montre sur 45min ou 1h comme le freudien, le lacanien (à commencer par Lacan) se permettait des entrevues "brutes", "brutistes" ou "brutalistes", en ce sens que le patient paierait (toujours la même somme) pour subir "un électrochoc de l'inconscient".

En effet, si l'analyste est souvent silencieux, et si c'est l'analysant qui analyse, alors l'analyste n'est plus là que comme référent utile, sujet-supposé-savoir pour l'analysant taraudé par son transfert. Le contre-transfert de l'analyste est néfaste, et à la limite le seul fait de se-savoir-en-analyse, sans même entrer dans le cabinet, est déjà transférentiellement taraudant. Le lacanien estime donc que tout se joue ici, qu'il peut faire des "analyse-flash-électrochoc-de-​l'inconscient" au même tarif que 45min ou 1h, ce qui semble quand même gonflé au freudien, d'autant plus que le freudien estime nécessiter un suivi à peu près nourri.

En ce sens, le freudien semble plus marketing que le lacanien, c'est évident, en termes de rapport qualité/prix, le lacanien pur s'avérant "cher pour ce que c'est". Aussi n'y a-t-il plus de lacanien pur à ma connaissance, et surtout on a pu beaucoup se moquer de la psychanalyse en général, et lacanienne en particulier. Néanmoins le lacanisme pose quand même cette question : dans quelle mesure l'analysant, pour l'analyste, est-il une Mère ? Le kleinien dirait : le sein ? car à vrai dire, l'analysant paie, source de revenus, donc d'existence. Comme une mère.

Une question qui évidemment se pose pour tou(te)s les accompagnateur(trice)s. Sous cet angle, ils peuvent s'avérer parasitaires, seulement toute la question est de s'avérer une bactérie utile pour l'organisme de l'accompagné(e), plutôt qu'un virus, sachant en outre qu'entre un rhume et le VIH il y a un monde.

Enfin, on peut se demander dans quelle mesure l'accompagnant(e) n'a pas à être perturbateur(trice), afin de réaliser un accompagnement pertinent ! c'est-à-dire qu'il doit - pour filer la métaphore - perturber l'équilibre sanitaire, momentanément, même voire surtout si cet équilibre était maladif pour commencer. Caution, bio hazard.

Voir aussi : Viabilités psychanalytiques en perspective et Intelligences (Viabilités psychanalytiques en perspective 2).

 

 

 

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2 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 19 août 17:53

    Who’s this Nietzsche everybody is talking about ?

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