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Carton rouge pour Uber à Londres

Londres, la Mecque de la « gig economy » – littéralement « économie des petits boulots », et sur le fond « l’économie à la tâche mondialisée ») - est la première grande capitale à interdire Uber dans ses rues : le vendredi 22 septembrele les autorités de la ville ont refusé de renouveler sa licence au plus gros service de taxi en ligne.

Les dirigeants de « Transport for London » (TfL) ont rejeté le renouvellement de la licence d'Uber - qui expire le 30 septembre - au motif que cet opérateur de location de voitures privé ne répond pas aux critères de « compétence et d’honorabilité ».

Le syndicat des chauffeurs routiers et taxis « GMB » qui avait organisé une manifestation de 100 000 personnes lundi dernier devant l’Hôtel de Ville pour demander à la compagnie de VTC de respecter les droits des travailleurs ou de quitter Londres a salué la décision en la qualifiant de « victoire historique pour les droits des travailleurs et de la sécurité des passagers ».

Uber conteste cette décision et met en avant le fait que son activité consiste simplement à gérer une application de téléphonie mobile qui permet aux utilisateurs de réserver des voitures depuis leurs smartphones dans diverses villes à travers le monde et les chauffeurs sont des travailleurs « indépendants », mais le syndicat GMB avait gagné un procès important l'année dernière aux « prud’hommes anglais » considérant que les conducteurs « indépendants » d'Uber étaient en réalité des salariés déguisés ayant les mêmes droits que las autres salariés, à commencer par un salaire minimum garanti et des salaires réguliers.

Un porte-parole de « Transport for London » a déclaré que les responsables de l’autorité londonienne considéraient que les conceptions et les méthodes des gestion d'Uber « faisaient apparaitre une absence de responsabilité d'entreprise » en ce qui concerne la déclaration d'infractions pénales graves, l'obtention de certificats médicaux et la vérificationsa des antécédents des chauffeurs. Il a également mis en cause l'utilisation par la société du logiciel "Greyball", spécialement conçu pour échapper aux radars et à la police.

Mme Frances O'Grady, la sectrétaire générale du « Trades Union Congress (TUC) », l'organisation fédératrice des syndicats britanniques , a déclaré que « le sort d'Uber était entièrement entre ses mains et devrait être considérée comme un avertissement pour les employeurs de l'économie GIG. Ces entreprises ont le choix. Ils peuvent négocier avec nous et trouver un accord équitable pour les travailleurs. Ou ils peuvent se retrouver devant les tribunaux et faire la Une des journaux. La décision d'aujourd'hui montre le pouvoir de l’action syndicale."

Le maire de Londres, M. Sadiq Khan, a déclaré qu'il « appuie pleinement » la décision de « Transport for London » et a annoncé que « toutes les entreprises ayant une activité à Londres devaient respecter les règles et respecter les règles, en particulier en ce qui concerne la sécurité des clients ».

Le responsable travailliste M. Andy McDonald, a accusé les conservateurs de n’avoir pas suivi les recommandations de la Commission des Transports pour une réforme du secteur réalisée il y a plus de trois ans. Il a déclaré que les pratiques d'Uber semblaient être conçues pour contourner la réglementation et fuir ses responsabilités « compromettant la sécurité des passagers et les droits des travailleurs du secteur ».

Uber a déclaré qu'il allait immédiatement faire appel de la décision et a déclaré que « les 3,5 millions de Londoniens utilisateurs de ses services ainsi les 40 000 chauffeurs franchisés dont c’est le gagne-pain seraient étonnés par cette décision ». Dans un communiqué, la société a déclaré que cette prise de position « montrerait au monde entier que, loin d'être ouverte, Londres est fermée aux entreprises innovantes ».

Mme Maria Ludkin, l’avocate représentante juridique du GMB, a promis que le syndicat s’opposerait toujours à « l'emploi soi-disant autonome et à l'exploitation abusive » . Elle a déclaré que la décision prise à Londres était « une piqûre de rappel à une entreprise qui a été trop longtemps dans le déni ».

Le président régional de « Unite London », M. Jim Kelly, de la section des « black cabs » (taxis londoniens), a félicité M. Khan et TfL  »d’assurer la sécurité des passagers et des londoniens face aux gros intérêts d'Uber, en refusant que Londres devienne le far-west du commerce des taxis. »

M. Michael Joseph Cash, secrétaire général du « National Union of Rail, Maritime and Transport Workers » (RMT) a déclaré que la décision était un "tremplin" pour mettre fin à la déréglementation dans l'industrie des transports et a appelé à soutenir le projet de loi d'initiative parlementaire du député Daniel Zeichner pour la réforme de l'industrie du taxi et de la location privée.

Il faut s'attendre maintenant à une longue bataille juridique truffée d'experts !


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13 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 24 septembre 13:10

    Le coup de semonce va résonner bien au-delà de chez Uber, il pourrait bien signifier que l’UK souhaite réellement reprendre ses billes.

    Espérons que ce n’est pas juste un coup de bluff juste destiné à mettre du poids dans la balance.

    Wait and see...

    A noter la pauvreté des arguments de défense de Uber, indéfendables dans une société digne de ce nom qui défend à minima les intérêts communs.


    • Daniel Roux Daniel Roux 24 septembre 13:25

      Les raisons invoquées ne sont que des prétextes.

      Pourquoi ne pas avouer la véritable raison :

      L’absence de retombée fiscale et de connivences rémunératrices.

      L’ubérisation de l’économie, c’est une plateforme, basée dans un paradis fiscal, utilisant une technologie avancée mettant en relation des clients et des entrepreneurs individuels sous contrat précaire, en optimisant le service. La plateforme reçoit les paiements dans le paradis fiscal, prélève ce qu’elle estime être son dû et restitue le solde aux entrepreneurs individuels qui devront s’en débrouiller.

      Les avantages :

      1) Le client paie moins cher un service qu’il estime être de meilleur qualité.
      2) La plateforme fait des bénéfices et se développe.

      Les inconvénients :

      1) L’entrepreneur individuel qui assume son rôle de fournisseur de service de qualité à bas prix prend tous les risques et supporte tous les efforts.

      Il n’a ni protection sociale, ni contrat garantissant la pérennité et la rentabilité de son entreprise.

      C’est un précaire surexploité, corvéable à merci qui n’a aucun recours légal en cas de rupture unilatéral d’un contrat léonin.

      2) Les salariés des entreprises avec pignon sur rue, qui paient les impôts, les cotisations sociales, se soumettent aux règles et normes coûteuses. Ils devront subir les conséquences d’une concurrence déloyale, perdre leur emploi ou se précariser en entreprise individuelle.

      3) Les finances des états qui perdent le montant des taxes des entreprises en difficultés sans gagner les taxes de la plateforme à l’abri dans un paradis fiscal.

      Imaginons que les plateformes acceptent de payer des impôts et que les financiers et leurs sbires, les hommes politiques, y trouvent leur compte ?

      Ce serait une catastrophe pour les salariés et les PME. La précarité deviendrait la norme pour tous.

      « S’adapter ou disparaître » Diront les donneurs de leçon bien à l’abri de la concurrence.

      Gageons que dans ce cas, la bonne vieille fable moraliste des Canuts de Lyon, ses réfractaires au progrès, ces empêcheurs d’exploiter en rond, ferait les titres de tous les médias.

       


      • ZenZoe ZenZoe 25 septembre 10:54

        @Daniel Roux
        Vous tapez en plein dans le mille bien sûr.
        En tout cas, ce n’est pas parce que la précarité des chauffeurs UBER inquiète le gouvernement. Si le RU était soucieux du bien-être des travailleurs, ça se saurait smiley


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 25 septembre 11:03

        @ZenZoe

        ce qui inquiète le gouvernement, ce sont les voix des chauffeurs de taxis et des autres salariés au moment des élections et la montée en puissance des syndicats, c’est tout ! Mais ce n’est pas rien. Sans réactions de la part des intéressés, on continue à charger la bête. Quand elle rue, on se méfie, et quand elle est en colère, on a peur !

      • generation désenchantée 24 septembre 13:43

         UBER fait des profits ou non ?

        https://www.lesechos.fr/06/01/2017/lesechos.fr/0211666566538_uber-pourra-t-il-devenir-rentable-un-jour—.htm

        en fait je pense que toutes les start-ups , beaucoup des grosses firmes du net ne sont pas des entreprises qui vont tenir le choc lorsque leur bulle va exploser

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Bulle_Internet


        • Anatine 25 septembre 09:16

          Une plateforme est un bien commum et son usage doit etre un service ouvert.


          • Daniel Roux Daniel Roux 25 septembre 11:54

            @Anatine

            Pourquoi pas sous le forme d’une coopérative de services dont les sociétaires seraient des entrepreneurs indépendants ?


          • Garibaldi2 25 septembre 13:49

            @Daniel Roux

            C’est la meilleure solution contre l’ubérisation de la société : que les salariés et/ou autoentrepreneurs se regroupent et créent leur propre plate-forme, le seul vrai problème c’est le capital de départ, mais là la banque publique d’investissement devrait pouvoir le faire.


          • Eric F Eric F 25 septembre 11:48

            En tout cas, le fait que le pays phare de la libéralisation à outrance mette le holà à l’économie « hors sol » est plutôt bon signe, peu importe les raisons ou prétextes. Mais l’économie sauvage va quand même continuer à se développer, sous la flatteuse bannière de l’économie « sociale et solidaire » (alors qu’elle est en l’occurrence anti-sociale et individualiste). Les portefaix attendant l’embauche pour la journée sur les parkings des grandes agglomérations ou la place du village, le futur ubérisé cher à Macron ressemblera au passé


            • François Vesin François Vesin 25 septembre 12:05

              «  Une plateforme est un bien commum et 

              son usage doit etre un service ouvert. »

              Pour autant que tout cela procède d’une décision démocratique
              et non pas de mafias qui exploitent la précarité depuis les paradis fiscaux !!!

              Le jour où les charcutiers s’improviseront chirurgiens
              il sera trop tard pour en appeler à un Etat souverain protecteur des citoyens !


              • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 25 septembre 13:56

                @François Vesin

                Oui, et il suffit de faire un raisonnement par l’absurde pour partager votre point de vue.

                Imaginons que le système se généralise : plus d’impôts payés par les sociétés, plus d’impôts payés par les précaires non imposables, plus d’état, plus d’armée, ni de police, ni d’hôpitaux ni d’écoles, etc....

                Les prédateurs ne prospèrent que dans un environnement où les proiens sont beaucoup plus nombreuses que les chasseurs. Encore faut-il que les proies trouvent de la nourriture, et de toutes façons, nous ne sommes pas des herbivores, ni eux des félins, et l’humanité n’est pas la jungle !


              • wesson wesson 25 septembre 16:33

                Il y a encore des gens qui n’ont pas compris avec Trump et le Brexit. 


                Les anglos ont fait la mondialisation et rendu possible l’ubérisation de la société. C’est eux qui ont mis Thatcher et Reagan au pouvoir pour ça.

                Mais ils sont en train de s’apercevoir qu’il vont en crever ! Que la mortalité augmente chez les blancs d’âge moyen, que l’espérance de vie en bonne santé diminue. 

                Alors ils sont tout simplement en train de changer de modèle. Même si ça patine au départ, même si c’est dans le bazar qu’il le font, ils le font quand même. C’est les « chavs » qui ont voté le Brexit, mais c’est les conservateurs qui l’assument quand même. Et Corbyn qui risque d’être le prochain PM Anglais ira probablement bien plus loin que cela.

                Et nous pendant ce temps, comme on as toujours 30 ans de retard sur eux, c’est notre version de Thatcher que nous venons de propulser à l’Élysée. 

                • Eric F Eric F 26 septembre 15:31

                  r@wesson
                  Intéressant point du vue ! Les USA ont trouvé depuis quinze ans le filon du protectionnisme, c’est la sécurité intérieure (NSA), j’ai travaillé jusqu’il y a cinq ans dans une multinationale et nous nous heurtions souvent au fait que certaines activités aux USA ne pouvaient être effectuées que par des citoyens locaux.
                  Maintenant, il y a quand même un phénomène qui leur échappe, c’est que la finance internationale est désormais « hors sol », les anglo-saxons peuvent se protéger en interne, mais ne peuvent plus contrôler l’économie mondiale.

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