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Catalan, de liuen, o fraire

Il y a six générations de cela la culture catalane dépérissait et l'identité des peuples catalans s'étiolait. De même dépérissait la culture provençale, elle aussi vouée aux gémonies d'un Etat-nation étouffant.

Mais cela ne faisait que deux générations que le français était devenu langue officielle dans les Etats Pontificaux et la principauté d'Orange, par l'annexion par la France, aussi le provençal rhodanien était encore une langue bien vivante, et la langue maternelle d'une bonne partie de la population. Au milieu du siècle, en plein mouvement romantique de tous les arts dont la poésie et la littérature, sept poètes provençalophones, en l'occurrence cinq sujets pontificaux et deux Provençaux, fondèrent dans le Comtat Venaissin le mouvement de la Respelido Prouvençalo, aussi connu comme le Felibrige. Au départ essentiellement poétique, il prit vite une dimension linguistique, en particulier lexicographique, avec un gros travail de recensement dans les quatre aires dialectales du provençal, puis graphique avec la simplification de la graphie du dialecte le plus vivant, le rhodanien. Dès les premières années du mouvement, des poètes de divers parlers de "langue d'oc" s'y joignirent, puis tout un groupe de poètes catalans des deux côtés des Pyrénées, qui adhérèrent d'abord au Felibrige. Finalement, et compte tenu de la taille de l'aire linguistique catalane, ces poètes continuèrent entre eux la Renaixença catalane. Les échanges continuèrent cependant, de même qu'avec certains poètes romantiques francophones centrés sur Paris.

Dans toute l'Europe la propagation de l'idéologie révolutionnaire française poussait d'anciens empires, ou fédérations de peuples, pays et statuts distincts, à devenir des Etats-nations en unifiant les structures politiques, en mélangeant et uniformisant les populations et en imposant des langues nationales uniques, c'est-à-dire en éradiquant (au sens propre) les peuples. Et dans plusieurs régions, les mouvements de maintenance des langues non nationales furent perçus (à tort ou à raison selon les cas) par les promoteurs du nationalisme étatique comme des résistants, c'est-à-dire des opposants politiques. Ce fut notamment le cas en Espagne il y a un siècle et demi, et certains poètes durent s'exiler pour éviter la prison, en particulier Victor Balaguer, l'une des figures du "catalanisme" du moment. Exilé, Balaguer fut accueilli et hébergé en Avignon par Jean Brunet.

Lorsqu'il put rentrer en Catalogne (Espagne), les poètes catalans décidèrent d'offrir un cadeau de reconnaissance aux poètes avignonnais, comtadins et provençaux, et firent réaliser une coupe en argent, dont le pied représente deux jeunes femmes figurant allégoriquement la Provence et la Catalogne. Ce cadeau fut remis lors d'un banquet d'adieu en Avignon, et Frédéric Mistral averti avait préparé un poème de remerciement, adapté à l'air d'un vieux cantique provençal. La Coupe en argent devint le trésor du Felibrige, gardé par le capoulié et sorti une fois par an, lors de la Santo-Estello. Et La Coupo devint l'hymne des pays provençaux, de la principauté d'Orange à celle de Monaco en passant par le Comtat Venaissin, la cité d'Avignon, la Provence et le comté de Nice, et elle est même chantée de l'autre côté du Rhône, partie de l'ancienne Provence romaine bien que pas provençalophone.

Plus tard les soubresauts de l'histoire politique mouvementée de l'Espagne, et le poids économique et démographique de la Catalogne, permirent à celle-ci d'imposer son autonomie politique grâce à laquelle elle put relever et diffuser sa langue. Au contraire la toute-puissance du totalitarisme républicain français, et de ses "hussards" instituteurs, a réussi à confiner le provençal au folklore et à en faire une langue menacée. Cent cinquante ans soit six générations ont suffi pour que le catalan en voie de marginalisation devienne très majoritaire, et paritairement langue maternelle, dans les pays catalans dont le coeur historique est à la veille de la restauration de la souveraineté qui assurera la survie de sa culture et de ses peuples. Cent cinquante ans soit six générations ont suffi pour que le provençal très majoritaire voire presque universellement parlé dans son aire linguistique devienne une curiosité folklorique dont la survie n'est pas assurée. Et en réalité, dans les deux cas, trois générations ont suffi et souvent deux peuvent suffire, à l'époque de la scolarité obligatoire, comme l'illustre le cas de l'Algérie d'après 1962. Tous les peuples dont l'identité est menacée ne peuvent aujourd'hui que reconnaître le résultat de la résistance linguistique catalane, et en tirer des enseignements vitaux.

Partageant le même héritage roman, les peuples provençaux et catalans ont formalisé leur amitié par la remise de cette coupe au dessin si symbolique, le 30 juillet 1867. Pour le cent-cinquantième anniversaire de cet événement, la Coupo sera exposée au public, en l'hôtel de ville d'Avignon, ce dimanche 30 juillet 2017 au matin.

Il eût été irrévérencieux de choisir une autre couverture pour la Neuvième Frontière, la synthèse de renseignement sur l'irréversibilité du processus de restauration de la souveraineté catalane, sorti le 26 juillet chez Lulu.com (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/la-neuvième-frontière/paperback/product-23271364.html).


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6 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 31 juillet 19:44

    La régionalisation de l’europe est un projet de l’Empire Européen. Il est plus facile de dominer une région qu’un pays, parce que la région est plus petite, et n’a pas d’armée. Dès que l’Etat-nation sera dissout, l’Empire va siffler la fin de la récréation et interdire toutes les langues régionales. 

    C’est ce qui s’est passé en Chine où les communistes en guerilla ont promis aux paysans de leur donner des terres s’ils les rejoignaient pour combattre l’ancien régime, et ont tout nationalisé dès qu’ils ont eu le pouvoir.

    • VICTOR Ayoli VICTOR Ayoli 1er août 08:45

      A queste cop ! As ben parla, fraïre.
      Grammaci é pas « adesiatz » : dieù, lou connaïsé pas et n’en volè pas maï.
      Ten té gailhard.


      • L'enfoiré L’enfoiré 1er août 10:17

        En fait, c’est le même procédé pour la plupart des langues.
        Il y a une compétition entre les langues pour exister.
        Le français de Paris a été imposé par François 1er qui a poussé la sortie du latin.
        Les autres langues sont devenues des dialectes de fait.
        La langue bretonne renait lors des fêtes interceltiques de Lorient
        Les langues ont une diffusion et sa survivance est dépendant de sa volonté d’évoluer.
        La Langue d’oc peut désigner : L’ensemble des pays de langue d’oc, appelé aussi Occitanie ou Pays d’Oc ; L’ancienne forme de la province de Languedoc ; L’occitan ou langue d’oc, une langue romane (langue parlée au sud de France, au nord-ouest de l’Italie, en Val d’Aran et à Monaco).

        La bataille d’indépendance que livre la Catalogne, va plus loin et a des relents des commerciaux.
        Est-elle justifiée uniquement par la langue ou par la singularisation ou de nationalisme-régionalisme ?
        Les Kurdes se retrouvent sur plusieurs pays sans nation.


        • Stratediplo 1er août 14:47

          Gramaci pèr lou coumentari.

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