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Ce qui attend l’Asie centrale après le retrait américain d’Afghanistan

Quand les États-Unis décident de déployer leurs troupes quelque part en dehors du monde occidental, cela cause deux grands problèmes. Le premier survient lorsque les États-Unis envahissent une certaine région en y détruisant le statu quo géopolitique. Le second - quand ils retirent leurs forces en laissant le chaos derrière eux. 

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Après plus de 40 ans d'activités militaires ininterrompues, l'Afghanistan fait penser à un nid de guêpes éventré. 

En Inde, ce pays est souvent qualifié de "cœur de l'Asie", où se rejoignent les nœuds de très nombreux problèmes régionaux et mondiaux. 

L'instabilité accrue en Afghanistan suite au retrait des forces américaines et à l'aggravation de la guerre civile engendre de graves problèmes pour la sécurité des pays d'Asie centrale. 

Même en croyant les nombreuses déclarations des talibans qu'ils n'attaqueront pas les pays d'Asie centrale, cela n'exclut pas la menace liée aux nombreux groupes extrémistes ethniques de ressortissants de l'espace postsoviétique, qui se trouvent actuellement au nord de l'Afghanistan, près des frontières de l'Asie centrale. 

Des centres d'entraînement liés aux différents groupes terroristes internationaux ont été créés dans plusieurs provinces au nord de l'Afghanistan. Ces groupes sont affiliés avec les talibans, Daech, Al-Qaïda et des groupes ethniques (ressortissants des pays d'Asie centrale, des Ouïgours, des Caucasiens, des Arabes). 

La tendance du renforcement du chaos, même dans le nord autrefois paisible de l'Afghanistan, est confirmée par les communiqués sur les remplacements périodiques par différentes bandes antigouvernementales des drapeaux blancs des talibans par des drapeaux noirs de Daech, et inversement. Sachant que le changement de drapeau dépend de différents facteurs conjoncturels, notamment du financement des sponsors extérieurs ou d'autres intérêts politiques éphémères. 

Après l'apparition de l'État islamique au Khorassan a commencé le passage de plusieurs unités talibanes de son côté. En plus de l'afflux financier du Moyen-Orient et du soutien de Daech via les canaux logistiques depuis le nord du Pakistan, à cela ont contribué les conflits entre les différentes unités des talibans pour le contrôle des revenus des plantations de pavot et des laboratoires de production d'héroïne. La terreur et l'intimidation d'anciens talibans ont également joué un rôle important dans le passage du côté de Daech. 

L'existence de Daech et d'Al-Qaïda apporte une motivation supplémentaire à la radicalisation des talibans. Le passage de leur partie la plus radicale (avant tout des jeunes) au sein de Daech pourrait avoir un effet boule de neige. 

En aidant les pays d'Asie centrale à garantir leur sécurité, la Russie contribue également à la garantie de la sécurité de l'Europe. Dès maintenant, les Afghans se trouvent parmi les trois principaux groupes de réfugiés en Allemagne (avec les Syriens et les Irakiens). Pour l'instant, les vagues de réfugiés d'Afghanistan n'affectent pas l'axe nord (russe). Cependant, cela pourrait se produire en cas de déstabilisation majeure à la frontière de l'Afghanistan et de l'Asie centrale. Le Tadjikistan se prépare déjà à une nouvelle vague de réfugiés, alors que les États-Unis ont spécialement demandé aux pays d'Asie centrale s'il était possible de leur envoyer une partie des réfugiés. Dans ce cas, cette nouvelle vague de réfugiés pourrait submerger également l'Europe.

Il existe le problème de "migration terroriste" de combattants d'origine d'Asie centrale, qui pourraient soit rentrer chez eux du Moyen-Orient, soit partir combattre en Afghanistan voisin. Les combattants d'Asie centrale créent une menace d'attentats non seulement dans la région, mais également à l'échelle mondiale. Rien qu'en 2017, ils ont commis quatre grands attentats aux États-Unis, en Turquie, en Suède et en Russie. C'est pourquoi toute la communauté internationale souhaite empêcher un enracinement des groupes terroristes en Asie centrale et en Afghanistan. 

La menace pour les pays d'Asie centrale est généralement associée à l'activité des deux groupes terroristes les plus macabres, Daech et Al-Qaïda. L'intrusion de Daech en Afghanistan n'était pas hasardeuse ou subite, elle est soutenue par d'importantes forces régionales, voire internationales. C'est pourquoi il ne faut pas ignorer le facteur de l'État islamique au Khorassan en tant que menace clé pour la sécurité régionale. 

Nous assistons à l'heure actuelle à une hausse de l'intérêt de Daech pour l'Afghanistan et l'Asie centrale suite à la défaite de Daech en Syrie et en Irak. Au vu de l'instabilité accrue en Afghanistan, Daech a une chance de se doter d'une nouvelle base territoriale, perdue au Moyen-Orient.

Alexandre Lemoine

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3142


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6 réactions à cet article    


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 8 octobre 11:20

    L’intrusion de Daech en Afghanistan n’était pas hasardeuse ou subite, elle est soutenue par d’importantes forces régionales, voire internationales.

    Lesquels ? C’est toute la question.


    • Schrek Docteur Faustroll 8 octobre 11:45

      @Opposition contrôlée

      demandez à Fabius


    • Attila Attila 8 octobre 11:54

      @Docteur Faustroll
      Ou aux renseignements russes :

      les renseignements russes ont observé des va-et-viens d’hélicoptères dans le nord de l’Afghanistan :

      « Un faisceau d’indices permet aujourd’hui d’affirmer que Washington a coopéré avec des combattants de Daech* dans le nord de l’Afghanistan, a déclaré ce jeudi 22 juillet la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova. »

      « Nous avions beaucoup de questions sur les vols d’hélicoptères banalisés, enregistrés depuis 2017 dans les zones d’activité de Daech*, surtout dans le nord de l’Afghanistan. Selon des sources afghanes, les troupes de Daech* ont reçu par ce biais des renforts, des armes et des munitions. Des terroristes morts et blessés ont aussi été retirés des champs de bataille » Lien

      .


    • Attila Attila 9 octobre 10:57

      @Attila
      Négociation avec les Talibans d’un côté, soutient à Daesh de l’autre, les États-Unis jouent la carte du chaos en Afghanistan. Plus besoin de dépenser des milliards, les islamistes font le boulot.



    • MagicBuster 8 octobre 12:01

      Qu’est-ce qui interdit que les USA et l’URSS soient en fait des associés ?

      Pourquoi se laisseraient-ils voler la vedette par un autre pays ou coalition ?
      (inde/Chine... europe/brics ....)

      Réfléchissez-y.
      Bonne journée.


      • Clocel Clocel 8 octobre 12:14

        Delenda Babylone !

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Patrice Bravo

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