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Accueil du site > Tribune Libre > Célébrant les mystères de la dive bouteille...

Célébrant les mystères de la dive bouteille...

"En faisant ce métier d'échanson, Bilot affectait une religieuse gravité ; on eût dit un prêtre de Bacchus officiant et célébrant les mystères de la dive bouteille ; il ne lui manquait que d'être couronné de lierre ou de pampre. Ces cérémonies augmentaient la valeur du vin qu’il servait, lequel était réellement fort bon et plus digne d’une table royale que d’un cabaret."

C'est ainsi que Théophile Gautier évoque un aubergiste, Maître Bilot en train de servir du vin à ses hôtes... C'est, là, un extrait d'un des romans les plus connus de cet auteur, intitulé Le Capitaine Fracasse...

 

La bouteille que sert l'aubergiste est décrite, avec de nombreux détails : "Il prit des mains du sommelier la bouteille grise de poussière et tapissée de toile d’araignée, la décoiffa de son casque de cire avec des précautions infinies, extirpa du goulot, sans secousse, le bouchon tenace, et d’une main aussi ferme que si elle eût été coulée en bronze versa un fil de liqueur blond, comme la topaze, dans les verres de Venise à pied en spirale..."

 

Le nom "bouteille" nous est si familier qu'on oublie d'en percevoir l'éclat : avec sa labiale initiale, sa dentale "t", sa finale aux teintes éblouissantes, ce mot est pourtant plein de résonances.

 

Issu du latin "butticula", formation de diminutif, la bouteille prend pour base le mot "buttis" qui désigne un récipient à vin, une outre, chez les romains...

 

Les romains étaient de grands amateurs de vins et il n'est pas étonnant qu'on leur ait emprunté ce mot : on connaît quelques noms fameux de ces breuvages anciens : Mulsum, Turriculae, Carenum, Falernum, vins agrémentés de miel et d'épices, d'eau de mer ou de coings...

 

Le terme "bouteille" n'est plus, de nos jours, réservé aux vins, toutes sortes de boissons sont, désormais, mises en bouteilles et ce récipient nous accompagne, tous les jours.

Par métonymie, ce terme peut désigner, aussi, le contenu de la bouteille...

Les embouteillages, sur nos routes, désignent des embarras de circulation : les voitures sont comme emprisonnées dans une bouteille, elles sont à l'arrêt, incapables d'avancer...

Ce mot bouteille a donné lieu, aussi, à quelques expressions savoureuses ou plaisantes : "jeter une bouteille à la mer, avoir ou prendre de la bouteille, aimer la bouteille"...

 

Ce nom évoque, en nous, des images de fête, des bonnes bouteilles, du Champagne, du Sauterne, des vins pétillants et joyeux, des vins enivrants.

 

La forme même évasée de la bouteille est, souvent, pleine d'élégance, de légèreté.

Certaines bouteilles élancées, aux verres colorés, sont de véritables oeuvres d'art...

Cannelures, éclats martelés, teintes de vert, certaines bouteilles nous séduisent, par leurs formes aériennes...

 

On songe, aussi, à la "dive bouteille" de Rabelais... Le vin, la bouteille, la vigne occupent une place de choix dans l'oeuvre de cet humaniste : le vin symbolise l'inspiration, la soif et la quête de connaissances : dans le Cinquième livre, c'est cette soif qui mène Pantagruel et ses amis vers l'oracle de la dive bouteille, une quête de vérité à trouver au plus profond de soi-même....

 

La dive bouteille permet d'étancher une soif de connaissances, elle est une invitation à profiter des plaisirs de la vie, mais aussi une incitation à la découverte permanente, à un enrichissement personnel...

 

C'est sur le sort de l'humanité tout entière que les Pantagruélistes sont allés consulter l'oracle de la Dive Bouteille et l'oracle leur a répondu : "TRINCH, abreuvez ­vous aux sources de la connaissance."

Connaître pour aimer, c'est, là, le secret de la vie...

Oui, décidément, ce mot "bouteille" est rempli de symboles, d'images lumineuses, de messages essentiels : la vie n'est-elle pas cette quête incessante de la dive bouteille ?

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/article-celebrant-les-mysteres-de-la-dive-bouteille-125318250.html

 

L'extrait du Capitaine Fracasse :

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Capitaine_Fracasse/Chapitre_VIII

 

Vidéo :

 


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16 réactions à cet article    


  • sarcastelle 30 décembre 2017 11:58

    La morale religieuse hier, la promotion de la boisson aujourd’hui...


    • Diogène diogène 30 décembre 2017 12:10

      @sarcastelle

      « Ninette ma Ninette 
      Vois ce beau raison 
      Oh ! dit la fillette 
      Y’en a plein la main 
      Que la grappe est belle 
      Que les grains sont noirs 
      Le bon vin dit-elle 
      Coulera du pressoir »


    • rosemar rosemar 30 décembre 2017 12:14

      @sarcastelle

      C’est ce qu’on appelle de l’éclectisme... encore que le vin de messe...

    • phan 30 décembre 2017 14:14

      @rosemar
      Attention la correctrice est élevée chez les sœurs, pas du tout folle de messe ! 

      On n’entend plus Rocla+ ?
      PS : buticula ou butticula ?
      Les expressions PetiQlà ou Bout du con sont elles incorrectes ?

    • rosemar rosemar 30 décembre 2017 14:31

      @phan

      Oui, où est passé Rocla ??

      Butticula semble avoir deux orthographes... 
      On peut aussi décliner le mot :butticula, butticulam, butticulae, etc.https://latin.cactus2000.de/noun/shownoun_en.php?n=butticula

    • Diogène diogène 30 décembre 2017 15:11

      @phan

      En tous cas, il existe une grande différence entre bouteille et flacon : on couche la bouteille quand elle est bouchée, on bouche le flacon quand il est couché.

    • phan 30 décembre 2017 16:24

      @diogène

      Une outre chez les romains contient du vin, une outre-mer contient de l’eau de mer chez les latins ?
      En Moselle, le vin de messe est il meilleur ?
      Et avec le métier d’autrefois disparu « Bouteiller », je comprends mieux l’appellation contrôlée des 2 stations : Choisy le Roi et Bourg la Reine.


    • rosemar rosemar 30 décembre 2017 18:30

      @phan

      MERCI pour le dessin amusant...
      Et personne n’évoque la culture ? car le vin est aussi la métaphore de la connaissance...

    • Parrhesia Parrhesia 30 décembre 2017 20:55

      @rosemar
      D’ailleurs, la sagesse populaire dit bien : « Il vaut mieux boire le vin d’ici que l’eau de là ! »


    • Jason Jason 31 décembre 2017 16:38

      @Parrhesia


      Du même tonneau. Glané du côté de Rodez : Mon verre, quand il est plein, je le vide. Quand il est vide, je le plains.

    • Jason Jason 30 décembre 2017 15:09

      « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ».


      Au piot, au piot ! (Rabelais).

      Remplis, remplis mon verre jusqu’au matin... (Offebach, Les contes d’Hoffmann).

      Comme notre République veut qu’on fonctionne à l’eau, « l’alcool, voilà l’ennemi », entend-on un peu partout. Ce qui réjouit les fabricants de sodas. L’usine va-t-elle remplacer la vigne ?


      • Aristide Aristide 30 décembre 2017 18:57

        @rosemar

        L’insoumis immobilier en rajoute sur la protection de la vie privée qui lui a coûté la divulgation de son usage immodéré d’un appart a loyer très modéré de la Ville de Paris. C’est vrai qu’en ancien conseiller municipal, la file d’attente est moins longue ...

        Et pis, il faut exister ...

      • Parrhesia Parrhesia 30 décembre 2017 20:58

        @rosemar
        Oui... Enfin... La modération, il ne faut pas en abuser non plus !


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er janvier 18:28

        1933

        UN RUDE HIVER

        - C’est pas drôle de travailler, disait Annette. Quand on est espionne on boit du champagne et on tire des coups de revolver, c’est la vraie vie ça.

        - Ah la la, dit Poli, je t’vois en train de tirer des coups de revolver, tu casserais la bouteille de champagne, mais tu descendrais pas ton homme, peuh.


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er janvier 18:35

          Queue NO ou Mister NO BODY. Quand le vin a du corps, la bouteille a de l’âme. Une bouteille avec une main soufflée en bosse a circulé de main en main à Paris en 1986. Son propiétaire, jaloux de son bien, offrait le vin, mais récupérait la miraculée en partant. Facétieux et radin, il conservait malgré tout ses amis. C’est que la rencontre fut supérieure au cadeau.

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