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Accueil du site > Tribune Libre > Ces mots qui font mal. La névrose : de l’enfant à l’adulte

Ces mots qui font mal. La névrose : de l’enfant à l’adulte

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter un fils comme toi ?

"Tu ne devrais pas mettre ce T-shirt"

"Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter un fils comme toi ? Dis-moi ?"

"T'as l'impression de servir à quelque chose là ? T'as pas autre chose à foutre de ton temps ?"

"Tu as de grosses mains ma fille."

"Si j'avais su que je serais condamné.e à nourrir cette bande d'ingrats. J'ai pris perpet !"

"Vous me bouffez l'existence. Mon dieu, je vais les vendre ces enfants."

Tous ces mots prononcés sans calculs, sous le coup de la colère souvent, ne seront jamais oubliés. Gravés, ils constitueront les éléments néfastes d'une mémoire traumatique. Ces violences verbales auront pour conséquence psychotraumatique des réminiscences intrusives qui envahiront la conscience (flash-back, cauchemars), mais pourront aussi agir à un niveau inconscient (névrose), et influencer négativement la vie d'un sujet. C'est assurément pourquoi l'adulte devrait veiller à ne plus prononcer ces mots destructeurs qui sont de véritables bombes à retardement.

Une campagne de sensibilisation contre la violence verbale | PARENTS.fr

LezAPe - Articles psychologiques sur les comportements de l'enfant
La prophétie autoréalisatrice : quand ce qui est prédit devient réalité

Aussi appelée "effet Pygmalion", ce concept est issu de la mythologie Grecque. La légende raconte que le sculpteur nommé Pygmalion tomba amoureux d'une de ses créations nommée Galatée. Cet amour était si grand et fort qu'il finit par prendre sa création pour une vraie femme. La déesse Aphrodite, qui se montra émue par cet amour si sincère, décida de le rendre possible en donnant vie à cette sculpture.

Autrement dit, la croyance aveugle de Pygmalion en la réalité de cet amour pourtant impossible au départ, aurait été comme une prédiction qui a fini par se concrétiser. Le fait d'y avoir cru si fort, d'avoir couvert la sculpture de mots d'amours, et de l'avoir considérée comme une personne, a rendu cet amour possible dans le réel.

Comme pour Ovide et sa légende, nous croire capables de réussir dans un projet de grand importance auquel personne ne croit, peut nous conduire à le réaliser. Inversement, les croyances limitantes sont des pensées négatives qui brident le sujet et lui font renoncer à son ambition, le menant à l'échec (auto-sabotage) avant même d'avoir essayé.

Que deviendra donc l'enfant qui a entendu depuis son plus jeune âge qu'il n'était bon à rien ou qu'il était en trop ? Pourra-t-il dépasser cette prophétie néfaste prononcée par un parent n'ayant pas réglé lui-même ses comptes avec ses propres parents ?

Le transgénérationnel
Il est fort probable en effet, que ce parent maltraitant ait aussi entendu ces mots blessants qu'il répète et transmet comme un virus à son enfant, qui sera peut-être à son tour un parent maltraitant. Génération après génération, la mauvaise croyancela fausse croyance, va pour ainsi dire se transmettre en s'incarnant en chaque nouveau né.
Il ne faut pas ignorer que les mots prononcés ont un pouvoir puissant. Ils ne sont jamais anodins. En consultation, bien des psychologues se retrouvent face à des adultes manquant d'estime d'eux-mêmes et de confiance. Tout ce qu'ils prétendent être n'a pas de valeur et n'est jamais assez bien. Mais pour plaire à qui ? Certainement pas à eux-mêmes. On parle bien d'une estime de soi si défaillante, qu'elle ne peut que dépendre du regard d'un autre qui à l'origine était le parent. Ainsi ces personnes se retrouvent-elles comme condamnées névrotiquement à séduire un parent inconscient (proches, amis, collègues...), afin que ce dernier puisse leur certifier qu'elles ont bien de la valeur (prisonnières du regard de l'autre).
Ce système tournant à vide puisque le doute est permanent, tous ces efforts sont vains. Le doute persiste, et l'adulte, poussé par l'enfant meurtri qui sommeille en lui, ne cesse d'attendre de chacun la confirmation qu'il vaut bien quelque chose. Une autre prison est aussi la comparaison perpétuelle avec les autres. Ah que l'on peut se haïr à penser les choses de cette manière ! La moindre critique, le moindre échec, et c'est alors la catastrophe, la confirmation terrible que la prophétie s'est bien réalisée. Quel drame !
 
Conscience et inconscience

> Conscience : Il y a bien sûr d'un côté les adultes, qui conscients de souffrir de ce manque d'estime d'eux-mêmes demandent de l'aide. La tâche est ardue, mais ils essaient tant bien que mal de trouver une issue ;

> Inconscience : Et puis il y a les autres. Ceux qui n'ont absolument aucune conscience que leur comportement présent est pleinement dicté par leur névrose (par exemple rabaisser l'autre dès que possible, ou éviter tout nouvel apprentissage afin de ne pas se retrouver confronté à leurs limites, leur impuissance). Ils luttent alors inconsciemment contre ce démon qui les ronge pourtant de l'intérieur.

Nous, thérapeutes, savons qu'il serait contre-productif de les contraindre à faire face à cette réalité. Certains prétendront même être plus brillants et confiants que la majorité d'entre nous (défense). Ils ne cesseront de prendre la parole pour étaler leur savoir et impressionner leurs hôtes.

La psychologie trouve là ses limites.

Ce que nous pouvons faire

- Accompagner les patients qui se sentent prêts à faire face à ces mots du passé qu'ils entendent toujours et qui ont saccagé leur enfance, puis l'adulte qu'ils sont devenus.

- Sensibiliser tout adulte ou professionnel sur la nuisance à moyen et long terme de ces mots qui nous le répétons, ne seront jamais sans conséquences.

- Sensibiliser sur le fait qu'une bonne estime de soi est parmi les choses les plus précieuses que peut posséder un enfant, et qu'une fois abimée, voire cassée, on ne la répare pas en un claquement de doigts.

Mots-clés : #estime_de_soi, #mots_blessants, #dévalorisation, #transgénérationnel, #prophétie_autoréalisatrice, #effet_pygmalion, #Ovide, #mythologie_Grecque, #sensibilisation, #névrose, #réminiscence, #psychotrauma, #mémoire_traumatique

https://www.jeanlucrobert.fr

Auteur de : 

Ma vérité sur l'autisme

LezAPe : La face cachée de la psychologie de l'enfant

L'ENFANT : L'instrument du Conflit Parental


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12 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Docteur Faustroll 3 novembre 2021 15:17

    Duhamel, lui, il n’a jamais de mots durs avec les enfants. Il est gentil. Les curé aussi, d’ailleurs.


    • ETIENNE 3 novembre 2021 18:35

      @Docteur Faustroll
      Pourtant il lui arrive de durcir devant un enfant


    • ZenZoe ZenZoe 3 novembre 2021 18:52

      @Docteur Faustroll
      Ok pour la boutade.
      Ceci dit, Duhamel et les curés violeurs étaient des salopards, mais ceux qui savaient et ont regardé ailleurs ne valent pas grand chose. Je me demande ce qui a fait le plus de mal à l’enfant : le tripotage poussé, ou le mur de silence absolu tout autour comme si c’était lui qui avait fait une connerie (quand il ne se prenait pas une baffe par-dessus le marché !).


    • quijote 4 novembre 2021 10:46

      @ZenZoe

      Remarque psychologiquement juste.


    • ZenZoe ZenZoe 3 novembre 2021 18:41

      Tout ce que vous dites est très bien vu bien sûr, mais je ne suis pas certaine que l’on puisse réparer totalement les dégâts. J’avais une amie psychologue clinicienne qui me répétait souvent à propos de ses patients ’’on ne fait pas de miracles’’ sur un ton découragé.

      Je me demande si déjà le fait d’admettre que ses propres parents ont été mauvais n’est pas un tabou absolu pour un enfant humilié, et que le reconnaître serait de fait une trahison et donc une rupture totale avec ce qui constitue souvent l’unique véritable lien d’attachement avec autrui.

      Sans doute la clé est-elle dans la compréhension de l’histoire personnelle de ses parents, du fait qu’ils ont été eux-mêmes humiliés comme vous le dites très bien, et que leurs insultes s’adressaient à eux-mêmes et pas à leur enfant, comme s’il était un miroir... Comprendre n’est pas suffisant pour guérir, mais c’est déjà un sacré antalgique !


      • Jean-Luc ROBERT Jean-Luc ROBERT 3 novembre 2021 19:34

        @ZenZoe
        Oui comprendre n’est pas suffisant pour guérir mais ça reste à mon sens une première étape fondamentale.


      • quijote 4 novembre 2021 11:07

        La psychologie devrait être enseignée à l’école. Et pourrait l’être sans le moindre problème depuis le CP jusqu’au lycée. La connaissance de soi et des autres étant normalement une priorité dans des sociétés de masse comme les nôtres. Cela permettrait d’agir préventivement sur nombre de problèmes de harcèlement et autres phénomènes de groupe que l’on observe à chaque nouvelle génération, ces dernières repartant par définition de zéro dans ce domaine comme dans d’autres. Les enseignements de la famille ne suffisent pas toujours, loin de là. Tous les problèmes ne seraient pas éliminés mais l’ensemble serait singulièrement amélioré : meilleure gestion du stress, besoin de moins de psy, de moins de psychotropes et autres drogues diverses et variées, etc. Les bénéfices à moyen et long termes seraient sans doute incommensurables. Et gratuits... Ce serait pas ça, le problème ? Ha ha ha...

        Au lieu de ça, « on » a choisi d’enseigner la théorie du genre et aussi d’autres doctrines plus ou moins extrémistes du fait d’un entrisme militant dans les cercles du pouvoir et de l’éducation.


        • quijote 4 novembre 2021 11:09

          @quijote

          On éviterait aussi la bêtise idéologique militante des « représentants du Bien sur terre ». Salut les amis !


        • Jean-Luc ROBERT Jean-Luc ROBERT 4 novembre 2021 15:19

          @quijote,
          Merci pour votre remarque. Oui je préférerais de loin un monde où l’on enseigne la psychologie à l’école au monde actuelle où l’on pense prioritaire d’enseigner la théorie du genre... en effet.


        • Effondré remonté Effondré remonté 4 novembre 2021 13:21

          Réarranger de manière plus confortable, par exemple contre le sens de la pente qui va fatalement en s’accentuant, les chaises de ce Titanic qu’est l’ego, la fausse conscience de soi, c’est bien, ça va un temps, ça peut améliorer la fausse conscience d’être, atténuer des paroxysmes de souffrance et donc de violence retournée d’une manière ou d’une autre, mais tout cela disparaîtra dans un dernier soupir après tant de bruit et de fureur de vivre une vie jamais réellement vécue. La psychologie occidentale, freudienne, post-freudienne, paraît être une étape intéressante dans le développement humain mais elle s’est développée sur les infinies variations de cette pathologie mentale qu’est l’ego et non sur la Conscience à jamais inconnaissable (par l’ego) mais totalement exprimable dans cette vie, ce corps, cet instant, puis l’autre instant, puis l’autre... à jamais...présence de la Vie éternelle...

          Débat refusé par la psychologie entre elle et la spiritualité, qui la dépasse infiniment.
          Et quand on parle ici de spiritualité, il s’agit de la seule qui vaille : l’Inconnaissance chrétienne (immanence et transcendance), le Yoga de la Connaissance (jnana-yôga), le bouddhisme Zen et... je ne vois pas d’autres Voies...

          Aplanir le terrain psychique pour préparer une âme au départ trop tourmentée à l’ascèse, la mettre en attente consciente de la Grâce (de Dieu), de la Libération (« jivan-mukta », libéré vivant), du Satori (Eveil à la Nature-de-Bouddha), serait l’honnête objectif de la psychologie ; il me semble que bien peu de psychologues l’envisagent ainsi...


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 novembre 2021 18:20

            Le plus grand mal : le mensonge..... L’enfant a besoin de repères pour grandir....Et s’il s’apperçoit qu’on lui ment, tout son univers s’écroule... Face au contes de fée et Saint-Nicolas, il suffit d’entrouvir une porte : c’est un conte, mais rien ne dit qu’il comporte une part de vérité ou de sagesse...Fermer la porte au merveilleux est aussi une erreur...


            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 novembre 2021 18:21

              Parfois, ce sont les non-dits qui détruisent... ;

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