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Ces OPNI (objets politiques non-identifiés) des législatives

Le renouveau voulu par Emmanuel Macron apporte son lot de bizarreries politiques : revenants recyclés, nouveaux venus surprenants, parvenus ou opportunistes assumés… Les assemblages de bric et de broc réalisés parfois à la va-vite risquent surtout de transformer le renouveau en déconvenue ce dimanche. 

Le pari de la « société civile »

C’est une promesse de campagne : une moitié de candidats sera issue de la « société civile », terme curieux pour désigner des personnes sans responsabilité politique antérieure. Sauf qu’il est parfois difficile de convaincre des personnes qui n’ont jamais fait de politique de s’y mettre, alors LREM balaie large. On peut ainsi citer Marie Sara, ancienne torera et directrice des arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer, accessoirement ex-épouse du tennisman Henri Leconte, Cédric Villani, mathématicien récipiendaire de la médaille Fields, ou encore Eric Halphen, magistrat, juge anti-corruption et écrivain. Nul doute qu’il s’agisse de personnalités méritantes et très certainement compétentes dans leur domaine d’expertises. Mais faut-il pour autant en faire des élus sans transition ?

LREM fait un pari, celui de porter au pouvoir des citoyens qui n’ont aucune expérience et aucune compétence politique, par volonté de casser un système de « carrières politiques ». Marchera ? Marchera pas ? Réponse dans cinq ans, ou bien avant peut-être. Mais comme Emmanuel Macron ne peut pas compter uniquement sur des novices, il lui faut aussi recaser ceux qui connaissent les ficelles du métier, à commencer par les amis.

Recyclages discrets

Sans surprise, il y a recyclage d’un certain nombre d’éléments du PS. Le très médiatique Gaspard Gantzer, camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA, a ainsi finalement renoncé à son parachutage dans le maquis breton, tant la résistance s’est révélée forte. Mais d’autres, nettement plus discrets, ont passé les tirs de barrage, certains étant même présentés eux-aussi comme « issus de la société civile » et donc sans accointance politique officielle. C’est notamment le cas des « amis » de Stéphane Séjourné, actuel conseiller politique d’Emmanuel Macron, qui a su habilement recaser nombre de connaissances ayant officié dans les partis dits « traditionnels », les cabinets ministériels ou dans les collectivités territoriales. De Sacha Houlié, ancien militant PS, à Pierre Person, également ancien membre du PS, en passant par Aurélien Taché, ex-chargé de missions à la région d'Ile-de-France et au ministère de logement, parachuté dans une circonscription du Val d’Oise, les « ex- » du Parti Socialiste moribond sont nombreux.

Tous ces anciens du PS ont au moins la caractéristique d’être jeunes. Mais voilà, à vouloir confondre jeunesse et renouveau, on prend les électeurs pour des lapins de six semaines. Ami très proche de Sébastien Séjournée, Gabriel Attal est typique de ces ex-socialistes qui masquent mal un certain opportunisme derrière leur engouement (sans doute sincère) pour Emmanuel Macron. En effet, militant socialiste depuis ses 17 ans, Gabriel Attal s’est encarté à la section locale du PS de Vanves aussitôt arrivé dans la ville. Conseiller municipal d’opposition à peine deux ans après, ce soutien ardent de François Hollande (il est dans l’équipe de campagne en 2012 sous les ordres de Marisol Touraine) est récompensé de son zèle par un poste de conseiller politique auprès de la nouvelle ministre de la santé et des affaires sociales. Gabriel Attal est alors le plus jeune conseiller du gouvernement. Tenté par la députation en 2016, Gabriel Attal demande l’investiture pour sa circonscription de Vanves, mais il se fait sèchement recadrer par les militants PS, qui plébiscitent Thomas Puijalon. Peu affecté par ce vote des militants sans doute déboussolés par la fin de mandat, Gabriel Attal obtient finalement grâce à Stéphane Séjourné l’investiture En Marche. Reste à savoir si les électeurs LREM voteront pour un candidat qui change aussi promptement de chapelle politique. Avec le renouveau est revenu l’opportunisme manifestement.

Opportunistes et survie

Mais si Gabriel Attal n’est pas le seul opportuniste des listes En Marche, lui a au moins pu compter sur un soutien de poids. Tous n’ont pas la même chance, Manuel Valls pourrait en témoigner. Pourtant, Emmanuel Macron et son mouvement représentent une telle opportunité de carrière que certains sont prêts à tous les reniements pour obtenir ou conserver un mandat. De gauche comme de droite ils sont nombreux à flairer la bonne occasion, jusque dans les campagnes. L’ex-UDI Jean-Nicolas Rousseau, maire d’Anvéville (Seine-Maritime) a ainsi tenté sa chance et demandé l’investiture En Marche dès le 08 mai… pour finalement jeter l’éponge le 12 mai. Philippe Folliot, député du Tarn, a de la même façon rallié Emmanuel Macron dès le mois de mars. Bien que ne pouvant pas être investi selon les règles LREM, lui s’est au moins assuré l’absence d’adversaire En Marche face à lui, comme Manuel Valls. Aurore Bergé, ancienne responsable de la campagne numérique d'Alain Juppé, et élue Les Républicains des Yvelines, a, elle, été investie dans la 10ème circonscription des Yvelines. Il faut dire que certains jouent leur survie politique : pas étonnant que LREM fasse des émules chez ceux dont les partis d’origine ont brûlé la carte d’adhérent.

En matière de constitution d’équipes, la volonté de renouveau d’Emmanuel Macron, s’est, quoi qu’il en soit, heurtée à une brutale réalité : on ne peut que très difficilement être à la fois jeune, expérimenté, compétent, charismatique et fin politique. Nul doute que quelques parles rares existent, mais de là à constituer une majorité au Parlement, voire un parti politique, il y a de la marge. Puisqu’il a bien fallu donner au moins l’illusion de tenir les promesses, LREM a donc saupoudré du neuf à côté du vieux, des « civils » aux cotés des routiers de la politique, en plus de quelques personnalités anecdotiques pour faire le show médiatique. Bref, de la bonne vieille politique convenue. Mais pour le renouveau, on repassera. D’autres avant Emmanuel Macron avaient promis « le changement pour maintenant » ; on ne sait que trop bien ce qu’il en a été. 

 

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 Droit de réponse : https://gabrielattal.en-marche.fr/fake_news_canard_enchaine

 

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5 réactions à cet article    


  • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 8 juin 12:57

    La plupart de ces pseudo OPNI sont comme les autres des oligarques, il suffit de lire « le Canard » d’hier...


    Pour éviter une trop grande naïveté

    • Orageux / Maxim Orageux 8 juin 13:00

      En marche, c’est comme le vide-grenier .....on récupère des vieux machins qu’on croit pouvoir réutiliser, et ça termine souvent soit aux encombrants, soit revendu sur LBC ou Ebay.....

      Ou bien, ça fait chouette sur une cheminée ou sur un coin de meuble avec la patine des années ...

      Prenez un Bayrou par exemple, on devine le vécu, c’est un peu bancal , et la boîte à musique à l’intérieur déconne un peu, mais bon, on sait que c’est pas du neuf non plus....

      Y’ avait un Juppé mais il a été remballé jusqu’au prochain vide-grenier !!!!


      • anaphore anaphore 8 juin 13:12

        Le tout venant de la canaille de droite et de la racaille de gauche. Un bel équipage pour le valet de l’oligarchie.... et roule ma poule !! Ca tiendra pas 5 ans tout ca !  smiley


        • L'enfoiré L’enfoiré 8 juin 14:23

          Qui connait tout de quelqu’un ?
          En principe le conjoint.... qui couche avec sa moitié.
          Mais c’est pas plus sûr.
          Les politiciens sont-ils différents des autres qui cherchent leurs intérêts et en deviennent parfois des canailles ou des racailles comme dit anaphores.
          A part la psychanalyse pourrait donner des indices plus précis.
          En fait, c’est ce qu’il faudrait pour se mettre en place parmi les élus. 


          • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 8 juin 15:16

            « OPNI » : « Objet Politique Non Identifié » est une expression que j’ai utilisée précédemment ... 


            Les choses intéressantes viendront d’ailleurs... 

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Auteur de l'article

Arthur Bertrand


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