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Accueil du site > Tribune Libre > César, l’écrivain qui, avec d’autres auteurs antiques, bouscule (...)

César, l’écrivain qui, avec d’autres auteurs antiques, bouscule aujourd’hui l’archéologie française

On l'avait enterrée un peu trop vite dans la fièvre de la déconstruction, du dénigrement et de la repentance de notre époque. Il y a seulement cinq ans, la Gaule, ce n'était rien, la patrie gauloise, un mythe, ses frontières, une invention de César ; Vercingétorix était une piètre figure (1) que l'auteur des Commentaires avait grandie pour se faire valoir. Le pays ne s'ouvrait à la civilisation qu'à l'arrivée des Romains. Les auteurs antiques avaient pourtant bien mis en exergue ses terres partout cultivées, sa productivité variée qui lui permettait d'exporter dans le monde entier, la qualité de son fer et de son armement, ses mercenaires, sa redoutable efficacité dans les expéditions militaires, preuve d'une certaine unité, on ne retenait de leurs textes que les rumeurs qui couraient sur ses habitants, leurs particularités, leurs différences qui en faisaient des "barbares". On ne mettait l'accent que sur les conflits qui parfois survenaient. Le documentaire d'Arte de ce 24 janvier "Les Gaulois au-delà du mythe" remet les pendules à l'heure.

La facilité avec laquelle César se déplace avec le convoi de chariots de ses "impedimenta" ne s'explique que parce qu'il existait un bon réseau routier sur tout le territoire. Quant au réseau fluvial, Strabon en a fait un étonnant éloge. Ce sont des indices qui parlent d'eux-mêmes.

Ayant hébergé le druide Divitiac, Cicéron ne pouvait ignorer ce qu'était vraiment la Gaule, et pourtant, il en a dit le plus grand mal. Dans mon apprentissage scolaire du latin, j'ai lu la plaidoirie dans laquelle, en tant qu'avocat, il assure la défense d'un gouverneur romain véreux contre lequel les Allobroges avaient porté plainte. On m'a fait admirer l'orateur, sa culture et sa langue. Merci à Arte d'avoir mis en évidence sa duplicité dans cette affaire. Merci aux archéologues de l'INRAP qui, par un travail patient, font aujourd'hui resurgir du sol l'étonnante réalité d'un peuple en avance sur son temps, à l'encontre de tout ce qu'on a dit jusque-là .

L'or des Celtes hante les esprits depuis l'Antiquité. Les auteurs grecs et romains mentionnent avec une stupeur mêlée d'envie la richesse en or de la Gaule, les trésors accumulés dans les sanctuaires ... on supposait que les Gaulois l'avaient récolté au prix de peu d'efforts, par orpaillage ou par exploitation superficielle http://antique.mrugala.net/Celte/Or%20gaulois/Or%20gaulois.htm grave erreur ! Les fouilles récentes révèlent que, plusieurs millénaires en avance sur d'autres peuples, les Gaulois exploitaient des mines d'or d'une façon industrielle. Il en était de même pour l'exploitation du sel, du fer et j'en passe, sans oublier toute l'industrie qui s'ensuit. Il n'y a pas lieu de s'étonner, César et d'autres l'ont consigné dans leurs écrits.(2) 

Très surprenante, la description que Strabon donne des maisons gauloises en les qualifiant de rondes. Et c'est ainsi que des générations d'écoliers se sont imaginés "nos ancêtres les Gaulois" habitant dans des huttes comme les indiens d'Amérique. Hélas ! Strabon a probablement voulu dire "au toit arrondi de chaume". Et c'est bien ce que les fouilles nous révèlent aujourd'hui grâce aux techniques modernes qui permettent de retrouver les emplacements de grandes fermes à partir des seules traces que les pieux ont laissées avant de pourrir. Dans les reconstitutions, il me semble toutefois que les toits ne devaient pas être aussi pentus. 

En plaine, les enclos mis au jour sont entourés d'un fossé et d'une palissade. Ils peuvent comporter une douzaine de bâtiments. En certains lieux, ils se succèdent à des distances régulières d'environ 700 mètres. Manifestement, nous avons là une implantation de colonisation réfléchie correspondant à un tracé cadastral en vue d'une exploitation agricole rationnelle. On retrouve un quadrillage cadastral semblable dans la plaine de la Limagne. Dans les vastes plaines de la Limagne, déclare l’archéologue Vincent Guichard, la situation est tout autre (que dans le reste de la Gaule), on observe un réseau incroyablement dense de hameaux plus modestes, éloignés de 2 à 3 km, qui se partagent la mise en valeur des terres. De son côté, Platon écrit que la plaine de son Atlantide était divisée en 60 000 grandes parcelles, chaque parcelle faisant un carré de dix stades sur dix. Un stade étant équivalent à 185m,25, l'erreur de M.Vincent Guichard est négligeable.(3)

Seraient-ce des extraterrestres descendus du ciel qui nous auraient colonisés en apportant dans nos plaines fertiles leur modèle d'exploitation... à moins que cela soient des colons venus du Proche et du Moyen-Orient, ce qui me semble plus vraisemblable. (4)

Il y a urgence à revenir aux textes antiques pour leur faire dire ce qu'ils disent vraiment et non ce que certains voudraient qu'ils disent dans un sens ou dans un autre. Car c'est bien la chose la plus incroyable qui soit de constater à quel point les traducteurs ont "falsifié" leurs traductions pour les accorder avec les errements archéologiques d'hier. C'est le cas, encore maintenant, des Commentaires que César a écrits sur la guerre des Gaules.

Passées sous silence les trois hautes tours d'Avaricum contre lesquelles les Romains ont dressé une rampe de près de 20 mètres de haut (et non une terrasse parallèle à la muraille, erreur de traduction). Les archéologues en ont bien retrouvé la trace mais ils les ont, comme d'habitude, attribuées aux Romains puisqu'il est dit que les Gaulois ne connaissaient, ni le mortier de chaux, ni l'art de construire en pierre, ce qui est absurde. Le texte césarien ne laisse planer aucun doute. César ne dit pas qu'elles étaient au nombre de trois mais il utilise bien le pluriel pour les désigner. Les assiégés avaient tenté une sortie par les deux portes qui se trouvaient de part et d'autre des tours (ab utroque latere turrium). (5)

Escamotées les redoutables forteresses, également construites de pierres, qui ont, plus d'une fois, obligé César à en faire le siège. Et les temples qui regorgeaient d'or et d'offrandes aux dieux, étaient-ils tous à l'image du petit sanctuaire en bois de Gournay-sur-Aronde ? Et nos villages médiévaux qui se dressent encore aujourd'hui sur leurs collines ne sont-ils pas, dans leurs plus anciens vestiges, ce qui reste de notre ancien urbanisme gaulois ? Il est logique qu'en plaine, les Gaulois aient construit en bois. Il est logique qu'ils aient construit aussi en pierre, là où la pierre était présente. Certes, le sanctuaire sacré de Corent est principalement de bois mais cela peut facilement s'expliquer par un souci religieux de n'utiliser que du bois de chêne.

Les Gaulois n'écrivaient pas leur langue et alors ? Moi qui suis d'origine bressane, je n'ignore pas qu'il a fallu attendre le XVII ème siècle pour que des lettrés se risquent à écrire le patois bressan.

C'est par leur art que les Gaulois nous parlent le mieux. Fabuleuse découverte que la mise au jour des carnyx de Tintignac. Ces carnyx nous conduisent tout droit au chaudron de Gundestrup où ils sont représentés. Ce semblant de dieu qui lève les deux bras, c'est le dieu du ciel des Gaulois dont parle César. Nous avons là une glorification du courage militaire. Appelés par le lion de Bibracte, les guerriers gaulois montent au combat au son du carnyx. Il marchent à la mort représentée en grand, derrière le chaudron/cercueil, dans l'obscurité duquel ils vont plonger. Ils savent que ce n'est qu'un passage avant de retrouver une "revie" dans l'autre monde, à un rang supérieur à celui qu'ils ont quitté. « Les Gaulois sont heureux quand la crainte de la mort, la plus terrible de toutes, les talonne. Ils se ruent au combat, l'esprit plein de courage. Leurs âmes sont prêtes à recevoir la mort. Ils savent que leur récompense sera la revie qui sera refusée au poltron. » (Lucain : Pharsale, livre II). Cette représentation sur deux niveaux n'est pas sans rappeller l'art mésopotamien. Le message "patriotique" qui s'y trouve est absolument identique à celui des chapiteaux de l'église/temple de Mont-Saint-Vincent, là où je situe Bibracte, la capitale du peuple éduen.

Le mont Beuvray n'est pas Bibracte. Ce n'est que le site de Gorgobina où César a installé les Boïens après la victoire qu'il a remportée sur eux et sur les Hélvètes. Position dominante, plus stratégique qu'économique, perdu dans les forêts mystiques du Morvan, l'oppidum du mont Beuvray a connu une histoire troublée, ce qui explique, en partie, la relative importance des vestiges qu'on y a trouvés (6). Contrairement à ce que prétend le documentaire d'Arte, le mont Beuvray ne recoupe pas, en tous points, la description que César donne de Bibracte pour la slmple raison qu'il ne la donne pas. Il est seulement écrit ceci : oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo qu'on ne peut traduire qu'ainsi : l’oppidum des Héduens de beaucoup le plus important et le plus riche (7). Quant au constat archéologique que fait Vincent Guichard en arguant du fait que ses deux enceintes correspondraient exactement à la description que fait César des "murus gallicus" d'Avaricum, son argument tombe à l'eau puisque sa traduction est tout simplement fausse. (8)

Spécialiste des fouilles en Auvergne, j'aurais aimé que l'archéologue Matthieu Poux nous parle un peu plus de Gergovie. Il n'en a pas dit un mot. Je reconnais là une prudence dont jusqu'à maintenant, il n'a pas fait preuve. Certes, il a bien qualifié son site de Corent de ville, passe encore, d'oppidum, ce qui est discutable vu l'absence de remparts, mais pas plus. Oubliée, sa grande métropole qui, centrée sur Corent, aurait été Gergovie. Bien lancé dans la carrière, M. Matthieu Poux a compris qu'il ne lui fallait plus prendre de risque inconsidéré au moment où Vincent Guichard en prenait beaucoup. Son allusion aux coupes en verre provenant des côtes syro-palestiniennes me semble être un virage positif vers le Proche-Orient, mais pas plus.

Dommage, car son site de Corent mériterait, à lui seul, toute une reconstitution, pas seulement archéologique mais aussi cinématographique. Si l'on en croit Platon et votre serviteur, ce pourrait être là que les prêtres de l'Atlantide officiaient.

Les dix rois/prêtres se rassemblaient tous les cinq et tous les six ans...Dans ces assemblées, ils délibéraient...On lâchait les taureaux... ils allaient à la chasse sans autre arme que des bâtons et des cordes... Après avoir pris un des taureaux, ils l'amenaient à la colonne, le plaçaient sur son sommet, et l'égorgeaient suivant les règles prescrites...Après ces cérémonies, ils puisaient du sang dans le cratère avec des fioles d'or et, en répandant une partie sur le feu...Ils prenaient ensuite leur repas suivant toujours les rites de la tradition. Puis, la nuit venue, après que le feu du sacrifice se fût éteint, ils se vêtaient tous d'une très belle robe bleu-azur et s'asseyaient par terre, près des restes consumés du sacrifice. (Extraits du Critias de Platon).

Et encore : le roi Luern faisait enclore un espace de douze stades carrés. Il y faisait remplir des cuves avec des bois­sons d’un grand prix, et préparer de telles quantités de victuailles que, plusieurs jours durant, il était permis à ceux qui voulaient entrer dans l’enceinte de goûter aux mets qu'on avait préparés et qui étaient à leur disposition sans interruption. (9)

Je ne vois que le plateau de Corent qui puisse se prêter à une telle chasse à courre et à de telles orgies, même avant l'urbanisation du site. Il suffisait, pour cela, de barrer les bords du plateau, là où l'abrupt des falaises n'aurait pas dissuadé l'animal. Le cadre, les restes de sacrifices, tout cela s'accorde avec ce qu'on trouve à Corent. Je ne connais pas le grec mais je pense qu'il serait judicieux de revoir les traductions courantes pour vérifier si cela ne pourrait pas correspondre encore mieux au site. En outre, la présence d'un ancien théâtre dans le prolongement de la plaine agricole se justifie et s'explique d'autant mieux par la nécessité d'y réunir périodiquement les responsables d'exploitations. Enfin, dans l'état actuel de la question, je ne vois pas à quel autre endroit plus favorable aurait pu se trouver le théâtre du débat public.

Mesdames et Messieurs les responsables de l'archéologie française, alors que nombre de pays font de leur patrimoine et du tourisme qui l'accompagne une de leurs principales ressources, comment ne pas se poser des questions sur l'incroyable aveuglement et pusillanimité du nôtre ? 

E. Mourey, 29 janvier 2015, extraits de mes ouvrages, http://www.bibracte.com

Renvois

1. Le dossier Vercingétorix de Christian Goudineau (Actes-sud)

2. Les Bituriges (de la région d'Autun) exploitent de grandes mines (DBG VII, 22)

3. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-atlantide-engloutie-suite-et-fin-68905

4. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-origines-pheniciennes-de-notre-69205

5. DBG VII, 24. 

6. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mont-beuvray-gorgobina-site-159475

7. DBG I, 23

8.http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-ma-reponse-aux-65791

9. Wikipédia, Posidonios d'Apamée (Athénée, Deipnosophistes IV 37, 1-19)


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20 réactions à cet article    


  • Diogène diogène 30 janvier 2015 09:05

    Le gros problème des Gaulois étaient leur fougue et leur trop grande spontanéité les empêchant de développer la Vraie Télépathie, seul moyen de communiquer avec leurs Frères et Sœurs de l’Espace. La catastrophe Jules César empêcha de développer ce moyen de communication directe qui aurait fait des Gaulois les premiers communicants de la planète Terre. Aujourd’hui, ça s’est transformé, à l’envers en 1789, en une forme nommée : « Démocratie », soit une œuvre du Diable (ou gouvernement, ou élite de l’Ombre. Une «  démocratie » basée sur des esclavagistes grecques.

    Le vrai mondialisme correspond AUX MONDES, c’est-à-dire aux autres peuples de l’espace, et pas uniquement à notre petite planète Terre ! Chaque monde, chaque pays gardant évidemment son autonomie propre.


    • Gollum Gollum 30 janvier 2015 10:29

      Merci aux archéologues de l’INRAP qui, par un travail patient, font aujourd’hui resurgir du sol l’étonnante réalité d’un peuple en avance sur son temps, à l’encontre de tout ce qu’on a dit jusque-là .


      Je ne suis pas souvent d’accord avec vous mais je suis bien d’accord sur cette manie de magnifier le monde romain au dépend de nos véritables ancêtres qui effectivement étaient loin de démériter.

      Il y a urgence à revenir aux textes antiques pour leur faire dire ce qu’ils disent vraiment et non ce que certains voudraient qu’ils disent dans un sens ou dans un autre. 

      Oui et c’est là où je ne suis pas du tout d’accord avec vous car vous avez la détestable manie de ne pas suivre la phrase ci-dessus. 

      En particulier Platon. Respectons ce qu’il dit quand il dit 9000 ans pour l’Atlantide. Qu’il place cette île au-delà des colonnes d’Hercule (c’est assez clair pourtant ?) et que de surcroît il dit qu’il existe un énorme continent au-delà de l’Océan… Ah mais au fait on le sait depuis 1492 cela. Tiens donc les Aztèques connaissaient un endroit mythique nommé Aztlan, situé dans l’A(z)tlantique peut-être ?

      Bref placer l’Atlantide en Gaule est une de vos marottes (elles sont nombreuses) où vous tordez les choses selon vos présupposés à vous dans le sens qui vous arrange.

      Ce qui fait que si vous dites parfois des choses qui peuvent être vraies et intéressantes elles sont malheureusement gâchées par cette fâcheuse tendance à affabuler. Qui ressemble presque à de la psychanalyse de bazar appliquée à l’archéologie.

      • Antenor Antenor 30 janvier 2015 22:39

        @ Emile

        "Certes, le sanctuaire sacré de Corent est principalement de bois mais cela peut facilement s’expliquer par un souci religieux de n’utiliser que du bois de chêne."

        La première construction est en bois et torchis mais il est ensuite remplacé par un bâtiment en pierres.


        • sls0 sls0 31 janvier 2015 01:26

          Si les gaulois construisaient plus en bois c’est peut être qu’ils s’étaient aperçu de deux choses.
          1° Qu’ils étaient entouré de forêts et que ça peut servir.
          2° Que c’est un très isolant thermique, pour un pays qui a une température moyenne de 9-10° à l’époque ce n’est pas idiot de l’employer.

          Je ne suis pas du tout historien mais il semble que la hache en fer c’est 900 ans av JC en Europe occidentale et la scie 800 ans av JC. Rien ne s’oppose à la construction en bois.

          Plus au sud, Macédoine et Liban il y a du bois qu’ils exportent.
          Pour les autres c’est un peu une matière stratégique le bois pour faire des bateaux, on cherche à avoir une ou des sources fiables.
          On se demande parfois pourquoi Obélix dit ’’ils sont ces romains’’ ou ’’ils sont fous ces grecs’’, c’est parce que parfois il y avait des batailles pour le bois.

          Un certain manque de bois et une température moyenne de 20-22°, la pierre ou la brique ce n’est pas idiot de les employer.

          C’est peut être qu’une simple histoire de bon sens qui à fait le choix du matériau.


          • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 2015 05:34

            @ Par sisO


            Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ce que je veux dire, c’est qu’il est absurde, de la part des archéologues, de prétendre que les Gaulois ne savaient construire qu’en bois parce qu’ils ignoraient l’usage du mortier de chaux et l’art de la construction en pierres. C’est ce qu’ils tirent comme enseignement de leurs fouilles du mont Beuvray en affirmant que ce sont les Romains qui y apportent les premières constructions en pierre. il s’ensuit, en ce qui concerne les murus gallicus d’Avaricum, qu’ils soutiennent mordicus que les pierres en façade ne peuvent être qu’empilées et non liées par un mortier, comme je le dis en traduisant « coagmentis ». Cela a été le grand sujet de discorde lors de précédents articles. L’affaire est importante, car en s’appuyant sur la mauvaise traduction de ce mot qui remonte très loin (car les traducteurs, eux aussi, pensaient que les Gaulois n’en étaient pas capables, ne vivant que dans des huttes), on m’ a systématiquement envoyé sur les roses quand je proposais de voir les véritables oppidum/capitales gauloises dans des fortifications de pierre toujours existantes, en ruines, ou disparues. Quand, à ma demande insistante - lettres au ministre etc - la Drac d’Auvergne a envoyé des archéologues au Crest, en Auvergne, là où je situe Gergovie, ils en sont revenus en affirmant qu’il ne s’y trouvait que des ruines du Moyen âge. Pour les archéologues que je connais, la règle est simple et automatique : ce qui est en bois est gaulois, ce qui est en pierre est romain... ponts, forteresses, maisons, il n’y a pas à discuter. Vous voyez le problème, d’autant plus qu’ils prétendent qu’il n’y a rien dans le texte de César qui permettent de dire le contraire, d’où l’importance de ne pas reconnaître que les murs de Bourges sont cimentés au mortier de chaux. Mais dès lors que je mets, en évidence, dans le présent article, la présence de trois hautes tours dans les murailles de Bourges, je vois mal comment ils pourraient encore prétendre que ces trois hautes tours pouvaient tenir debout sans que les pierres soient cimentées au mortier de chaux. 

            C’est pour cela que j’écris qu’Il est logique qu’ils aient construit aussi en pierre, là où la pierre était présente, ce qui me permet de repousser l’argument qu’on m’oppose systématiquement quand je propose de voir des capitales gauloises dans les ruines de fortifications en pierre, comme au Crest (Gergovie) et comme à Mont-Saint-Vincent (Bibracte)

          • psynom 31 janvier 2015 10:44

            qu’Il est logique qu’ils aient construit aussi en pierre, là où la pierre était présente, 

            Effectivement l’art de construire ne se limite pas une tradition.

            De partout dans le monde depuis la nuit des temps, on construit selon le climat, la destination du bâtiment, la symbolique que l’on veut lui donner, les matériaux à disposition, la technicité des constructeurs (du simple maçon, à la haute technicité des tailleurs de pierre, charpentiers, maîtres architectes...), aux moyens, aux coût, au temps que l’on est prêt à consacrer à sa fabrication...

            On ne construit pas une habitation comme l’on construit Stonehenge, comme l’on construit un lieu de culte avec tout la symbolique que l’on veut lui donner (la pierre et sa pérennité, son extraction de la terre, etc. a une autre symbolique que le bois..), des remparts dont la solidité à toutes sortes d’agressions doit être assurée, etc.


          • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 2015 15:23

            @ Psynom @ Par sisO @ Antenor

            Oui, mais ce que je veux arriver à dire - ce que mes interlocuteurs archéologues ne veulent pas comprendre - c’est qu’en persistant à ne pas vouloir remettre en question la localisation de nos anciennes capitales gauloises sous prétexte d’argument que les Gaulois ne pouvaient pas construire des fortifications en pierres - ce que je prouve faux en évoquant les trois tours d’Avaricum - ils en arrivent à la conclusion du documentaire d’Arte, à savoir que les Gaulois ne nous ont laissé aucun monument témoignant de leur histoire et surtout de leur pensée, et de l’évolution de cette pensée jusqu’à nous. Dans cette optique, les églises du Crest et de Mont-Saint-Vincent ne datent que des environs du XI I ème siècle alors qu’elles sont à l’origine de notre pensée. Le fil de cette pensée se trouve donc coupé et quand j’entend le dernier débat de Médiapart entre les vieux sages d’Edgar Morin et Régis Debray, j’ai la très désagréable impression qu’ils parlent dans le vide, en l’absence du « maillon manquant ».

            Je suis en fait plus naturaliste qu’historien, à condition d’y inclure l’anthropologie. Je ne vois pas d’ailleurs pourquoi on a fait de cette dernière une discipline, soi disant science, à part. La mondialisation ne change pas les soi disant lois de la nature (il faudrait trouver un autre mot que loi). Je constate que dans le débat précité, il ne s’y trouvait aucun sociologue et qu’on en est encore à raisonner dans les termes éculés de racisme.


            Je constate - je ne sais pas pourquoi , à moins que cela s’explique par des raisons plus ou moins obscures - qu’aucun représentant de l’archéologie répond à mes mails, ce qui me conduit à m’interroger sur l’état de notre société.

          • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 2015 15:48

            Si c’est en attendant de faire adopter une loi pour réserver à l’État la propriété entière des objets archéologiques mis au jour, ce serait un raisonnement ridicule et minable. Je n’ai pas acheté ma propriété historique pour faire de l’argent.


          • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 2015 15:58

            @ Par sisO


            Au sujet de l’antiquité de la hache, voyez le lien donné ci-dessous par Antenor

          • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 2015 15:59

            ancienneté


          • Antenor Antenor 31 janvier 2015 14:45

            Il y a eu quelques trouvailles archéologiques au Crest. Elles ne prouvent pas qu’il s’agit de Gergovie mais cela démontre au moins que quand on cherche, on trouve.

            http://adlfi.revues.org/4645

            A Bourges, on peut espérer qu’on découvre un jour un rempart de terre, bois et pierres sèches semblable à celui du Mont-Beuvray. S’il existe, ce rempart doit ceinturer une surface beaucoup plus large que le rempart dit gallo-romain. On se rendra alors encore mieux compte à quel point ce rempart sommaire ne correspond pas à celui de la bataille et que c’est bien le rempart dit gallo-romain qui a été l’objet des combats acharnés décrits par César.

            La différence entre le niveau technologique atteint par les Gaulois au second âge du fer et ce qu’on nous présente comme étant leur architecture ne choque personne ???


            • sls0 sls0 31 janvier 2015 20:32


              On peut lire dans le livre de Vicat (l’inventeur du ciment moderne), qu’au XIX ème les mortiers ce n’était pas encore le top au niveau emploi et qualité, même le mortier des romains employé depuis le premier siècle après JC.
              Dans le livre de Vitruve écrit en 25 av JC, on en parle ce qui ne veut pas dit qui soit connu et appliqué.

              Obélix n’a pas écrit de livre équivalent à Vitruve, il faut dire que pour l’écrit c’était le romain, le grec, l’égyptien..... mais pas le gaulois. Ce n’est que bien plus tard que l’on pourra sauvegarder l’audio.

              Les ancêtres d’Obélix ont quand même dû s’apercevoir que certaines pierres au contact du feu avaient des propriétés bizarres, s’ils ont maitrisé les bizarreries plus importantes du fer, ça devait être à leur portée intellectuelle de concevoir un mortier. Le tout est que la mode prenne. Dans le livre de Vicat on peut s’apercevoir qu’il y a une grande dispersion de qualités dans les pierres à chaux, ce n’est pas pour rien de le torchis était encore apprécié au XIXème, à l’époque gauloise ce ne devait pas être différent.

              Pour l’étude de la sismicité historique, les notaires c’est fiable car comptable, les chroniqueurs ce n’est pas fiable car très subjectif. Je suppose que les chroniqueurs romains qui sont les seuls références écrites pour la Gaule de l’époque la subjectivité ne devait pas être la qualité première et déplaire à un empereur ou à ses concitoyens pouvait être douloureux.

              Des chroniqueurs dont ou peut douter de l’objectivité et la maitrise du sujet, des traductions parfois erronées, ça pas fini de discuter dans les chaumières d’archéologues.

              Pour ceux qui font construire, un petit geste en faveur des archéologues du futur, on recopie les factures sur du papyrus ou du parchemin, on met le tout dans un tube de plomb que l’on place dans les fondations. Ridicule comme raisonnement, nos ancêtres ont dû se le dire aussi.
              Ils ont construit en fonction :
              du besoin,
              des matériaux disponibles,
              des conditions climatiques,
              des connaissances techniques (écrites ou non)
              de critères sociaux, religion, croyance,
              pour éventuellement un reconnaissance dans le temps,
              de la richesse,....

              7 milliards d’individus c’est 7 milliards de vérités, la vérité au singulier, je ne suis pas sûr de son existence.


              • Antenor Antenor 1er février 2015 12:12

                Disons qu’il y a 7 milliards de perceptions partielles de la vérité.
                D’après ce que nous montre l’Archéologie elle-même, les techniques n’ont pas beaucoup évolué en Gaule entre le Second Age du Fer et le milieu du Moyen-Age, notamment dans le domaine militaire. On peut donc raisonnablement penser que les citadelles des Gaulois de -52 se trouvaient aux mêmes emplacement que celles des Francs mille ans plus tard. Étudier l’histoire des citadelles médiévales même si elle est fort complexe, est donc un bon moyen de repérer les plus importantes citadelles gauloises.


              • Emile Mourey Emile Mourey 31 janvier 2015 21:54

                @ Par SisO


                J’habite dans un château du XVII ème siècle et il est heureux que ses murs étaient été construits au mortier de chaux plutôt qu’au mortier de ciment. D’ailleurs, sauf pour les fondations, je n’utilise dans ma restauration que du mortier de chaux. Les murs de 60 cm d’épaisseur et plus sont constitués de deux parois de pierres grosses et moyennes, grossièrement dégrossies, prises dans un mortier de terre et de chaux, l’intérieur du mur étant de pierres diverses prises dans un mortier de terre avec très peu ou pas de chaux. Vitruve donne l’exemple de murs courants construits de la même façon. La description que donne César des murus gallicus est semblable à la différence que le mur gaulois a été renforcé par des poutres en long, en façade, face avant et face arrière, les poutres de façade avant et celles de la façade arrière étant reliées par des entretoises, ce qui donne au mur beaucoup plus de cohérence contre les coups de bélier. Avec le temps, le bois a pourri, ce qui explique qu’à Bourges, ces poutres en long aient été remplacées par des rangs de briques, et ces murs sont toujours là, quelques uns, mais on les attribue aux Gallo-Romains alors que ce sont ceux du siège. D’où la nécessité de faire une bonne traduction du texte de César.

                • Electric Electric 31 janvier 2015 23:07

                  D’ici à ce qu’on découvre que nos chateaux forts du XIème étaient les fiefs des seigneurs « gaulois », il n’y a qu’un pas.

                  Il y a un trou de 700 ans dans l’architecture, la numismatie, .....

                  Une paille !

                  Je viens par ailleurs de terminer le livre de Francesco Carotta « Jesus was Caesar ».

                  Thèse : c’est la vie romancée de Caius Iulius Caesar qui a servi de patron à l’élaboration des Evangiles (Evangile de Marc), ensuite relocalisés en Palestine par les flaviens en guerre contre les juifs.

                  Brillant, documenté, travail niveau thèse. A lire.

                  CAIUS IULIUS = IUSUS = PONTIFEX MAXIMUS (latin) = ARCHIREUS MEGISTOS (grec)= CHRISTOS.

                  L’évangile synoptique de Marc reprend point à point et chronologiquement la vie de ce bon vieux Jules de 49 à 44, soit du passage du Rubicon à son assassinat, ou de la Galilée (Galia) à son assassinat de 30 à 33 pour Jésus.

                  Le Christ était Caesar. Le Christ jeune, son fils adoptif Octavius, le futur Auguste.

                  On commence ce livre avec le septicisme de rigueur, on le finit, on le relit, on va à la pêche, on relit les sources antiques, les Evangiles, et on accepte l’origine julienne et romaine du christianisme.


                  • Antenor Antenor 1er février 2015 12:02

                    Il n’est pas impossible que les auteurs des Evangiles aient été influencés par la façon dont a été divinisé César après sa mort mais la comparaison s’arrête là. La Galilée s’appelait ainsi sans doute parce que des mercenaires galates ont dû s’y installer. D’ailleurs ne serait-ce pas aussi à eux que Paul s’adresse dans son épître aux Galates ?


                  • sls0 sls0 1er février 2015 04:10

                    @ Emile.
                    Je suis mauvais en histoire et l’archéologie je ne l’ai approché que par du technique (photo aérienne, tomographie du sol...) donc je suis un buse de ce coté.
                    J’observe.
                    Les romains :
                    Pays centralisé avec une technique centralisée et écrite.
                    Une écriture.
                    Des chroniqueurs (historien partial, Philippe de Comynes est peut être le premier chroniqueur à avoir un profil d’historien, il a changé souvent de camp et il s’est emmêlé les pinceaux avec la partialité)
                    Les gaulois :
                    Pays décentralisé avec des techniques qui peuvent être différentes.
                    Pas d’écriture hormis quelques personnes, ce n’est pas usuel.
                    Des chroniqueurs peut être mais sans écrit.

                    On compare la technicité de deux pays qui n’ont pas grand chose en critères communs.
                    On fait des comparaisons sur des périodes différentes, connue pour Rome, coté Gaule difficile de dater parfois. Le canon de 75 français de 14-18 était meilleur que le canon américain de la guerre de sécession. Si on emploie cet argument pour attaquer les USA, pas sûr qu’on gagne, pourtant même pas un siècle d’écart.

                    La connaissance technique à la période Brennus, à la période de Jules César et à l’apogée de Rome a furieusement évolué mais on peut la quantifier. Coté Gaule c’est un peu le flou historique est spatial.

                    A défaut de quantifier par l’histoire, on peut quantifier par les statistiques.
                    Des personnes qui font du feu en Gaule à coté de pierres à chaud on peut l’estimer, même avec une erreur de 50%. Une personne curieuse parmi ces personnes on peut l’estimer. Même si l’on se trompe d’un facteur de dix voir de cent dans le deuxième cas, ça fait quand même un paquet de gaulois qui se disent ’’intéressante cette pierre’’ par siècle. Le mortier il y a des probabilités que ce soit connu en certains endroits en Gaule.

                    Ouuui les probabilités..... Pfff. Le chaos qui se fait bouffer par les statistiques et la probabilité ça s’appelle météo, en quantique c’est une précision avec beaucoup de chiffres après la virgules. Dans ce cas ci, si suite à l’imprécision c’est entre 10 à 5000 par siècle, 1 c’est déjà pas mal.


                    • Emile Mourey Emile Mourey 1er février 2015 08:22

                      @ Par sls0


                      Justement, c’est la curiosité qui fait bouger les statistiques. César dit justement que les Gaulois étaient curieux de tout. Si vous avez regardé l’émission d’Arte, vous auriez été surpris par les découvertes des archéologues qui redécouvrent les mines d’or que les Gaulois exploitaient en creusant des galeries souterraines, l’exploitation du sel qui leur permettait d’exporter des salaisons, l’intelligence de leurs techniques etc...Pour cela, il n’était pas nécessaire de savoir écrire, il suffisait d’être astucieux.

                      • sls0 sls0 1er février 2015 22:31

                        L’écriture était une nécessité pour un état centralisé pour gérer un pays à l’époque et quand les quantités commencent à dépasser les capacités mémorielles.

                        Pour la Gaule qui n’était pas centralisée on pouvait s’en passer.

                        Le début de l’écriture en Mésopotamie : la comptabilité, ça s’est enrichi par la suite, on lui a vite trouvé d’autres utilités.

                        Nos ancêtres étaient assez pragmatiques, si l’écriture aurait été nécessaire pour leur modèle de société, il y aurait eu une écriture. Avec des voisins grecs et romains c’est pas les modèles qui manquaient.

                         


                        • Antenor Antenor 1er février 2015 23:14

                          @ sls0

                          Mais il y avait une écriture gauloise. La Gaule n’était que faiblement centralisée (avec une assemblée des cités gauloises qui ne devait guère être plus influente que celle des Nations Unies aujourd’hui) mais il faut comparer ce qui est comparable. L’Italie avant la conquête romaine était encore moins centralisée que la Gaule. Les textes latins nous sont parvenus essentiellement parce qu’ils ont été retranscrits de générations en générations. On retrouve certes pas mal d’inscriptions latines sur des bâtiments et des stèles mais l’essentiel de l’écriture se pratiquait sur des supports périssables en Italie comme en Gaule.

                          Les cités gauloises étaient tout aussi centralisées que celle de Rome avec leur Sénat et leurs magistrats dans les domaines législatives, juridiques, militaires, religieux etc... Les cités gauloises avaient même une taille bien supérieures à celles de leurs homologues italiennes. Les cités arverne ou éduenne étaient aussi vaste que l’ensemble des cités du Latium ou de l’Étrurie. Du point de vue de la superficie, l’équivalent de la cité italienne, c’était le pagus gaulois.

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