• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Cette petite bourgeoisie russe qui aura honteusement galvaudé le sang de (...)

Cette petite bourgeoisie russe qui aura honteusement galvaudé le sang de ses pères

De fait, placé dans la situation la plus favorable possible par les Occidentaux pour vaincre l’Union soviétique, Adolf Hitler aura fini par y échouer, tout en faisant tout de même 27 millions de morts parmi lesquels il a visé, autant qu’il l’a pu, les communistes… Tragédie sans exemple pour toute l’Histoire de l’Humanité… tandis que Mikhaïl Gorbatchev devait réussir, lui, à tout faire imploser à la façon des effondrements qu’on pourrait retrouver dans certains films de Buster Keaton… Il ne faut toutefois pas s’y tromper : s’il a en quelque sorte ramassé la mise à lui tout seul, ce personnage particulièrement vain n’était qu’un héritier… d’un effort que des générations de saboteurs du régime soviétique avaient dû produire en liaison permanente avec l’étranger impérialiste…

Sans lui demander quelques comptes quant à ce qu’il entend par « totalitarisme », offrons à Alexis Berelowitch l’occasion de nous faire saisir la dimension temporelle de ce grand événement de la chute de l’Union soviétique dans un article qu’il intitule d’une façon particulièrement appropriée : « Les classes sociales porteuses du gorbatchévisme et la dérive d’ensemble qu’elles induisent  », et dans lequel il nous demande instamment de distinguer deux époques dans l’histoire récente de ce grands pays :
« Celui de l’instauration, puis du renforcement du régime communiste (sans qu’il y ait eu de fatalité dans son évolution vers un totalitarisme toujours plus accompli) jusqu’à la mort de Staline en 1953, et celui de son lent délitement de 1953 à 1991, soit deux périodes de longueur sensiblement égale. On peut mesurer la solidité du système au nombre d’années qu’il a mis à se décomposer après avoir atteint son apogée. » (in Gilles Favarel-Garrigues et Kathy RousseletLa Russie contemporaine, Fayard 2010, page 75.)

Est-ce seulement la schlague staliniste qui aura permis une telle pérennisation dont il faut insister sur le fait qu’elle a été traversée par le massacre perpétré par des nazis qu’aujourd’hui l’Occident ne cesse de fêter in petto… tout en pleurant sur un Holocauste de dimension bien plus modeste et dont il n’est pas certain qu’il ait vraiment eu tous les atours qu’on lui prête ?… Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Mais, aussi réticent peut-on être sur ce mot de « totalitarisme », voyons en quoi consiste l’analyse de classe que produit Alexis Berelowitch avec, cette fois-ci, un à-propos qui n’est pas sans mérite compte tenu de tout ce qui aura été fait, en Occident, pour porter le héros Gorbatchev vers les sommets ensoleillés de la pure démocratie… Au-delà de lui, en effet…
« On voit apparaître un groupe social, assez hétérogène, composé d’ouvriers hautement qualifiés, de cadres d’entreprise, de travailleurs intellectuels qualifiés, etc., formant une sorte de « classe moyenne », ayant un appartement décent, une petite datcha, une voiture, pouvant voyager à l’intérieur du pays et dans les « démocraties populaires », sûrs de leur qualification et de leur statut social. » (Idem, page 78.)

Replongeons-nous dans Lénine… pour comprendre la situation ordinaire de ce qui, en son temps, se trouvait rangé, dans la rubrique de classes, sous l’étiquette de « petite bourgeoisie »…

Lors du VIIIe Congrès du Parti Communiste (bolchevik) de Russie qui avait lieu du 18 au 23 mars 1919 – dix-huit mois après la Révolution d’Octobre 1917 -, il déclarait :
« Les éléments petits-bourgeois hésitent entre l’ancienne société et la nouvelle. Ils ne peuvent être les moteurs ni de l’ancienne société, ni de la nouvelle. » (Vladimir Ilitch LénineŒuvres, tome 29, Éditions sociales 1962, page 145.)

C’est ici qu’il faut insérer cette petite remarque d’Alexis Berelowitch qui souligne l’état d’esprit soviétique, durant les années 1970, tout spécialement dans les zones très urbanisées :
« Il s’agit dès lors moins d’aider le pays dans sa marche vers un communisme auquel plus grand monde ne croit que de prendre à l’État, légalement ou non, ce qu’aux yeux de la population il devrait donner mais ne parvient pas à assurer. » (in Gilles Favarel-Garrigues et Kathy Rousselet, op. cit., page 79.)

Chez le petit bourgeois, il ne paraît pas y avoir le souci de la production… Ce n’est pas son affaire, pas plus en régime socialiste qu’ailleurs… En régime capitaliste, si la bourgeoise s’arrange pour faire produire au prolétariat ce qui fera jaillir un maximum de plus-value de son travail… la petite-bourgeoise ne souhaite que participer à la répartition des richesses d’où qu’elles viennent…

Ainsi ne faut-il surtout pas compter sur elle dans la perspective d’une éventuelle réduction à néant de l’exploitation de l’être humain par l’être humain : elle s’en moque éperdument… Elle ne peut être captivée que par ses propres intérêts. De même pour les partis qui la représentent. Reprenons Lénine dans le même Congrès :
« Pendant longtemps, ces partis feront inévitablement un pas en avant et deux pas en arrière, parce qu’ils y sont condamnés par leur situation économique, parce qu’ils suivront le socialisme, mais nullement en raison de la conviction absolue que le régime bourgeois ne vaut rien. Inutile de leur demander du dévouement au socialisme. Compter sur leur socialisme serait ridicule. Ils iront vers le socialisme alors seulement qu’ils seront persuadés qu’il n’y a aucune autre voie, lorsque la bourgeoisie sera vaincue et écrasée définitivement. » (Vladimir Ilitch Lénine, op. cit., page 148.)


Moyenne des avis sur cet article :  2.5/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • oncle archibald 6 janvier 15:35

    « On voit apparaître un groupe social, assez hétérogène, composé d’ouvriers hautement qualifiés, de cadres d’entreprise, de travailleurs intellectuels qualifiés, etc., formant une sorte de « classe moyenne », ayant un appartement décent, une petite datcha, une voiture, pouvant voyager à l’intérieur du pays et dans les « démocraties populaires », sûrs de leur qualification et de leur statut social. »

    Ceux qui bossent plus veulent être récompensés plus ... Est-ce insupportable et si oui pourquoi ? La vie est un choix perpétuel me serinait mon père.

    Un mec qui aime les maths et la physique peut opter pour un métier de prof, qui demande assez peu d’efforts et laisse pas mal de temps disponible pour les loisirs le sport et la famille, ou pour un métier d’ingénieur dans une entreprise, plus prenant, mieux rémunéré mais qui fait prendre de grosses responsabilités et laisse peu de temps libre car un cadre ne compte pas ses heures.

    Du coup l’ingénieur « de la classe moyenne » essaye de se prouver qu’il n’a pas eu tort de faire ce choix là parce qu’avec un meilleur salaire il peut se payer une datcha une voiture ou un voyage auxquels le « prolétaire » n’a pas accès. Tandis que le prof mal rémunéré peut dans le même temps se marrer en voyant l’ingénieur bosser deux fois plus que lui, trouve qu’il est bien con et se régale tous les mercredi à faire une longue ballade à vélo avec ses enfants. C’est un choix !


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 6 janvier 20:14

      Qu’est-ce que vous racontez ?

      Gorbatchev était un pur produit du régime, mis en place pat la direction vieillissante du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS) et par personne d’autre.

      Originaire du Caucase du nord de parents kolkhoziens, il avait étudié le droit à l’Université Lomonossov de Moscou et adhéré au Parti Communiste en 1952, était devenu dirigeant de la ville de Stavropol en 1962.

      Entre 1964 et 1967, il avait étudié à l’Institut Agronome de Stavropol et s’était spécialisé dans les problèmes agricoles. C’est là qu’il avait été remarqué par Iouri Andropov, ce qui avait accéléré sa carrière : il est « élu » (i.e. « coopté ») au Comité Central en 1971 à 40 ans et au Politburo en 1980 à 49 ans.

      À la fin des années 1970, le KGB dirigé par Iouri Andropov, avait mené une enquête confidentielle pour évaluer le PNB soviétique selon les critères qualitatifs occidentaux et non plus seulement en volume comme le voulait la tradition soviétique. Le résultat apportait la preuve du déclin de l’Union Soviétique qui avait vu son économie dépassée par celles du Japon et de la R.F.A. D’autre part, à partir de 1978, la Chine dirigée par Deng Xiaoping, avait entrepris une « révolution » économique qui rétablissait de fait le capitalisme et insufflait un dynamisme certain à l’économie chinoise.

      L’URSS était confrontée à une situation géopolitique nouvelle :

      - le Japon et la RFA disposaient désormais chacun d’une économie plus puissante que la sienne ;

      - la Chine commençait une croissance économique qui ne s’est pas arrêtée depuis ;

      - les USA, toujours hostiles, accroissaient l’écart entre les deux pays.

      Le projet d’Andropov était simplement d’imiter la Chine en modifiant le cadre économique sans changer la structure politique, mais Gorbatchev a cru bon de lâcher aussi du mou sur les questions sociétales (perestroïka et glasnost). Les oligarques se sont engouffrés dans la brèche et pillé l’état pendant que Bush père faisait baisser le prix du pétrole, seul produit d’exportation de l’URSS avec la Vodka. Eltsine a fait le reste.

      Gorbatchev n’était pas un « petit bourgeois » mais un apparatchik produit par la bureaucratie au pouvoir depuis Staline.


      • xana 6 janvier 21:03

        @Séraphin Lampion
        Je me suis demandé si ce que je lisais dans cet article avait un sens. heureusement votre post rétablit les choses. Merci.


      • Massaliote 8 janvier 16:28

        " ..placé dans la situation la plus favorable possible par les Occidentaux pour vaincre l’Union soviétique, Adolf Hitler aura fini par y échouer, " ??? Il faut reconnaître que Cuny se pose là comme historien ; qu’il nous explique comment les occidentaux ont aidé l’ex-frère du petit père des peuples !


        • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 8 janvier 17:17

          @Massaliote
          Si vous voulez, décidément, en savoir plus, voyez donc ce que j’ai écrit ici... Vous aurez, au moins, le moyen de sortir un peu de vos ignorances...
          https://unefrancearefaire.com/2016/11/23/le-rapport-officiel-qui-revele-les-dessous-de-la-defaite-militaire-de-1940/


        • Massaliote 22 janvier 13:10

          @Michel J. Cuny
          Peut-on vraiment parler « d’aider Hitler » avec seulement les dramatiques impréparations de nos militaires ? :((


        • JP94 8 janvier 22:34

          Il me semble que si la persistance de classes sociales antagoniques ne disparaît sous le socialisme  par définition  pour autant, cette question de la classe petite bourgeoise mérite d’être étudiée plus concrètement.

          On peut lire le livre de Roger Keeran et Kenny : the Collapse of the USSR, traduit chez Delga, et certainement de valeur plus scientifique que tous les avis qu’on peut lire ou entendre ici ou là.

          Des statistiques y sont données, analysées et critiquées. Prétendre que les statistiques soviétiques sont fausses comme celles du chômage en France est un peu court, car il faudrait les détracteurs ( voir ci-dessus) expliquent comment un pays arriéré sous le tsarisme, à la population analphabète très majoritairement  un pays qui a subi et perdu la guerre face au Japon ( 1905) , contre l’Allemagne ( 1914-1918) , dont les richesses et les usines étaient concentrées entre les mains des puissances occidentales, comment ce pays, attaqué par 14 puissances occidentales plus le Japon, de tous les côtés ( Est Ouest, Nord-Est, Nord-Ouest Sud-Est Sud Ouest, a pu déjà leur résister donc le pouvoir bolchévique était avec la population, il est absurde d’oser se figurer qu’une poignée de Bolchéviques aurait pu résister à l’invasion des plus principales puissances mondiales plus sa propre population, et a donc subi la guerre jusqu’en 1921 !

          Comment, donc si le socialisme n’était pas efficace, ce pays aurait pu en quelques années, alphabétiser entre 85 ( Asie centrale) et 98 ou 99% ( Russie) de la population, atteindre dès 1927 l’indice 100 de 1913 en production ? 

          Comment, si son socialisme avait été factice, non seulement la population l’aurait soutenu ( la Révolution est la conséquence des trahisons de tous les autres !) , et comment elle aurait tenu tête aux fascistes ?

          Tous les Occidentaux  pour les Français, ça variait  même les Polonais moquaient dans leurs ambassades  par aveuglement de classe  la soi-disant faiblesse économique et industrielle de l’URSS ... seulement, elle a triomphé, ce qui contredit la thèse de falsifications statistiques... de la part de l’URSS, mais valide la thèse de falsifications occidentales, a contrario.

          Je reviens, pour abréger, sur ces classes moyennes.

          Et je vais simplement me fier, moi, à ce que je connais personnellement comme Russes et Soviétiques. 

          Tous ceux que je connais, en France ,et en Russie, sont justement des représentants de ces classes moyennes, voire élevées ... !!

          Caractéristique : tous honnissent Gorbatchev, et tous et toutes sont ardents partisans de l’URSS.

          Gorbatchev n’est pas « un pur produit du système » : vision dogmatique de quelqu’un qui ignore que justement, malgré la dictature du prolétariat, la survivance d’idées petites-bourgeoises  et même, dans les années 30  bien pires, a existé au sein de responsables membres du PCUS, certes, mais pas du tout communistes !

          G. : petit-fils de petits paysans prolétaires, fils de techniciens ( première génération soviétique, dans les années, 30, et lui-même ingénieur ( chimie) , double doctorat ( URSS, en chimie, France, en un tout autre domaine.

          Totalement attaché à l’URSS et même à Staline oui oui, la caricature d’un stalinien doit être confrontée à ce qu’est réellement un Soviétique hautement éduqué...et à mon avis la caricature vivante, c’est plutôt l’antisoviétique occidental.

          E. ingénieur chimiste, fille d’officier de l’Armée rouge, commissaire politique ( Koursk , Berlin, Prague) et de directrice de la bibliothèque scientifique d’une grande université moscovite.

          Totalement attachée à l’URSS.

          E ingénieur, double doctorat ( métallurgie, économie) 

          Totalement attachée à l’URSS.

          O. fille de haut dirigeant communiste ( déjà du temps de l’URSS). Fille d’apparatchik ? le papa ne possède rien ! 

          Totalement attachée à l’URSS.

          N . Ingénieur, fille de directeur d’usine de métallurgie ( qui a commencé ouvrier) et d’ingénieur chimiste. : le papa vit dans un modeste HLM ...

          Je peux égrener la liste ... on ne peut pas considérer qu’il s’agit de représentants du prolétariat ... enfin, le renégat Gorbatchev les a prolétarisés ... lui et sa bande de corrompus, mais pas l’URSS !

          Tous ces Russes ou ex-soviétiques sont pourtant, comme 90% des Russes aujourd’hui attachés à l’URSS, pas par nostalgie, mais pour des raisons matérielles de niveau de vie et d’éducation.

          Ils comparent le pourrissement occidental et les hautes valeurs de l’URSS...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès