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Accueil du site > Tribune Libre > Champollion : dans le secret des hiéroglyphes

Champollion : dans le secret des hiéroglyphes

Les savants se sont interrogés pendant quinze siècles sur la signification des hiéroglyphes dans lesquels des pictogrammes représentaient des mots ou des concepts. Les premières inscriptions hiéroglyphiques (hiero, « sacré », glyphe, « signe gravé ») furent découvertes à Abydos au sud de l’Égypte vers 3.200 av notre ère, la dernière en 394 à Philae (inscription d'Esmet-Akhom). Ces symboles ont d'abord été utilisés dans un but mémoriel (récits épiques), commémoratif, faste (tombeaux, sarcophages), décrets des pharaons et l'ornementation. La population lettrée ayant été estimée entre 1 et 4 %, l'analphabétisme a contribué à garder l'égyptien hiéroglyphique hermétique pendant des siècles.

Le système hiéroglyphique d’abord basé sur les idéogrammes se complexifie peu à peu, les égyptologues de répertorier 700 hiéroglyphes anciens et 6.000 à l'époque romaine. Des signes commencent ensuite à désigner des sons (phonogrammes) afin de noter la parole et non plus des concepts seuls. Lorsque la nécessité de nouveaux mots apparaît de nouveaux sons sont ajoutés. Vingt-quatre phonogrammes représentent les consonnes, quatre-vingt-dix représentent deux sons et soixante trois sons. Les consonnes sont reliées les unes aux autres (système assez similaire à l'arabe et à l'hébreu), pour rendre les mots intelligibles il faut leur ajouter des voyelles « e », « i » pour Y ou semi-voyelles « ou » pour W : Sn(é)fr(ou)w, n(é)f(e)rtyty.

 

Les hiéroglyphes ont été ensuite adaptés pour donner naissance à différents systèmes d’écriture. La forme hiératique en vigueur jusqu'au III° siècle est une forme simplifiée réservée principalement aux textes religieux. Les textes à transcrire devenant plus nombreux, les scribes et les Pharaons introduisent le démotique sept siècles avant notre ère, écriture cursive à laquelle ressemble l'écriture arabe moderne au tracé simplifié plus rapide et utilisée dans la vie courante, l'administration et le commerce. Ce ne sont plus des objets qui sont représentés, mais des signes dérivés de l'objet et qui renvoient à des lettres (système acrophonique ou pseudo consonantique). L'écriture hiéroglyphique et le démotique vont sombrer peu à peu dans l'oubli et céder la place à l'alphabet copte (vingt-quatre lettres empruntées au grec et sept caractères au démotique) toujours en usage dans la liturgie orthodoxe et dont Champollion aimait à suivre les offices en l'église Saint-Roch (Paris).

 

Les hiéroglyphes ont été divisés en trois groupes, les monolittères qui se transcrivent par un seul signe, les bilittères par deux, et les trilittères par trois signes. Certains signes peuvent être lus de manière très différente et un même mot peut s’écrire de très nombreuses manières. Le son « SA », par exemple, peut s'écrire avec dix hiéroglyphes différents, chacun ayant sa signification propre. L'idéogramme de la bouche qui se prononce « er » sert à noter la consonne « r », si une main signifie la lettre « d », suivie d'un faucon elle fait référence à Horus.

 

Les déterminants sont des hiéroglyphes qui ne se prononcent pas, ils sont placés après le mot pour en spécifier le sens : une divinité, un homme, une femme, un objet, un concept ou d'une situation particulière. Le signe maison (prononcé « per »), par exemple, utilisé pour désigner une maison est suivi d'un trait vertical afin de préciser qu'il n'est pas utilisé comme son. Les mots sont collés les uns à la suite des autres sans espace ni ponctuation, et le texte se lit de droite à gauche ou de gauche à droite, voire de haut en bas ! Si un personnage ou animal a sa tête tournée vers la gauche, le texte se lit de gauche à droite. Chaque hiéroglyphe se doit de respecter une proportion définie (quadrant) et certains sont tracés avec une couleur particulière : rouge : b,d,r,s,th,d.j,à,v.f - bleu : a,h,t,y,kh,m,u.v,l - jaune : n,q,p,c.k,h,ch sans que l'on en connaisse la raison.

 

Jean-François Champollion né le 23 décembre 1790 à Figeac (Lot) au sein d'une fratrie de sept enfants est passionné par l’étymologie et l'étude des langues anciennes : grec, latin, hébreu, chaldéen (araméen), syriaque, éthiopien, l’arabe. A quatorze ans il étudie la grammaire chinoise. Initié à l'égyptologie par son frère Jacques-Joseph, le jeune philologue a l'intuition que les noms des provinces et des villes égyptiennes trouvent leur origine dans la langue copte (Kircher, 1602-1680 avait émis un lien possible entre le copte et l’égyptien pharaonique). Le premier septembre 1807 Champollion expose l’objet de ses recherches devant l’Académie de Grenoble ! L'année suivante il a rédigé un précis de grammaire, un dictionnaire de copte et découvre les vingt-quatre signes-lettres égyptiens en comparant les signes d’un papyrus démotique avec ceux inscrits sur de la pierre de Rosette (ville dans le delta du Nil) découverte en 1799 par Bouchard, officier de l’armée napoléonienne. Il est nommé professeur d’histoire à la faculté des lettres de Grenoble en 1809 ! « La Description de l'Égypte en 23 volumes réunissant le travail de dessinateurs et savants ayant accompagné l’empereur va véritablement faire connaître à l'Europe entière l'Égypte telle qu'on ne la connaissait pas » (Valérie Desclaux commissaire d’exposition à la BnF consacrée au bicentenaire de Champollion jusqu'au 24 juillet, et le Louvre l'exposition « Pharaons des deux terres »).

 

En 1813 Champollion subodore que les Égyptiens négligeaient non seulement la notation des voyelles, mais que l'égyptien copte (démotique) est une version tardive et simplifiée de l'égyptien pharaonique. Le hiératique est donc une langue intermédiaire entre les hiéroglyphes sacrés et le copte. Les caractères : « conservent la même valeur que les signes dont ils étaient l’abrégé, et que leur nombre et leur valeur étaient semblables dans les deux systèmes ». Champollion entreprend d'établir un tableau de correspondance entre les lettres du grec, de l'égyptien copte et les hiéroglyphes. Les Anglais s'étant emparés de la pierre de Rosette en 1801, Champollion travaille sur une copie (estampe). La pierre de Rosette porte trois versions d'un décret de Ptolémée V rédigé en : égyptien hiéroglyphique - démotique - grec ancien datant de 196 avant notre ère. Champollion traduit la partie grecque en copte (dérivé du grec mais avec des bases égyptiennes) et compare le nombre de hiéroglyphes (1.419 signes) avec le nombre de mots grecs (486), il en conclu que les hiéroglyphes ont une signification phonétique.

 

Champollion a étudié les travaux de ses prédécesseurs, Silvestre de Sacy et Akerblad sont parvenus en étudiant le texte en grec et celui en démotique à repérer le cartouche au nom de Ptolémée. Un cartouche est un symbole hiéroglyphique de forme allongée et fermé par un nœud, qui contient le nom d’un pharaon. Il symbolise « tout ce que le soleil entoure », c’est-à dire-l’univers et a pour fonction de protéger le nom de Pharaon. L'on doit à Jean-Jacques Barthélémy (1716-1795) l'idée qu'un cartouche contienne le nom d'un Roi ou d'une divinité, et Zoëga (1755-1809) a établi la liste des hiéroglyphes relevés sur les pièces rapportées en Europe. Fort de ces connaissances, Champollion entreprend de sélectionner un cartouche portant le nom d'un « Roi ». Deux signes, « P » et du « T » se répètent, correspondent-ils à Ptolémée (PTOLMIS) et à celui du dieu Ptah ? La pierre de Rosette porte l'inscription : « Ptolémée aimé de Ptah ». Champollion attribue une valeur à ces nouveaux signes qui renvoient à « Ptolemaïos » (Ptolémée V Épiphane).

 

Au mois de Mars 1821 le bonapartiste Jean-François Champollion considéré comme agitateur est sommé de quitter Grenoble. Il rejoint son frère, qui fut secrétaire de Napoléon pendant les 100 jours, à Paris. Jacques-Joseph Champollion est le secrétaire particulier de Joseph Dacier secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres. Au mois de janvier 1822, J.F Champollion reçoit d'Angleterre la copie des deux cartouches hiéroglyphiques figurant sur l’obélisque de l’île de Philae avec leur traduction en grec. L’inscription en grec livre « Ptohmees et Kléopatra » (Ptolémée et Cléopâtre), et le cartouche mentionnant le nom du Pharaon est identique à celui de la pierre de Rosette ! Champollion en déduit que le second cartouche ne peut contenir que le nom de la reine Cléopâtre. Il compose les noms des deux souverains et remarque trois hiéroglyphes communs aux deux noms qui correspondent aux lettres P, O et L (un carré - une « flagelle » - un lion). S'appuyant sur les lettres qu’il a deviné dans « Ptolemaïos », il les substitue au nom « Kleopatra » et découvre que le « T » est représenté par une main tendue (d) et non par une coupelle inversée (t) comme dans Ptolémée. Il devine qu'un « T » et qu'un autre signe ne se prononcent pas et qu'ils indiquent le féminin. Il va en déduire la valeur phonétique des autres signes et déchiffrer en hiéroglyphique les noms des rois grecs mentionnés par les sources grecques ou romaines.

 

D'après son tableau comparatif, les deux derniers signes d'un cartouche correspondent à la lettre « S », ayant deviné la lecture du signe précédent « MS » deux ans auparavant, il y ajoute la voyelle « E » et de lire le mot copte « MICE » (lettre M ) signifiant « mettre au monde ». Le premier signe représente un disque solaire, « râ » en copte, Champollion peut lire RA+MES+S (Ramsès) et traduit « Râ l’a mis au monde ». Le déterminatif étant un faucon, il s'agit donc d'une divinité (pharaon Dieu sur terre). Champollion peut déchiffrer ensuite le cartouche ThotMS et aboutir à THOUTMOSIS.

 

Au mois de septembre 1822 Jean-François Champollion publie un texte de quarante pages à destination de Dacier le secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour lui annoncer qu’il a déchiffré les hiéroglyphes : « C’est un système extrêmement complexe, une écriture à la fois figurative [Le soleil pour Ra], symbolique [l’oiseau pour le dieu] et phonétique dans un même texte, une même phrase, je dirais presque un même mot ». Le 27 il expose sa découverte devant vingt-cinq académiciens. En 1823 parait « Précis du Sytème Hiéroglyphique », en 1826 il est nommé conservateur de la section des antiquités égyptiennes du Louvres. Le 31 juillet 1828 il embarque pour une expédition scientifique en Egypte, il est de retour à Paris le 5 mars 1830. Jean-François Champollion meure le 4 mars 1832 et inhumé au cimetierre du Père Lachaise (Paris).

 

Si les hiéroglyphes ont cédé une partie de leur mystère, les subtilités de la langue restent à établir. Une traduction la plus fidéle serait à peu près incompréhensible et il n’y a aucune régle orthographique ! Sans commentaire que comprendre à ceci : « Le maître du trône des deux terres, résidant dans Thèbes ; le taureau de sa mère résidant dans son champ ; celui qui écarte les jambes, résidant dans Takéma. La pensée se cache ordinairement sous des formules étranges, allusions à des faits mythologiques inconnus, à des symboles qui n'expliquant rien ont besoin d'être expliqués » ( E. Grébaut Hymne a AMMON - RA, édition originale 1874).

 

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4 réactions à cet article    


  • Jason Jason 13 mai 10:53

    Très bon article qui rejoint l’émission de France-Inter (?) il y a un jour ou deux. Merci



    • Hallala Hallala 13 mai 18:01

      @phan Ah fan de chichoun ! Merci pour le lien.


    • rhea 1481971 13 mai 15:52

      Connaissaient ils les logarithmes ?

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