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Accueil du site > Tribune Libre > Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mortelle randonnée

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mortelle randonnée

« Marie est née en 1953, l'année de la mort de Staline. J'avais épousé Madeleine en 1952, l'année de la bombe à hydrogène. [...] Elles sont parties en 1954, l'année de la guerre froide. J'ai reçu la photo en 1961 : l'année de rien, l'année de la photo. »

A 50 ans, « l'OEil » est un détective privé qui fait des mots croisés entre deux piètres filatures. Sa seule vraie enquête ? Retrouver Marie, sa petite fille, partie loin de lui, morte loin de lui, et dont il ne conserve qu'une photo de classe. Alors, quand sa patronne le charge d'emboîter le pas à une tueuse belle comme la nuit et triste comme une petite fille sans père, il se met à divaguer : et si Marie, c'était elle ?

Adaptation d'un roman de Marc Behm par Michel et Jacques Audiard dans leur première collaboration, Mortelle randonnée, à sa sortie un échec commercial, est avec le temps devenu sans doute le polar français considéré comme le meilleur de ces 40 dernières années. Tourné avec d'importants moyens, il fut réalisé par Claude Miller, lequel sortait du triomphal Garde à vue avec Michel Serrault qu’il réengagea une seconde fois dans le rôle du détective l'Œil, aux cotés d'une Isabelle Adjani fascinante.

La traque silencieuse d'une criminelle changeant toutes les vingt minutes d'apparence telle une actrice par un homme metteur en scène ayant perdu suite à un divorce tout contact avec sa propre fille. Voilà le pitch extraordinaire d'une ode sur plusieurs milliers de kilomètres, nous emmenant à Monaco, en Italie, en Suisse, dans un sanatorium pour riches, bref dans des lieux de jet set – tout ca pour finir dans une sinistre ville de banlieue et dans un parking à étages !

La tueuse en série est elle-même une coquille vide, un personnage pur changeant constamment de masques, de couleur de cheveux, de style, de robes, de maquillage et bien sur d'identité. Riche un jour et pauvre le lendemain, elle se réinvente sans cesse sous l'œil paternel de cet Œil qui reprend l'enquête à ses propres fins et l'inscrit à même sa propre frustration de père. Jusqu’à ce qu’aux trois quarts de cette randonnée mortelle, sans même se croiser et donc se parler, chacun de nos protagonistes en vienne à dialoguer depuis deux véhicules à voix haute avec l'autre.

Cette altérité manquante recherchée, celle d'un père cherchant sa fille et d'une fille en quête de père et donc de repères, autorise au film cette plongée dans l'irrationnel et le fantasme et devient donc une parabole sur le cinéma – l'Œil, le sobriquet est parlant ! – et la direction d'actrice. Qui mène qui par le bout du nez, qui suit qui, qui précède qui, et donc qui MET en scène.

Le surréalisme prend donc progressivement l'ascendant et donc le dessus sur une intrigue au départ réaliste, et les personnages sur leurs auteurs – la directrice de l agence est de plus en plus larguée par son employé qui la fait tourner en bourrique et la contraint à poursuivre de payer une enquête qu’il lui a littéralement volée.

Les personnages les plus saugrenus – drolissimes numéros d'une Stéphane Audran défigurée et d'un Guy Marchant proche de l'univers des Pieds Nickelés – apparaissent puis disparaissent, ils sont les figurants et les dupes du père comme de la fille supposée, lui fait tout pour lui faciliter la tache, meurtres inclus.

La rencontre, la seule, entre eux deux sera l'objet d'une mise en scène désespérée du père envers sa fille aux penchants désormais posés comme suicidaires. Il mettra donc en scène le meurtre symbolique du père et l'accompagnera les yeux embués jusqu’à la toute fin d'une créature finalement fictive.

Comme si tout avait été depuis le début le fruit de son imagination.

 


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7 réactions à cet article    


  • Oui, et dire que j’ai failli participer au film. Une partie tournée près de l’Atomium en Belgique. Longue discussion avec Miller. Je me suis malgré tout baladée sur le tournage, à une période où j’étais moi-même en conflit avec mon paternel. Quelle époque !!! Suivi en 2003 par : « Bon voyage ». Comme une suite logique,...Pour ceux qui se souviennent,...Très grand film, revu cinq fois. Du tout grand Serrault.


    Un peu d’André Delvaux : Benvenuta,.....

    • Agafia Agafia 31 mars 21:40

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      et dire que j’ai failli participer au film

      Pour faire le ménage sur le plateau ? ^^

      Arf, je plaisante, et je vous crois, Claude vient de me le confirmer par sms.


    • magma magma 5 avril 20:51

      @Agafia
      claude... françois ? taureau ascendant serpenter ?


    • Et Stéphane Audran qui a osé se présenter totalement défigurée, partie, il y a un ou deux jours. Le film, effectivement se déroule bien comme un fantasme.....Tiens, l’aveugle (double de l’oeil), n’est pas évoqué,....Tirésias. 


      • Fergus Fergus 31 mars 16:10

        Bonjour, Christophe

        Très bon film, en effet !

        De là à dire « devenu sans doute le polar français considéré comme le meilleur de ces 40 dernières années », il y a une marge.

        D’ailleurs, vous citez juste après « Garde à vue » qui se hisse, à mon avis, à un niveau supérieur.

        Quant à « L’été meurtrier » ; « Tchao Pantin », « La Balance », « Pile ou face », « Subway », « L627 », et sans doute quelques autres opus, ils sont au moins aussi bons, voire meilleurs pour certains d’entre eux, que « Mortelle randonnée ».


        • christophecroshouplon christophecroshouplon 1er avril 05:08

          @Fergus
          Hello cher Fergus
          Les gouts ne se discutent pas
          Pour moi Mortelle rando est au dessus de ceux que vous citez que j aime bcp


        • magma magma 5 avril 20:58

          @christophecroshouplon

          pour moi garde a vue mais aussi I comme Icare, l’imprécateur, le prix du danger, dernier domicile connu, adieu poulet, plus récemment sk1 plutôt très bien, la grande menace que j’ai cité il y a peu, un papillon sur l’épaule, il y en a un certain nombre tout de même

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