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Accueil du site > Tribune Libre > Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mulholland Drive

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mulholland Drive

Un couple dansant un twist ou un charleston dont les silhouettes en formes d'illusions d'optique se reproduisent et se multiplient sur fond d'écran aux teintes mauves. Avant ce premier plan post-générique made in Hollywood d'un drap ou plutot d'une couverture ocre, plutôt couleur vin, et en-dessous une respiration saccadée, quelqu'un cauchemarde, le film peut véritablement démarrer dans la tête de l'inconscient d'une …

Une limousine noire se détache sur ce qui semble une autoroute – Mulholland Drive, la majestueuse route qui surplombe l'usine à cauchemars sataniste qu'est Hollywood, ce bois sacré – et glisse dans la nuit noire. A l'intérieur, une star brune vêtue de noir. Phares aveuglants, collision, la femme sort titubante et guère blessée puis talons en mains descend dans la ville endormie.

Quartiers riches. A l'aube elle se faufile dans une maison étrangement ouverte et y fait la rencontre d'une jeune apprentie star – laquelle va les conduire outre sur les plateaux de cinéma de l'autre coté du miroir. Sur le versant sombre, de l'autre coté des apparences, là ou l'on comprend l'inversion, le faux, le trafiqué de tout, les castings mensongers ou THIS IS THE GIRL est imposé par de mystérieux financeurs invisibles à un réalisateur salarié. Avec un téléphone qui sonne dans le vide …

Ou de l'autre coté du mur de ce petit restaurant US se terre un monstre au visage de Yeti.

Ou chacun trompe chacun.

Ou les mystères et les ombres inquiétantes, un sheriff tres étrange, un drole de détective, une bien trop souriante voisine au chignon bien mis …

Jusqu'au Silencio, cabaret ou de nuit nos héroines amantes se rendent pour assister au spectacle bouleversant d'une chanteuse latino americaine faisant … semblant. Eh oui, le dessous des cartes d'Hollywood est un play back, la chanteuse s'effondre tandis que les deux spectatrices pleurent tellement le chant est beau, et celui-ci continue.

Alors une petite boite carrée qui tombe au sol, la camera pénètre le cube énigme qui tombe au sol, les dés sont jetés et nous revenons au point de départ, la blonde héroine et fausse star se réveille de ce long rêve cauchemar. Et un à un tous les personnages déja visités dans son rêve reviennent en scène avec de nouveaux roles o combien plus cyniques, l'amie-amante brune est une star, la blonde sa coiffeuse et la brune l'emmène la-haut, empruntant en limousine à nouveau Mulholland Drive, elles descendent de voiture, la brune la prend par la main et de nuit lui fait gravir la colline …

Jusqu'à la villa du metteur en scène où se tient un diner où cette oie blanche va connaitre une humiliation atroce.

Nous avons pénétré des les premières minutes un univers abject et impitoyable peuplé de démons et d'êtres en perdition livrés à leur ego et dont les reflets sont faux. Cet Holly-Wood corrompu tue les ames, macule les sentiments, extermine les fragiles, fait commerce des corps, il ne manque au portrait qu'une allusion à la pédocriminalité et tout y est.

Musique hypnotisante d'Angelo Badalamenti pour accompagner cette lente et fascinante plongée dans les enfers de l'ego et du crime, l'illusion est partout, totale, tout est inversé, les roles, les mots, sous le masque et le mascara les maux.

Lynch en bon peintre plasticien compose une symphonie d'ombres, de couleurs et de lumière où nuit et jour se complètent dans la matérialisation d'un réel mensonger. La lumière non seulement n'éclaire pas l'ombre mais elle l'ancre, c'est la fausse lumière que celle de ces projecteurs, la lumière de Lucifer sur laquelle cette frêle petite jeune femme blonde va se brûler. 


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20 réactions à cet article    


  • Il faut être soi-même PORTEUR de lumière pour oser dessiner les contours de l’ombre. Une excellente technique qui ancre le pinceau du phare sur la toile de la Nuit, Balayant les espaces chaloupés et recueilllir la Qunite essence. Quand la femme se cherche à travers son double, elle ne trouve que son trouble et se sent roulée dans des vagues d’amertume. Il ne lui reste plus que le phare ou le fard pour s’accrocher au rocher et Roger pour l’en délivrer. .https://www.google.be/search?q=lampe+d%27arch%C3%A9ologue&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiq36bEr57aAhVrDMAKHSjsCY8Q_AUICigB&biw=1280&bih=675#imgrc=xhyW0Sb6SLs_jM :. Roger délivrant : https://www.google.be/imgres?imgurl=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/84/Jean_Auguste_Domin ique_Ingres_-_Roger_Delivering_Angelica.jpg/260px-Jean_Auguste_Dominique_Ingres_-_Roger_Delivering_Angelica.jpg&imgrefurl=https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_d%25C3%25A9livrant_Ang%25C3%25A9lique&h=197&w=260&tbnid=b-s6DeyF429bDM :&tbnh=160&tbnw=211&usg=__QU3_7b2yRtYcYBG1GyPN8iJd1Ms%3D&vet=10ahUKEwiMpeX0r57aAhWCa8AKHQt3CPwQ_B0IqAEwCg..i&docid=3d7bPPTtFILnjM&itg=1&sa=X&ved=0ahUKEwiMpeX0r57aAhWCa8AKHQt3CPwQ_B0IqAEwCg


    • @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      PlaiTex ?


    • @Jayce le Con errant de l’allume hier


      Havre rit.

    • velosolex velosolex 4 avril 02:02

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      On peut diminuer la longueur des fils, ça ne nuit pas à l’efficience de la lumière. 

      Je veux dire par là que vous devriez télécharger Bitly, un raccourci de liens. Objets cher aux masochistes. .

    • @velosolex

      J’ai longtemps haï Internet et ainsi résiste toujours à quelque démarche me noyant un peu plus dans cet océan plastifié. Hélas, mes pulsions voyeuristes sublimées en épistémophilie me font souvent franchir la ligne rouge de mes inter-dits. Mais toujours pas Face-book, ni twitter. Un peu comme quand on évite le quartier des putes ou des attrape-client ou gogos. Si le système est dans le « CLOUD », je préfère éviter,..Merci malgré tout. . Bon ! je vais malgré tout inspecter l’objet.

    • ZenZoe ZenZoe 3 avril 17:10

      Un film absolument sublime ... une fois qu’on l’a compris !
      Je n’ai rien compris la première fois et je me suis précipitée sur internet, trouvé un site qui expliquait tout, les scènes, la symbolique, qui est qui etc...
      Et j’ai revu le film. Grandiose.


      • Fergus Fergus 3 avril 17:43

        Bonjour, ZenZoe

        Comme vous, nous n’avons pas compris la 1ère fois, mon épouse et moi. Tout s’est éclairé la 2e fois après une discussion entre nous, chacun apportant sa pierre à l’édifice. C’était devenu limpide !

        Et puis nous l’avons revu une 3e fois quelques années plus tard, et là, patatras, à nouveau nous n’avons plus rien compris. Nous allons donc être obligés de le voir une 4e fois ! smiley


      • ZenZoe ZenZoe 3 avril 18:27

        @Fergus
        C’est du sado-maso !


      • christophecroshouplon christophecroshouplon 3 avril 19:11

        @Fergus
        Bonjour Fergus
        Avec Lynch le sensoriel et l intuition aident a comprendre, notre cerveau rationnel par contre fait souvent ecran
        C est encore plus flagrant avec Inland Empire, son dernier opus cine 2006. Ou Lynch va extremement plus loin que dans Mulholland Drive ou Lost Highway
        Pour Inland Empire, le titre on peut le traduire par ETAT PROFOND ... Voyons, Etat Profond US bien sur. A compter de cette clef on ouvre comme Alice un drole de pays des merveilles ... si j ose dire
        Bien a vous


      • magma magma 4 avril 00:23

        @christophecroshouplon
        inland empire... pour moi indéfendable, j’ai eu l’impression de sortir d’une arnaque de 3 h malgré un bo qui mettait l’eau a la bouche


      • velosolex velosolex 4 avril 01:44

        @christophecroshouplon
        Les artistes, du moins les vrais, sentent, et c’est en cela qu’on les reconnait. 

        Leur conscience a toujours une longueur d’avance sur le jeu de ceux qui font des équations, pour comprendre les choses. 

      • velosolex velosolex 4 avril 01:58

        @Fergus
        Le propre des grandes œuvres.

        Par contre, de celles dont on ne se rappelle pas huit jours après fait douter de leur qualité. 

      • magma magma 4 avril 08:45

        @velosolex
        quelle clémence, c’est parfois le lendemain déjà qu’on l’a oublié


      • magma magma 4 avril 00:20

        Pour moi, fan de Lynch, il s’agit vraiment de son chef d’œuvre absolu, mais je dois reconnaître que quand je me penche rétrospectivement sur sa carrière, il y a peu de chef d’œuvres et beaucoup de films qui ne sont pas au panthéon des chefs d’œuvre


        • magma magma 4 avril 08:49

          @magma
          je ne comprends pas pourquoi il y a des cons qui mettent des étoiles jaunes négatives (bonjour la symbolique) sur des commentaires de cinéma dont la subjectivité est impérative. Il y en a quand ils vénèrent un artiste, ne peuvent reconnaître qu’un opus est raté ou mauvais ou pas inspiré. Du génie a la fumisterie il y a parfois un entrefilet, et inland empire m’a vraiment fait cette impression, même si un film de lynch se lit dans le détail de chaque instant présent, la fin m’a vraiment donné l’impression de m’être fait roulé


        • velosolex velosolex 4 avril 00:21

          Lynch est un sourcier, un chaman. Bref, un véritable artiste. Il ne sont pas si nombreux que ça au cinéma !

           Car les images nous retirent un peu de notre liberté, comparativement aux livres. Lui vous amène à faire oeuvre de création, vous fournissant la moitie du scénario. 
          Avant l’actualité, il nous a parlé de weinstein, des réseaux parallèles, du mal absolu, de l’obscénité du pouvoir, et de la grâce. 

          • kalachnikov kalachnikov 4 avril 00:26

            @ velosolex

            Mais il a oublié de nous dire que Poutine, c’était Hitler, Assad aussi. Bon, pour ça, il y a d’autres chamanes que t’apprécies bien. Comme Nanard Guetta, par exemple.


          • velosolex velosolex 4 avril 01:56

            @kalachnikov


            Le tutoiement, l’absence de tout humour, l’agressivité, on remarque une ressemblance certaine en vous avec certains héros de David Lynch. 
            Bob, par exemple, qui a sa tête mise à pris dans « twin peaks » plus ou moins possédé de l’esprit du mal. 
            Enfin, c’était le nom à l’époque pour parler des trolls. 

          • velosolex velosolex 4 avril 01:41

             «  Il n’y a rien de plus beau que le mystère. Je crois qu’on rend les gens malheureux en résolvant tous les mystères. Un mystère résolu, vous l’oubliez et vous passez au suivant. Un mystère non résolu, c’est frustrant, mais c’est comme un cadeau. Ça fait naître des idées, ça vous fait penser, rêver !". David Lynch à propos de Twin Peaks, dans Les Cahiers du Cinéma en décembre 2017 » https://bit.ly/2ABObbi


            Et puis cet interview de lynch passé il y a quelques jours. 
            David Lynch, sur france culture : Retour à Twin Peaks : https://bit.ly/2GYoSmL


            • loyauté loyauté 4 avril 13:18

              Merci pour cet article sur un des plus beaux films jamais réalisé avec,pour moi,la plus belle scéne de l’histoire du cinéma:celle du silencio... !Un film qui vous hante à jamais !

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