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Chefs d’oeuvre du 7ème art - Blue velvet

Comme un avant-gout à sa série Twin Peaks. Blue Velvet, datant de 1986, reprend le même schéma. Une bourgade paisible, synonyme du rêve américain, au tout début un zoom avant sur un jardin paisible, une musique, Blue velvet, cool au possible. La caméra, lentement, avance, avance en direction du gazon. Le vieil homme – le père du héros -qui arrose le gazon, qui tient le jet d’eau au niveau de la taille – sic - tombe, terrassé, la caméra avance, découvre une oreille coupée, elle s’avance encore, pénètre la terre, des insectes, de plus en plus gros, qui s’éviscèrent, on pénètre le dessous de la surface des choses, lequel comme dans un roman de Stephen King, est tout sauf paisible.

Ainsi le jeune héros et son amie, lesquels, quittant, lui d’abord, le monde rassurant du jour, s’en vont de nuit dans la ville noire, pénétrer l’envers du décor. Un appartement sombre, une héroïne sombre à la robe bleue sombre – Isabella Rossellini, alors star de la mode avant que d’être actrice, ici chanteuse, prostrée, cheveux noirs bouclés, voix grave, propos incohérents, prise de peurs paniques, tantôt masochiste tantôt sadique.

Le monde de la nuit, le monde du désir, celui du sexe, le sexe trouble, la psyché. A la femme s’ajoute un malfrat interprêté par Denis Hopper, un malfrat à la balafre, qui se fait appeler Daddy et appelle cette Dorothy – Le magicien dOz … - … Mummy …

Fantasmes aussi sordides que fascinants auxquels Jeffrey le jeune héros aussi innocent que voyeur va progressivement être mêlé. Dorothy Vallens, la chanteuse, le contraint sexuellement avec un couteau, celle-ci est abusée par Franck le malfrat, révèle son plaisir à l’être, et ainsi reproduit, le tout en usant et abusant d’un vocable freudien, papa, maman. Transgression, déflagration, viol, inceste, toute la panoplie des perversions, dont Lynch fait un portrait fascinant en opposition avec la fadeur niaise du quotidien. Le héros vit ainsi de nuit son dépucelage, entre par la porte qui va faire de lui, au travers d’épreuves fantasmatiques un homme, qui pourra ainsi devenir un mari.

Le monde selon Lynch, l’Amérique selon Lynch, c’est toujours l’envers du décor du rêve américain, l’envers du mélo un peu niais, la confrontation de l’innocent au mal, la force d’attraction du mal. Dans Twin Peaks, le poison viendra de Laura Palmer et de son père incestueux doublé du démon Bob. Ici, un couple maléfique et pervers, proprement irréels, puisés dans l’univers du film noir, incarne l’univers transgressif, ce qui est caché, ce qui a lieu quand les lumières s’éteignent dans certains quartiers mal famés. Le trip hypnotique proposé par Blue Velvet c’est ça. Une descente aux enfers, une remontée à la surface, et un adolescent qui par le désir et la perversion se révèle à lui-même un parfait citoyen américain. Belle ironie …


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5 réactions à cet article    


  • Gisyl 13 octobre 12:39
    Roger Ebert - qu’on a connu mieux inspiré - fit une critique du film complètement à côté de la plaque...

    • Montdragon Montdragon 13 octobre 22:31
      Merci pour ce billet, moi qui ne suis même pas fâché avec le Dune de Lynch.
      Et pourquoi pas The Room ?


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 13 octobre 22:43

        @Montdragon J’ai toujours aimé le « Dune »de Lynch . Pourquoi... ? Pas lu Herbert.


      • Montdragon Montdragon 14 octobre 09:59

        @Aita Pea Pea

        Salut ! UN jour où tu as le temps, lis le Cycle de de Dune, c’est de la SF pour adultes.
        Pour preuve, il n’y a qu’à Futuna où j’ai pu lire Guerre et Paix, eheh.

      • laertes laertes 15 octobre 17:35

        Pour moi le plus grand film de Lynch reste Mulholland Drive.

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