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Chefs d’oeuvre du 7ème art - Cris et chuchotements

 Agnès, qui se meurt d’un cancer de l’utérus, est accompagnée dans son agonie par ses deux sœurs, Maria et Karin, ainsi que par sa domestique Anna. Cette confrontation à la douleur et à la mort se mue peu à peu en une véritable épreuve spirituelle, à mesure que les crises vécues par la protagoniste mettent à nu l’impuissance de ses sœurs devant son tourment, Anna s’avérant la seule à lui porter secours…

Au travers du portrait en chassé-croisé – avec quatre flashs back – de quatre femmes autour de la lente agonie d'une d'entre elles, Ingmar Bergman, le plus fin connaisseur de la psychologie féminine de l'histoire du cinéma dresse, au travers d'une mise en scène de tableaux animés, une sculpture filmique de la femme face à son intériorité charnelle, de la détérioration physique de celle-ci, du lien entre maladie, mort et spiritualité. Et du rapport de chacune de ses héroines à la souffrance, psychologique certes mais surtout physique.

Les pièces rouge sang de l'immense demeure où se meurt Agnès, sorte d'utérus sanglant à ciel renfermé sur lui-même, accueillent les deux soeurs, la domestique et la bientot morte. Cet univers féminin est tel un conduit intime où quatre femmes toutes quatre prisonnières d'un passé fait de douleurs ayant trait à la mort ou a la peur de celle-ci se sont comme claquemurées. Le cancer a gagné les parties dites génitales c'est-a-dire l'origine de la vie – cette origine du monde peinte par Julien Courbet.

De fait cette agonie faite de cris et aussi de chuchottements s'en va réveiller d'entre les souvenirs ceux qui sont les plus cruciaux, les plus traumatisants. La maladie mortifère place chacune face à une interrogation existentielle, que restera-t-il de moi, de nous, après …

L'intériorité charnelle atteinte de gangrène induit chez chacune la matérialisation d'un univers stérile, cette maison immobile avec ces grands couloirs et ces pièces aux plafonds hauts, ces moments de silence propices à un deuil en devenir ou en actes, le deuil de la future morte, le deuil de l'innocence, le deuil de la maternité, le deuil à effectuer face à une mère aimée mais peu aimante et qui se refuse, le deuil face à un amant qui se rétracte, le deuil face à la sexualité. Seuls demeure l'intérieur, l'intériorité, le dedans du corps, l'intimité d'un sexe qui est comme refermé sur lui-même, qui ne se donne plus faute d'avoir été désiré. Jusqu'à une scène de mutilation de son propre sexe par l'une des quatre protagonistes suite au refus de l'époux de se donner à elle encore.

Le sang, la menstruation désormais impossible, le sang coulant est celui de la malade, de ce mari qui s'enfonce un stylet dans le ventre, de ce sexe tailladé, il n'est plus affilié au plaisir de la jouissance, celle-ci en cette demeure de mort n'est plus bienvenue, autrefois elle fut mais désormais les quatre femmes sont comme interdites de plaisir, enfermées en elles-mêmes, en leurs frustrations, en leurs crampes, en leurs maladies charnelles.

La souffrance des femmes est le sujet et l'objet de ces cris, de ces chuchottements. Cris de douleur, chuchottements des confidences d'après amour mort. Film douleur, film souffrance, pas meme désespérant, simplement triste et lourd, terriblement empathique, à peine aimable – ce chef d'oeuvre suffocant de l'immense réalisateur suédois est comme une antichambre suspendue entre la vie et la mort.


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