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Chefs d’oeuvre du 7ème art - Le lieu du crime

Dimanche, déjeuner de communion en famille de Thomas en présence de ses grands parents – nous sommes chez eux -, ses deux parents divorcés – Lanoux et Deneuve – et, bien entendu, Monsieur le Curé. Nous sommes dans le sud-ouest, il fait beau, fin juin sans doute. La scène ressemble à une Scène, caméra immobile et plan large et chacun à sa place, conventions respectées, Thomas fait office de prétexte, sa communion c'est peu dire qu’il s’en fout, et d’ailleurs à un moment d’une insolence il fait péter le cadre et se prend une gifle par son père. Et tout se délite, chacun quitte la table avant sur ordre de la grand-mère Danièle Darrieux de revenir.

Comme si de rien était.

Exploser les conventions, sortir du cadre, faire entrer le romanesque et la fiction, tel est le désir de Thomas, et tel va devenir à son tour le choix de sa mère. Au travers d’un intrus, un beau malfrat échappé de taule, joue par Wadek Stanczak, de retour chez Téchiné après Rendez-vous. Que Catherine va rencontrer, qu’elle va recueillir, planquer dans une chambre d’hôtel, avec qui la romance va commencer. Lily – c est son prénom et c’est ainsi que son fils contre son gré l’appelle car à ses yeux maman est une enfant et il l’entraine progressivement hors de sa maison et hors des sentiers battus vers Le lieu du crime.

Le crime c’est quoi, un meurtre, ou bien une envie de vivre vraiment, de quitter les siens, ceux qui vous imposent sans rien dire des choses, ceux qui se sédentarisent et ont besoin comme des abeilles d’avoir tout le monde dans la ruche. Thomas puis Lily n’en veulent plus, ils ne veulent plus de ce père qui n’est ni un père ni un époux, qui est d’ailleurs parti ou qu’elle a quitté et qui quand même la fait chanter pour quelques lâches attouchements devant un film de famille d’autrefois projeté en super huit. Scène triste, glauque, on entend Lily dire non et se laisser faire ecoeurée quand même, de ce bonheur d’antan que reste-t-il, un vieux film et ça, elle qui ne peut dire non à son ex qui la palpe comme un morceau de viande.

Les grands parents sont du coté de l’ex, ils ne veulent en rien la liberté tant de Thomas que de Lily, la scène de l’orage splendide entre Darrieux et sa fille quand elle lui exprimera enfin ses désirs les plus profonds sa mère lui dira VA T’EN, quitte cette maison que tu ne mérites pas, vas donc t’enfuir sous cet orage, peu importe ce que tu deviens je ne te reconnais plus donc je te chasse.

La dureté de ces dialogues de ce magnifique film romanesque du grand André Téchiné qui claquent, les relations entre les personnages sont souvent synonymes de collisions, de baffes, de refus d’entendre ou de se confier. On est dans un univers féroce ou règnent les égoïsmes, où imposer ses choix demande un combat, où l’environnement familial est aussi mortifère que la nature est généreuse et le ciel ensoleillé, et où seuls les accords d’une chanson de Jeanne Mas résonnent de nuit sur fond de lampions encore allumés.

Il y a cette femme jouée par Claire Neboud, compagne des deux malfrats, aussi froide que la mort, dans cette décapotable rouge qui finira carbonisée contre un mur de nuit. Et cet orage, cette rébellion, ce déchainement des éléments gagnant le cœur de cette Lily qui enfin fait exploser les barreaux de sa cage et finira dans un panier à salades sourire aux lèvres.

Dialogues étincelants d’intelligence, souffle romanesque, interprétation magistrale – Deneuve est absolument prodigieuse, elle accompagne la régression ou l’envol de son personnage et fait exploser son image, Téchiné fut son metteur en scène préféré ou du moins le plus fidèle, sept ou huit films depuis Hôtel des Amériques les ont réunis et à chaque fois c’est pour elle comme un retour aux sources.

Film sur l’enfance, sur l’adolescence, celle de Thomas qui s’émancipe mais aussi celle que retrouve sa mère, autrefois corsetée et enfin libre bien qu’arrêtée par la police. Le film se clôt sur son visage, elle rêve, elle semble enfin sereine.


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