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Accueil du site > Tribune Libre > Chine : de la répression à la démocratie ?

Chine : de la répression à la démocratie ?

Je voudrais tenter l’hypothèse que la volonté de progrès démocratique des autorités chinoises est authentique, mais que, face à la peur de voir sombrer dans le chaos leur pays de 1,3 milliard de personnes, ces autorités posent qu’elles seules sont en droit de dire ce qu’il convient de faire vers davantage de démocratie, et à quel rythme il convient de le faire.

En effet, la Chine présente de gigantesques disparités entre, par exemple, une famille agricole pauvre de l’intérieur des terres et un conglomérat industriel d’envergure mondiale situé près d’une grande métropole côtière. A cette disparité s’ajoute la nécessité administrative d’élites locales dont le rôle devrait être de relayer les prescriptions du pouvoir central, mais qui, en fait, profitent naturellement de leur distance à ce pouvoir pour asseoir leur autorité locale et éventuellement profiter de leur position, selon leur degré d’intégrité morale.

Dans un tel contexte, si le pouvoir central veut aller trop vite vers davantage de démocratie, il risque le chaos pour de simples raisons organisationnelles, chaos qui de surcroît pourrait être attisé par l’opposition des pouvoirs locaux avides de conserver leurs prérogatives.

Prendre conscience de telles contraintes offre peut-être une clarification des apparentes contradictions entre le discours et les actes du pouvoir central : aller vers plus de démocratie, oui, mais à petits pas, à la vitesse que le pouvoir central estime être la plus adaptée, et selon des modalités qu’il estime également les meilleures pour éviter le chaos.

Ainsi s’expliqueraient ces apparentes contradictions que les faiseurs d’opinion occidentaux ne cessent de relever :

  • En 1957, la répression féroce de la campagne « des cent fleurs », campagne pourtant lancée par Mao Tsé Toung (on écrit maintenant Mao Zedong) : il n’imaginait pas qu’il provoquerait une contestation aussi massive, qui exigeait des changements trop vite, trop tôt.
  • Fin des années 2010 : l’annonce d’un mouvement vers plus de démocratie, mais en même temps des vagues de répression, dont celle qui a atteint Liu Xiaobo (arrêté le 23 juin 2009 pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État. », condamné à onze ans de prison). Il recevra le prix Nobel de la paix en 2010 pour ses « efforts durables et non violents en faveur des droits de l’homme en Chine. Ben oui, mais ce n’est pas à lui de dire ce qui doit être fait, ni à quelle vitesse.
  • La mollesse à juger les abus des élites locales : il faut faire avec, faute de pouvoir gérer en direct. Pour autant, de hauts responsables, auteurs de malversations autour du chantier du barrage des Trois Gorges ont été récemment jugés et condamnés.
  • Les appels à l’écoute du peuple dans les organes de presse sous la coupe du Comité Central, avec la précision suivante dans un article du Renmin Ribao : « les critiques […] dès lors qu’elles partent d’une bonne intention, qu’elles respectent un cadre légal et ne portent pas atteinte à l’ordre public » (c’est moi qui souligne).
  • « L’ouvrier chinois, qui était payé le tiers de son collègue mexicain au début des années 2000, gagne désormais 50 % de plus que lui » (China’s Economic Rise, CRS report, février 2014)
  • Daniel Besant, cité en page 37 de Courrier International n° 1226 du 30 avril au 6 mai 2014) : « [en Chine], les dispositions du droit du travail sont précises et le salaire minimum est augmenté de 15 à 20 % tous les ans. […]. Pékin souhaite créer une classe moyenne nationale ayant les moyens de consommer, […] ».

L’Histoire tranchera : nous voyons ce que donne le « printemps arabe » en termes de démocratie ; demandons-nous à quoi des évènements comparables aboutiraient dans un pays de plus de 1,3 milliard d’individus.

Si l’hypothèse que j’émets ici est fondée, alors l’attribution du prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo n’apparaît plus que comme une maladresse d’un occident présomptueux, donneur de leçons à un régime autrement plus posé que les siens.

Ajoutons qu’on a pu parler de « fin de l’Histoire » à propos de la chute du communisme soviétique. Si le régime chinois parvient à passer du communisme à la démocratie libérale (y compris son versant économique), nous aurons là une belle leçon à méditer quant à notre relativisme politique.

En conclusion, quand on préside à la destinée de 1,3 milliard d’individus, ô combien étroit est le chemin vers la démocratie, entre la falaise de l’autoritarisme et le gouffre du chaos. Peut-être faut-il que ce chemin ne soit parcouru qu’à pas mesurés.

Xavier


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12 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 13 juin 2014 10:38

    Chine : de la répression à la démocratie ?...La "Démocratie n’est qu’un concept..une idée qui cache les turpitudes des hommes...(je l’ai déjà dit..)..elle n’existe pas dans la réalité (même au Vatican)... !


    • CN46400 CN46400 13 juin 2014 11:16

      La démocratie, quand elle est réelle, c’est à dire quand les votes sont respectés et que les choix sont équitablement défendus, n’existe quasiment nulle part. Et surtout pas dans les contrées qui se prétendent « démocratiques », où la démocratie n’est qu’un emballage adroit du capitalisme et de l’impérialisme qui va avec !


      Quand elle existe, la démocratie ne concerne réellement que la classe dominante.

    • claude-michel claude-michel 13 juin 2014 12:15

      Par CN46400....Bonjour...Doit on dire...démocratie = dictature.. ?


    • antyreac 13 juin 2014 14:33

      Prétendre que la démocratie n’existe pas

       c’est de même acabit que ceux qui prétendait que le communisme n’a jamais existé
      Même annerie

    • CN46400 CN46400 14 juin 2014 08:07

      où est la démocratie dans la gestion du résultat du référendun de 2005 ?


    • claude-michel claude-michel 14 juin 2014 08:07

      Par antyreac....Bonjour...heu..pourriez vous citer un pays vivant sous la définition du mot démocratie (avant de répondre allez voir la définition de ce mot)...Merci d’avance... !


    • Xavier Saint-Martin Xavier Saint-Martin 14 juin 2014 23:44

      Entièrement d’accord : à l’occasion du référendum de 2005, la démocratie a été honteusement bafouée. Si elle l’est ainsi en France, on peut douter d’elle ailleurs...
      Naïvement, j’avais cru qu’après un coup pareil les Français descendraient dans la rue.

      Xavier


    • asterix asterix 13 juin 2014 11:30

      Le plaidoyer était intéressant jusqu’à l’avant-dernier paragraphe qui démontre que l’auteur n’envisage que deux directions possibles.
      Dommage, toute sa démonstration s’écroule comme un château de cartes


      • Xavier Saint-Martin Xavier Saint-Martin 14 juin 2014 23:41

        Asterix,
        Merci pour votre contribution. Mais j’ai du mal à la comprendre. Pouvez-vous expliciter ?
        Par ailleurs, je n’ai pas voulu faire un plaidoyer : j’ai tenté de comprendre le processus à l’oeuvre en Chine. C’est peut-être pour ça que je ne cite que deux directions possibles : celles que je vois poindre à l’horizon chinois.
        Ne croyez surtout pas que mes goûts me limitent à ces deux directions !

        Xavier


      • Abdu Abdu 14 juin 2014 07:27

        A mon avis…

        Je ne crois pas que les autorités chinoises aient une quelconque volonté de progrès démocratique.
        Ils sont dans une logique très différente et les signes de progrès qu’ils pourraient donner dans ce sens ne sont que des actes destinés à faciliter les indispensables relations internationales.

        Mais ils n’ont pas plus de volonté répressive.
        Les autorités chinoises dépendent du peuple chinois. Pas par un lien organisé, routinier et électoral, mais par l’impossibilité de maitriser le pays par la force.

        J’ai eu l’occasion d’observer quelques situations illustrant la gestion des conflits en Chine. On n’est pas dans la méthode du rambo-héro qui armement écrase son adversaire et le soumet par sa violence que d’aucun appelle du courage. On constitue un rapport de forces très largement en sa faveur, de sorte qu’au moment d’imposer sa volonté, tout combat est perdu d’avance. En attendant, on ne fait rien que sauver les apparences.

        Or, à l’échelle du pays, on ne pourra jamais constituer un rapport de force permettant aux autorités d’imposer leur volonté au peuple. L’adhésion majoritaire du peuple est la base de la stabilité de la Chine et tout le monde le sent à défaut de le dire.

        Les autorités doivent dont tout faire ce qui est en leur pouvoir pour conserver cette adhésion. Et là, tout est utilisé. Car devant l’immensité des attentes, il n’est écrit nulle part que ce ne soit pas mission impossible.
        La Chine sort du tiers-monde. Le rapport entre ses ressources et ses besoins sont ceux d’un pays pauvre.
        Il faut donc jouer sur les deux tableaux : obtenir des progrès sensibles et freiner les attentes. Et ce par tout les moyens.
        Ca implique ce que nous décrions volontiers sous les termes de propagande et censure. Et aussi la répression.
        Mais s’il était possible de mettre chaque chinois en situation de petit bourgeois ayant trop à perdre à mettre le système en péril, n’imaginez pas qu’ils hésiteraient une seconde. Mais ça, ça coute cher. Et à moins de disposer d’un système de prédation planétaire… Bref.

        Il faut garder en tête que la pauvreté a deux effets : elle opprime et elle libère.
        Trop pauvre, vous ne pouvez venir, manger, jouir ou apprendre à votre guise.
        Pas assez pauvre, vous ne bougerez pas.

        Globalement, les chinois sont pauvre. Ils ne sont pas miséreux, mais le nombre de ceux que pas grand chose ne retient de s’exprimer par la force est immense.

        D’autre part, la propagande a a un effet démocratique insoupçonné. Il joue le rôle de la promesse électorale. Ce que l’ont dit qui est devient un engagement.
        Par exemple, les jeunes qui s’engagent dans les forces de polices quelles qu’elles soient le font au service du peuple. C’est la propagande qui le dit. C’est leur crédo…

         


        • Laurent 47 15 juin 2014 19:12

          Comme dit le vieil adage : la dictature, c’est « taisez-vous ! », et la démocratie, c’est : « causez toujours ! ». Donc : zéro partout, la balle au centre ! Pour être plus sérieux, si vous voulez en savoir un peu plus sur la Chine actuelle, allez sur CCTVF, la chaîne en clair et en français sur Astra 19,2 Est, et vous pourrez constater que si l’on vous montre tous les progrès accomplis, notamment dans les zones rurales, on ne vous cache ni les catastrophes, ni les problèmes que le gouvernement central doit régler, dans un pays qui comporte autant d’ethnies et de langues différentes ! Et puis, nous français qui sommes incapables de résoudre les problèmes de notre petit pays, sommes-nous les mieux placés pour expliquer aux chinois comment gérer un état de plus d’un milliard d’habitants ? Poser la question, c’est déjà y répondre !


          • marc 1er juillet 2014 04:37

            Je dis bravo, a l’auteur qui as tout compris.

            Expatrie 15 ans a Hong Kong, et depuis 3 ans totalement en Chine, je connais bien la Chine, pendant mes 15 ans a HK, j’allais en Chine tous les mois pour 1 semaine ou plus.

            Je suis stupéfiais de jour en jour, de ce que je vois, ça corresponds pas du tout a ce que les media français disent.

            J’ai pu ouvrir un compte en banque en 15 minutes avec carte de retrait internationale (2 euros/an pour la carte) avec juste mon passeport, aucunes justifications de domicile n’est nécessaire.

            J’ai pu louer un appartement avec juste mon passeport, aucun autres papier est nécessaire. (pas de fiche paye)

            Aucunes obligations d’assurer l’appartement, chacun est libre de la faire ou pas.

            Aucunes taxes d’habitation, aucunes taxes foncières, aucunes taxes d’ordures ménagères, aucune redevance de télé....

            Avec ma femme chinoise, on a achete un appartement il y a 1 an, je viens d’apprendre qu’il existe aucuns droits de succession en Chine, ni sur l’immobilier, ni l’argent sur les comptes en banque.

            La Chine est communiste ?

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